Chapitre 5

Deal

Les doigts remontèrent sur le corps d'Agémer qui étouffa des gémissements avant d'haleter des cris non retenus de plaisir. Une plainte pour que ça aille plus vite, pour que l'autre homme ne s'arrête pas. Le petit messager se foutait bien que les voisins l'entendent, et pour se plaisir-là, il était prêt à retarder sa prochaine dose de crack. Un genou sur le lit, une jambe au sol, les mains sur le lits, il remuait son bassin à la recherche de pénétration.

Il se retourna brutalement pour voir son amant. Gustave en poussa un juron. Agémer sourit, heureux de le voir si dépendant de lui. Il s'allongea sur le lit, écartant les cuisses, se mains présentant son entrée le suppliant de le prendre avec davantage de violence. Quand il sentit le membre de Gustave en lui, ses ongles s'accrochèrent à son dos et il mordit sa nuque le suppliant encore. « Plus fort. Plus fort ! Putain. Gustave, plus fort ! »

Seul un grognement lui répondit. La porte d'entrée se fit entendre. Gustave se demanda bien que était assez stupide pour frapper avec le bruit qu'ils étaient en train de faire. On frappa une seconde fois et Agémer gémit plaintivement. « Continue … » Il avait déjà jouit, mais pas assez. Il voulait être brisé en deux. Il voulait avoir son amant brisé contre sa peau. On frappa une troisième fois. Gustave termina son affaire, se rhabillant, remettant son pantalon avant de jeter un draps sur le corps d'Agémer qui râla :

─ Ignore-ça et reste au lit !

Derrière la porte, une voix cria :

─ C'est Larnak.

─ Il arrive vite, le con. Rentre !

La fouine du ghetto rentra dans la pièce. Il nettoya ses mains sales sur son pantalon, glissant ensuite la paume droite sur ses cheveux pour les aplatir. Il observa Agémer sur le lit qui le fixa avec condescendance. Il tardait à Larnak de connaître le jour où le drogué n'aurait plus assez de marchandises pour obtenir sa dose et qu'il devrait payer avec son cul.

─ Ne perdons pas de temps. Qu'as-tu dit à l'Apach ?

─ Rien, rien. Je te jure. Je te jure. Rien du tout. J'ai rien dit sur toi.

─ Je te parle pas de moi. Tu serais mort sinon. Qu'as-tu dit sur le dieu à la moto et Lotus ?

─ Lotus ? Le dieu ? J'ai rien dit. Je te jure. Je te jure. J'ai rien dit.

─ Cesse de jurer. Dis-moi ce que tu as dit.

─ Rien …

Gustave s'avança vers Larnak. Son cou craqua quand il pencha la tête d'un côté, ses muscles s'arquant, mais il ne fit aucun geste.

─ L'autre soir. J'étais à mes affaires vers l'allée 7 au sud. J'aime bien cet endroit. Il y a toujours des bons rejets de la cité des dieux. Il y a ce dieu qui vient souvent en moto. Le voilà qui arrive avec ses cheveux blonds, supers blonds même. Là, un type avec un gamin dans les bras se jette devant la moto. Je sais pas ce qu'ils se disent mais le dieu finit par prendre les deux avec lui et rentre dans la cité des dieux.

─ T'es toujours là où il faut pas.

─ Apach et Xiou veulent le gosse et le gars-là Lotus.

─ Tu sais pourquoi ?

─ Je te jure, je sais pas. Je sais pas.

─ Larnak.

─ Tu sais bien les rumeurs. Sur Lotus. Moi, je dis que je sais pas. Tu vois.

─ Ouvre encore ta bouche devant Apach et Xiou, Larnak, et tu devras changer de territoire pour aller vivre avec eux dans les profondeurs des égouts.

─ ─ ─ Cité des Dieux ─ ─ ─

─ ─ Appartement d'Amina ─ ─

Quand Amina Erca'tiir rentra dans le salon, elle demeura silencieuse et pensive avant de se mettre au travers. Aton Lii'nko avait l'enfant de l'humain dans les bras et il jouait avec. Aton Lii'nko n'était pas un dieu comme les autres. Amina avait rapidement compris que la Reine des Dieux avait créé un hybride et que la faible corpulence d'Aton n'était pas qu'un choix mais également une conséquence d'un ADN différent des autres dieux. Aton avait des attitudes humaines et des faiblesses humaines. Il n'était pas aussi endurant qu'elle et pas aussi doué pour cacher ses émotions.

La montre au poignet d'Aton sonna. Il la fixa et se redressa.

─ Anooby Rhâ veut me parler.

─ Ne pars …

Amina soupira, voyant Aton partir avec l'enfant dans les bras. Elle fixa le père qui regardait la porte inquiet avant de se remettre à travailler. Si Aton était parti avec l'enfant, c'est qu'Anooby avait réclamé qu'il vienne avec. Elle ne pouvait rien y faire. L'humain tenta de poursuive Aton mais il n'avait pas les accès pour ouvrir la porte d'entrée.

La main de Lotus agrippa brusquement Amina en revenant dans la pièce pour la faire réagir. L'homme la fixa tremblant, perdant le contrôle que Gustave lui avait dit de garder quoiqu'il arrivait. Voir Ébène disparaître lui faisait perdre ses moyens.

─ Où est Ébène ? Pourquoi part-il avec ? Allez le chercher !

Il enserra davantage sa prise et d'un mouvement brusque Amina le frappa d'une violente claque. Lotus tomba sur le sol. Elle le regarda d'un œil mauvais. Lotus, la lèvre écorchée, avala un peu de sang. Ses yeux gris se remplir de larmes et il se mit à pleurer sous le regard étonné d'Amina Erca'tiir. Pourquoi pleurait-il si vite, si rapidement et si brutalement ?

─ Tu devrais rester à ta place.

─ Ma place ? C'est être une salope, un esclave, un animal ou mort ? C'est quoi ma place ? Être votre pute ? Je veux juste mon enfant. Je peux être ce que vous voulez !

Amina Erca'tiir eu un rictus mauvais. Elle avança de trois pas, se pencha et attrapa entre ses mains celles du jeune hommes pour le contraindre à se lever. Elle le guida vers la chambre et le poussa sur le lit, l'y bloquant. Ses doigts passèrent sur les cuisses sans que Lotus ne bouge. Elle glissa une main au travers du tissu, passant sous l'élastique du pantalon pour glisser vers le membre de l'homme. Lotus se mit à trembler, essayant de contenir des larmes.

─ Pa … pa…pardon …

Il devait le faire. Il devait pouvoir être le prostitué de cette femme. Mais il était terrifié. Il n'arrivait qu'à peiner à Ébène. Tremblant Lotus détourna les yeux. Il sentait la chaleur de la femme contre lui et malgré tout cela, ça avait un coté réconfortant.

─ Ne soyez pas stupide. Je ne couche ni avec les animaux ni avec les objets.

Le sourire carnassier d'Amina s'accentua. Elle relâcha la main qui tenait les poignets du jeune homme et enleva son autre main d'une membre qui avait trop rapidement réagit à son goût. Sa main serait-elle devenue trop experte pour qu'un simple avertissement devienne une leçon de dressage ?

Lotus l'observa, haletant. Il voulait Ébène, il voulait son fils et il ne pouvait avoir envie d'autre chose. Toutefois, il sentait bien qu'il se mentait à lui-même. Il aurait aimé que la déesse ne s'arrête pas. Qu'elle le touche encore. Qu'elle le protège. Il aurait aimé ne pas foutre en l'air le plan de Gustave en se montrant trop peureux, effrayé ou inquiet pour son fils.

Amina se pencha vers lui.

─ Ne me donnez plus aucun ordre. Ou je vous ferrais dresser. Je vous garde uniquement car nous ne pouvons pas vous reconduire là où on vous a trouvé. Je cède à vous remettre en liberté mais si vous devenez une gêne, je vous vendrais tout simplement.

─ ─ ─ Cité des Dieux ─ ─ ─

─ ─ Tour Anooby, salle de réunion ─ ─

Sur l'écran géant de la salle de réunion, la grande déesse regardait son bien-aimé fils. Elle le fixa avec tendresse, échangeant des banalités et des informations sur la faiblesse des humains. Elle lui demanda comment se passait la formation avec Largne et le questionna sur le temps de réponse que mettait Amina à répondre à sa demande de la rejoindre. Elle lui indiqua qu'il pouvait partir.

Alors qu'il se levait, elle l'appela à nouveau, apparaissant sous la forme d'un hologramme devant lui. Sa main se posa sur sa joue.

─ Aton, mon cher enfant. Je te laisse un choix. Tu peux sortir de la cité si tu tues le chien et ce chiot que tu as ramené ou je peux les laisser vivre si tu restes une semaine supplémentaire au service de Largne.

─ Pourquoi ce choix ?

─ Pourquoi pas, mon cher petit. N'oublie pas. Si tu quittes la cité ses sept prochains jours, je tuerai tes nouveaux jouets.

─ Et si je reste ? Ils seront libres ?

─ Je n'interviendrais pas dans leur destin.

─ ─ ─ Cité des Dieux ─ ─ ─

─ ─ Bureau de Largne Vil ─ ─

Xiou était seigneur dans les sous-sols et il adorait ça. Dans la cité, il était vu comme un rat et il haïssait ça. Il n'aimait pas que Largne l'ait convoqué et qu'il soit contraint de se présenter devant lui. Il le tint informé des évènements et des divers informations. Les cheveux courts de Largne et son visage carré le rendaient particulièrement dur et effrayant. Il glissa sa main sur la table du bureau. Tout ce qui l'entendait le mettait en joie.

─ C'est très bien.

─ C'est bien qu'on ne retrouve pas Lotus et l'enfant ?

─ Allons, allons. Amina Erca'tiir vient de rejoindre un jeu auquel elle ne se doute pas. Voyons voir si elle parviendra à s'en tirer cette fois-ci.

─ …

Xiou ne comprenait pas grand-chose à ce que racontait le Dieu mais il se contenta d'hocher de la tête.

─ Mon très cher Xiou, pour me faire plaisir, tu devras punir un de tes hommes.

─ Pour quel motif ?

─ Montrer l'exemple. Il faut toujours punir. Pour montrer qu'ils ont fauté. Si on ne sait pas en quoi ils ont fauté, eux le seront. La torture fait admettre bien des vérités.

─ Votre dernier exemple est responsable de la mort d'un innocent et à la fuite de Lotus.

Xiou s'écroula sur le sol, sous la surprise du coup de fouet, mais il ne broncha pas. Il se releva pour fixer le seigneur dans les yeux. Si Largne refusait d'entendre des vérités, il s'abstiendrait de les dires mais il ne faudra pas qu'il se surprenne à en payer les conséquences.

─ ─ ─ O ─ ─ ─

Main droite dans la main gauche, ils couraient. Il courraient à en perdre leurs souffles. Les deux enfants, les cheveux bruns, les pieds mouillés Leurs peaux noircies par la crasse et rougies par le sang. Le plus petit trébucha et le plus grand l'aida à se relever. Les bruits des poursuivants redoublèrent. Ils se remirent à courir. Trop tard. Une claque, un coup de poing. Des coups de pieds. Les enfants crient. Lâchez-le. Lâchez-nous. Laissez-moi. Laissez-le. Laissez-nous. Ils mordent, frappent, se débattent. Trop tard. Trop tard.

Lotus ouvrit des yeux rouges et fiévreux. Ses joues humides, il senti la douleur frapper sa tête. Amina l'avait frappé pour le réveiller ne sachant pas s'y prendre autrement. Un simple cauchemar. Lotus la fixa terrifié, pensant à Nanu. Nanu n'était plus là.

Amina fixa le faible humain. Elle abandonna l'idée de le punir. Cet homme n'avait aucune chance de survie dans la nature mais elle ne comptait pas le garder chez elle. Toutefois, elle pensait à la demande d'Aton. Elle pourrait peut-être trouver une solution. Si ça lui permettait de ne pas perdre la confiance du petit dieu. Il fallait qu'elle y pense.

La déesse tendit un verre d'eau à l'homme.

─ Buvez.

Sans résistance, Lotus plaça ses doigts sur le verre et avala le contenu transparent. Il se sentait idiot d'avoir autant paniqué dans la journée ce qui avait conduit Amina à ne plus vouloir de lui à nouveau mais il était toujours inquiet pour son fils. Il aurait aimé rattraper son erreur. Gustave lui avait expliqué les caractères d'Amina et Aton. Il lui avait dit comment apprivoiser l'un et l'autre. Pourquoi ne pouvait-il pas obéir sagement à son mentor.

Amina lui ordonna de se coucher à nouveau et Lotus obéit aussitôt. Elle se leva et déposa Ébène endormi dans le creux du lit. Le regard de Lotus se remplit de gratitude mais il fit aux mieux pour le cacher. Il attira l'enfant contre lui, au risque de le réveiller dans un geste protecteur. Ébène était là. Il ne laisserait personne lui faire du mal.

Ses derniers jours étaient un rêve. Être ici, était le mieux qu'il pouvait espérait. Il devait convaincre la déesse de les garder. Sa colère de tantôt n'avait pas aider. S'il voulait protéger Ébène, il devait se rappeler des conseils de Gustave. Il ne laisserait personne faire du mal à l'enfant.

Il était protégé. Peu importe ce que lui ferrait la déesse. Ce serait mieux que d'être dans la cave humide de Xiou, d'attendre l'arrive de ce dernier. Il avait l'impression de fantasmer. Ce lieu était trop doux pour lui. Il craignait de se réveiller et de voir Xiou au-dessus de lui. Il craignait de sentir sa main sur son cou et d'entendre sa voix : Suce et avale, Lotus. Ton fils sait bien le faire avec le lait qu'on lui donne, montre-nous que tu es aussi talentueux que lui. Sauf si tu veux qu'on le forme lui aussi ?

Sans arrêt, il comparait les actions innocentes de son fils à des actes immondes qu''il voulait. Son enfant avait toujours été un moyen de chantage efficace. Nanu était le second meilleur moyen de le maintenir en captivité. Maintenant, c'était terminé ! Il allait trouver un moyen de protéger Ébène. Il trouverait un moyen pour que Amina Erca'tiir accepte de l'envoyer sur les terres isolées ou ne le protège. Ensuite, il se tuerait pour que personne ne puisse remonter jusqu'à son fils.

Amina avait pitié de cet humain et de son enfant. Entre prostitué, dealer, objet, animal, drogué, combattant, rien n'était un rôle facile pour les humains et elle en avait conscience. Elle avait soutenu Joseph et Rage. Elle savait les raisons de ses choix. Seulement s'opposer à mère ne servait à rien et elle le savait aussi. Elle savait que l'humain tentait de la manipuler. Elle n'aurait su dire comment, ni pourquoi, mais il lui semblait que Lotus dissimulait des informations.

Quittant la pièce, Amina usa d'ondes télépathiques pour joindre un autre Seigneur.

─ Erca'tiir, que désirez-vous ?

─ Largne, rendez-vous utile. Voyez dans vos relations si on recherche un humain aux yeux gris et un enfant. Il est possible que l'humain et l'enfant se nomment Lotus et Ébène. Ne vous fiez pas à leurs noms. Signalez-moi toute recherche d'un homme et de son fils.

─ Je m'y mets de suite, Seigneur. Puis-je me permettre de connaître la raison de cette recherche ?

─ Certainement pas.