Chapitre 40 : Regarder les étoiles avec Sirius

C'était le soir, vers la fin juin à Privet Drive, et Harry s'était presque endormi quand quelqu'un toqua à sa fenêtre.

La chambre de Harry était au premier, donc il attrapa ses lunettes et ouvrit la fenêtre, disant "Hedwige, je viens de te laisser sortir" avant de vraiment se réveiller et de voir Sirius Black à sa fenêtre.

Harry en resta bouche bée.

- Tu viens, Harry ? demanda Black, comme si c'était quelque chose de totalement normal.

- Vous. Comment ?

- J'ai pu trouver une baguette. Un peu en douce, ne le dis à personne. Simple sort de lévitation – mais je te suggère d'utiliser ton Éclair de Feu.

- D'accord, Monsieur Black.

- Sirius, s'il te plaît. Tu me donnes un coup de vieux.

Harry se retint de faire remarquer que Sirius avait l'âge de son père, et quelques minutes plus tard ils étaient dans le jardin à l'arrière de la maison de Privet Drive. C'était incroyablement surréaliste. Sirius se tenait dans les précieux bégonias de Tante Pétunia.

- Allons près de la haie, suggéra Harry, observant les bégonias écrasés d'un air inquiet. Il savait que ça allait être sa faute au matin, et pour une fois ça serait vraiment sa faute.

- C'est une très bonne haie, commenta Sirius. Elle serait très confortable.

- … confortable ?

- Oh, Remus ne t'a pas dit ? Je suis un animagus aussi.

- Pas – Sinistros ?

Sirius eut un sourire éclatant.

- Chouette nom, au fait. Je vais le garder.

Harry le serra fort dans ses bras. Sinistros lui avait manqué, et il s'était senti assez coupable de ne pas avoir fait plus pour le chien errant. Après une légère pause, Sirius l'étreignit à son tour.

Ils s'installèrent, appuyés contre la haie, regardant le ciel sans nuages.

- Je sais par Remus qu'il t'a dit que je suis ton gardien. Tu sais que ça pourrait signifier laisser tout ça derrière, quand les choses seront rentrées dans l'ordre ? Si tu veux.

- Bien sûr que je veux venir vivre avec toi ! Tu as une maison ?

Sirius rit, surpris.

- En fait, oui. Elle est dans un état épouvantable, comme je me suis retrouvé à Azkaban après- bref. Elle est crasseuse. Et pleine de magie noire. Des portraits cinglés, un elfe de maison cinglé… mais il y a encore un toit et des protections, on va dire que c'est déjà ça.

Sirius le regarda d'un air timide.

- C'est au numéro 12 square Grimmaurd, à Londres, si tu as jamais besoin d'un endroit où aller. Il y a plein de chambres, tu pourras choisir la tienne, et Kreattur s'occupera de la nourriture.

Sirius eut un vague geste de la main.

- Ça ne fait jamais de mal d'avoir une planque, hein ?

Harry s'installa plus confortablement à côté de lui, regardant le ciel étoilé.

- Dis-m'en plus sur la poursuite de Pettigrow. Je – je pourrais venir avec toi, si ça aide.

- … non, Harry, tu devrais aller à Poudlard. Je ne sais pas combien de temps ça va durer et le gouvernement risque de mal le prendre si je kidnappe le 'Survivant'. J'ai entendu que Pettigrow a été repéré sur le continent, c'est pour ça que je suis passé avant de devoir quitter le pays… Ça serait mieux si tu ne parles à personne de ma visite, d'ailleurs, en tout cas en attendant que tout soit rentré dans l'ordre. Qui aurait su qu'en étant innocent on devrait se farcir beaucoup plus de paperasse qu'en étant coupable ?

- Je ne comprends pas pourquoi ça ne s'est pas su pendant le procès.

- Hé bien, j'étais un peu dérangé à ce moment là. Et quand Dumbledore disait que quelqu'un était du mauvais côté, à l'époque…

Sirius ébouriffa ses cheveux.

- C'est bien que tu ne grandisses pas en temps de guerre, Harry.

Harry songea à la fois où il avait affronté Voldemort à onze ans et demi et ne dit rien.

- Pourquoi Dumbledore a pensé que tu étais le gardien du secret ?

- C'est ce qu'on lui a dit. Pas la première fois que James et moi avons joué au plus malin. La voix de Sirius était la tristesse personnifiée.

- … alors, c'est quoi la chose que tu préfères dans le fait d'être libre à nouveau ? demanda Harry, essayant de retrouver la sensation de paix et d'espoir qu'il avait éprouvée.

Sirius sembla réfléchir pendant un long moment.

- Les saucisses.

- Les saucisses ?

- Azkaban a une façon de salir les bons souvenirs, même ceux auxquels on s'accroche. Peut-être en particulier ceux auxquels on s'accroche. Je pouvais être un chien, et pour le chien c'était plus facile, mais ce n'était pas… agréable. Mais ce qui est bien avec une saucisse, c'est que c'est toujours une simple saucisse. C'est difficile de se sentir mal en pensant à ça.

- Oh !

Harry fouilla dans sa poche et tendit à Sirius un petit sachet de bonbons.

- Des Chocolats Calmants. Il y a encore un peu de boulot, mais ils ne rendent plus surexcité.

- Tu as appelé quelque chose qui rend surexcité des Chocolats Calmants ? il y avait un sourire dans la voix de Sirius quand il prit le sachet et le fourra quelque part dans ses vêtements, d'après le bruit.

- Je m'inquiète pas trop pour le nom. En tout cas, pour le moment ils ne sont pas très calmants mais c'est bien du chocolat. Tu aimes le chocolat ?

- Hm. Je ne me rappelle pas, en fait.

Harry classa cette information en 'perturbant, y penser plus tard.'

Sirius continua après une seconde :

- Tu gardes des chocolats dans les poches de ton pyjama ?

- Juste au cas où je croise Dudley et je dois l'acheter. Oncle Vernon et Tante Pétunia essaient de lui faire faire un régime et il ne veut pas.

- Ce qui le rend très facile à acheter ?

- Il a été d'une aide considérable jusqu'ici cet été.

- C'est supportable, de rester avec eux ?

- Bien sûr que oui, dit fermement Harry. On doit régler tes affaires et envoyer Pettigrow en prison, non ? Je peux attendre jusque là.

- Soit. Tu veux me raconter ce que ça fait de gagner la Coupe de Quidditch ?

Ce qui était bien avec l'été c'est que Harry pouvait rester debout jusqu'à l'aube à discuter avec son parrain de tout ce qui lui passait par la tête – les blagues que son père avait faites, des histoires à propos du professeur Lupin, Ron lui apprenant à jouer aux échecs et Hermione préparant du Polynectar pendant leur deuxième année.

- J'ai entendu dire que tu t'entends très bien avec le professeur Rogue, dit Sirius.

Harry bailla.

- Ben, à peu près. J'adore les Potions, et il enseigne les Potions… mais il déteste papa.

- Je n'imaginais pas le contraire. Il n'y a pas plus rancunier que ce bon vieux Severus… Je devrais probablement éviter de l'insulter devant toi, non ?

- Ron l'insulte tout le temps. Il m'insulte moi tout le temps… me traite d'idiot à propos des potions et de tout.

- Pourquoi est-ce qu'on l'a laissé devenir prof, marmonna Sirius.

- Oh, il dit que Dumbledore aime les causes perdues. Parce qu'il est charitable, en gros.

Sirius éclata de rire, et Harry attrapa son bras.

- Je ne veux pas que tu réveilles Oncle Vernon. Il est…

Comment dire.

- Irritable avant d'avoir bu son thé du matin.

Et après. Et pendant.

- Désolé, répondit Sirius d'une voix plus basse. Je suppose que je peux imaginer quelqu'un embaucher Ser-Rogue par pitié pour lui.

- Qu'est-ce que tu pensais de lui, à l'école ?

- On… on s'en prenait beaucoup les uns aux autres, en fait. Il était persuadé qu'on cachait quelque chose et qu'on ne respectait aucune des règles de l'école, et lui passait son temps à attirer des ennuis aux autres… et il était apprenti Mangemort, bien sûr.

Harry se sentit soudainement glacé.

- Donc je le détestais, parce qu'il voulait nous faire tous renvoyer, et il détestait James parce que James était populaire, et – c'est difficile à résumer comme ça, franchement.

- … l'année dernière je lui ai demandé pourquoi il détestait le professeur Lupin, et il n'a pas répondu.

- Ça, c'est ma faute.

- Ta faute ?

- J'avais seize ans, j'essayais de protéger mon ami, et j'étais assez idiot. J'ai présenté ça comme une blague, ensuite. Pas un bon souvenir, donc Azkaban m'a laissé le garder…

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Il avait essayé de découvrir ce qui se passait avec Remus – ce que Remus cachait. Et Remus le cachait parce qu'il serait viré de l'école, et personne ne faisait quoi que ce soit… je me suis dit que si Rogue partait, s'attirait des ennuis, le problème disparaîtrait… et il cherchait vraiment les ennuis de toute façon.

Harry ne trouva rien à répondre à ça, muet d'horreur.

- Remus ne m'a pas parlé pendant trois mois après ça. James m'a arrêté, mais il a compris. On était tous assez obsédés par protéger Remus à ce moment là, même si je ne sais pas à quel point il s'en rendait compte. Peter aimait bien être au secret, je crois…

- Tu vas l'attraper, hein ? demanda Harry, soulagé de pouvoir changer de sujet, avant de bailler à nouveau.

- Absolument. Je t'empêche de dormir ?

- Pas grave.

- Bon… et si je te faisais un quiz d'Astronomie ? Très important pour voler de nuit.

- Voler de nuit ?

- Tu n'es jamais allé voler la nuit ? Mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien enseigner à Poudlard maintenant. Ma moto me manque vraiment, à un point…

- J'ai rêvé d'une moto volante, une fois, dit timidement Harry.

- Voyons ça. Tu as des souvenirs aussi anciens que ça ?

Sirius passa un bras autour de ses épaules.

- On va très bien s'entendre, hein Harry ?

- Absolument.

Sirius commença, désignant Alpha Canis, et puis Harry montra les différentes étoiles qu'on pouvait utiliser pour s'orienter, et puis Sirius était en train de lui raconter comment il s'était juré enfant de donner à ses enfants les noms les plus ennuyeux possible.

- Mon frère s'appelait Regulus et j'insistais pour l'appeler Reg. Il détestait ça…

Harry s'endormit, entre deux phrases.