Mes lecteurs et lectrices ! Je débarque lorsque vous l'attendez le moins ! Presque plus d'un an depuis la dernière fois que j'ai publié ! Pourtant, j'ai continué d'écrire, lentement, mais sûrement (plus ou moins, erm). Sachez que les prochaines updates ne tarderont pas tant, car il y a presque deux chapitres presque entièrement écrits après celui-ci (mais certains commencent à connaître ma façon de disparaître pendant des mois et puis publier plusieurs chapitres à quelques semaines d'intervalle !)

Quoiqu'il en soit, au vu des circonstances, nous voilà avec beaucoup de temps pour lire et écrire !

Prenez soin de vous,

Prenez votre mal en patience,

et bonne lecture !

Je remercie comme toujours mais avec la même sincérité Zephineange pour ses relectures ! Par ailleurs, il y a dans ce chapitre des passages du tome 4, il va sans dire, mais les dialogues empruntés à JKR sont parfaitement reconnaissables et je ne m'en approprie absolument pas la maternité.


La Coupe


– Harry Potter –

Combien de fois était-on capable de pardonner à quelqu'un ?

Combien de bassesses pouvait-on effacer, combien de souffrances pouvait-on oublier, combien de blessures pouvait-on soigner, avant d'être si profondément meurtri qu'aucune affection ne puisse plus surpasser la rancœur ?

Harry n'en voulait pas à Rogue pour la dispute qu'ils avaient eue après la pleine lune. Il comprenait la colère, il vivait la même chose, face à cette injustice crasse dans laquelle le monde les avait placés. Peut-être réagirait-il de la même façon s'il était dans la même situation ? Mais non, il savait que non. Tout au moins parvenait-il à se mettre à la place de Severus, il le connaissait suffisamment pour comprendre ses émotions, pour accepter ses paroles comme ce qu'elles étaient réellement, et non comme la haine qu'il lui lançait prétendument au visage.

C'était l'absence que Harry ne parvenait pas à pardonner. Les jours entiers sans aucune nouvelle – alors qu'il savait qu'il allait revenir, tôt ou tard, ils étaient trop attachés l'un à l'autre pour que tout ceci se finisse ainsi. La colère redescendue, la raison retrouvée, Severus devrait revenir, s'expliquer, l'interroger, l'embrasser, l'engueuler, vivre encore auprès de lui.

Severus avait toujours eu du mal à s'excuser, à reconnaître ses erreurs, mais Harry en valait le coup, il devait en valoir le coup, sinon…

Sinon, que lui restait-il ?

Il avait besoin de Severus.

Et Severus avait besoin de lui, constata distraitement Harry, légèrement enivré – pas trop, si peu encore, la journée commençait tout juste – alors que l'homme se tenait sur le pas de sa porte, le visage pâle, un journal serré dans son poing. Harry le prit doucement, presque sensuellement – la peau de Severus contre la sienne lui manquait, Merlin qu'elle lui manquait – et déplia le papier chiffonné. La Marque des Ténèbres, pâle en dégradé de gris sur la page principale, flottait dans le ciel de la coupe du monde de Quidditch.

« Tes petits camarades sont de sortie », plaisanta Harry.

Un petit verre de whisky permettait toujours de voir la vie sous un meilleur jour.

Une grimace de dégoût glissa sur les lèvres de Severus :

« Ce ne sont pas eux. Jouer avec des moldus, enivrés par la fête et la foule, oui. La Marque… Même eux sont inquiets. Je l'ai vu dans leurs regards quand je les ai interrogés. Ils ne savent pas qui c'est et ils se sont débinés. »

Harry dégrisa légèrement car soudainement, ce n'était plus drôle.

« Je sais », répondit-il simplement.

Il attira Severus contre lui, et ce dernier se laissa faire.

Le pardon devenait difficile. Mais pour l'heure, Harry pouvait oublier. Ils devaient se soutenir dans les épreuves à venir. Qu'importent les coups qu'ils s'infligeaient bien malgré eux, ils étaient dans le même camp.

Ils étaient partenaires.

– Severus Rogue –

Poudlard fourmillait d'activité. Jamais Severus n'avait vu autant de sorciers aller et venir dans le château, se donnant des airs importants, parcourant les couloirs par groupes en discutant de vive-voix, toujours une tâche ou une autre à exécuter.

Les élèves, au moins, prenaient un air effrayé lorsqu'ils croisaient sa route. Les sorciers du ministère de la Magie l'ignoraient au mieux, le regardaient avec mépris le plus souvent.

Une atmosphère d'excitation s'était emparée des lieux, tranchant avec l'habituel calme précédent la rentrée.

Le Tournoi des trois sorciers tournait la tête de chacun.

Du haut d'une fenêtre du troisième étage, Severus contemplait un groupe de sorciers agglutinés sur les berges du lac. L'une d'eux essayait de monter dans une barque que lui maintenaient ses collègues, mais la pluie battante et le vent leur rendaient la tâche impossible. Les robes de ces dernières dégoulinaient d'eau malgré les sorts de repousse-pluie qu'ils avaient lancés. D'autres employés du ministère parcouraient les abords du lac en lançant régulièrement des sortilèges les uns vers les autres, et aussi loin que Severus était, il pouvait malgré tout sentir autour de lui la magie du château se distendre et s'ajuster aux modifications.

Trop absorbé par la scène, il n'entendit Minerva que lorsqu'elle s'éclaircit poliment la gorge à côté de lui.

« Ça a été un vrai chambardement tout l'été, dit-elle en suivant son regard à travers la fenêtre constellée de gouttes.

- J'imagine », murmura Severus, songeur.

Il avait senti les modifications du château à l'instant où il avait franchi les grilles. En remontant le parc, il avait aperçu plusieurs sorciers effectuer des mesures dans le stade de Quidditch, et deux femmes dans le hall l'avaient salué en français.

« Je suis surprise que la nouvelle du Tournoi n'ai pas fuité dans la presse et le reste du monde magique, continua Minerva. Mais cela fait parti des accords : les élèves de Durmstrang, Beauxbâtons et Poudlard devront être informés en même temps, le 31 août. »

Severus se tourna vers sa collègue et fut frappé de la trouver fatiguée. Son apparence était toujours parfaite, chignon strictement retenu sous son chapeau pointu, robe parfaitement ajustée, mais ses traits étaient ceux d'un professeur en fin d'année, pas à la veille de la rentrée.

« Guère reposant, constata Severus.

- Non, soupira Minerva avant de sourire, mais quel événement. Un comme Poudlard n'en n'a pas connu depuis des siècles ! »

Severus hocha la tête, sans parvenir à partager l'excitation de sa collègue. Tout ceci apportait trop de tracas.

Il n'ignorait pas qui était le directeur de Durmstrang : Karkaroff, un ancien fidèle du Seigneur des Ténèbres. Il n'avait jamais tout à fait perdu de vue les anciens Mangemorts et l'idée d'en côtoyer un durant l'année à venir ne l'enthousiasmait guère. Et comme Dumbledore n'avait pas fait les choses à moitié, il avait engagé Maugrey Fol Œil au poste de professeur de défense contre les forces du mal.

Severus percevait la logique derrière cette manœuvre. Après tout, Durmstrang était connu pour sa pratique différente de la magie noire, et l'ancien Auror, désormais à la retraite, ne perdrait pas une occasion de constater le moindre écart. Mais il n'était pas pressé de les revoir et encore moins de se retrouver entre les deux. Il n'avait pas croisé le chemin de Maugrey depuis des années, à l'époque où il le soupçonnait encore d'être un Mangemort, où il pourchassait les anciens partisans de Voldemort avec Potter.

Comme il l'avait craint, la confrontation avec l'ancien Auror arriva rapidement. Il parvint pourtant à l'éviter lors du banquet de début d'année. Celui-ci fut aussi faste que d'habitude, mais enfiévré par l'annonce du Tournoi des Trois Sorciers. Les yeux des élèves brillaient et le mot champion était sur toutes les lèvres. Même l'arrivé fracassante et menaçante de Maugrey au milieu du repas n'éclipsa pas l'annonce du Tournoi.

Severus trouva cependant l'homme devant son bureau dès le lendemain, lors de la première journée de cours. Severus corrigeait les devoirs de vacance qu'il avait donnés aux élèves de septième année lorsqu'il entendit le bruit sec et régulier de sa jambe de bois contre les pavés. Cela lui laissa un instant pour se ressaisir et se préparer à la confrontation.

Il ne s'était cependant pas attendu à voir l'un de ses élèves aux côtés de Maugrey.

« Malefoy ? » demanda-t-il en fronçant légèrement les sourcils.

Ce dernier était en piteux état. Il se tenait le dos courbé, comme s'il essayait de se faire le plus petit possible, et ses cheveux blonds, d'habitude proprement peignés, étaient ébouriffés comme s'il sortait d'un match de Quidditch.

« Rogue ! grogna Maugrey. Il parait que tu es responsable de ce gamin. M'étonne pas. On m'a dit que c'était toi que je devais voir pour le punir.

- Que s'est-il passé ? demanda Severus d'une voix glaciale.

- L'a attaqué un autre élève dans le dos. Pas très fairplay, je dirais. Mais ça doit t'être familier, ça…

- M. Malefoy, est-ce vrai ? » demanda Rogue en ignorant la dernière remarque.

L'œil magique de Maugrey se braqua sur le garçon, qui tressaillit. Il regardait le sol, évitant tout à la fois le regard de Maugrey et celui de Severus. Il se contenta de hocher faiblement la tête. Severus plissa les yeux : ce n'était pas du tout son comportement habituel. Une douce colère commença à monter en lui.

« Vous pouvez disposer M. Malefoy, un de vos préfets vous informera de votre punition. »

Le garçon détala avant que Maugrey ne puisse le retenir. Ce dernier le regarda partir en grognant, puis reporta son attention sur Severus. Il leva sa baguette – Severus glissa aussitôt sa main dans sa manche pour récupérer la sienne – et l'agita vers la porte. Celle-ci se ferma sèchement derrière lui.

« J'espère qu'il recevra le traitement qu'il mérite, reprit Maugrey d'une voix basse et menaçante.

- Dès que j'aurais éclairci les évènements, répondit Severus avec fermeté.

- Je viens pourtant de vous expliquer ce que votre petit Serpentard a fait… »

Une vieille fierté de Mangemort se rappela soudainement à lui. Pas de Sang-Pur, non, une fierté de Mangemort, telle qu'il la concevait lorsqu'il les avait tout juste rejoints. Il croyait alors en cette solidarité qui n'était que le prolongement de celle des Serpentards, basée sur des idéaux communs, la valorisation de l'ambition, les recherches sur la magie noire, mais avant tout cimentée par le rejet du reste des sorciers. Car ils étaient coupables tant qu'ils n'étaient pas prouvés innocents. Car ils n'étaient que des gamins, mais qu'on les regardait déjà de travers.

Il savait qu'il était partial envers ses Serpentards, mais il se devait de l'être car personne d'autre ne leur ferait le moindre cadeau. Les autres professeurs préféraient donner des points aux si intelligents Serdaigles, ou aux si travailleurs Poufsouffles, plutôt qu'aux Serpentards qui montraient la même ardeur au travail et la même intelligence. Et lorsqu'un groupe d'élèves était pris à défier les règles de l'école, c'était toujours les Serpentards qui étaient incriminés en premier.

Il en avait largement fait les frais lorsque lui-même était étudiant, toujours coupable avant les Maraudeurs. À l'époque, il n'avait eu personne pour le défendre, le soutenir, l'aider. Son directeur de maison, Slughorn, était bien trop occupé avec les autres élèves qu'il estimait meilleurs que lui.

Il n'était pas un directeur aussi lamentable que Slughorn. Il défendait ses Serpentards.

« Je suis désolé de vous apprendre que vous n'avez pas de pouvoir ici. Je déciderai de la punition de Malefoy, si punition il doit y avoir.

- Alors, on se croit être un petit chef car on a de l'autorité sur une poignée d'ado pré-pubère ? C'est bien que tu te contentes de cela, à une époque c'étaient les foules de moldus que tu voulais dominer.

- Vous délirez », assena Severus. Puis il continua avec sarcasme : « Par respect pour les services que vous avez rendus au monde magique, je vais mettre ça sur le compte de la sénilité d'un vieil aurore à la retraite.

- C'est ce qu'on va voir. Ne crois pas que j'ai oublié d'où tu venais. Je t'ai connu comme les autres ne t'ont jamais vu.

- Vous ne savez rien de moi, répondit Severus entre ses dents.

- C'est ce que tu crois… »

Un sourire entendu passa sur son visage couturé de cicatrices, transformant sa bouche en une grimace torve. Severus se leva lentement, le corps tendu, le regard dur.

« Sortez de mon bureau, dit-il d'une voix blanche.

- Je t'ai à l'œil, Rogue. Avant la fin de l'année, je saurai où repose réellement ton allégeance.

- Vous ne me faites pas peur.

- Moi, peut-être. Celui au dessus de moi, par contre… »

Sur cette menace à peine voilée, Maugrey tourna les talons et, d'un coup de baguette précis, ouvrit la porte et quitta la pièce.

Severus le regarda partir, tremblant de rage.

Il n'ajouta aucune punition à Malefoy. Lorsqu'il apprit quelle humiliation Maugrey avait fait subir au garçon, il regretta de ne pouvoir laver l'affront qu'il avait fait à sa maison. Mais même Lucius Malefoy ne réagit pas pour venger son fils. Après les évènements de la Coupe du monde de Quidditch, les Mangemorts faisaient profil bas.

Les semaines qui suivirent, Severus évita comme il le pouvait de croiser Maugrey mais lorsqu'ils se trouvaient confrontés l'un à l'autre, il refusait de se laisser faire. Pourtant, il savait qu'il était surveillé, et il dut plus d'une fois renoncer à se rendre chez Harry car l'homme se trouvait sur son chemin.

Les deux premier mois de cours passèrent ainsi dans un état de tension latente.

L'arrivé des deux autres écoles n'allégea en rien son humeur. Le 31 octobre, le jour de la mort de Lily, n'était jamais une bonne période. Cette année, il fut obligé de supporter non pas un seul festin, mais deux. Le vendredi soir, les élèves de Durmstrang et Beauxbâtons arrivèrent, chaque école faisant une grande démonstration de puissance et de magie.

Il observa Karkaroff monter en tête des élèves de Durmstrang, le jeune Krum à ses côté. L'homme avait bien changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu, après la chute du Seigneur des Ténèbres. Il paraissait soigné et respectable, avec son petit bouc parfaitement taillé. En dix ans, ses cheveux noirs étaient devenus argentés, mais cela ne l'avait pas vieilli, lui donnant plutôt un air assagi.

Karkaroff ne lui jeta pas un regard et Severus se sentit soulager. Le lendemain matin, il le croisa dans le hall alors que les élèves de Durmstrang déposaient leur nom dans la coupe de feu. Ils s'observèrent de part et d'autre de l'immense pièce pendant quelques instants, avant que Karkaroff hoche brièvement la tête. Il ne semblait pas désirer plus que lui renouer avec le passé. Ce ne fut qu'en s'éloignant vers la Grande Salle que Severus remarqua que Maugrey Fol Œil les observait attentivement.

Severus passa la journée dans ses appartements à ruminer. Il n'en sortit que pour le repas du soir.

La Grande Salle paraissait plus animée qu'à l'accoutumée. La vingtaine d'étudiants de Durmstrang et de Beauxbâtons s'était répartie entre les tables de Serpentard et Serdaigle. Severus apercevait Malfoy aux côtés de Krum, le jeune prodige du Quidditch, tentant d'attirer son attention. Les élèves de Beauxbâtons observaient leur environnement avec différentes moues sceptiques ou dégoûtées, semblant indisposés par leur environnement, malgré le grand nettoyage que le château avait subi. Les armoiries de Poudlard étaient rutilantes, les bannières avaient été époussetées, même les bougies qui flottaient au-dessus de leurs têtes semblaient briller d'un éclat plus vif.

La table des professeurs aussi était surchargée. Il s'assit, constatant que Verpey se trouvait non loin de lui, et malgré son caractère exubérant, il était probablement l'un des invités qui lui mettait le moins les nerfs à vif. Karkaroff se tenait à côté de Verpey, à la droite de Dumbledore. Ils avaient sciemment évité de mettre l'ex-Mangemort à côté de Croupton, ancien directeur de la Justice Magique. Pour une fois, il était heureux d'être entouré par ses collègues, bien qu'ils ne lui parlent pas.

Après un très bref discours de Dumbledore, le repas fut servi. Les elfes de maison s'étaient surpassés pour servir à l'assemblée des plats des trois pays. Les tables croulaient sous les poissons en sauce, les légumes mijotés, les pommes de terre frites, les pains de viande. Les desserts suivirent avec autant de démesure, mais s'ils furent si vite engloutis par les élèves, ce n'était pas par gourmandise, mais par impatience.

Dumbledore lança un clin d'œil à Minerva et à peine les fourchettes reposées, il se leva. Toute l'école retenait son souffle et Severus se surprit à attendre les noms des candidats avec autant d'impatience. Il avait fermement soutenu les Serpentards qui avaient désiré mettre leur nom dans la Coupe de Feu. Il avait quelques espoirs pour Warrington, l'un des poursuiveurs de l'équipe de Quidditch.

Dumbledore se complaisait dans son rôle de maître de cérémonie. La mise en scène accentuait avec efficacité le suspens. La coupe recrachait le nom des candidats dans une gerbe de feu. La voix du directeur se propageait dans le silence magistral, avant l'explosion d'applaudissements occasionnée par chaque nomination.

Krum fut choisi pour Durmstrang, sans guère de surprise, et une jeune blonde à la démarche envouteuse pour Beauxbâtons. La déception envahit Severus lorsqu'il entendit le nom de Cédric Diggory. Au moins, ce n'était pas un Gryffondor, songea-t-il avec une grimace amère.

Les trois champions désignés, la tension redescendit dans la Grande Salle. De nouveaux, certains élèves discutaient entre eux à voix basse et la plupart étaient moins attentifs au reste du discours de Dumbledore.

Jusqu'à ce que la coupe ne s'illumine à nouveau, alors que plus personne ne lui prêtait plus attention.

Dumbledore tendit la main vers le papier, presque machinalement, la lueur bleue de la coupe colorant la barbe blanche du vieil homme.

Il lut le papier, marqua un temps d'arrêt, le regard grave, et avant même qu'il n'ouvre la bouche, Severus sut ce qu'il allait dire.

« Harry Potter. »

Un silence stupéfait suivit l'annonce.

Une colère sans nom s'empara de Severus.

Potter ne pouvait-il pas pour une fois, pour une année, ne pas être au centre de l'attention ?

Il braqua un regard plein de haine sur le garçon. Ce dernier semblait désorienté, mais Severus n'était pas en état de le remarquer. Les doigts crispés sur la table, il se retenait de saisir le gamin, de l'attraper par le col et de le secouer jusqu'à lui inculquer une once de bon sens.

L'arrogance de Potter finirait par le tuer. Il se croyait au dessus des règles, capable de vaincre là où le règlement interdisait la participation des élèves de mois de dix-sept ans.

Si la colère avait moins obscurci son jugement, Severus aurait peut-être vu dans la démarche incertaine du garçon qu'il y avait un problème, une incohérence, et son inconscient le lui rappellerait probablement plus tard, mais dans l'instant, il ne voyait que Potter. James, Harry, quelle importance, les deux se comportaient avec la même effronterie.

La porte se referma derrière Potter avec un bruit mat. Le silence demeura quelques secondes encore, avant d'éclater alors que tous les élèves reprenaient la parole en même temps.

« Et c'est ainsi que se clôt la sélection du Tournoi des Trois… des… »

Dumbledore n'essaya pas de rattraper son lapsus : il se trouvait lors de l'un des rares cas où plus personne ne l'écoutait. Déjà, Maxime et Karkaroff s'étaient précipités sur lui et essayaient de parler en même temps.

Severus n'entendit pas ce que Dumbledore répondit, mais lorsqu'ils se levèrent pour se diriger vers la petite salle dans laquelle les champions avaient disparu, Severus leur emboîta le pas.

Verpey se trouvait déjà avec les champions. Diggory affichait un air perplexe, Krum était renfrogné et Delacour semblait scandalisée, ses sourcils froncés jurant avec son visage harmonieux.

« Madame Maxime ! s'exclama la championne de Beauxbâtons en se précipitant vers sa directrice. Ils viennent de nous dire que ce petit garçon allait participer au tournoi ! Vous vous rendez compte ? C'est insensé. »

Maxime se tourna vers Dumbledore :

« Dambleudore, pouveuz-vous me dire ce que signifie ceutte plaisanterie ?

- J'aimerais également le savoir, Dumbledore », ajouta Karkaroff, l'air mauvais.

Dumbledore resta impassible, observant ses confrères avec un air serein. Les deux directeurs des écoles étrangères avaient soudainement trouvé un terrain d'entente face à Dumbledore et Severus les observa exprimer avec force politesse leur indignation. Lui-même ne s'embarrassa pas de tant de manière :

« Potter est le seul responsable de cette situation, Karkaroff. Dumbledore ne doit pas être tenu pour responsable de l'obstination de Potter à violer les règlements. Depuis qu'il est entré dans cette école, il a consacré la plus grande partie de son temps à dépasser les limites... Il vient d'en franchir une de plus...

- Merci, Severus », le coupa Dumbledore.

Severus serra les dents.

« Harry, demanda Dumbledore calmement, as-tu mis ton nom dans la Coupe de Feu ?

- Non », répondit Potter.

Severus retint une grimace. Pourquoi ne pouvait-il pas s'empêcher de mentir ? Il avait été sélectionné, cela ne servait plus à rien de cacher la vérité désormais.

« As-tu demandé à un élève plus âgé de déposer ton nom à ta place dans la Coupe ? continua Dumbledore.

- Non ! s'exclama Potter avec véhémence.

- Enfin voyons, c'eust insenseu, Dambleudore, ce garçon ment ! » s'exclama Madame Maxime.

Severus hocha la tête, satisfait de ne pas être le seul à se rendre compte de l'évidence. Ni les Français, ni Karkaroff n'idolâtraient Potter et enfin il était entouré de personnes de bon sens qui le traitaient comme ils le devraient. Bien sûr, McGonagall ne l'entendait pas de cette oreille :

« Il n'aurait pas pu franchir la limite d'âge, nous sommes tous d'accord là-dessus.

- Dambleudore a dû commeuttre une eurreur en deussinant ceutte ligne, répliqua Madame Maxime.

- C'est possible, bien sûr, admit poliment Dumbledore.

- Dumbledore, vous savez parfaitement que vous n'avez commis aucune erreur ! s'indigna McGonagall, avec un air offensé parfaitement Gryffondor. Quelle absurdité, vraiment ! Harry n'aurait pas pu franchir cette ligne lui-même et comme le professeur Dumbledore le croit quand il dit qu'il n'a pas demandé à un élève plus âgé de le faire pour lui, je suis convaincue que cela devrait nous suffire ! »

Elle lança un regard furieux à Severus qui lui rendit la pareille. Comment pouvait-elle croire Potter ? Severus se tourna vers Dumbledore et comprit avec horreur en le regardant qu'il faisait également entièrement confiance en Potter.

Comment pouvaient-ils le croire ? Il mentait, bien sûr qu'il mentait. Qui aurait pu mettre son nom à sa place ? Un admirateur secret ? Ridicule. Personne n'aurait pris le risque de braver les interdits pour déposer la candidature d'un garçon qui n'avait aucune chance de gagner.

(Il y avait d'autres raisons, une autre raison, mais il refusait d'y penser, tout comme il refusait d'admettre que la marque des ténèbres sur son bras était devenue légèrement plus nette ces dernières semaines.)

Mais comme toujours, tout était excusé à Potter, sans prendre en compte le danger, pour lui, pour les autres. Il était si concentré pour ne pas laisser apparaître la rage froide qui l'animait qu'il n'écouta guère les récriminations des autres directeurs et les tentatives d'apaisement de Verpey, jusqu'à ce qu'ils fussent interrompus par Maugrey apostrophant Karkaroff :

« Vous ne pouvez pas retirer votre champion maintenant. Il doit concourir. Ils doivent tous concourir. Ils sont liés par un contrat magique, comme l'a dit Dumbledore. Pratique, non ? »

Maugrey avait dû rentrer discrètement à un moment dans la pièce car il se tenait désormais près de la porte. Il se dirigea en claudiquant vers la cheminée où s'étaient rassemblés les champions. Karkaroff, déjà très en colère, se tendit encore plus alors que l'ancien Auror s'approchait de lui.

« Pratique ? dit-il. Je ne comprends pas du tout ce que vous voulez dire, Maugrey.

- Vraiment ? reprit l'homme d'un ton calme. C'est pourtant très simple, Karkaroff. Quelqu'un a mis le nom de Harry dans cette Coupe en sachant très bien qu'il serait obligé de concourir s'il était choisi.

- De toute euvidence, c'euteut queulqu'un qui voulait doubleu leus chances de Potdelart !

- Je suis tout à fait d'accord avec vous, Madame Maxime, dit Karkaroff en s'inclinant devant elle. Je vais porter plainte auprès du ministère de la Magie et auprès de la Confédération internationale des mages et sorciers…

- Si quelqu'un devrait se plaindre, c'est plutôt Potter, contra Maugrey de sa voix rauque. Mais… c'est bizarre… il est le seul que je n'entende pas parler…

- Enfin, c'est insensé ! De quoi se plaindrait-il ? s'écria Fleur Delacour. Il a la chance de pouvoir concourir ! Pendant des semaines, nous avons tous espéré qu'on nous choisirait ! Pour être l'honneur de notre école ! Et pouvoir en plus gagner mille Gallions... Il y en a qui seraient prêts à mourir pour ça !

- Quelqu'un espère peut-être que Potter va en mourir, en effet », dit Maugrey, et dans sa bouche, cela sonnait comme une menace destinée à chacun des sorciers présents dans la pièce.

Severus sentit son estomac se retourner et sa poitrine se serrer. Oh, comme il détestait être d'accord avec Maugrey. Quel meilleur moment pour assassiner Potter, sous haute protection à Poudlard avec les plus grands sorciers de cette génération et Dumbledore lui-même, que de faire passer le meurtre pour un accident lors d'un tournoi déjà réputé pour sa dangerosité ?

« Maugrey, mon vieux..., dit Verpey qui ne tenait pas en place. Qu'est-ce que tu nous racontes ?

- Nous savons tous que le professeur Maugrey considère qu'il a perdu sa matinée si, à l'heure du déjeuner, il n'a pas découvert au moins six complots pour le tuer, dit Karkaroff d'une voix forte, tentant de paraître désinvolte. Et apparemment, il apprend également à ses élèves à redouter les tentatives d'assassinat. Je ne suis pas sûr que ce soit une grande qualité pour un professeur de défense contre les forces du Mal, Dumbledore, mais il faut croire que vous avez vos raisons.

- Alors, d'après vous, c'est moi qui imagine tout ça ? grogna Maugrey. J'ai des visions ? Vous savez bien qu'il fallait un sorcier expérimenté pour mettre le nom de ce garçon dans la Coupe...

- Queulle preuve pouveuz-vous nous apporteu de ce que vous avanceuz ? demanda Madame Maxime d'un ton dédaigneux.

- La personne qui a fait ça a réussi à tromper la vigilance d'un objet d'une grande force magique ! répondit Maugrey. Il faudrait être capable de jeter un très puissant sortilège de Confusion pour embrouiller la Coupe de Feu au point de lui faire oublier que seules trois écoles peuvent participer au tournoi... Je pense qu'on a dû soumettre la candidature de Potter sous le nom d'une quatrième école, pour faire croire qu'il était le seul dans sa catégorie...

- Vous semblez avoir beaucoup réfléchi à la question, Maugrey », fit remarquer Karkaroff d'un ton glacial.

Severus plissa les yeux en regardant Maugrey. Lorsque tous étaient encore à essayer de comprendre ce qu'il s'était passé, si Potter disait la vérité ou non, Maugrey avait déjà trouvé une explication, autant sur les motivations que sur la méthode employée.

Maugrey pouvait-il être le responsable ?

Non, quelle étrange idée, pourquoi Maugrey voudrait-il tuer Potter ? Et pourquoi exposer son plan aussi franchement si c'était le cas ? Mais peut-être l'Auror avait-il repéré la menace avant ce soir. Avait-il surveillé la Coupe ?

Severus avait un coup de retard sur Maugrey et il détestait cela. Il n'avait pas non plus vu venir les exactions des Mangemorts à la coupe du monde de Quidditch. Comment pouvait-il être aussi aveugle ?

« C'est en effet une hypothèse très ingénieuse, reprit Karkaroff. Mais je crois savoir qu'il y a quelques temps, vous vous êtes mis dans la tête que l'un de vos cadeaux d'anniversaire contenait un œuf de Basilic astucieusement déguisé et que vous l'avez réduit en miettes, avant de vous apercevoir qu'il s'agissait d'un réveil de voyage. Vous comprendrez donc que nous ne vous prenions pas entièrement au sérieux...

- Certains profitent des occasions les plus anodines pour parvenir à leurs fins, répliqua Maugrey d'une voix menaçante. C'est mon travail de penser aux moyens qu'emploient les adeptes de la magie noire, Karkaroff... Vous devriez vous en souvenir... »

Karkaroff devint rouge brique, mais avant qu'il ne puisse réagir d'aucune façon, Dumbledore s'interposa :

« Alastor ! »

Il regardait Maugrey, le reproche visible dans sa posture.

« Comment cette situation a-t-elle été créée, nous n'en savons rien, dit Dumbledore en s'adressant à l'ensemble des personnes présentes. Il me semble cependant que nous n'avons d'autre choix que de l'accepter. Cédric et Harry ont été choisis tous les deux pour concourir dans le tournoi. C'est donc ce qu'ils vont faire...

- Meus enfin, Dambleudore...

- Ma chère Madame Maxime, si vous avez une autre solution à nous proposer, je serais enchanté de l'entendre. »

La directrice de Beauxbâtons ne répondit rien et avec effroi, Severus constata que personne n'allait s'opposer à cela. Ils allaient laisser Potter participer au Tournoi des Trois Sorciers. Severus se retint de regarder le garçon directement, car il savait que s'il le faisait, il ne verrait rien d'autre que son regard arrogant et il n'était pas sûr de pouvoir se retenir de l'étrangler directement.

Parce que Potter avait réussi son stratagème, menti devant les membres du ministère de la Magie et les directeurs des écoles de magie les plus prestigieuses, et il s'en tirait avec les honneurs, encore une fois. Parce que, par pure effronterie, il mettait sa vie en danger quand tous essayaient de le protéger, comme il y a quelques mois devant le loup-garou, les années précédentes face au basilic et au Seigneur des Ténèbres lui-même, juste pour prouver qu'il en était capable. Parce que ses précédentes expériences l'avaient convaincu de son invincibilité, parce que personne ne l'avait puni pour ses actes inconscients.

Car c'était Potter qui avait mis son nom dans la Coupe de Feu. Il ne pouvait en être autrement. Et si Severus se le répétait, ce n'était pas parce qu'il avait besoin de s'en convaincre. Il savait que Potter mentait. S'il disait la vérité, qui l'aurait fait ? Et surtout, pourquoi ? Il y avait une raison, que Maugrey avait si bien formulée, mais il refusait de la croire.

Quelqu'un voulait tuer Potter.

Mais c'était impossible. Quel plan hasardeux, si c'en était un.

Potter mentait. C'était tout.

- Harry Potter -

Harry vivait la nuit.

C'était ridicule, il ne devrait pas rythmer sa vie selon les possibles venues de Severus, pourtant, il ne pouvait s'en empêcher. Il savait que Severus ne se libérait qu'après le dîner et le temps qu'il finisse ses obligations, il était rarement là avant minuit.

Les soirs où il était là.

Harry savait qu'il viendrait après le dîner d'Halloween. Il l'attendit en prétendant lire un magazine, le feuilletant sans grande conviction.

Il était bien tard lorsque Severus entra sans frapper. Depuis le salon, Harry le vit se diriger vers la chambre, s'arrêter en chemin, remarquer la lumière dans l'autre pièce, le voir enfin, et se diriger vers lui, l'expression fermée et haineuse. Il l'attrapa par les épaules, approcha son visage du sien et, nez à nez, lui demanda :

« As-tu mis ton nom dans la Coupe de Feu ? »

Harry essaya de reculer, mais il était déjà plaqué contre son fauteuil. L'haleine chargée d'alcool de son partenaire le fit grimacer. Il le repoussa fermement.

« Non.

- Ne sois pas stupide. Je comprends pourquoi tu as menti à Dumbledore et devant les autres, mais tu n'as pas besoin de me tromper.

- J'ai dit la vérité à l'époque, comme maintenant », répondit sèchement Harry.

Severus croisa les bras, une grimace dédaigneuse sur les lèvres.

Il ne le croyait pas.

Harry se leva, une douleur vicieuse lui tordant les entrailles. Déjà à l'époque, rares étaient ceux qui l'avaient cru. Il avait tenté de ne pas s'en préoccuper. Depuis qu'il était entré à Poudlard, les rumeurs l'avaient calomnié avec une régularité qui s'approchait du pendule. Cela avait été dur, à chaque fois, mais il avait ses amis pour le soutenir et atténuer la violence des médisances.

Mais lorsque vos proches vous traitaient de menteur… À l'époque, c'était Ron qui lui avait tourné le dos, et pendant des semaines il l'avait ignoré. Cela remontait à plus de vingt ans et pourtant, la douleur était toujours là.

Pourquoi ? Il était adulte maintenant, il avait bien plus souffert par ailleurs – le monde sorcier tout entier l'avait traité de menteur lors du retour de Voldemort – et pourtant cette blessure se rouvrait encore. Il lui avait pardonné depuis bien longtemps, c'était Ron, comment pouvait-il lui en vouloir ? Avec le recul et les années de maturité, il comprenait même pourquoi son meilleur ami avait réagi ainsi – Hermione l'avait déjà compris à l'époque.

Pourtant. Cette petite pointe de douleur resterait probablement toujours. Il n'était rien sans ceux qu'il aimait, sans leur confiance.

Harry serra les poings, se redressa et enfonça la boule qui lui nouait la gorge au plus profond de lui.

« Ne me fais-tu pas confiance après toutes ces années ? T'ai-je déjà menti sur le futur ?

- Bien sûr que tu m'as menti, répliqua Severus.

- Non ! » hurla Harry, blessé plus qu'il ne le devrait par cette mauvaise foi, plantant un doigt accusateur dans la poitrine de Severus. « J'ai refusé de répondre, je ne t'ai dévoilé que des parties de vérité, mais JAMAIS, jamais je ne t'ai menti sur le futur. »

Severus ouvrit la bouche, prêt à répliquer sur le même ton, mais il dut lire quelque chose sur le visage de Harry, car son visage se décomposa et c'est d'une voix très basse qu'il répondit :

« Je sais. Mais si ce n'est pas toi, il s'agit de quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui essaie de te tuer. »

Harry soupira. Comme Ron, Severus ne voulait pas le croire, parce que la vérité était trop dure à entendre.

« Mais tu sais qu'il a échoué. »

Severus lui jeta un regard incertain.

« Et si on se trompait ?

- Tu veux dire, si la jeune version de moi mourrait maintenant ? J'ignore seulement si c'est possible.

- Admettons que cela le soit, insista Severus.

- J'imagine que je mourrais aussi.

- Ou alors, ton existence disparaîtrait. Tout ce que tu as fait ces dernières années serait effacé, tous les souvenirs que je pourrais avoir de toi disparaîtraient dans le néant, comme s'ils n'avaient jamais été. »

Harry sourit doucement, presque précautionneusement.

« Tu ne ressentiras pas l'absence, tu n'aurais pas à t'attrister de ma mort, si tu ne sais même pas ce qu'il manque. »

Au regard dévasté que lui lança Severus, Harry sut que ce n'était pas ce qu'il aurait dû dire. Son sourire devint amer : il aurait dû s'en douter, pour un homme qui se complaisait tant dans ses douleurs passées, à lécher ses plaies des années durant.

« Quelles que soient les souffrances à venir, murmura Severus, elles valaient chaque moment que j'ai vécu avec toi. Je ne veux pas être l'homme qui ne t'a pas connu. »

Cette déclaration, pour un homme si réservé, prit Harry de court. Tout ce qu'il parvint à faire, fut de l'embrasser avec douceur :

« Je ne laisserai pas cela arriver, assura-t-il contre ses lèvres. Fais-moi confiance. »

- Severus Rogue -

« Severus, Minerva, pourrez-vous venir dans mon bureau après le dîner ? »

Severus releva la tête de son assiette, fronçant les sourcils devant le ton poli et mesuré de Dumbledore. Il acquiesça, faisant une croix sur son programme de la soirée : préparer ses classes, corriger quelques copies et se coucher tôt – il n'avait dormi qu'une poignée d'heures la nuit dernière. Une légère migraine l'avait poursuivi toute la journée. Après le festin de la veille, Severus avait bu plus que de raison avant de se rendre chez Harry, en colère et ivre. Leur dispute apaisée, ils avaient couché ensemble avec une passion qui les avait désertés depuis quelques années, comme s'ils se redécouvraient. Ils avaient longuement parlé, sous le couvert de la nuit.

Lorsque Severus entra dans le bureau du directeur, Minerva était déjà assise et affichait un air préoccupé. Le visage de Dumbledore était toujours aussi impénétrable, mais il y avait une certaine solennité dans son attitude qui indiquait la gravité du sujet.

« Nous devons comprendre ce qu'il s'est passé hier soir », annonça Dumbledore en croisant les mains devant lui.

Minerva jeta un regard à Severus, le défiant de dire quelque chose, mais il garda sa bouche close. Il savait désormais que ce n'était pas Potter qui avait mis son nom dans la Coupe de Feu.

« Était-il réellement nécessaire d'accepter Potter dans la compétition ? demanda Minerva avec sévérité.

- Nous en avons déjà parlé, les règles magiques sont immuables.

- Pourtant quelqu'un est parvenu à les modifier pour inscrire Potter, remarqua Severus avec mordant.

- En effet, et je pense la théorie d'Alastor plausible. J'ai discuté avec lui ce matin. Il m'a donné matière à réflexion.

- Albus, vous devez avoir une idée du responsable ! » s'exclama Minerva.

L'inquiétude était nettement percevable dans sa voix mais Dumbledore ne fit rien pour l'apaiser :

« C'est pour cela que je vous ai convoqués. Peut-être avez-vous quelques idées qui auraient pu m'échapper.

- Cherchons l'objectif et nous trouverons qui est l'auteur », répondit amèrement Severus.

Un silence tendu suivit, où aucun n'osait prononcer à haute voix ce à quoi ils pensaient tous.

« Alasator aurait raison ? Quelqu'un essaye de le tuer ? suggéra enfin Minerva avec incrédulité. Encore ?

- C'est en effet une occasion en or, grogna Severus en songeant aux épreuves des précédentes tournois, plus terribles les unes que les autres.

- Nous devons tout annuler », déclara abruptement Minerva.

Severus approuva d'un hochement de tête. Depuis la rentrée, il y avait bien trop de monde, entre Maugrey qui le surveillait, Croupton qui le regardait pensivement à chaque fois qu'ils se croisaient et Karkaroff qui se tenait, pour l'instant, à distance prudente. S'il pouvait se débarrasser de Karkaroff et Croupton, voir même de Verpey dont les manières l'horripilaient, il se sentirait déjà plus libre.

Mais Dumbledore secoua la tête avec regret.

« Nous ne pouvons pas faire cela. La Coupe de Feu est une occasion inestimable de nous rapprocher de nos voisins. Nous voguons vers des temps troublés et nous devons resserrer nos liens avec...

- Oh, l'interrompit Severus avec mordant, parce que vous pensez que si le Seigneur des Ténèbres revient, Durmstrang s'empressera de combattre à nos côtés, grâce à la Coupe de Feu ? »

Minerva émit un bruit réprobateur avec sa langue mais il ignorait si c'était parce qu'il avait coupé la parole au Directeur ou si elle approuvait son point de vue. Dumbledore éluda sa tirade d'un geste de la main :

« Nous avons mis toutes les dispositions en place pour que tout soit sécurisé pour les candidats. Nous redoublerons de vigilance pour que Harry ne risque rien.

- Tout comme tout avait été mis en œuvre pour empêcher les enfants de s'approcher du second étage et de la pierre philosophale », asséna la directrice de Gryffondor.

Severus se retint de laisser transparaître ses émotions, mais il était surpris de la virulence des propos de sa collègue. Minerva en voulait toujours à Dumbledore d'avoir mis les élèves en danger pour quelque chose qui ne concernait pas Poudlard.

« Et comme tout avait été mis en place pour empêcher Lupin d'attaquer les élèves et le personnel », ajouta Severus puisqu'ils en étaient à répertorier les erreurs du directeur.

Une nouvelle fois, le vieil homme balaya leurs arguments d'un mouvement du poignet et Severus serra imperceptiblement la mâchoire : Dumbledore suivait ses propres desseins.

« Nous nous éloignons du sujet. Nous cherchons à trouver qui voudrait tuer Harry. »

Severus aurait voulu continuer à discuter de la sagesse relative des choix de Dumbledore, mais Minerva accepta la distraction:

« Karkaroff ? » hasarda-t-elle.

Severus grogna et ses deux collègues se tournèrent vers lui.

« Tuer Potter ne lui apporterait rien et il est trop lâche pour cela. Il a fui à Durmstrang pour être aussi loin que possible des anciens Mangemorts, je doute qu'il veuille avoir quoi que ce soit affaire avec ce qui le rapproche de son ancien Maître. »

Minerva et Dumbledore accueillirent sa réplique par un silence songeur.

« Ce qu'il faut savoir, poursuivit Severus d'un ton professoral, c'est la liste de ceux qui étaient présents à Poudlard ces derniers jours.

- Avec toutes les délégations et les invités, marmonna Minerva avec un regard de reproche à Dumbledore, Croupton, Verpey, Fudge, Maxime, Karkaroff...

- Les professeurs de Poudlard », continua Dumbledore à la surprise de Severus. Au moins il n'occultait personne. « Le conseil d'administration.

- Et les élèves, acheva Severus.

- Vous n'allez pas accuser les élèves ! s'indigna la directrice de Gryffondor.

- Non, répliqua calmement Severus. Aucun élève de Poudlard n'est capable de tromper un objet magique de cette puissance. Mais nous ignorons le niveau des élèves de Durmstrang et de Beauxbâtons. »

Minerva voulut encore protester mais le professeur de potions continua, inflexible :

« Parmi nos collègues, la plupart n'aurait ni la puissance ni l'habilité. Je pense que l'on peut malgré tout garder Maugrey, Flitwick et Sinistra.

- Filius et Aurora, répéta Minerva en roulant des yeux avec dérision.

- Et pour compléter le tableau, poursuivit Severus en haussant la voix, vous et moi, monsieur le Directeur. »

Severus se demanda un instant si Minerva était vexée de ne pas avoir été mise sur la liste de ceux capables de tromper la Coupe. Severus n'avait jamais rencontré de sorcier plus doué qu'elle en Métamorphose, il savait qu'elle était une duelliste hors pair, une conjureuse habile et qu'elle possédait de solides notions en runes, arithmancie et sorts de soin, mais elle n'était guère douée pour les ensorcellements complexes.

Mais sa collègue le surprit :

« Ce n'est pas vous qui avez mis le nom de Potter dans la Coupe, monsieur le directeur ? »

Severus regarda Dumbledore avec incrédulité, les yeux légèrement écarquillés. Dumbledore était-il capable de cela ? Il avait besoin d'un héros dans sa lutte pour la lumière et il avait toujours encouragé Potter dans ce sens, en lui distribuant de larges quantités de points au lieu de le punir à chaque fois qu'il avait risqué sa vie. Ceci était-il une autre manœuvre de sa part ?

« Voyons, Minerva, bien sûr que non », répondit Dumbledore d'une voix calme comme si elle ne venait pas de gravement l'accuser.

Celle-ci hocha la tête, semblant être convaincue mais Severus lui jeta encore un coup d'œil suspicieux.

« À part Karkaroff, je ne vois pas qui voudrait tuer Potter », reprit Minerva

Severus roula des yeux.

« Les motivations ne manquent pourtant pas. »

Minerva le regarda avec un air profondément choqué sur le visage. Que pensait-elle, que lui aussi voulait la mort du gamin ? Avec une grimace, il explicita sa pensée :

« Le sang d'un l'ennemi est souvent utilisé dans les rituels de magie noire et Maugrey serait assez paranoïaque pour tuer Potter, de manière préventive. Croupton aussi, je suppose.

- Voyons, c'est grotesque ! s' exclama Minerva.

- Vraiment ? interrogea Severus en haussant un sourcil. Certains sorciers n'auront pas de scrupules à assassiner un gamin pour empêcher le retour du Seigneur des Ténèbres. »

Encore une fois, un silence accueillit son assertion.

« Severus, reprit Dumbledore d'une voix douce, si les Mangemorts planifiaient de tuer Harry Potter, seriez-vous mis au courant ?

- Probablement, bien que je ne puisse l'affirmer. Je pense que Malefoy est trop confortablement installé pour tenter quelque chose maintenant, surtout que l'on n'a reçu aucun signe par la Marque des Ténèbres. »

Severus s'arrêta un instant. Devait-il parler des rêves houleux qu'il avait faits cet été, où il s'était réveillé avec cette vague sensation sur l'avant bras ? Il n'y avait guère prêté attention car cela avait commencé après la coupe du monde de Quidditch et il était persuadé que c'était son esprit qui lui jouait des tours, cristallisant ses angoisses.

« Ceci étant, je n'ai toujours pas réussi à savoir ce qu'il s'était réellement passé lors de la coupe du monde de Quidditch et qui a lancé la Marque des Ténèbres dans le ciel. Il ne faudrait pas exclure la possibilité qu'il y ait un nouveau groupe d'adeptes du Seigneur des Ténèbres, qui ne faisaient pas partie du cercle proche lorsqu'il était encore en vie, ou même qui étaient trop jeunes à l'époque. Les figures du passé retrouvent parfois de la popularité… »

Dumbledore hocha la tête, songeur. Minerva reprit la parole :

« Aurait-on pu mettre quelqu'un sous Imperium ?

- J'en doute, répondit Dumbledore. Les sorts qui ont trompé la Coupe de Feu nécessitent une complexité que l'Imperium peut difficilement contrôler.

« Nous sommes donc pour l'instant dans l'impasse, conclut Minerva. Que pouvons-nous faire, Albus ?

- Malheureusement, je crains qu'il va nous falloir observer nos invités attentivement, Durmstrang comme Beauxbâtons. »

Severus hocha la tête. Une vieille amitié liait les Serpentards et l'école de Durmstrang, les espionner ne serait pas trop difficile. Surveiller les Français serait probablement plus difficile, mais Severus connaissait de nombreux sorts pour écouter les conversations à distance. Il suffisait d'espérer que leur carrosse ne soit pas trop protégé.

« J'essaierai de me renseigner, déclara Minerva.

- Une Gryffondor qui joue aux espions », dit Severus avec un reniflement méprisant.

Minerva lui lança un regard perçant plein de déception et Severus regretta presque de ne pas avoir réussi à retenir sa remarque désobligeante. Ces derniers temps, Minerva avait souvent été de son côté. Mais avec la tension qui l'habitait continuellement, Severus avait du mal à mesurer ses mots avec ses propres alliés.

« Dois-je vous rappeler que je suis d'une discrétion toute…féline. »

Severus pencha légèrement la tête, ce qui pouvait le plus se rapprocher d'un geste de contrition.

« Mes excuses Minerva. Je suis sûr que les élèves de Durmstrang seront ravis d'avoir un compagnon qui chassera les rats dans leur bateau. »

Cette dernière leva les yeux au ciel.


N'oubliez pas que les reviews me font vivre ! Encore cette fois-ci, c'est grâce à des adorables reviews (merci Cinderella et Hella Sltytherin, de tout mon coeur) que j'ai pu effectuer les dernières corrections et publier ce chapitre, même des mois après !

Edit : Katymyny si tu lis ces lignes, j'ai bien vu ton premier petit mot, mais tu n'as pas activé les messages privés dans les préférences, ce qui fait que je ne peux te répondre directement ! :o à ma grande tristesse...