Chapitre 40 :
Canardzilla
Quand Drago se retourna, les jumeaux avaient disparu… Ah bah voilà, enfin ! Il ne les avait pas invité pour rien, finalement. Lui qui avait craint, pendant quelques instants que tout de passe normalement (ce qui, dans le cadre d'une soirée mondaine n'est PAS une bonne nouvelle), il avait enfin une excuse pour quitter la fête.
Néanmoins, les règles d'usages étaient très précises et il devrait quitter la pièce sans se faire prendre pour respecter les conventions. Il profita donc d'un rideau pour se cacher et se transforma en fouine pour s'échapper de la salle de réception. De là, il détala dans le couloir et il eut à peine le temps de sauter dans l'un des plus grands vases de la collection de porcelaine de Narcissa avant que la métamorphose ne cesse, cette forme de magie était toujours trop instable.
Il se retourna, le vase vacilla avant de rouler sur le sol. Il marcha, lentement... avec toute la grâce et la distinction d'un sang-pur, surtout pour la partie discrétion de la manoeuvre. Ninja ! Ninja ! Nin...
"Vous avez besoin d'aide, Maître Malfoy ?" demanda Dobby qui apportait les petits-fours sur un plateau.
"Je ne suis pas Monsieur Malfoy, je suis un vase." répondit-il.
"Vous avez besoin d'aide Monsieur Je-suis-un-vase ?"
"Non, pas du tout. C'est juste que je suis coincé..."
Pouf. Dobby claqua des doigts pour le téléporter en-dehors du vase… ou le vase en-dehors de lui, il ne savait plus trop, à ce niveau-là.
"Mer… Rien." dit-il. "Est-ce que t'as vu les jumeaux ?"
Dobby cligna des yeux, resta muet avant que Drago ne se rappelle qu'il n'avait jamais vu les jumeaux.
"Imagines la plus grande explosition de l'univers contenue dans le plus petit garçon de l'univers... et la cinglée qui va avec."
"Oh, ça." répondit Dobby avec un large sourire. "Ils sont charmants, je les ai vu détaler dans un couloir et puis revenir dans un autre et repartir et j'ai cru qu'ils allaient briser le mur du son tellement ils couraient comme des dératés un peu partout... Ils cherchaient un cadeau, je crois."
"C'est exactement eux. Où sont-ils allés ?"
"Ils sont revenus dans la salle de réception à peu près au moment où une fouine a sauté dans ce vase."
"C'est une blague ?!" cria Drago.
"Les elfes de maison ne connaissent pas de blague, Maître Malfoy. Je pourrais en apprendre quelques unes, si vous voulez..."
"Oui, oui, vas-y, fais ça." répondit le sang-pur en l'ignorant totalement.
Il retourna dans la salle de réception, étonné que rien n'ait explosé en son absence : les rideaux n'avaient pas pris feu, les invités n'étaient pas parti en criant et rien de bizarre à déclarer. C'était la soirée la plus chiante de l'année, évidemment que ses amis allaient se comporter le plus normalement possible le seul jour où il aurait pu supporter une petite explosion (tant que ça n'empiétait pas sur sa chambre...)
"Héritiers Black." salua Lucius Malfoy d'une voix doucereuse en s'inclinant trop légèrement. "Quel honneur pour moi de vous accueillir, j'ai cru comprendre que c'était votre première soirée de haut sang. Malheureux que votre tutrice anglaise n'ait pas l'étoffe nécessaire pour vous permettre d'accéder à votre dû. Vous devez être reconnaissants d'être parmi nous ce soir comme il aurait toujours dû en être."
Harry avança son pied pour que Max ne puisse pas sauter à la gorge de celui qui venait juste d'insulter Red et elle s'étala de tout son long. L'énième sursis d'un Malfoy...
"Oiseau de nuit a dit d'attaquer !" se justifia-t-elle après qu'Harry ait effectué les dix courbettes nécessaires avant d'avoir l'autorisation tacite de toucher une femme pour la relever (surtout lui parler discrètement).
"Oiseau de nuit est... perturbé." répondit Harry. "Non, Michael, on ne va pas lancer une grenade. Ni une citrouille. Attends, quoi une citrouille ?! Aaah le fruit ? Mais pourquoi tu veux qu'on lance une citrouille ? … rapport à la grenade ? Euh… Tu sais que les fruits, ça n'explose pas ? Enfin, en théorie. Bah oui, tu trouvais ça bizarre aussi, de lancer un gros fruit. Oui oui. Ah non. Pourquoi ? T'es dingue ou quoi ??? Ma santé mentale va très bien ! Comment ça tout le monde me regarde ? Aaah IRL ?" il releva la tête.
Toutes les conversations s'étaient arrêtés et tout le monde le fixait avec la plus grande politesse hostile et il ignorait si ces sangs-purs avaient une notion pacifique des usages et coutumes.
Il les rassura :
"Ne vous inquiétez pas, je parlais avec mes hallucinations."
"Oh, c'est incroyable." s'écria joyeusement un homme habillé avec un horrible costume hésitant entre le jaune moutarde et le vert olive (qu'on nomme plus communément caca d'oie). "Tant de folie... vous devez au moins avoir le sang-pur depuis huit générations !"
"Parfois, je parle avec mon oreiller... et il me répond en langue des signes, alors du coup, j'ai dû apprendre le braille mais ça pique ! C'est comme ça que j'ai commencé à prendre des cours de poterie."
"Diantre ! Que dis-je huit générations, vous devez être le rare descendant de l'immaculée conception magique originelle… Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour cette offense."
Alors qu'Harry allait ne pas l'excuser pour l'offense qu'il n'avait, de toute manière pas vraiment compris et avant qu'il n'ait pu se mettre une partie des sorciers présents à cette fête à dos, Lucius Malfoy coupa court à leur conversation dans un éclat de génie ou de folie ou des deux.
"Harry Black, vous devez connaître Monsieur Beurk, ici présent… ou n'avez-vous jamais été introduit ?"
"Je n'ai jamais eu ce plaisir." répondit-il d'une voix froide.
Oiseau de nuit n'avait pas pu prédire cette évidence… Harry se retrouvant nez-à-nez avec Lord Beurk, c'est-à-dire…
"Vous êtes le père d'Harold Beurk ?" demanda-t-il.
Il attendit, un doigt prêt à effleurer sa baguette-lame secrète. S'il était suffisamment rapide, il pourrait envoyer l'arme à la gorge de cet horrible homme à la vue de tous sans que personne ne puisse en être témoin, il s'était entraîné à envoyer sa lame au-delà des vitesses de perception. Ensuite, il n'aurait plus qu'à lancer un sort avec la baguette préalablement plantée dans le corps… et paaaf ! de la giclée de sang-pur pour le petit-déjeuner. C'était un bon plan.
"Vous connaissez Harold ?" demanda le Lord, intrigué.
Il s'était préparé à toutes les insultes, pas une simple question.
"Oui." répondit Harry.
"Oh, me voilà rassuré. J'étais terriblement inquiet, le pauvre garçon a fait une fugue et nous n'avions plus aucune nouvelle…"
"Qu… Comment ?"
"Dans quelles circonstances l'avez-vous rencontré ?"
Harry aurait totalement pu le manipuler, à partir de là en lui faisant comprendre qu'il savait que "le pauvre garçon" était en réalité un cracmol, dévoilant la vérité aux yeux de tous. À partir de là, l'homme aurait forcément nié qu'il s'agissait de son fils pour préserver les apparences et là, là… reprendre la planification de meurtre explicité ci-dessus. C'était un très bon plan.
"Ils sont amis, Harold était parmi nous quand nous achetions nos fournitures pour Poudlard." répondit Lucius Malfoy avec enthousiasme. "J'ose espérer que vous puissiez introduire le jeune Harold Beurk à mon Héritier."
"Bien sûr, j'y compte bien." répondit Lord Beurk à la place d'Harry qui n'était finalement qu'un Héritier. "C'est un très gentil garçon, prometteur. J'ai dû m'éloigner un peu de lui, dernièrement pour des affaires très importantes mais je suis si soulagé d'avoir de ses nouvelles."
Harry ne savait même plus à quel moment appuyer sur la gâchette. Il était... tout perturbé et comprenait enfin l'utilité des formules à rallonge : ne rien dire de consistant et étaler des jolies paraphrases pour étouffer la moindre opinion tranchée qui puisse contredire l'interlocuteur. Très pratique pour ne pas saboter une relation et aussi, étrangement, pour échapper à un meurtre pourtant rudement bien planifié. C'était un si bon plan...
"J'espère qu'Harold ne m'en veut pas d'avoir raté son cadeau de Noël, un problème de hibou postal."
"… et son anniversaire ?" demanda Harry.
"C'est vraiment un gros problème de hibou postal."
"ET LE NOËL D'AVANT ET ENCORE SON ANNIVERSAIRE ET ET..." rajouta Max, hystérique.
"C'est pas vraiment un problème de taille, à ce niveau-là, c'est surtout un problème qui dure." répondit le Sang-pur comme si sa phrase avait un autre but qu'étaler des approximations sur une grande tartine de rien-du-tout. "Mais voici que je manque à tous mes devoirs ! Héritière Black, quel honneur de vous rencontrer. Vous me semblez être toute aussi folle que votre frère, c'est si rare, de nos jours..."
Max oublia de sortir l'un de ses katana préférés, sa planification de meurtre (hautement plus sanglante que celle de son frère) mouru étouffée par des phrases trop alambiquées et un égo démesuré.
"Oh merci, merci à tous. J'aimerai d'abord remercier le dragon albinos bicéphale qui m'a beaucoup aidé à en arriver là et aussi à mon frère qui détruit mes neurones un à un avec son incommensurable conn…"
"Quelle ravissante robe, vous transmettrez mes compliments à votre tailleur."
Comme Max ne comprenait pas qu'on s'adressait à elle (car tout le monde sait qu'elle porte toujours des pantalons... ou des shorts… ou des kimonos… ou… bref, elle ne porte pas toujours toujours des pantalons, juste toujours tout court, façon de parler).
"Miss Black..."
"Oui ?"
"Il est d'usage, sans doute le savez-vous déjà, de nommer son tailleur après un compliment à son égard."
"Euh... Jules, peut-être ? ou Zara, ça dépend. Oh ! Coton Doux !"
"Quels noms incongru." renifla Lucius Malfoy.
"C'est tellement mieux de s'appeler Lumière !"
Drago soupira de bonheur. Il venait de comprendre que Max était embrumée par un sortilège de persuasion, ce qui expliquait sa robe. Il ne risquait donc pas une invasion de canardzilla et il n'irait pas dépenser ses dernières pièces dans la salle informatique pour attendre la fin du monde. Tout. Va. Bien. Pfiou.
Il réalisa un peu trop tard qu'une Max illusionnée était potentiellement une Max désillusionnable… ce qui entraînerait une destruction du Manoir (et sa chambre, qui va avec).
"Robe ? Robe ? C'est quoi cette histoire de robe ???" dit-elle enfin.
Harry regarda Drago, Drago regarda Harry et ils attendirent tous les deux une réaction de l'oiseau de nuit mais il était resté sur "Faites-lui égorger des chaussons jusqu'à ce que mort s'en suiiive ! Pour la gloire de Red !!! Qu'il meure ! Brûlez tout !!!" et ce n'était pas ça qui allait les aider à ne pas faire tourner cette soirée en catastrophe (c'est à dire en explosion).
"C'est une catastrophe..." soupira Harry.
"Je n'ai plus qu'à appliquer le code d'urgence Numéro 63, n'est-ce pas ?" demanda Drago.
"Le... code d'urgence Numéro 63 ?" répéta Harry.
"Oui, le code d'urgence Numéro 63 : Max est déguisée en fille."
"Max EST une fille."
"Oui, enfin… on se comprend."
Drago fouilla ses poches, fronça les sourcils et chercha dans la couture d'or de sa veste avant d'en sortir une petite-patate-licorne rose en plastique qui couine.
"C'est... un jouet pour chien ?!"
"Maaax…" dit Drago. "Regarde ce que j'ai là pour toi."
Max releva un visage écarlate prêt à exploser et… s'assit au sol en secouant la tête.
"Tu veux la jolie petite-patate-licorne ?"
"Ouaf !"
"C'est pour qui la jolie petite-patate-licorne ?"
"Ouaf ! Ouaf !"
"Vas chercher !"
Il envoya le jouet à travers la pièce et Max bondit sur le buffet, renversa le champagne qu'Harry rattrapa en un claquement de doigt après quoi il se demanda ce que ça ferait d'y rajouter un oeil de salamandre... Couic-couic, Max mordilla son jouet avant de se rendre compte de l'imminente explosion de potion provoquée (bien sûr) par son frère et elle rajouta un bout de queue d'axolotl pour couper la réaction en chaine qui aurait explosé la Salle de Réception.
"J'ai réussi !" cria Drago. "Yeah Yeah !"
"Héritier Malfoy, ce comportement est inacceptable." gronda Lucius Malfoy, furieux. "Tu me fais honte devant tous mes invités, c'est un scan…"
"Oooh waaah, les Black sont vraiment aussi incroyables qu'on le dit." souffla quelqu'un.
"Oui, oui, ils sont aussi fous qu'un sang-pur devrait l'être avec un soupçon de génie en plus qui malheureusement devrait s'éteindre à la génération suivante."
"Ce sont des perles si rares, ça n'arrive qu'une fois avant que leurs descendants ne finissent tous enfermés dans la branche psychiatrique de Sainte-Mangouste."
"C'est un si grand honneur de rencontrer des sang-purs de cette envergure."
Drago releva le menton d'un air fier et esquissa un sourire mettant au défi son père de continuer son sermons après de telles éloges alors… ce dernier détourna la conversation.
"Il est temps d'ouvrir les cadeaux et nous commencerons par ceux des Black."
Max mâchouillait trop avidement sa licorne en plastique, elle était absolument dé-booor-dée donc Harry prit son cadeau et avança vers Drago Malfoy pour se mettre solennellement à genoux.
"Euh... c'est pas nos rideaux, ça ?!" demanda ce dernier en montrant l'emballage.
"On a fait avec les moyens du bord."
"Je te jure que si tu m'offre un cadeau que t'as déniché dans mon salon, je vais..."
Drago s'arrêta.
"Tu me prends pour quoi ?!"
Harry lui avait offert le poignard qu'il gardait toujours dans sa chaussure. Il avait fait avec les moyens du bord mais c'était un très beau poignard.
"C'est une marque de confiance, d'offrir une arme à un ami." dit Drago en prenant le poignard dans sa main. "Et t'as une tâche sur le front, c'est très disgracieux."
Harry échangea un regard avec Max. Encore une fois, le sort qui camouflait la cicatrice perdait en efficacité. Pourquoi maintenant ? Est-ce que ça avait un lien avec un sentiment de confiance mutuelle ? Peut-être...
"Je suis très heureux que mon cadeau te plaise, tu ne seras pas déçu de celui de Max."
Ils ne risquaient rien, c'était plus ou moins le même… voir carrément, le même. Drago s'empressa de se débarrasser des bouts de rideaux qui cachaient le cadeau et s'arrêta net.
"Oooh…" prononça l'assemblée d'une même voix.
"Mon cadeau est mieux que le tiens ! Haha !" cria Max. "C'est... euh... à peu près le même poignard mais je te jure que le miens, il est mieux."
"Comment oses-tu…" murmura Drago, l'air maladif.
"Je suis très heureux que l'union se concrétise." répondit Lucius Malfoy.
"L'union ?!" répéta Max.
"Je croyais qu'offrir une arme était gage de confiance." dit Harry.
"Évidemment, c'est le cas entre deux hommes. Lorsqu'une femme offre une arme à un homme, elle lui demande de couvrir ses arrières."
"Waaaw… L'homophobie est étouffée par le sexisme, je ne sais même pas ce qui est le pire." hésita Harry.
Pendant que Drago cherchait un moyen d'étriper Max, toute la salle se mit à applaudir très chaleureusement à la santé des futurs époux…
Joyeuse Cérémonie et Bonne Année !
-Fin du 40ème chapitre-
…à suivre…
