Je vous remercie tous pour vos très nombreux et très enthousiastes retours ! J'ai été très émue ! (Merci Melissa pour ta review, je suis très touchée et très heureuse !)

Merci à Zephineange, dont l'amour pour la poésie classique a été particulièrement utile pour ce chapitre !

Comme pour le chapitre précédent, il y a des passages entièrement empruntés au tome 4, je ne prétends pas avoir écris ces dialogues ! Je n'ai pour autant pas réécris toutes les scènes où Harry interagit avec Rogue dans les livres, mais je vous invite à, lorsque vous relire le livre, avoir une petite pensée pour cette histoire. Notamment le cours de potions dans le chapitre « le retour de Patmol », qui j'espère apparaîtra comme la continuité du Rogue de ce chapitre… :p

Ce chapitre est presque deux fois plus long que la taille habituelle, mais je ne me voyais pas le couper… Bonne lecture !


Épreuves


Severus Rogue –

Potter allait mourir.

Severus en acquit la certitude en l'observant avec horreur lors de la première tâche, alors qu'il enchaînait loopings et vrilles devant le Magyar à pointes sous les cris déchaînés de la foule. L'énorme dragonne noire tendait son cou afin de suivre les circonvolutions du garçon, si petit face à cette énorme tête dont la gueule s'ouvrait béante pour cracher des jets de flamme mortels.

Potter allait mourir. Oh, pas aujourd'hui, pas face à ce dragon, Harry avait au moins réussi à le rassurer sur ce point. Il ne pouvait pas empêcher une pointe d'inquiétude, mais il était probablement plus serein que certains de ses collègues assis dans les tribunes et la centaine de spectateurs inquiets. Quelques rangs devant se tenait Minerva, les mains sur la rambarde, les jointures blanchies à force de trop la serrer à chaque passage de Potter. À ses côtés, Dumbledore semblait paisible, son profil n'affichant aucune trace de peur. Est-ce que lui aussi se rattachait-il à la certitude que Potter s'en tirerait vivant ou avait-il effacé de sa mémoire sa rencontre avec le Harry du futur ?

Sur le terrain, Potter fondit sur le Magyar avant de remonter en chandelle, n'échappant pas tout à fait à un coup de queue hérissée de pointes. Il était trop loin pour voir si la blessure était sérieuse et il préféra détourner le regard complétement.

Plus loin, Karkaroff regardait l'épreuve avec avidité. Ce regard intense et fiévreux, était-il dû à la soif de sang et de violence qui le caractérisait lorsque Severus l'avait connu, ou espérait-il vraiment que Potter meure ? À ses côtés, Maxime paraissait détendue, assez peu concernée par la sécurité du gamin. Espérait-elle un accident qui prouverait que Potter n'avait rien à faire dans ce tournoi ? Trop de questions étaient laissées sans réponse. Il ne parvenait pas à les cerner.

Une partie de ses collègues de Poudlard assistait au spectacle comme à un match de Quidditch dont la seule particularité aurait été d'avoir remplacé quelques joueurs par un dragon. Ils criaient et poussaient des soupirs de soulagement à l'unisson avec le public.

La pensée qu'il tentait d'occulter revint avec force : Potter ne survivrait pas à cette guerre.

Les champions avaient établi des plans perfectionnés pour parvenir à voler l'œuf d'or, avec une telle promptitude qu'ils semblaient tous déjà savoir ce qui les attendait. Diggory avait tenté de faire une diversion en transformant une pierre en chien – une réussite qui aurait été presque parfaite si la dragonne n'avait pas changé de cible au dernier moment –, tandis que les élèves de Beauxbâtons et de Durmstrang avaient tous deux affaibli directement leur dragon – la jeune Delacour avait lancé un sortilège assez puissant pour l'endormir et Krum l'avait attaqué directement à son point faible, les yeux.

Potter était le seul à avoir mis au point une stratégie où il était lui-même l'appât.

Quel genre de sorcier, se retrouvant face à un monstre de plusieurs mètres de haut, la queue hérissée de pointes, la gueule bardée de crocs et crachant du feu, penserait qu'il fallait s'agiter devant lui pour l'attirer ailleurs ?

Un Gryffondor, bien sûr.

Il connaissait ce trait de caractère chez l'adulte. Mais il ne s'était pas rendu compte à quel point il était enraciné dans son essence. Le Harry qu'il connaissait était plus réfléchi et mesuré, mais Severus ne doutait maintenant plus un instant qu'il sacrifierait sa propre vie pour sauver des inconnus sur le champ de bataille.

Et il ne pourrait rien y faire.

Ce sentiment d'impuissance ne le quitta pas tout à fait, même lorsque l'épreuve fut terminée, plaçant Potter à égalité avec Krum. Ce malaise persista les semaines suivantes et lorsqu'il parvint enfin à en faire part à son compagnon, celui-ci le regarda un long moment avant de lui répondre :

« Je sais que je n'ai pas le droit de mourir. »

Severus sentait qu'il brûlait d'envie de lui en révéler plus, mais qu'il tiendrait sa langue. Pour une fois, Severus ne le poussa pas. Il s'était exceptionnellement absenté de Poudlard pour l'intégralité du week-end et ils passaient une bonne soirée après un copieux repas préparé par Harry. Severus avait conscience que ces moments étaient trop rares ces derniers temps pour en gâcher un avec une dispute.

Le mois de décembre arriva avec l'annonce du bal de Noël et Severus constata avec désarroi le nombre croissant d'élèves désirant rester pour les vacances d'hiver. Était-il condamné à ne jamais avoir un peu de paix ? Il aurait voulu profiter que le château soit plus calme pour espionner les délégations de Beauxbâtons et de Durmstrang.

Il dut cependant se résigner à se préparer pour le bal de Noël lorsque le 25 décembre arriva. Il détestait ce type d'événement, mais tous les professeurs devaient être présents pour encadrer les élèves. Lors d'une réunion préalable, ils avaient établi des règles strictes afin de contenir les débordements.

Celles-ci auraient pu fonctionner, si ses collègues avaient rempli leur rôle. La soirée était déjà bien avancée lorsque Severus constata qu'aucun n'était à son poste. Les adolescents, fidèles à eux-mêmes, les hormones en folie, l'ivresse dans le sang et l'insouciance dans la tête, s'éparpillaient dans le château et le parc, malgré le froid, semant le chaos derrière eux.

Les autres professeurs semblaient être eux aussi retombés dans l'adolescence. Il avait vu Chourave et Sinistra rougir comme des bécasses, les joues échauffées par la Bièraubeurre. Minerva dansait sur la piste de danse avec, excusez du peu, l'un des jumeaux Weasley. Qui savait ce que préparait l'autre pendant ce temps ? Hagrid avait disparu depuis quelques temps avec Madame Maxime et Severus devait être le seul, avec Rusard peut-être, à encore effectuer des rondes régulièrement.

Les dernières notes d'un riff endiablé s'éteignirent pour laisser place à un morceau plus lent. Des couples se formèrent sur la piste de danse, se rapprochant, s'enlaçant. De la fausse neige tomba du plafond magique, disparaissant avant d'atteindre les danseurs, et une lumière plus douce installa une ambiance plus romantique, à vomir.

C'était plus que ce que Severus était prêt à supporter. Du coin de l'œil, il vit Karkaroff sortir de la Grande Salle. Il laissa passer quelques minutes avant de le suivre. Il avait cru devoir chercher pour le retrouver, mais Karkaroff l'attendait dans le hall. L'homme l'accosta aussitôt, tirant nerveusement sur son bouc.

« Severus, nous devons parler. »

Plusieurs fois ces dernières semaines, Karkaroff semblait avoir été sur le point de lui parler, mais il s'était toujours ravisé. Severus avait jugé plus efficace de le laisser venir par lui-même, tout en affichant dès qu'il le pouvait sa haine pour Potter. Ce dernier point n'était guère difficile. Si Karkaroff essayait réellement de tuer le gamin, Severus devait apparaître comme un potentiel allié afin de le démasquer. Au pli soucieux qui lui barrait le front, ses plans ne se déroulaient pas comme il le souhaitait.

« Karkaroff », grogna Severus, l'entraînant à sa suite dans le parc.

Severus s'engagea à grands pas dans les allées qui avaient été dressées pour l'occasion. Une fée lumineuse vint voleter quelques instants autour d'eux, mais Karkaroff la chassa d'un coup de baguette. Elle partit se cacher dans un massif aux grosses fleurs bleues en poussant un sifflement outré.

« Je n'avais jamais eu l'intention de revenir au Royaume-Uni, marmonna Karkaroff, comme pour se justifier.

- Partir en premier lieu a très bien réussi à ta carrière. Qui l'aurait cru, que de tous les Mangemorts aux petites ambitions, tu sois celui qui finisse directeur d'une des plus prestigieuses, bien que controversée, écoles de Magie. »

Severus ne précisa pas de magie noire. Il y avait des éléments qu'il était de bon ton de ne pas dire à haute-voix.

« J'ai travaillé dur pour en arriver là. Maintenant, c'est moi qui dirige. Je ne suis plus un laquais qui exécute les ordres en espérant récupérer quelques miettes de pouvoir. »

Karkaroff s'interrompit, prenant peut-être soudainement conscience du mépris dans son ton et de l'insulte implicite qu'il faisait à Severus.

« Tout cela pour dire que je ne suis pas prêt à retourner en arrière.

- Pourquoi retournerais-tu en arrière ? Si c'est Maugrey et Croupton qui t'inquiètent, c'est que tu n'es pas aussi intelligent que je le croyais. Ils peuvent fouiner, menacer, mais ils n'ont aucun…

- Ce n'est pas d'eux dont je parle », siffla Karkaroff en s'arrêtant brutalement.

Il le saisit par l'avant-bras, ses doigts s'enfonçant là où se trouvait la Marque des Ténèbres sous le tissu. Karkaroff planta son regard dans le sien, ses yeux brillant légèrement à la lueur des lanternes flottantes.

« C'est de Lui dont il est question. »

Severus se dégagea brusquement, un poids lui tombant dans l'estomac. Il ne s'était pas attendu à cela. Depuis quelques semaines, il avait ressenti plusieurs fois des petites douleurs dans son tatouage de la Marque des Ténèbres, mais il les avait associées aux douleurs psychosomatiques d'un membre fantôme, réveillées par la présence de Karkaroff et de Maugrey, des évènements de l'été dernier.

« Quand je suis arrivé en octobre, j'ai cru que la marque était plus nette car j'étais plus proche de lui, qu'il était en Ecosse. Mais c'est faux. Je le vois à ton regard, toi aussi tu as remarqué que quelque chose changeait. »

Sa marque s'était assombrie. Severus fut frappé de constater avec quelle force le déni l'avait empêché d'y songer mais il ne pouvait désormais plus échapper à cette réalité. Le Seigneur des Ténèbres était quelque part, retrouvant une partie de son ancienne puissance.

Severus reprit sa marche, sortit sa baguette et repoussa de son chemin l'un des buissons aux immondes fleurs roses afin de masquer son trouble. La panique dans le regard de l'ancien Mangemort semblait sincère et une légère poussée de Legilimancie informulée lui donna une bonne idée de son inquiétude.

Karkaroff n'avait aucune envie de voir leur maître revenir. Si c'était le cas, Karkaroff ne cherchait pas à tuer Potter. S'était-il trompé ?

Karkaroff avait-il inscrit Potter au Tournoi des Trois Sorcier, non pas pour le tuer, mais pour évaluer ses capacités ? Celui qui avait réussi à vaincre le Seigneur des Ténèbres ne devait-il pas être un futur grand mage noir ? Severus avait déjà entendu plusieurs fois cette théorie parmi les anciens mangemorts. Karkaroff voulait-il faire de Potter un de ses disciples ? Si c'était le cas, il n'y avait guère d'inquiétude à avoir. Il n'y avait pas une once de magie noire dans Harry Potter, même vingt ans plus tard.

Karkaroff perdit soudainement tout intérêt aux yeux de Severus. Le directeur de Durmstrang n'était pas un fidèle du Seigneur des Ténèbres, il était un traître, quel que soit le camp dans lequel il se plaçait. Il ne fallait pas que Severus soit vu en sa présence, pire, à fraterniser avec lui.

« Je ne vois aucune raison de faire tant d'histoires, Igor.

- Severus, tu ne peux pas faire comme s'il ne se passait rien ! Depuis plusieurs mois, on la voit de plus de plus en plus nettement. Je commence à être très inquiet, je dois l'avouer.

- Alors, prends la fuite. Va-t'en. Je trouverai une explication pour justifier ton absence. Moi, en tout cas, je reste à Poudlard. »

D'un autre coup de baguette, il écarta deux autres buissons. Des cris aigus en surgirent et il se retint de les ensorceler immédiatement. Un jeune garçon et une jeune fille se relevaient précipitamment, tentant désespérément d'être plus présentables tout en s'enfuyant. Il n'eut pourtant aucun mal à reconnaître les deux élèves.

« Dix points en moins pour Poufsouffle, Faucett ! éructa-t-il. Et également dix points en moins pour Serdaigle, Stebbins. »

Il les regarda avec dégoût courir dans le parc, leurs robes de soirée à la main. Puis, il reporta son attention sur le chemin et croisa le regard de la dernière personne qu'il désirait voir de la soirée : Potter, accompagné de son acolyte rouquin.

« Qu'est-ce que vous faites-là, tous les deux ? »

Il admettait maintenant en son for intérieur que, peut-être, l'une des raisons pour laquelle il avait fui la salle de bal était pour ne pas risquer de voir de nouveau Potter danser. Il y avait été forcé lors de l'ouverture du bal. Severus n'avait pu détacher son regard du garçon maladroit qui évoluait sur la piste de danse.

Il arrivait désormais à dissocier presque toujours les deux Harry Potter dans son esprit, mais là, soudainement, il avait été frappé de constater à quel point Potter grandissait et ressemblait de plus en plus à l'homme qu'il côtoyait.

C'était un adolescent désormais, certainement pas encore adulte, mais plus vraiment un enfant. Il perdait ses rondeurs de l'enfance, ses traits s'affinaient et se masculinisaient tout en même temps, avec un résultat mitigé. Tous les adolescents passaient par cette phase, avec plus ou moins de chance, et Potter n'était pas le plus mal loti à ce niveau.

Pourtant, le jeune garçon ne ressemblait en rien à Harry. Il paraissait emprunté dans sa robe de bal d'adulte, si maladroit alors qu'il dansait avec sa cavalière. Il n'avait jamais vu Harry danser, mais il l'imaginait le faire avec autant d'assurance que lorsqu'il se battait, enchaînant les pas comme il enchaînait les sortilèges. À la place, il avait dû regarder cette parodie de valse, Potter écrasant avec régularité les pieds de sa petite amie.

Sa petite amie.

Il n'était pas jaloux d'une gamine de quatorze ans, ce serait ridicule. Mais il enseignait depuis suffisamment d'années pour savoir que c'était à cet âge que les adolescents commençaient à s'intéresser à ce qu'il se passait dans le dortoir en face du leur. Il n'était pas sûr de savoir comment gérer les émois amoureux du gamin - cela restait un gamin - surtout que le connaissant, ce serait probablement affaire publique dans Poudlard.

Il avait l'impression d'être un vieux pervers à songer ainsi à la vie sexuelle de l'un de ses élèves et cela ne fit que rajouter une autre couche de sentiments conflictuels, mélange de dégoût et de colère.

« On se promène, répliqua Weasley d'un ton sec. Ce n'est pas interdit que je sache ?

- Eh bien, continuez à vous promenez ! » répondit Severus sur le même ton en continuant sa route, avant de faire quelque chose qu'il regretterait.

Karkaroff attendit qu'ils se fussent éloignés avant de reprendre leur conversation comme s'ils n'avaient pas été interrompus, ignorant tout des émotions qui animaient Severus.

« Je vais rester. Mais ne crois pas qu'être sous la protection de Dumbledore te protégera de sa fureur si jamais il revient. Tu verras bien à ce moment-là que la fuite est la meilleure solution. »

Severus grogna pour toute réponse. Il regarda Karkaroff s'éloigner de sa démarche saccadée et hésitante, jetant fréquemment des coups d'œil autour de lui. Cette conversation intéresserait Dumbledore, il lui en ferait un rapport dès qu'il le pourrait.

En retournant dans la Grande Salle, il vit la petite Weasley et Londubat rire à grands éclats dans un coin, et Severus songea que c'était peut-être la raison pour laquelle Potter avait semblé si peu ravi de sa cavalière ce soir.

- Severus Rogue –

Severus releva la tête. Il s'apprêtait à se coucher, ayant déjà enfilé sa chemise de nuit, mais il avait entendu des bruits dans le couloir. Il sortit, l'oreille aux aguets. Le château était de nouveau silencieux, il n'avait pourtant pas rêvé les cris stridents. D'un pas rapide, il remonta les couloirs des cachots, s'arrêtant net en passant devant son bureau. La porte, qu'il laissait toujours fermée et verrouillée par un sort, était entrouverte. Un fin liseré de lumière filtrait par l'ouverture. Severus poussa la porte sans un bruit. Quelques torches étaient allumées et la porte du placard à ingrédients n'était pas fermée.

Quelqu'un était venu fouiner dans son bureau. L'intrus était peut-être encore dans les couloirs du château, il pouvait le rattraper.

Il remonta les escaliers jusqu'au hall, où il n'eut pas à chercher longtemps. De la lumière et une voix provenaient du premier étage. Il prit les escaliers, jusqu'à apercevoir Rusard, une lanterne dans une main, un œuf doré – l'un de ceux que les candidats au Tournoi des Trois Sorciers avaient dû voler aux dragons – dans l'autre main. Sa chatte, comme toujours, rôdait sur ses talons.

« Rusard ? Qu'est-ce qui se passe ? »

- C'est Peeves, professeur, murmura Rusard d'un ton hargneux. Il a jeté cet œuf dans l'escalier. »

Severus monta les marches, réfléchissant à toute vitesse tout en regardant l'œuf en or. Les deux évènements devaient être liés.

« Peeves ? dit Severus d'une voix pensive et menaçante. Peeves n'aurait certainement pas pu s'introduire dans mon bureau...

- Cet œuf était dans votre bureau, professeur ?

- Bien sûr que non, répliqua sèchement Severus. J'ai entendu des coups et des cris...

- Oui, professeur, c'était l'œuf...

- Je suis venu voir ce qui se passait...

- Peeves l'a jeté dans l'escalier, professeur...

- Et quand je suis passé devant mon bureau, j'ai vu que les torches étaient allumées et que la porte d'une armoire était entrouverte ! Quelqu'un l'a fouillée !

- Mais Peeves n'aurait pas pu...

- Je le sais bien, Rusard ! le coupa Severus brusquement. Je ferme mon bureau à l'aide d'un sortilège que seul un sorcier a le pouvoir de briser ! »

Severus scruta l'escalier. Les torches projetaient leurs lueurs mouvantes sur les murs, faisant glisser de l'ombre à la lumière les pierres de l'escalier, mais personne ne pouvait se cacher ici. Pourtant, le responsable de cette agitation ne devait pas être loin. Ils devaient absolument se dépêcher.

« Je veux que vous m'aidiez à chercher ce rôdeur, Rusard.

- Je... Oui, professeur, mais... Il faut bien comprendre une chose, professeur Rogue, c'est que monsieur le directeur sera bien obligé de m'écouter, cette fois. Peeves a volé quelque chose à un élève, c'est peut-être ma chance de le faire renvoyer définitivement du château. »

Rusard ne semblait pas comprendre l'urgence de la situation.

« Rusard, je me fiche éperdument de ce misérable esprit frappeur, il s'agit de mon bureau qui a… »

Il fut interrompu par le bruit caractéristique de la jambe de bois de Maugrey. Severus se figea, sentant l'inquiétude et la colère monter en lui de concert. Il refusait de mêler l'ancien Auror à ses affaires, cela ne lui donnerait qu'une occasion de plus pour fouiner chez lui. Rusard et Severus se retournèrent pour faire face à l'homme. Celui-ci était en habit de nuit comme eux, une cape élimée jetée à la hâte sur ses épaules.

« Alors, on fait une petite balade nocturne ? grogna Maugrey.

- Le professeur Rogue et moi avons entendu des bruits, professeur, dit aussitôt Rusard comme s'il devait se justifier. C'était Peeves, l'esprit frappeur, qui jetait des objets, comme d'habitude et, là dessus, le professeur Rogue s'est aperçu que quelqu'un s'était introduit dans son bur…

- Taisez-vous ! le coupa de nouveau Severus d'une voix sifflante.

- Est-ce que j'ai bien entendu, Rogue ? grogna Maugrey. Quelqu'un s'est introduit dans votre bureau ?

- Aucune importance », répliqua Severus, froidement.

Comme il s'y était attendu, Maugrey sauta sur l'occasion.

« Au contraire, c'est très important. Qui donc chercherait à s'introduire dans votre bureau ?

- Un élève, j'en suis convaincu, répondit-t-il d'un ton nonchalant en essayant de garder son calme. Cela s'est déjà produit dans le passé. Des ingrédients entrant dans la composition de certaines potions ont disparu de mon armoire privée… Des élèves qui essayaient de préparer des mélanges interdits, sans aucun doute.

- Et cette fois aussi, vous croyez qu'il s'agissait de voler des ingrédients ? Vous ne cachez rien d'autre dans votre bureau ? »

Severus sentit son sang ne faire qu'un tour. Oser l'accuser ainsi, si explicitement, devant Rusard qui plus est ! Il tenta de garder sa fureur contenue en lui répondant :

« Vous savez très bien que je n'ai rien à cacher, Maugrey, puisque vous avez vous-même fouillé minutieusement mon bureau.

- C'est le privilège des Aurors, Rogue. Dumbledore m'a demandé d'ouvrir l'œil…

- Il se trouve que Dumbledore me fait confiance. Je refuse de croire qu'il vous ait donné l'ordre de fouiller mon bureau ! »

Lorsque il avait trouvé Maugrey devant son bureau, arguant qu'il allait le fouiller, Severus n'avait pas eu le temps de réagir. Il savait que Dumbledore n'aurait pas laissé une telle chose se faire, mais il avait lu dans l'œil valide de Maugrey que le temps qu'il aille trouver le directeur, Maugrey serait rentré de force dans son bureau. Il n'avait réellement rien à cacher, la plupart de ses livres de magie noire étaient chez lui, masqués par les protège-livres que Harry lui avait offerts. Il n'était pas assez fou pour introduire de tels ouvrages dans Poudlard.

Il avait cependant préféré rester avec Maugrey pendant qu'il fouillait son bureau, au moins avait-il pu limiter les dégâts. Il n'avait pas encore pu discuter avec Dumbledore, mais il savait que même si Maugrey avait menti, il ne recevrait aucune sanction.

« Bien sûr que Dumbledore vous fait confiance, reprit Maugrey. C'est un homme de confiance. Il croit qu'on peut donner une deuxième chance à tout le monde. Mais moi, je dis qu'il y a des taches qui ne s'effacent pas, Rogue. Et qui ne s'effaceront jamais, vous voyez ce que je veux dire ? »

Alors qu'il prononçait ces derniers mots, Severus sentit une douleur dans son bras. Il pâlit, la cachant aussitôt avec sa main, comme si elle pouvait réapparaître et transpercer sa chemise de nuit. La douleur fut brève et aérienne. Elle repartit aussi vite qu'elle était arrivée. Était-ce dans sa tête, une douleur provoquée par les souvenirs que ramenait Maugrey ? Se méprenant sur sa pâleur, l'autre homme éclata de rire :

« Allez donc vous recoucher, Rogue.

- Vous n'avez aucune autorité pour me dire ce que je dois faire ! siffla Severus, essayant de retrouver une contenance.

Il relâcha son bras, honteux d'avoir ainsi réagi. Il ne devait pas être aussi transparent.

« J'ai autant le droit que vous de me promener la nuit dans cette école.

- Eh bien allez donc vous promener ailleurs. Au fait, vous avez perdu quelque chose… »

Severus regarda le papier que Maugrey pointait de son doigt noueux. Il savait que cela ne lui appartenait pas, pourtant il se pencha pour le ramasser. Malgré la pénombre, le parchemin lui rappelait quelque chose…

« Accio parchemin ! »

Le parchemin s'envola, glissant entre ses mains alors qu'il s'apprêtait à s'en saisir. Severus se retourna vers Maugrey, le parchemin à la main, et Rusard, tenant toujours l'œuf...

« Excusez-moi, je me suis trompé. En fait, ce parchemin est à moi. J'ai dû le laisser tomber tout à l'heure. »

Mais il mentait, Severus le savait. Soudain, Severus comprit. Tous les éléments se mirent en place. Ce n'était pas un ennemi qui avait fouillé dans son bureau, et Peeves n'avait rien volé.

« Potter…

- Qu'est-ce que vous racontez ?

- Potter ! Cet œuf, c'est l'œuf de Potter ! Ce parchemin appartient également à Potter. Je le reconnais, je l'ai déjà vu ! Potter est ici ! Sous sa cape d'invisibilité ! »

Severus se tourna vers l'escalier. Potter était probablement encore présent, ne pouvant bouger au risque de les alerter par le bruit de ses pas. Potter était peut-être invisible mais pas immatériel. Il commença à monter les escaliers, tendant les mains devant lui pour l'attraper. Il pouvait presque sentir sa peur, à quelques mètres de lui…

« Il n'y a rien là-haut, Rogue ! Mais je serais heureux de signaler au directeur avec quelle précipitation vous avez pensé à Harry Potter !

- Ce qui signifie ? grogna Severus en se retournant vers Maugrey.

- Ce qui signifie que Dumbledore sera très intéressé de savoir qui a une dent contre ce garçon ! Et moi aussi, ça m'intéresse, Rogue… Ça m'intéresse beaucoup… »

Severus ne s'inquiétait pas de ce qu'il pouvait dire à Dumbledore. Le vieil homme lui faisait confiance, n'est-ce pas ? Pourquoi en la présence de Maugrey doutait-il de ce qu'il avait acquis ces dernières années ? Bien sûr, depuis que Potter avait commencé ses études à Poudlard, Severus ne comptait plus le nombre de fois où ils avaient été en désaccord.

« Je pensais simplement que si Potter rôdait encore dans le château en pleine nuit, comme il en a pris la fâcheuse habitude, il vaudrait mieux le convaincre d'y renoncer. Pour… sa propre sécurité.

- Ah oui, je comprends. Ce qui vous tient le plus à cœur, c'est de défendre les intérêts de Potter, n'est-ce pas ? »

Maugrey ignorait tout de lui, de sa relation - ses relations ! - avec Harry Potter. Et cela devait rester ainsi et pourtant, pour la première fois de sa vie, il eut envie de lui cracher tous ses secrets au visage, juste pour voir cet air suffisant se décomposer, le prendre par surprise. Il haïssait cet homme et songer qu'ils étaient désormais dans le même camp le révulsait.

Ils se toisèrent un long moment durant lequel Severus réalisa que, sous protection de Dumbledore ou non, Maugrey n'hésiterait pas à l'éliminer. Il ne ferait jamais le premier pas, mais si Severus perdait son sang-froid…

Lentement, il parvint à ravaler sa rage et à murmurer d'une voix un peu brusque mais maîtrisée :

« Je crois que je vais retourner me coucher.

- C'est la meilleure idée que vous ayez eue cette nuit », répliqua Maugrey.

Severus rentra dans son bureau, le cœur au bord des lèvres. Il passa une partie de la nuit à refaire ses inventaires pour constater ce qu'on lui avait volé : de la peau de serpent d'arbre du Cap. Il n'eut pas besoin de réfléchir longtemps. Cet ingrédient rentrait pourtant dans de nombreuses potions, mais Potter et ses amis lui en avaient déjà volé deux ans auparavant, la même année où Granger s'était retrouvée à l'infirmerie pour avoir bu une potion de Polynectar mal préparée.

Qu'allaient-ils encore trafiquer, ces garnements ? C'était probablement lié au Tournoi des Trois Sorciers, mais Severus n'était guère rassuré. Comment Potter osait-il le voler ? Sa colère contre Potter et Maugrey se mêlèrent en un seul tourbillon de sentiments haineux.

Il dormit peu cette nuit là, se tournant et se retournant dans son lit. Il se félicita pourtant au matin d'être resté à Poudlard. Il n'aurait certainement pas réussi à démêler ses ressentis face à Harry.

Il essayait de faire des efforts, de séparer ce qui se passait à Poudlard de ses moments avec Harry.

Les étudiants de Serpentard qu'il croisa en allant prendre son petit déjeuner virent qu'il était d'une humeur massacrante et se turent promptement à son approche.

« Dix points en moins pour Gryffondor », grogna Severus à un garçon qui éclata de rire trop fort.

En entrant dans la Grande Salle, Severus constata que Maugrey n'était pas présent. Il s'assit rapidement, sa colère ne diminuant pas pour autant. Il se servit dans plusieurs plats qui apparurent magiquement autour de lui.

« Dix points en moins pour Serdaigle », asséna Severus à une jeune fille de sixième année qui mâchonnait son toast la bouche grande ouverte alors qu'elle passait devant la table des professeurs.

Elle lui lança un regard furieux mais partit sans demander son reste. De l'autre côté de la table, Minerva lui lança un regard de reproche avant de se lever. Elle prit la chaise vacante à côté de Severus. Celui-ci ignora sa collègue, enroulant méticuleuse son bacon autour de sa fourchette.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda-t-elle sans préambule.

Severus songea un instant à ne pas lui répondre, mais le mot tomba de sa bouche avant qu'il puisse le retenir :

« Maugrey. »

Minerva poussa un soupir exaspéré.

« Ça suffit, maintenant, dit-elle d'un ton sévère. Vous avez déjà poussé Remus à la démission l'année dernière.

- Pousser à la démission ? » se récria avec humeur Severus, avant de baisser la voix.

Ce n'était certainement pas une conversation à avoir à portée d'oreilles des enfants.

« Oubliez-vous qu'il a mis en danger la vie de trois élèves ? Quant à Maugrey, il m'aura fait renvoyer bien avant que l'inverse n'arrive.

- Ne soyez pas ridicule. Alastor a fort caractère, mais il ne ferait pas une telle chose. »

Severus haussa un sourcil méprisant.

« Ces quinze dernières années, il a plusieurs fois essayé de m'arrêter, même bien après que j'ai été disculpé et il m'a très clairement fait comprendre qu'il ferait tout pour m'envoyer à Azkaban. Il m'éliminerait même, s'il en avait l'occasion.

- Je n'en crois pas un mot. »

Le ton sans appel de Minerva prit Severus de cours. Elle continua :

« Je vous connais, Severus. Vous voyez toujours le pire chez les autres. Je suis sûre que vous avez mal interprété ses paroles. Je conçois qu'il soit toujours méfiant à votre égard, mais…

- Méfiant ? la coupa Severus. Il m'a menacé !

- Ah, vous pouvez donc attester sous Veritaserum qu'il vous a dit vouloir vous tuer ?

- Pas en des termes aussi explicites, bien sûr », répondit Severus agacé.

Pourquoi les Gryffondor devaient-ils être aussi binaires ? Cette nuit, il avait rêvé que Maugrey l'attrapait au détour de la Grande Salle et l'assommait devant l'ensemble de Poudlard, professeurs comme élèves, et que personne ne levait un doigt pour l'aider. J'aimerais bien vous rencontrer dans un couloir sombre, un de ces jours, avait-il dit. Cette phrase, passée presque inaperçue sur le moment, avait tourné dans sa tête toute la nuit.

« Minerva, je vous assure qu'il me tuerait sans y penser à deux fois s'il pouvait le faire sans que personne ne le sache. Il est… »

Severus s'interrompit. Minerva le regardait ave un air circonspect et il sut qu'elle ne le croyait pas. Elle pensait qu'il mentait, alors qu'il ne se passait pas un jour sans que Maugrey ne le menace à demi-ton, pas une semaine sans que, se sentant suivi, il ne trouve Maugrey sur ses traces.

Sa poitrine se compressa d'une colère étrange, bien différente de la rage qui l'animait depuis hier, une colère comme il en avait rarement connue encore.

Il cacha ses émotions au fond de lui et, sans un mot de plus, il quitta la grande salle, abandonnant là son petit déjeuner. Minerva n'essaya même pas de le retenir.

Cette étrange sensation se mêla à la colère de la soirée. Les sabliers des différentes maisons furent largement amputés de leurs points et il savait que prochainement ses collègues viendraient s'en plaindre, mais il n'en avait cure. Le soir, malgré son épuisement, il ne parvint pas à trouver le sommeil. Au fond de lui, il savait qu'il irait voir Harry lorsque le château se serait endormi.

Il quitta discrètement Poudlard, marchant un long moment dans la forêt interdite avant d'être sûr que Maugrey ne l'avait pas suivi. Là, il transplana.

Il fut frappé par le contraste avec Poudlard. L'instant précédent, un ciel couvert et menaçant surplombait le château, mais cela n'avait rien à voir avec la tempête qui s'abattait sur la chaumière. Les branches du chêne contre lequel s'appuyait la bâtisse se ployaient sous la force du vent et Severus faillit trébucher plusieurs fois le temps qu'il rejoigne l'entrée.

Il tenta d'ouvrir la porte mais celle-ci était fermée et il dut tambouriner un moment avant que Harry l'entende par dessus la violence du vent. Le jeune homme avait un regard un peu hagard lorsqu'il le laissa entrer. Severus ne s'était pas rendu compte qu'il était aussi tard.

Il ne pouvait pourtant pas prendre le risque de partir plus tôt à cause de Maugrey.

Sa colère, que la marche en forêt avait à peine égratignée, s'enflamma plus encore.

« Tu as une mine déplorable, constata Potter sans préambule alors qu'il refermait la porte derrière eux. Qu'est-ce qui ne va pas ? »

La question faisait désagréablement écho à celle de Minerva le matin même.

« Maugrey », dit-il entre ses dents et toute la haine qu'il ressentait pour l'homme s'écoula par ce simple mot.

La brèche ouverte, il laissa sa colère suinter, sachant qu'il n'avait pas à retenir ses paroles :

« Il veut me faire la peau, je le sais. Il ne cesse de rôder autour de moi, à observer mes agissements, à me menacer à demi-mot. Au moindre écart, il me tombera dessus, la baguette sous la gorge.

- Il ne t'a pas suivi jusqu'ici ? demanda Potter avec inquiétude.

- Je suis meilleur que ça, Potter. Certains pensent peut-être que Poudlard est un havre sûr, mais je sais ce qui se cache derrière les apparences.

- Sois prudent avec Maugrey. »

Severus ouvrit la bouche, prêt à continuer sa litanie contre l'homme, mais il sentit un nœud se délier dans sa poitrine et le soulagement l'emplir. Harry le croyait. Il avait vu la manière dont Maugrey se comportait avec lui lorsqu'ils pourchassaient les Mangemorts, presque quinze ans plus tôt, déjà. Il comprenait la façon dont les personnes agissaient lorsque l'on était de l'autre côté de la barrière, la méfiance systématique, les préjugés.

Il exhala lentement. La colère était toujours là, mais elle se retrouvait étrangement sous contrôle. Il avait vécu toute sa vie avec la colère, il savait comment s'en servir comme moteur.

« Je le serai », souffla-t-il enfin.

Harry l'entraîna dans le salon. Il ôta sa cape et s'assit sur l'un des fauteuils tandis que son compagnon leur préparait une tisane.

Son démon de la colère était apaisé et pourtant, il ressentait encore cette émotion aigre qui le prenait aux tripes. Il y avait autre chose, comprit-il, une plaie dont Maugrey n'était pas directement le responsable.

« Maugrey ne fait qu'exprimer ce que tous pensent. »

Il aurait dû le comprendre plus tôt, ne pas se laisser aller à la vanité de penser qu'ils pouvaient l'accepter. Avait-il déjà oublié le mépris avec lequel on le traitait lorsqu'il était étudiant et la méfiance avec laquelle ses collègues l'avaient accueilli lors de sa première année en tant que professeur ? Il n'avait jamais été l'un des leurs. Cette révélation l'ébranlait. Quelle était cette faiblesse ?

« Je suis toujours un peu coupable pour eux, vois-tu. Ils m'ont accepté dans leurs rangs, je travaille avec eux depuis plus de dix ans, mais s'ils découvraient la moindre mauvaise action que j'aurais pu faire, ils affirmeraient ne pas être étonnés.

- Tu penses vraiment ce que tu dis ? s'offusqua Harry. Les professeurs de Poudlard te voient encore comme un Mangemort ?

- Tous autant qu'ils sont ! éructa Severus.

- Hagrid n'a jamais cessé de te défendre, toutes les années où j'étais à Poudlard.

- Hagrid, répéta Severus avec mépris. Il opinerait du chef à tout ce que Dumbledore dit, même s'il lui annonçait que la terre était plate !

- Bien sûr qu'il croit ce que Dumbledore a dit, c'est lui qui t'a disculpé. Comment voudrais-tu qu'ils t'innocentent autrement ? »

Severus ne répondit rien. Dehors, les volets cognèrent contre le montant des fenêtres. Quelque part dans la chaumière, un chat miaula faiblement.

« Si tu veux qu'on te fasse confiance, reprit Harry en lui tendant une tasse chaude, il faut s'ouvrir aux autres. Créer des liens avec eux, qu'ils apprennent à te connaître.

- Tu dis cela comme si j'étais un abruti. Je sais ce que c'est que de sociabiliser.

- Vraiment ? Cite-moi l'un de tes amis. »

Une émotion furtive passa sur le visage de Harry, comme s'il regrettait déjà ses paroles. Severus ouvrit la bouche et la referma aussitôt.

Il s'était apprêté à dire Minerva.

Il comprenait soudainement pourquoi les remarques de Minerva l'avaient tant meurtri – oui, il le comprenait désormais, il avait été blessé.

Il lui faisait confiance. Il la pensait de son côté. S'était-il trompé ?

Il ne voulait pas y penser. Le déni était probablement l'un de ses plus proches amis, mais il ne pouvait répondre cela à Harry. À la place, il détourna la conversation.

« Tu n'as toi-même pas vraiment d'amis. »

Harry haussa haut ses deux sourcils.

« Tu te moques de moi ? Je connais au moins une dizaine de sorciers à travers le monde.

- Tes chasseurs de mages noirs ? Ce sont des collèges au mieux…

- La plupart, oui. Mais j'ai créé de vrais liens avec certains d'entre eux. On s'écrit régulièrement et je leur rends visite plusieurs fois par an ! »

Severus ne répondit rien, le regardant avec étonnement. Il ne savait que faire de cette information. Potter avait des amis, ceux qu'il avait laissés dans le passé, toujours des gamins à l'heure actuelle. Cela ne lui était jamais venu à l'idée qu'il puisse s'en faire de nouveau, à cette époque. Apparemment, c'était stupide, car tout le monde avait des amis – sauf lui.

« Que crois-tu que je fais lorsque je vais à l'étranger ? » reprit Harry, consterné.

Severus mesura soigneusement sa réponse. Enfin, il dit :

« Recruter une armée pour la guerre à venir. »

Un nouveau silence, gêné cette fois-ci, accueillit ses paroles, seulement perturbé par les régulières bourrasques qui faisaient trembler le toit.

« Aussi, en partie, concéda Harry à contrecœur. Mais cela fait des mois que j'ai arrêté de poursuivre les mages détraqués. Je vais juste voir mes amis.

- Ne t'es-tu pas battu la dernière fois que tu étais en Italie ?

- Si, mais cela n'a rien à voir ! On buvait un verre chez mes amis quand on nous a attaqués.

- Tu m'as dit avoir démantelé la pègre en question !

- C'est parce qu'ils m'ont kidnappé, répondit Harry gêné. J'ai mis hors d'état de nuire une partie de la bande en essayant de m'enfuir ! »

Severus le regarda quelques instants, éberlué. Il se pinça l'arête du nez, exaspéré.

« Il n'y a qu'à toi que cela arrive… »

Severus ravala la jalousie qui montait en lui. Il ne pouvait pas s'attendre à ce que Harry reste cloitré chez lui. Il l'avait fait pendant des années et cela n'avait pas bien fini.

Severus fronça le nez.

« Je n'ai pas besoin d'amis, dit-il avec mépris en portant sa tasse à ses lèvres. Se lier aux autres est une faiblesse.

- C'est la plus grosse connerie que je n'ai jamais entendue, lâcha Harry avec un rire sans joie. Et pourtant, tu en dis des conneries. »

Severus se brûla la main en reposant avec brutalité sa tasse. Il ouvrit la bouche, mais Harry l'interrompit d'un geste avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit.

« Laisse-moi parler, tu me diras à quel point je suis stupide et irrationnel après. Je ne serais certainement pas en vie aujourd'hui sans mes amis, ceux du passé comme du futur. Mais je ne parle pas que du fait qu'ils m'aient littéralement sauvé la vie. Je n'aurais jamais pu m'en sortir comme je l'ai fait toutes ces années sans pouvoir compter sur leur présence, leur soutien, leur joie et leur confiance. J'ai grandi toute mon enfance sans ami et sans famille, en tout cas sans amour de ma famille. Je sais ce que c'est que d'être seul. J'ai toujours considéré que ma vie a commencé lorsque je suis arrivé à Poudlard, quand j'ai rencontré Ron et Hermione, Hagrid et tous les autres. Je ne serais pas qui je suis aujourd'hui, sans leur amour. Ils m'ont tout apporté. Alors parfois, ça fait mal, ils te blessent, parfois sans le vouloir, et tu souffres de pouvoir les perdre, mais ça en vaut la peine. Même rationnellement, le bien apporté est bien plus élevé que ce que tu risques… »

Les yeux de Harry s'étaient enflammés, il s'était penché en avant sur son fauteuil, comme si en se rapprochant de lui, il pourrait mieux l'imprégner avec ses mots. Severus regarda ailleurs, sachant parfaitement ce qu'il allait dire.

« Je ne pense pas que tu ne regrettes t'être lié d'amitié avec Lily, et je sais que tu ne regrettes pas ce que nous vivons. »

Severus ne répondit rien. Il était épuisé. Il avait ressenti trop d'émotions fortes, parfois contradictoires, depuis quelques jours.

« Et je sais que je te dois aussi beaucoup pour qui je suis aujourd'hui. Je n'aurais pas eu la force de continuer à me lever tous les matins si tu n'avais pas été là. Tu es la dernière personne à qui j'aurais cru pouvoir me lier et pourtant, nous voilà. Tu me donnes de la force et je t'en donne en retour. »

Severus battit des paupières fixant un portrait accroché au mur, refusant toujours de croiser le regard de Harry. Il devait réellement être exténué, car il ressentait un picotement dans les yeux. Merlin, il n'avait pas pleuré depuis des années.

« Ne te referme pas sur toi-même. Tu as des qualités, il faut juste que tu acceptes de t'ouvrir sur les autres, qu'ils les voient. Nous allons vers des temps troublés, je ne t'apprends rien. Plus que jamais, nous avons besoin de créer des liens, d'être solidaires, de pouvoir compter les uns sur les autres. »

Severus poussa un long soupir, essayant de délier le nœud qui enserrait sa poitrine. Lorsqu'il pensa que ses cordes vocales ne le trahiraient pas, il dit :

« On croirait entendre Dumbledore. »

Sa voix chevrotait à peine. Il osa enfin regarder Harry. Celui-ci souriait tristement.

« Malgré toute la souffrance qu'il m'a apportée ces dernières années, je reste son homme jusqu'au bout. »

Severus prit une gorgée de sa tisane pour se donner une contenance. Après un long silence où il parvint à reprendre le contrôle de son corps et de ses émotions, il murmura :

« Le Seigneur des Ténèbres revient peu à peu. Son retour est proche. »

Harry hocha imperceptiblement la tête. Severus ferma les yeux.

Il savait que Harry et lui étaient trop différents sur ce point. Il était inutile d'essayer de le convaincre. Il avait un rôle à jouer dans cette guerre à venir, un double rôle. Sa position ne lui permettrait pas d'être aussi ingénu.

Les amis étaient dangereux pour les espions et les espions étaient dangereux pour les amis.

Mais lorsque le Seigneur des Ténèbres serait mort, pour de bon, alors peut-être…

Severus s'endormit sur le fauteuil.

- Severus Rogue -

Les mois de janvier et février passèrent à toute vitesse. Le temps continua d'être froid et maussade, mais Severus ne sortait que peu en dehors du château.

La dernière fois qu'il avait vu Harry, celui-ci lui avait dit avant qu'il ne le quitte au petit matin de prendre son mal en patience avec Maugrey, qu'il n'aurait à le supporter que jusqu'à la fin de l'année. Severus n'osait pas imaginer à quel point il avait dû avoir l'air mal pour que Harry consente ainsi à briser la loi du secret pour le réconforter.

Aussi essayait-il de vivre sans trop attirer l'attention de l'ancien Auror sur lui. Il avait l'impression de revivre à l'époque des Maraudeurs, ne voulant pas attirer l'attention sans se laisser faire pour autant. Mais désormais, il était adulte et ses conflits avaient d'autres résolutions.

En conséquence, il ne vit que très peu Harry ces mois-là et osa encore moins lui envoyer des lettres.

Il ne parla pas à Dumbledore des menaces de Maugrey, ni de la fouille que celui-ci avait effectuée dans son bureau. Il ne pourrait pas supporter de la part du vieil homme une réaction semblable à celle de Minerva. Il ne le considérait pas comme son ami, mais il se rendit compte qu'il tenait pour acquise la confiance qu'il lui accordait. Il ne voulait pas la voir remise en cause.

Il n'accusa pas non plus Potter pour le vol d'ingrédients. Il voulait attendre d'avoir des preuves.

Le temps s'était un peu adouci lorsque la deuxième tâche du Tournoi des Trois Sorciers arriva.

Des gradins avaient été installés autour du lac. Ceux-ci étaient déjà bien remplis quand Severus prit place sur l'un des bancs, mais il lui suffit de quelques regards noirs pour qu'un espace se libère autour de lui. Une table avait été dressée près de l'eau, recouverte d'une nappe d'or, où se trouvait déjà le jury. Percy Weasley semblait encore une fois représenter Barty Croupton. À côté, trois des champions étaient déjà présents, mais Potter manquait encore à l'appel. Verpey, semblant inquiet, discutait à voix basse avec Dumbledore. Le chef du département des jeux magiques finit par hocher la tête nerveusement et pointer sa baguette sur sa gorge. Il débuta son discours d'une voix amplifiée :

« Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, bienvenue à la deuxième tâche du Tournoi des Trois Sorciers ! Vous vous demandez très certainement ce que nous faisons autour de ce lac… Les champions, eux, l'ont certainement déjà deviné, et ce grâce à l'énigme qui leur avait été donnée ! »

Les trois jeunes adolescents avaient l'air particulièrement concentré. Krum était en maillot de bain, sa baguette à la main. Delacour remuait les lèvres silencieusement et semblait répéter une formule. Verpey fit un geste de la main vers les champions et Cédric vint docilement lui donner l'œuf en or qu'il avait récupéré au dragon lors de la précédente épreuve. Verpey se tourna vers le lac et le lança dans l'eau. Le geste, qui devait rappeler à certains ses années de joueur de Quidditch, fut applaudi par quelques élèves dans les gradins.

Une mélodie sortit de l'œuf immergé, amplifiée par un sort de Dumbledore.

.

Descends nous visiter et entends nos paroles

Nous devons pour chanter être au-dessous du sol.

À présent, réfléchis, exerce ton esprit,

Ce qui t'est le plus cher, nous te l'avons ravi,

Pendant une heure entière il te faudra chercher

Si tu veux retrouver ce qu'on t'a arraché.

Après l'heure écoulée, renonce à tout espoir

Tes efforts seront vains car il sera trop tard.

.

Souriant, Verpey reprit :

« Je crois que l'épreuve est claire désormais ! Nous allons maintenant attendre quelques instants que tous les champions soient là. »

Severus se retint de lever les yeux au ciel. Était-ce si étonnant que Potter fusse en retard ? Combien de fois l'avait-il puni pour cette raison ? Était-il le seul à essayer de lui inculquer les règles ?

Celui-ci arriva cinq minutes plus tard, débraillé et hors d'haleine. Verpey reprit la parole peu de temps après :

« Et voilà, tous nos champions sont prêts à entreprendre la deuxième tâche qui commencera à mon coup de sifflet. Ils auront exactement une heure pour reprendre ce qui leur a été enlevé. Attention, à trois… Un… deux… trois ! »

Les quatre champions se précipitèrent dans l'eau. Seul Krum était déjà en tenue. Les autres champions se défirent à gestes précipités de leurs vêtements les plus encombrants. Diggory et Delacour pointèrent leur baguette en direction de leur tête. Ils étaient trop éloignés pour que le public entendît le sortilège prononcé mais il s'agissait manifestement du même car une grosse bulle vint recouvrir chacune de leur tête. Ils plongèrent immédiatement dans le lac. Krum resta plus longtemps à se concentrer sur son sortilège. La peau de son visage prit une teinte grise et blanche avant de s'allonger. Des dents pointues jaillirent de sa mâchoire, des branchies se formèrent sur ses flancs. La forme caractéristique d'un requin émergea, mais uniquement la tête. Il resta ainsi un moment, essayant probablement de transformer le reste du corps toujours humain, mais il finit par abandonner et plongea lui aussi dans le lac.

Seul Potter était encore debout, enfoncé jusqu'à la taille dans l'eau boueuse du lac. Il n'avait pas sa baguette à la main et semblait attendre. Dans les tribunes, des rires gênés commencèrent à monter, jusqu'à se transformer en sifflements et moqueries franches de la part des Serpentards.

Enfin, une transformation se manifesta. Des branchies apparurent sur son cou et ses mains se palmèrent. Une Branchiflore. Severus aurait probablement utilisé le même procédé, il en possédait toujours dans ses réserves. Potter disparut à son tour sous la surface du lac et le calme revint dans les tribunes.

« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda un élève à son ami derrière Severus. On ne va tout de même pas attendre une heure sans rien faire ? »

La même interrogation était sur toutes les bouches dans les gradins. Mais avant que la rumeur ne se transforme en tumulte, la surface de l'eau s'anima, se recouvrant de bulles. Un groupe de sirène en émergea, sous les cris impressionnés des élèves. C'était la première fois que nombre d'entre eux en voyaient et beaucoup constatèrent que leur aspect mi-femme, mi-poisson était plus effrayant que charmant. Puis, elles replongèrent avec grâce.

Ainsi, elles chantèrent :

.

Sous le couvert de la nuit nous leur avons pris,

Ce que dans leurs cœurs ils ont de plus précieux.

Tu y tiens comme à la prunelle de tes yeux

Sauras-tu deviner ce qu'on leur a ravi ?

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Ce ne sont ni joyaux, ni argent, ni bijoux,

Rien que l'on ne mettrait dans un coffre, au contraire.

Entendez-nous, ce que vous avez de plus cher

Vous désirez le garder toujours avec vous.

.

Avez-vous deviné ? Ah ! Ce sont ceux qu'ils aiment.

Pour certains, il s'agit de sentiments nouveaux.

Frais comme la rosée, aussi beaux qu'une gemme,

Soyez émus devant cet amour qui éclôt.

.

Pour d'autres, c'est la chaleur de l'amitié stable.

L'ami qui écoute, partage rires et pleurs,

Cultivez-la comme la plus belle des fleurs.

D'aucuns la qualifieraient d'amour véritable.

.

Finissons en famille, prenez l'amour d'un père,

D'une mère, d'un fils, d'une sœur ou d'un frère.

Si fort et puissant, de ceux qu'on a vu grandir,

Le lien du sang, qui scelle notre avenir

.

Severus n'avait jamais entendu musique si étrange. Les voix provenaient des profondeurs du lac, étrangement déformées par l'eau. Des groupes de sirènes bondissaient régulièrement à la surface et leur chant se transformait alors en cris stridents. Pourtant, ces cris se mêlaient à l'ensemble du chœur, rythmé par le clapotis de l'eau contre les queues des chanteuses. Cela formait un ensemble à la fois envoûtant et inquiétant.

.

Se diriger dans l'eau profonde, quel défi !

Heureusement, Krum grâce à ses yeux de requin

Trouve avec grande facilité son chemin.

Face au requin le calmar géant se méfie !

.

Au fond du lac, cent dangers, ils vont affronter,

Gare aux Strangulots, les profondeurs en regorgent

De leurs longs doigts blafards, ils les prennent à la gorge

Mais n'ayez crainte, Potter les a repoussés !

.

Quelques vivats furent poussés dans les tribunes, mais la plupart des élèves étaient trop perturbés par le chœur pour réagir.

.

Un fantôme translucide et empli de peines

Voici l'aide inattendue que certains obtiennent

Fleur Delacour quant à elle est bien à la traine

Ces démons verdâtres des bas-fonds la retiennent !

.

Potter nage vite, il atteint notre village

Conduira-t-il son prisonnier jusqu'au rivage ?

Ah ! Diggory n'est pas très loin dans son sillage,

Mais des algues folles s'attaquent à son visage !

.

Lequel ou laquelle émergera en premier ?

Cependant, nous ne voulons pas tout dévoiler

Peut-être bientôt vous les verrez apparaître

Et du corps des perdants on pourra se repaître !

.

Sur ces paroles funestes, la quinzaine de sirène émergea de l'eau, dévoilant des visages grisâtres aux yeux jaunes. Leurs chevelures verdâtres formaient des auréoles autour de leur corps. Elles sourirent, dévoilant leurs dents jaunes et déchiquetées. Elles plongèrent de nouveau sous l'eau et nagèrent en un large cercle, formant presque un typhon en leur centre. Elles reprirent leur chant, mais cette fois-ci en boucle, rentrant dans une sorte de transe hypnotique.

.

Les soixante minutes sont presque écoulés...

C'est l'heure du festin, on va se régaler.

.

La tension s'était accrue dans les gradins. Severus observa les élèves en contrebas. Les enfants des plus jeunes années étaient proprement terrifiés et mêmes ceux plus âgés ne semblaient pas à l'aise. Un groupe de Gryffondor, composé notamment des jumeaux Weasley, commença à beugler « Potter ! Potter ! Potter ! », bientôt suivit par l'ensemble de la maison. La clameur de « Diggory ! Diggory ! » vint rapidement se mêler à ces voix. Les élèves de Beauxbâtons et Durmstrang, malgré leur nombre plus réduit, ne voulaient pas être en reste et crièrent deux fois plus fort le nom de leur propre champion pour compenser, comme s'ils pouvaient réellement les encourager.

Ce fut dans ce capharnaüm de chants de sirènes et de noms scandés, qu'émergea le premier champion. Le silence se fit soudainement alors que tous essayaient de voir qui était le nageur. Severus reconnut Diggory et sa cavalière du bal de Noël. Ses cheveux noirs flottaient derrière elle tandis qu'elle nageait aux côtés de Diggory et elle ressemblait bien plus à la représentation belle et envoûtante des sirènes.

Les spectateurs dans les gradins se déchaînèrent en applaudissements, recouvrant le chant des sirènes qui annonçait le vainqueur. Même Verpey ne parvint pas à dire un mot. Quelques instants plus tard, Delacour revint elle aussi à la surface. Elle était seule et bien loin de là où devaient se trouver les prisonniers. Elle rejoignit la rive à la nage et tous purent voir son visage défait lorsqu'elle rejoint Madame Maxime.

« Le temps est écoulé, parvint à lire Severus sur ses lèvres. Ces maudits Strangulots m'ont attrapée ! »

Ses longs cheveux blonds ruisselaient sur le sol.

Pendant que les trois adolescents se séchaient et se réchauffaient sur le bord du lac, le silence se fit de nouveau dans les gradins et les sirènes reprirent leur litanie macabre.

.

L'heure est toute écoulée,

d'la bonne chair humaine

c'est tout ce que l'on aime,

on va se régaler !

.

En entendant ces paroles, Delacour commença à s'agiter. Elle rejeta la serviette qui reposait sur ses épaules et se rapprocha de l'eau, guettant la surface du lac avec attention. Le suivant qui émergea fut Krum, encore sous sa forme de requin. Il tenait dans ses bras Granger et Severus comprit enfin pourquoi Potter n'était pas encore réapparu. Ses deux meilleurs amis étant retenus en bas, il avait essayé de délivrer les deux. Sans succès, apparemment.

Pourtant, les minutes passaient et toujours aucune trace du garçon. Delacour était désormais frénétique, invectivant le jury en français. Les sirènes continuaient leur chant.

.

L'heure est toute écoulée,

d'la bonne chair humaine

c'est tout ce que l'on aime,

on va se régaler !

.

Enfin, Potter apparut. Alors qu'il nageait vers la rive, Severus constata qu'il était accompagné par son ami Ron Weasley mais aussi par une jeune fille blonde qui ressemblait fortement à Fleur Delacour.

Cette dernière se rua sur l'enfant dès qu'elle le put.

Après un moment de confusion et de délibération, le jury put annoncer les résultats.

Potter arriva second grâce à sa grande force morale.

Severus en avait la nausée.

Potter ne survivrait pas à la guerre à venir.

Pendant les jours suivants, il entendit de nombreux qualificatifs le décrire, notamment de la part de ses collègues.

Bravoure, générosité, grandeur d'âme.

Il se retint de les leur enfoncer dans la gorge.

Inconscience, stupidité crasse.

Potter n'avait pas réfléchi un instant. Il s'était servi de son cœur plutôt que de son cerveau. N'importe qui aurait compris que les prisonniers ne risquaient rien.

Et cette pensée l'obsédait.

Potter ne survivrait pas à la guerre.

Inconsciemment, il devint encore plus hargneux envers le garçon. Lorsqu'il découvrit qu'une Branchiflore manquait dans sa réserve d'ingrédients de potion, il en profita pour le prendre à partie. Il essaya de lui mettre du plomb dans le crâne, mais il voyait bien à son attitude que c'était peine perdue, ce qui le plongeait plus encore dans une rage sourde.

Son humeur ne s'arrangeait guère avec Karkaroff qui essayait sans cesse de lui parler. L'homme ne semblait pas avoir conscience que Poudlard regorgeait de regards indiscrets. Comme lui, il voyait la Marque des Ténèbres devenir de plus en plus nette sur son bras, pour autant il ne ressentait pas le besoin de l'exhiber comme le faisait Karkaroff.

Un soir où il broyait du noir en parcourant les couloirs du château, il vit Maugrey s'enfoncer dans la forêt interdite. Il hésita un instant, l'envie de le suivre étant forte, mais à la place il dévala les escaliers promptement et se dirigea vers les grilles du château. Il avait besoin de voir Harry, de lui parler, de s'ôter cette pensée de la tête.

Severus trouva celui-ci en train de dîner malgré l'heure tardive, envoyant régulièrement des morceaux de viande aux trois chats qui l'observaient depuis la fenêtre. Il faisait encore froid dehors pour garder ainsi la fenêtre ouverte, mais Harry avait dû réchauffer magiquement la pièce.

Severus lui raconta comment s'était passée la seconde tâche. À sa grande surprise, il n'avait jamais rien su du chœur de sirènes qui avait chanté leurs exploits.

« Et toi, tu as voulu tous les sauver, dit Severus sans réussir à cacher son irritation.

- D'un côté, ce n'était pas très juste pour moi. Ils avaient emprisonné mes deux meilleurs amis et la fille dont j'étais amoureux.

- La fille dont... La petite sœur de Fleur Delacour ?

- Quoi ? Non, c'était une gamine ! N'est-ce pas ? »

Harry fronça les sourcils. Certains de ses souvenirs devenaient-ils flous avec le temps ?

« Non, je parle de Cho Chang. J'en pinçais pour elle, à l'époque.

- Je pensais que tu… »

Severus se tut avant de paraître stupide.

« Qu'est ce qu'il y a ? Que je voulais sortir avec Hermione ? C'est à cette époque là que Skeeter a publié tous ses affreux articles sur nous, non ?

- Non, je… Oui, mais non. »

Severus détestait avoir l'air aussi hésitant. Mais s'il y avait un sujet qu'il se répugnait à aborder, c'était bien celui-ci.

« Je sais bien qu'il n'y a que des sentiments fraternels entre toi et Granger. Je pensais que…que tu étais amoureux de Ginny Weasley.

- Ah. » Harry poussa un soupir en souriant, affectueusement. « Non, pas à cette époque encore. Je n'ai pas connu qu'un seul amour, tu sais. Même si pour être honnête, j'étais plus amoureux de l'image que je m'étais faite de Cho. Je la connaissais à peine en réalité. »

Il haussa les épaules. Severus ne savait pas pourquoi c'était si étrange d'apprendre qu'il avait aimé une autre fille que la femme qu'il semblait encore aimer plus de vingt ans de séparation plus tard.

La question lui brûlait la langue, mais il la retint. Il ne voulait pas savoir, pas entendre Harry lui dire à quel point il l'aimait encore. Il savait que cela était possible, n'aimait-il pas encore Lily ?

Severus chassa ces émotions troubles et se raccrocha à un sentiment qu'il maîtrisait : la colère.

« Admettons, mais même lorsque ta meilleure amie et ton amoureuse ont été secourues, tu es resté pour sauver une inconnue. »

Maintenant, Severus comprenait mieux pourquoi Harry s'était jeté avec tant de passion dans la chasse aux Mangemorts lorsqu'il venait de rencontrer Severus dans le passé, ou pourquoi il continuait de parcourir le monde pour vaincre des mages noirs.

« Je me suis suffisamment senti bête à l'époque, pas la peine d'en rajouter. Ne t'inquiète pas, je réfléchis plus maintenant. »

Harry avait mûri, Severus le savait. Mais cela ne changeait pas le problème. Car un jour, sur un champ de bataille, il se jetterait en travers d'un sort pour protéger un ami ou un inconnu, et ce serait la fin de Harry Potter, le sauveur prophétique du monde magique, le soi-disant seul espoir de défaire définitivement le Seigneur des Ténèbres.

Severus ne voulait pas voir cela arriver.

Ce soir-là, lorsque Harry l'entraîna dans son lit, Severus garda sagement sa chemise. Il ne voulait pas que Harry voie la marque grisâtre s'étaler sur son avant-bras. Il le serra contre lui, espérant graver ce moment dans son esprit.

Le temps ne pouvait-il pas s'arrêter ?

- Harry Potter -

Harry savait qu'il ne devrait pas être là, et pourtant. C'était risqué, sordide même, mais cette fois-ci il ne resterait pas chez lui.

L'année était passée comme une lente agonie. Il avait senti la tension s'accroître au fil des mois. Le nombre de fois où il avait pu voir Severus s'était compté sur les doigts des mains, pourtant il l'avait senti être de plus en plus irrité. Ils n'avaient pas parlé de la Marque des Ténèbres qui s'obscurcissait sur son bras, mais Harry savait.

Ce soir se déroulait la troisième et dernière tâche du Tournoi des Trois Sorciers.

Ce soir, Voldemort retrouverait sa puissance d'antan.

Il avait tenu une quinzaine d'années éloigné de tout et de tous mais ce soir, il lui était impossible de ne pas être à Poudlard.

Entrer dans l'enceinte du château n'avait pas été difficile. Les passages secrets qu'il avait utilisés dans sa jeunesse n'étaient pas gardés – après tout, l'époque de sa jeunesse était le présent. Il avait rejoint sans mal le flot de visiteurs qui se pressaient sur le terrain de Quidditch. Il n'était qu'un visage anonyme parmi d'autres, caché par le polynectar.

Il traversait la foule sans se presser, se laissant gagner par l'ambiance festive. Il flânait en ce lieu qui avait été si longtemps son foyer et où il se sentait toujours un peu chez lui. Diverses langues lui parvenaient aux oreilles, les élèves de Durmstrang et Beauxbâtons et leurs familles étant venues voir leurs champions. Çà et là, des élèves aux couleurs de Poudlard tenaient des stands qui proposaient beignets et friandises. Il n'avait aucun souvenir de toute cette effervescence. Lorsqu'il avait participé au Tournoi, il n'avait même pas eu conscience qu'il y ait eu tant d'invités externes à l'école. Harry se demandait comment ils parvenaient à maintenir la sécurité avec tout ce monde – pas très bien de toute évidence, vue la facilité avec laquelle il était entré.

Le personnel du ministère de la magie semblait concentré près de l'entrée du parc, le long du mur et de la Forêt Interdite et quelques Aurors arpentaient le parc.

Autour de Harry, des garçons et des filles poussaient des cris de joie, riaient aux éclats. Ils étaient tous si insouciants, excités à l'idée d'assister à un événement unique et grandiose. Ils voulaient passer une soirée marquante, riche en rebondissements.

Ils seraient servis, pensa Harry amèrement, perdant son humeur guillerette.

Il essayait de ne pas leur en tenir rigueur, de se retenir de leur lancer des regards noirs lorsqu'ils lui souriaient à pleines dents. Comment pourraient-ils se douter ce qui allait se produire ce soir ?

Harry inspira, se raccrochant à ses convictions : il n'interférait en rien.

Dans ses divagations, il avait échafaudé mille plans où il échangeait le portoloin contre la vraie Coupe de Feu, où il empêchait Cédric de participer pour lui sauver la vie, où il prenait la place de la jeune version de lui-même pour affronter en personne Queudver et Voldemort.

Puis, il se perdait dans les ramifications des conséquences, incapable de suivre toutes les branches, de prévoir tout ce qui pouvait arriver. C'était peine perdue.

Il n'en ferait rien. Il resterait simple spectateur comme il l'avait promis à Dumbledore.

Mais il se devait de voir, de comprendre comment Barty Croupton Jr., sous les traits de Maugrey Fol Œil, avait réussi à parvenir à ses fins.

Soudain, son cœur se serra. Dans la foule, il aperçut Arthur Weasley, immanquable avec ses cheveux roux flamboyant et ses petites lunettes. Il discutait avec animation avec des sorciers que Harry ne connaissait pas et, à l'articulation lente et aux grands gestes qu'Arthur faisait, il devina qu'ils n'étaient pas anglais. D'où il était, Harry ne pouvait entendre leur conversation, mais il ne put s'empêcher de sourire. Mr Weasley était toujours enthousiaste vis-à-vis de ce qu'il ne connaissait pas. Les moldus, bien sûr, mais Harry était convaincu que sa passion ne s'arrêtait pas là. Ces dernières années, il n'avait jamais rencontré quelqu'un de si passionné.

Dans ses souvenirs, Mr Weasley n'était pas venu le voir le jour de l'épreuve, contrairement à Mrs Weasley et Bill ? Avait-il dû venir pour des raisons professionnels ?

En continuant de marcher, Harry reconnut bien d'autres visages familiers, des élèves dont il avait oublié le nom, des professeurs dont le souvenir commençaient à être flou – Flitwick avait la voix si aigüe ! et Chourave, avait-elle toujours été si ronde ?

Il eut beau scruter la foule du regard, il ne vit nulle part Ron et Hermione. Profitaient-ils de la journée avec son jeune alter-ego ? (Il essaya de se dire que ce n'était pas Ginny qu'il cherchait, quel bien cela lui ferait-il de la voir maintenant ?)

Il aperçut Severus qui se tenait seul, droit comme un piquet, le long d'une haie du labyrinthe. Harry fut frappé de voir son visage dur, son regard hargneux. Il ne le connaissait plus ainsi. En colère, agressif, méchant même, oui, mais jamais aussi fermé et impénétrable.

Soudain, leurs regards se croisèrent et Severus fronça les sourcils. Harry vit dans son regard calculateur le doute s'installer.

Pouvait-il le reconnaître, à sa démarche, à son attitude, même sous Polynectar ? Harry s'empressa de faire quelque chose qui soit le moins Potteresque possible : il entra en collision avec une jeune fille et, lorsque tous ses gâteaux se renversèrent par terre, il s'empressa de les ramasser avec un grand sourire benêt.

Lorsqu'il releva enfin la tête, Severus avait disparu.

S'il avait eu le cœur léger et nostalgique quelques instants plus tôt, il était de nouveau lourd. Dès ce soir, Severus sentirait de nouveau l'appel du Seigneur des Ténèbres et il allait le détester de ne pas l'avoir prévenu.

D'humeur sombre, il alla se trouver une place en haut des gradins. Il en choisit une au dernier rang afin de pouvoir partir rapidement lorsque la panique s'emparerait de la foule. De là-haut, les spectateurs avaient une bonne vue du labyrinthe. Néanmoins, un voile sombre opacifiait les différents chemins, probablement pour empêcher toute triche et préserver le suspense.

Les différents organisateurs, ceux qui devaient patrouiller autour du labyrinthe en cas de problème, s'étaient déjà rassemblés, s'échangeant visiblement des consignes. Il y avait Hagrid, McGonagall, Flitwick, Severus et deux sorcières visiblement du ministère de la Magie.

Harry vit Maugrey s'approcher en claudiquant, une caisse flottant derrière lui. Le cœur de Harry s'accéléra. La Coupe de Feu, la fausse, devait se trouver à l'intérieur. Maugrey échangea quelques mots avec ses collèges avant d'entrer dans le labyrinthe, disparaissant dès les premiers pas.

Voilà, il était trop tard.

« Je ne crois pas avoir déjà eu le plaisir de vous rencontrer », dit une voix derrière lui qui n'avait rien d'amical.

Harry se retourna lentement, même s'il savait déjà à qui appartenait cette voix. Dumbledore se tenait là, son visage affichant une expression neutre et pourtant hostile. Harry ne l'avait pas vu depuis des années et cela le blessa plus qu'il ne voulait l'admettre d'être traité ainsi en ennemi. Le sorcier n'était jamais venu prendre de ses nouvelles.

Les bruits autour d'eux furent soudainement assourdis et Harry devina que Dumbledore les avait mis dans une bulle de silence.

« Et pourtant si, répondit Harry d'un ton qui se voulait apaisant. Mais j'ai beaucoup changé depuis le temps. »

Dumbledore était intelligent, il suffisait d'appuyer sur certains mots pour qu'il comprenne. Harry sortit la fiole qui contenait son polynectar pour en boire une gorgée sous le regard scrutateur du vieil homme.

« Réfléchissez ! voulait-il crier. Regardez-moi, réfléchissez ! Trouvez l'imposteur, quelqu'un d'autre ici n'est pas celui qu'il prétend être ! Qui d'autre boit sans arrêt dans sa flasque ? C'est du polynectar ! Vous pouvez encore l'arrêter, il n'est pas trop tard ! »

S'il ne le disait pas explicitement, était-ce réellement comme s'il révélait le futur ? Harry savait que oui mais ce n'était pas que sa promesse qui le retenait de parler. Un sentiment étrange écrasait sa poitrine, l'empêchait de parler. Était-ce seulement de la peur ? À la place, il dit d'un ton mesuré :

« Mon nom est Harry même si…ces dernières années on m'appelle le plus souvent Artus. Je sais que je ne devrais pas être là mais…je fais une petite entorse à la règle. »

Dumbledore l'observait, cherchant à déceler le mensonge dans son discours. Harry sentit une pointe de Legilimancie s'infiltrer dans son esprit et Harry se retint de le chasser comme on rabrouerait un enfant trop curieux. En réalité, il doutait pouvoir se défendre si Dumbledore voulait réellement entrer dans son esprit. À la place, il lui imposa une image de leur dernière conversation, bien des années plus tôt, lors de l'incinération de Weltz.

« Je ne suis ici qu'en qualité d'invité. Je suis curieux de voir ce que donne le spectacle de cette perspective. » Il hésita avant d'ajouter : « Le gamin a souffert de cette responsabilité toute l'année, vous me devez au moins cela. »

Dumbledore ne répondit pas. Il semblait, d'une certaine façon, pétrifié. Dumbledore n'était pas homme à hésiter et pourtant, il paraissait sur le point d'ouvrir la bouche, de demander, sans tout à fait oser.

Weltz lui avait dit que Harry représentait la tentation, la possibilité de connaître le futur, d'accéder à ce pouvoir. Il n'avait jamais autant compris ce danger avant cet instant.

Harry s'apprêtait à répéter qu'il n'avait pas l'intention d'interférer lorsque Dumbledore hocha enfin la tête. Il s'éloigna sans un mot de plus, comme si le simple fait de lui parler pouvait changer le futur.

« Professeur ! l'apostropha Harry car il ne pouvait s'en empêcher. Je peux être utile en respectant mon engagement. Il n'est pas nécessaire de me tenir à l'écart, je suis sûr que vous pouvez le comprendre. Envoyez-moi un hibou quand vous aurez besoin de moi. »

Dumbledore partit sans répondre.

Harry expira brutalement. Son dos était trempé de sueur et, maintenant que le sorcier état parti, il remarqua que ses mains tremblaient légèrement. Il avait affronté bien des mages noirs ces dernières années, mais aucun n'arrivait à la cheville de la puissance de Dumbledore.

Il lui fallut un moment pour reprendre possession de ses moyens, respirant profondément pour apaiser les battements frénétiques de son cœur. Lorsqu'il retrouva enfin son calme, Harry sentit une étrange colère monter en lui. Comment osait-il le traiter avec si peu de considération, comme s'il était un danger, un paria à éviter, à qui on ne pouvait pas faire confiance ? Il avait tout sacrifié, vivait en ermite loin du monde magique des îles britanniques, avait obéi – presque entièrement, sa relation avec Severus était l'unique exception. (Il s'était convaincu qu'elle n'aurait pas d'influence, ou que les répercussions étaient déjà bien trop grandes lorsqu'il s'en était rendu compte, il avait oublié comment il s'était convaincu.)

Harry finit par descendre pour s'acheter de quoi grignoter avant le début de l'épreuve – presque tout le monde avait pris place dans les gradins maintenant.

Le professeur Rogue, car Harry ne pouvait l'appeler autrement lorsqu'il était ainsi, se tenait à côté du stand tenu par un Serpentard. L'élève lui prépara sa commande et Harry hésita un instant avant de céder à la tentation d'asticoter Rogue :

« Est-ce que vous prenez les paris ? Vous connaissez bien les candidats, vous serez forcément avantagé !

- Qui êtes-vous ? lui demanda Severus, son regard hargneux se plantant dans le sien.

- Cela n'a pas vraiment d'importance, répondit Harry en souriant. Je suis bien plus intéressé par ce que vous pensez de l'épreuve. »

Rogue eut un léger mouvement de recul et Harry se demanda à quoi il ressemblait lorsqu'il souriait avec ce visage emprunté. Puis, il comprit pourquoi Rogue le regardait étrangement : Harry flirtait. Bien malgré lui, il n'avait pu s'empêcher de prendre un ton légèrement séducteur.

« Quel est votre pari ? demanda Rogue d'un ton qui indiquait que, malgré la question, il ne parierait pas avec lui.

- Au vu du fair-play des candidats… Je pense qu'on pourrait presque avoir deux champions. »

Presque. Si l'un n'était pas mort – n'allait pas mourir.

« Presque ? Vous n'en êtes pas tout à fait convaincu. Parce que vous savez que même si des candidats coopéraient, au bout du compte, une fois arrivés devant la Coupe de Feu, ils mettraient fin à la fraternité pour écraser l'autre ?

- Ah, répondit amèrement Harry. Ça serait la meilleure solution, non ? »

Harry était celui qui avait initié la conversation et il s'y était brûlé les ailes. Si Harry et Cédric n'avaient pas fait preuve de tant de fair-play… Si Harry s'était emparé de la coupe, Cédric serait encore en vie. Si Cédric n'avait pas eu tant de grandeur d'âme et voulu lui offrir la victoire alors que Harry pouvait à peine marcher, Voldemort ne serait pas revenu à la vie ce soir-là.

Ces pensées l'avaient déjà obsédé des nuits durant les années qui avaient suivi cette soirée néfaste. Pourquoi était-il obligé de ressasser ces questions ? Peut-être cherchait-il à extérioriser la douleur avant qu'elle n'arrive dans cette réalité.

Harry prit son hot-dog et retourna à sa place, sous le regard brûlant de mépris de Rogue.

Merlin, Severus allait le haïr.


Le prochain chapitre est LE chapitre… Coming soon !