PROMPT : Le dernier combat


Été 1995

Voldemort tournait nerveusement en rond dans la chambre qu'il occupait. C'était une chambre austère, uniquement fonctionnelle : pas de luxe, pas d'objets personnels. Il était le Seigneur des Ténèbres, pas un de ces nobles prétentieux friands de confort et de décoration tape-à-l'œil.

Il avait fait en sorte d'éradiquer tout sentiment humain au fil des années. Il ne voulait pas éprouver de compassion, d'amitié ou pire d'amour. Il avait vu ce que l'amour avait fait à la femme qu'il avait cru être sa mère, et il ne voulait pas risquer de finir comme elle. Pour rien au monde.

Pour certain mourir d'amour était peut être romantique, mais il n'y avait rien de beau dans la façon dont Merope Gaunt avait trépassé. Seule et sans abri, malade, frigorifiée, un nouveau né qui n'était même pas le sien dans les bras. Elle avait probablement cru à la fin que le nourrisson était son enfant, celui qu'elle avait perdu à cause de ses mauvaises conditions de vie.

Tout ça, parce qu'un jour elle avait levé les yeux sur un minable moldu et qu'elle avait été subjuguée par son apparence et sa fortune. Elle était tombée amoureuse de Tom Jedusor et celui-ci l'avait poussé vers une mort indigne.

En scindant son âme, meurtre après meurtre, il avait pris soin d'oublier qu'il était un homme avant tout. Il méprisait l'amour, il refusait d'éprouver de la pitié ou de la compassion. Il était le grand et terrible Lord Voldemort, et rien ne pouvait le faire changer d'avis une fois sa décision prise. Il lançait des massacres sans aucune hésitation et discutait de se débarrasser de ses ennemis comme d'autres parleraient de la météo.

Face aux Potter, il avait été déstabilisé par les derniers mots de Lily Potter. Mais il les avait effacé de sa mémoire rapidement. Puis… Il avait croisé le regard émeraude du bébé qui serait amené à le vaincre. Ils s'étaient fixés une fraction de seconde et il s'était obligé à lancer l'Avada sur le bambin sans la moindre pitié.

L'instant d'après, il était arraché de son corps, et il devenait une âme errante.

Lorsque Pettigrew l'avait ramené, obéissant servilement à ses ordres, il avait imaginé qu'il réussirait enfin à tuer le gamin qu'il avait haï toutes ces années. Il lui reprochait ce qui lui était arrivé et il rêvait de l'instant où il se débarrasserait enfin de lui.

Cependant il n'avait pas prévu de voir ses dernières victimes et d'apprendre qu'il y avait une vérité cachée à découvrir. L'insistance de Lily Potter à l'appeler Thomas l'avait bien plus perturbé qu'il ne le pensait. Sans compter qu'il avait conclu une trêve avec le jeune Potter.

Il avait découvert les affres de la curiosité à l'idée de ce mystère évoqué par les parents Potter.

Avant toute cette histoire, si Severus avait avoué sa trahison, il l'aurait tué sans remords. Il était peut être un brillant potionniste mais il n'était pas un Mangemort irremplaçable. D'un coup, il ignorait ses écarts et lui renouvelait sa confiance en le gardant comme seul confident… tout ça parce qu'il était digne de confiance d'après Lily Potter. Son ennemie.

Pire encore, lorsque le Maître des Potions lui avait raconté la vie du gamin Potter, il avait découvert qu'il pouvait ressentir de l'inquiétude pour quelqu'un d'autre que lui. Il avait éprouvé de la colère envers les moldus du garçon, et il avait refusé qu'il puisse être victime de mauvais traitements encore une fois. Pas s'il pouvait l'éviter. Comme si ses propres souvenirs d'enfance étaient encore à vif.

C'était probablement le comble de l'ironie, qu'il prenne soin du gamin qu'il voulait tuer. Il l'avait envoyé au Manoir Malefoy en faisant comprendre à ce cher Lucius qu'il avait plutôt intérêt à accueillir parfaitement leur jeune invité.

Et pour s'enfoncer un peu plus dans un sentimentalisme dégoûtant - autant qu'inédit - le voilà qui s'inquiétait pour Harry. Il avait déjà demandé à plusieurs reprises à Lucius des détails sur le jeune homme qu'il hébergeait, et il avait été plutôt surpris des commentaires de l'aristocrate.

Harry Potter était une somme de contradictions à lui tout seul, à la fois fort et fragile, timide et sûr de lui.

Et alors qu'il aurait dû s'en agacer, il s'amusa du fait que Lucius s'était pris d'affection pour le Survivant même s'il le niait farouchement.

Ses pensées furent interrompues pas l'arrivée de Severus qui s'inclina comme à son habitude, le visage impassible. Voldemort - de moins en moins Voldemort et de plus en plus Tom - soupira.

- Comment va ton protégé, Severus ?

- Il reprend des forces.

- Très bien. Tu m'as déjà parlé de ses… lacunes en potions, mais a-t-il d'autres faiblesses ?

L'hésitation de Severus ne passa pas inaperçue et Tom grogna.

- Oh par pitié ! Je ne vais pas martyriser ce pauvre gosse. Plus le temps passe, plus je pense que le dernier combat aura lieu entre Dumbledore et moi. Quelle gloire y-a-t-il à attaquer un enfant ? Je pense que j'avais perdu l'esprit pour craindre un bébé tout juste né !

Severus hocha la tête. Bien qu'il soit soulagé de voir que son maître ne semblait plus décider à éliminer Harry, il restait méfiant. Aussi, plutôt que de parler une fois de plus du garçon - qui semblait devenir une obsession pour le Lord - il revint sur le parchemin contenu dans la boîte à musique.

- D'après mes recherches, jamais aucun Thomas Fleamont Potter n'a existé. Il n'y a pas de traces dans les archives ministérielles ou dans le registre des anciennes familles. J'ai eu plus de chances avec la malédiction. animae damnatorum est une ancienne malédiction sang-pur visant à maudire une lignée en touchant le premier né d'une famille.

- Le premier-né ?

- La malédiction vise à noircir son cœur et son âme de façon à le transformer en monstre sanguinaire.

- Juste le premier-né ?

- Maître, les familles sang-pur sont victimes d'une faible natalité. Il y a généralement un seul héritier, rarement plus. Et maudire l'héritier d'une lignée et la pire chose qui puisse arriver pour une famille attachée aux traditions.

- Quel rapport avec les Potter ? Visiblement leur fils n'est pas touché, puisqu'il est l'arme choisie par le camp de la lumière. Il est difficile de croire que cet enfant puisse devenir monstrueux quand je vois ce qu'il est aujourd'hui.

Severus hocha silencieusement la tête, pensif, en dévisageant Voldemort. Il commençait à entrevoir une possibilité dérangeante, et il ne comptait pas en parler, pas tant qu'il n'aurait pas de certitudes ou de début de piste sur le sujet.

Finalement, Voldemort lui fit signe de partir, et Severus s'inclina rapidement avant de s'en aller. Il avait des recherches à approfondir et un mystère à éclaircir.