NA :Je ne fais que m'amuser dans le Champ des rêves de Stephenie...

NB : Je ne fais que traduire celui de miaokuancha.


40- Quelque chose de mal ~

J'ai fait quelque chose de mal.

J'ai jeté un coup d'œil.

La dernière page du journal. J'y ai jeté un coup d'œil.

Elle est intégralement blanche.

Blanche aussi celle d'avant.

Et celle d'avant celle-là encore.

Je suis retournée cinq pages en arrière, toujours rien. Alors j'ai eu peur.

Parce qu'à l'évidence, quelque chose a empêché Edward de remplir son journal jusqu'au bout.

La Première Guerre Mondiale.

Ça ne peut pas être ça. L'anniversaire d'Edward est tombé en juin, le vingt. (Cela

avait été une heureuse journée. Sa mère avait organisé une garden party, et son père les avait laissés, lui et ses amis, allumer quelques chandelles romaines une fois le festin englouti, les chansons chantées, le gâteau mangé). Ce que je veux dire c'est qu'il n'aurait même pas eu dix-sept ans et demi quand la guerre a pris fin. Trop jeune pour s'engager, même le Jour de l'Armistice. J'ai vérifié.

Mais on avait vu des garçons à peine âgés de 16 ans avoir raconté des bobards pour pouvoir embarquer sur les bateaux ou s'enrôler dans les tanks. J'ai aussi vérifié ça.

Oh, Edward.

Est-ce ce qu'il a fait? Fui ses parents pour aller se faire soldat? Et il a laissé son journal derrière? Condamné à ne jamais être achevé? Je ne supporte même pas d'y penser.

Son ami s'est engagé. Son meilleur ami, Tommy Borden, celui qui avait un an de plus que lui.

C'était le Quatre Juillet. La famille d'Edward était allée au Parc de Riverview. C'était un grand et très populaire parc d'attraction à Chicago – brillant et flambant neuf à l'époque, tout juste construit en 1904. On en trouve de nombreuses cartes postales sur Google. L'une d'entre elles est collée dans mon scrapbook, maintenant. Ils avaient un carrousel, et un train panoramique, et un show rejouant une bataille navale de la Guerre Civile. Il y avait des stands de nourriture et un kiosque à musique, et une Porte de l'Enfer, et aussi une Entrée d'Hades. Qui aurait cru que les gens étaient si fascinés par la mort en ce temps-là ?

Il y avait eu un concert au coucher du soleil et de la musique patriotique. Edward avait décrit la foule qui chantait en même temps, sur des chants tels que ''Battle Hymn of the Republic'', et ''Over there'' combien il avait trouvé le son de toutes ces voix d'hommes ''émouvant'' comme il se demandait si sa voix à lui serait un jour aussi profonde que celle de son père.

Son ami, Tommy Borden était là aussi et sous les feux d'artifices, il avait conduit Edward derrière la conque de l'auditorium, pour lui dire qu'il s'était engagé auprès d'un recruteur au bureau de poste ce matin-là.

Je me demande si c'était le même bureau de poste où ces deux garçons (quels deux garçons ? Je parie que c'était Tommy et un autre de leurs amis) avaient volé l'affiche de la jolie fille de la Navy.

Est-ce ce qu'Edward a fait ? Est-ce la raison pour laquelle les dernière Dieu-sait-combien de page de son journal sont vierges ? (J'ai trop peur pour vérifier leur nombre exactement). S'est-il enfui vers la guerre, pour être avec ses amis ? Pour qu'ils le couvrent comme ils l'avaient toujours fait depuis la petite école ?

Peut-être qu'il avait juste mis de côté les enfantillages.

C'est tellement stupide de ma part de m'inquiéter pour ce garçon, qui a vécu et qui est mort avant même que je ne sois née. Mais je ne veux pas qu'il soit mort jeune. Dans ces terribles tranchées, avec la boue, et les tirs d'artillerie tonnant tout autour d'eux. Je veux qu'il ait eu une vie longue et heureuse. S'il l'avait eue, peut-être, juste peut-être, qu'il aurait pu être encore vivant quand je suis née.

Je désire tellement qu'il y ait eu un temps – même très court – où cet Edward Anthony Masen et moi avons été ensemble dans le monde. Même seulement pour un jour. Ce n'est pas impossible. Lui est né en 1901 et moi en 1991. Un homme peut vivre jusqu'à quatre-vingt-dix ans, ou un petit peu moins, non ?

Je suis allongé sur mon lit, avec le journal dans les mains. Son contact me semble si familier, maintenant. C'est comme si je l'avais toujours eu. Le cuir est doux, c'est agréable quand je pose ma joue contre; il sent comme moi, désormais, davantage que comme Edward. Et il sent comme la brindille de cèdre, aussi. Ça me rend triste. Je ne veux pas qu'il ne sente plus comme Edward. Même s'il n'est pas le Edward qui y a écrit ceci. L'odeur de ce garçon que je ne connaîtrai jamais.

Pourquoi tout ceci fait-il si mal ?

J'ai peur de lire plus avant que là ou j'en suis arrivée – fin juillet, 1918.

Au lieu de cela, je suis allongée sur le côté, tenant le journal contre ma poitrine et je demande :

S'il vous plaît, Seigneur, gardez-le en sécurité. Ne laissez rien de fâcheux lui arriver. Envoyez vos anges pour qu'ils veillent sur lui.

Est-ce que ça marche, ça ? Une prière peut-elle atteindre le passé ?

Mais le temps de Dieu c'est l'éternité. Il n'y a ni maintenant ni autrefois. Alors je prie de toutes mes forces.

Et je tourne la page.


Je reste assis avec la biche morte dans les bras, sa gorge sauvagement ouverte. Mais pas sanglante. Non. Tout ça est en moi maintenant.

Son corps refroidit si rapidement. Lorsque je me suis jeté sur elle, elle n'a pas eu le temps de s'enfuir. Seulement de se retourner, et de me regarder avec les yeux d'Isabella. Désormais, toutes me regardent avec les yeux d'Isabella.

– Edward. Edward !

La voix d'Alice m'effraie.

– Que vois-tu ? – lui demandé-je, frénétiquement.

Maintenant notre famille toute entière est unie, avec pour but de garder Bella en sécurité. Et pourtant, quelle certitude ai-je ?

Alice rit d'un rire léger.

– Je te vois, toi, perdu dans tes pensées.

Elle émerge des fougères, se pliant sous les branches basses d'un épicéa. Ici, dans la forêt profonde, avec sa petite taille et ses cheveux de jais, elle pourrait vraiment passer pour un membre du peuple des fées. Morgane, réincarnée – et désormais immortelle. Jasper émerge derrière elle, son grand Galahad. Leurs bouches sont propres, vierges du sang de leur tuerie. Je repose la mienne. Ils font de leur mieux pour rester polis mais je vois bien combien je leur parais bizarre, à m'accrocher ainsi à la carcasse

Je chasse à nouveau en compagnie de ma famille. Chasser seul me met bien trop en tête cette autre époque où je marchais seul – il ne pouvait y avoir pire remémoration avant d'aller à la fenêtre de Bella chaque nuit.

– ça va bien se passer Edward. Vraiment. J'en suis plutôt sûre.

Les mains d'Alice et de Jasper on trouvé le chemin l'une de l'autre. Ils se sont réconciliés en privé, mais le flot de paix muette qui vit entre eux vient tous nous effleurer lorsque nous sommes tous ensemble.

– Facile à dire pour toi.

– Non, ça ne l'est pas. Pas facile du tout.

Je m'éloigne de la biche morte, m'essuyant la bouche de la paume et me rappelant à peine à temps de ne pas essuyer ça sur mon pantalon, mais de lécher à coups de langue les dernières taches qui maculent ma ligne de vie. Il n'y a pas moyen de contourner les faits. Nous sommes des créatures, des bêtes.

– Edward.

Avais-je dit ça tout haut ? Ou bien Jasper a-t-il cueilli mes sentiments, et les a-t-il transmis à Alice ? Je pourrais passer ses pensées au crible pour le découvrir. Ou bien je pourrais juste parler.

– Nous sommes des monstres de la nature, nous trois plus que les autres.

– C'est une pensée dénuée de bonté, mon frère. Et pleine d'ingratitude. Ta petite amie serait morte sans nos dons, à tous les trois.

Quand est-ce arrivé ? À quel moment est-elle devenue ma petite amie ?

Je n'ai pas besoin qu'il me repasse le film de ce premier jour pour le savoir – si je n'avais pas été télépathe, Alice clairvoyante, et si Jasper n'avait pas eu le pouvoir de projeter chagrin et remords – quel bain de sang cela aurait été, quand la senteur de cette fille avait pour la première fois empli tous mes sens !

Et combien de fois après cette fois-là, n'avais-je pas été retenu, encore et encore, parce qu'Alice pouvait voir et que Jasper pouvait me faire ressentir et qu'ils pouvaient me montrer les choses, en silence, en secret, sans que personne ne le sache que nous.

– Nous ne sommes pas des monstres de la nature ! Nous ne sommes pas des monstres !

Mon instant de révulsion a dû se frayer un chemin jusqu'à elle à travers Jasper, et pour l'instant il s'assure en retour que je sente bien clairement et bien nettement la détresse d'Alice, ?

– Nous sommes des gardiens, Edward, des gardiens. Ne le vois-tu pas ? Tu es le gardien de nos passés. Tu as entendu toutes nos histoires, et tu les retiens pour nous, tu les gardes à l'abri. Et Jasper, lui garde notre présent. C'est pourquoi nous avons tant besoin de lui. Il garde nos cœurs, et nous montre les uns aux autres, afin que nous ne nous blessions pas trop les uns les autres. Et moi... moi... Je garde notre futur.

Son visage est tourné contre la poitrine de Jasper, à présent. Les doigts de Jasper passent dans ses cheveux, et ses lèvres effleurent le sommet de son crâne.

– Chhhh, mon oiseau, tout va bien. Tout va bien.

– Oh, Edward, je suis tellement désolée ! Peut-tu me pardonner ? J'ai failli perdre notre futur, presque pousser Bella du haut d'une falaise.

Mon cœur plein de colère est un choc pour moi, mon coeur plein de ses mots malveillant qu'il n'avait pas encore épanchés.

– Comment as-tu pu faire cela ? – face à eux, je le dis – Si tu m'avais laissé y aller dès le départ, j'aurais pu arrêter Jasper.

– Non, pas arrêté. Mais tué. Tu l'aurais tué. Je n'ai pas pu, Edward. Je ne le pouvais tout simplement pas.

Fais attention à toi, garçon. Et il fait jouer l'angoisse d'Alice en moi. Mais je ne suis l'angoisse ne m'est pas étrangère.

– Tu étais prête à sacrifier Bella ! Après tout ce que tu avais dit, au sujet du fait qu'elle allait être ton amie !

– Non, Edward, jamais ! Je ne pourrais jamais ! Elle va m'aimer, vouloir de moi.

– Alors comment ? Pourquoi ? Mais, nom de Dieu, qu'étais-tu en train de faire ?

– Il existe une chose appelée ''foi'', Edward.

Ses souvenirs défilent dans sa tête – des année, des décennies d'errance avec rien d'autre pour la guider qu'une lueur de cheveux blonds et une voix douce, et un étrange version satori d'elle-même bondissant sur un lynx, entourée d'une famille aux yeux dorés – Parfois, c'est tout ce que nous avons.

J'émets un grognement de mépris que ma mère n'aurait jamais approuvé.

– Tu crois que le monde est vraiment si bon ? Tu crois qu'il y a vraiment un paradis... un pouvoir supérieur ?

– Je te parle d'avoir foi dans les gens que l'on aime, Edward. Même si je ne pouvais pas le voir, il fallait que... Il fallait que j'y croie.

Jasper la serre plus étroitement contre lui.

– Nous sommes tous de ton côté, désormais – dit-il; tous du côté de Bella. Mais tu es toujours plus inquiet que jamais. Pourquoi cela ?

Comment puis-je l'expliquer ? Ce malaise horrible. Est-ce juste parce qu'on m'a fait cette horrible peur ? Ou bien est-ce que son sang continue de me défaire, et qu'il sera toujours juste à un battement de cœur, un souffle, du carnage ? Je suis misérablement désespéré, je veux si désespérément la garder à l'abri, la garder en ce monde, à tout prix.

Un microscopique aperçu s'échappe de l'esprit de ma sœur. Comme un éclair de peau pâle entrevu par le trou d'une serrure. Et puis qu'elle obstrue de la main.

– Alice, tu ne peux pas continuer à te cacher de moi ainsi. Il faut que tu me montres.

Elle lutte contre l'idée, en débattant avec elle-même, pour finalement me laisser voir.

Bella pâle. Bella froide. Bella sans une goutte de sang.

Bella rendue parfaite.

Je suis atterré.

– Depuis combien de temps vois-tu cela ?

– Depuis hier.

Depuis que Jasper a dit ''Elle fait partie des nôtres, désormais, Edward. Pour le meilleur et pour le pire''.

Non, pour plus longtemps que ça.

La vision lui était venue tandis que je m'accrochais à l'arbre à l'extérieur de la fenêtre de Bella, figé par la vision d'elle en vie.

Rien de tout ce mal n'est arrivé.

Et j'ai encore une chance de faire en sorte qu'il n'arrive jamais.

Je plaide ma cause auprès de ma sœur :

– Tu ne la vois pas vivre une vie longue et heureuse ? Aimée par une petite-fille ?

Emportant mon journal avec elle dans les bras de la terre...

– Non, je ne vois plus cela, Edward. Je ne le vois plus.


NA
– Voici les cartes postales du Parc de riverview (et de quelques autres). Les vues sont de l'époque où Edward était enfant, aux alentours de 1908-1910. Je me demande laquelle Bella a choisie pour son scrapbook.
: / / chicagopc . info / entertainment_amusement_parks . htm

– Voici la chanson ''Over There'' (NdT : ''Là-bas''). La voix des gens et leur prononciation étaient différentes en ce temps-là. Le chanteur populaire enregistré ici était un ténor, mais on peut imaginer les voix de nombreux hommes se joindre au concert.
: / / www . youtube watch?v=wbggEGUaE28

NB

- Over There
http(deux points deux slash)www(point)youtube(point)com(slash)watch?v=i5oWH6JWBJY
Un version plus ''récente'' tirée du film Dandy Yankee, à la fin duquel les troupes américaines partent à la guerre en Europe, en chantant de toutes leurs voix d'hommes, la chanson ''Over there''.
Les paroles incitent les hommes à prendre les armes (''attrape ton fusil fissa'') et à se rendre ''là-bas'' pour aller régler le problème en vitesse. Pleine d'élan patriotique, d'optimisme conquérant, elle dit que les Yanks (les yankees, les Américains), fils de la liberté, arrivent, au son des tambours, et que les troupes ennemies devraient faire attention à leur derrière, qu'on se battra et qu'on ne rentrera pas tant qu'on n'en aura pas fini (to be over) là-bas (Over there) – et c'est sûr, y en a un paquet qui y sont restés – , qu'il faut rendre papa et maman fiers d'avoir eu un tel fils, que la petite amie ne doit pas se languir de son mec, mais être fière qu'il soit sur la ligne de front etc, etc...
Quand on sait vers quel enfer les ''boys'' allaient, cette chanson sonne tragiquement ironique.

The Battle Hymn of the Republic (L'hymne de bataille de la République) est super connu en France (et en Français) comme chant …...de Noël. C'est celui qui fait ''Glooooory, glooooory Alléluuuuuuu-ia'' au refrain avec des paroles plus cul-cul la praline tu meurs.
La preuve : http(deux points deux slash)www(point)youtube(point)com/watch?v=PsuIbreK2-w
Bref l'air est ancien et nous vient des States. Les paroles originales ont au moins deux variantes (la première -1861- et une plus tardive, désormais fixée).
La chanson est devenue populaire comme chant patriotique dans le Sud comme dans le Nord des Etat-Unis, dans le courant de la Guerre de Sécession (années 1861 et quelques), guerre Américano-Américaine qui a opposé l'armée de l'Union des états du Nord (industrialisé, pro-abolition de l'esclavage des Noirs) à l'Armée Confédérée des Etats du Sud (rural, esclavagiste). ''Battle Hymn of the Republic'' glorifie la marche de la vérité du Seigneur au côté des hommes justes (même au combat). C'est la raison pour laquelle, sans doute, la chanson est devenue populaire dans les deux camps, vu que chacun croyait sa cause juste, Dieu était avec tout le monde, donc.
Je vous mets la version que je préfère (An American Trilogy), chantée par Ze King (alias Elvis Prestley), un petit medley ''Oh Dixie Land'' (c'est le petit nom du Sud, dans le Sud)/All my Trials (''toutes mes épreuves'', berceuse originaire des Bahamas, plutôt gospel)/''Battle Hymn of the Republic'' (où le Glory Alleluia la pète bien question cuivres au refrain).
[Rappelons qu'Elvis est du Sud (de Dixie Land, donc), qu'il a vécu sa célébrité dans les années 50-60, c'est à dire bieeeen après la Guerre de Sécession, qu'il n'a pas connu la Première Guerre Mondiale, qu'il n'est que né avec la Deuxième, mais qu'il a fait son service militaire en insistant pour être troufion de base (le plus célèbre de la planète à l'époque, quand même) au lieu de profiter des privilèges que lui procurait sa célébrité].
American Trilogy, donc :
http(deux points deux slash)www(point)youtube(point)com(slash)watch?v=8gyvTV5OJ5E

Satori : Wiki dit que c'est un terme du Bouddhisme zen, signifiant littéralement ''compréhension'' et qui désigne l'éveil spirituel à long terme. Il s'oppose ou fait suite au terme ''kenshō'' (= ''voir la nature ''), qui est une prise de conscience plus ponctuelle, qui ne se prolonge pas le moment où on entrevoit sa vraie nature sans encore pouvoir la réaliser.


NA
Comme toujours, mes remerciements sincères à mes sages-femmes : aveburysubtlegift, WoodLily, malianani, SaritaDreaming.
Merci, chers lecteurs de rendre visite à cette petite histoire.

NB
Une petite histoire qui fait actuellement plus de 60 chapitres, quand même, modeste miaokuancha. Merci pour vos gentilles remarques sur ma traduction, elles sont appréciées.

Merci de nous lire.