Chapitre 42 : S'occuper des Dursley

- Monsieur Potter. Potter.

Qu'est-ce que le professeur Rogue faisait là ? Ce n'était pas sa maison. C'était la maison de Sirius.

Il y eut des jurons étouffés, puis une série de sorts que Harry ne reconnut pas. Et puis d'autres jurons. Harry ne savait pas que le professeur Rogue connaissait ces mots.

- Ouvrez votre main, Potter.

- C'est à moi.

- Espèce d'idiot, grogna son professeur. Faites ce que je vous dis.

Trois ans de cours et d'ateliers firent ouvrir sa main à Harry. La pierre fut enlevée avec un sort de lévitation, et une lumière bleu très clair se répandit sur la poitrine de Harry.

- Avez-vous de ces bonbons ridicules que vous fabriquez, Potter ? demanda son professeur d'un ton las. Pourquoi est-ce qu'il avait la même voix que si Harry avait préparé une Solution de Congélation trop liquide ?

- J'ai ceux à la cerise. Sauf qu'ils ont un goût de sang.

- Rappelez-moi ce qu'ils font.

- Guérison mineure, de la deuxième année, marmonna Harry.

Son professeur fouilla dans ses poches et lui versa une poignée de bonbons dans la main.

- Mangez.

- Mais ils ont un goût de sang.

- Potter.

Harry décida qu'affronter la voix en colère de Rogue ne valait pas le coup. Il mâcha consciencieusement sa poignée de bonbons.

- Ils ont un goût horrible, dit-il à Rogue. Les parents de Hermione vont être en colère après moi. Ils sont dentistes, vous savez.

- Je ne savais pas. Dites-m'en plus.

- Ils sont très gentils, et ils lui achètent plein de livres. Pas trop. Qu'est-ce que vous faites ?

- Je déjoue les protections de ce taudis pour pouvoir préparer de quoi vous sauver la vie, espèce de sombre crétin. Depuis combien de temps êtes-vous ici ?

- Je ne sais pas. On est encore samedi ?

- Nous sommes vendredi, dit Rogue d'une voix crispée. Votre magie a dû vous aider à ne pas mourir de soif.

Maintenant qu'on en parlait, Harry avait pas mal soif.

- Je suis malade ? J'aimerais bien de l'eau…

Une minute plus tard, un petit chaudron d'eau fut mis dans ses mains. Elles tremblèrent quand il le souleva pour boire.

- Je me sens un peu bizarre.

- C'est parce que vous êtes en train de mourir. Quand le directeur m'a appelé-

- Dumbledore savait que j'avais des ennuis ?

- Oh non, Dumbledore savait que vous auriez des ennuis, parce que vous vous étiez enfui de chez vous. Encore, apparemment. J'ai été envoyé vous chercher avant que vous puissiez faire de dégâts irréparables – et maintenant ça. Dites-moi, à quoi pensiez-vous ?

- Sirius a dit que je pouvais, dit Harry d'un ton boudeur.

Il ne méritait pas de se faire crier dessus. Ce n'était pas juste.

- Je ne m'attendais pas à mieux de sa part, mais j'avais des attentes légèrement plus élevées vous concernant, Potter.

- Pourquoi vous êtes tout le temps aussi méchant ?

- … parlez, Potter. J'ai besoin de savoir que vous êtes conscient et cohérent. Votre magie continuera à travailler tant que vous êtes éveillé pour lui permettre de le faire.

- D'accord. Je pense que c'est la faute de Kreattur. Il savait que je voulais aller dans le labo de Potions, et il était vraiment en colère contre moi parce que j'ai utilisé sa cuisine et que je suis dans la maison. Il a lancé un Épouvantard et quelques autres trucs après moi, mais je savais quoi faire parce qu'on les a vus en cours…

- Très bien, Harry. Continuez à parler.

Rogue était en train de faire des bruits très intéressants derrière le banc contre lequel Harry était appuyé.

- Vous faites une potion ? Je peux regarder ?

- Restez où vous êtes. Les pierres sangsues sont de la magie très noire, et je ne sais pas – vous dites que le dernier jour dont vous avez eu conscience est dimanche ?

- C'est ça. Je n'avais pas prévu de rester si longtemps, mais la météo n'était pas bonne pour voler…

- Sirius Black.

- Si vous l'assassinez, je ne vous parlerai plus jamais.

- Si je l'assassine. Si.

- Pas de meurtres, dit Harry d'une voix ferme. Même si vous vous sentiriez mieux après.

- Parfois, jeune homme, j'ai vraiment pitié de vous.

- Mais la plupart du temps non. J'aime bien ça.

- Si j'assassinais Sirius Black, j'irais à Azkaban. Je ne suis pas un danger pour lui. Comment vous mettez-vous dans un tel pétrin- buvez ça.

Harry avala sagement la potion verte et fumante, qui brûla tout du long et le fit tousser, haleter et respirer, et réaliser soudain combien tout était devenu étrange et gris.

- Venez, dit Rogue en tendant la main. Harry se releva, vacillant.

- Vous ne passerez pas une nuit de plus dans cette maison.

- J'aime bien cette maison, murmura Harry. Il eut brusquement conscience de combien ça avait l'air bizarre.

Sous l'œil attentif de Rogue, Harry reprit toutes ses affaires dans sa chambre, caressa tristement son lit.

- Prenez ma main. Nous allons transplaner au Chemin de Traverse, et nous occuper de votre famille demain matin.

- Si on retourne chez les Dursley demain matin, pourquoi je ne peux pas-

- Pas un mot, souffla Rogue. Vous n'avez pas idée d'à quel point vous avez failli mourir, de plus d'une façon, et je ne vous laisserai pas partir avant de vous avoir bien fait comprendre l'entière stupidité de vos actions.

Harry regretta que Dumbledore n'ait pas envoyé quelqu'un d'autre. N'importe qui.

Et pourquoi Dumbledore envoyait des gens le surveiller pendant l'été, d'ailleurs ?

Avec un crac ils transplanèrent vers le Chemin de Traverse.


Ils dînèrent en silence au Chaudron Baveur, puis Harry s'écroula dans un lit d'une chambre de l'auberge. Il s'était rappelé pendant le dîner qu'il était encore absolument furieux contre le professeur Rogue pour plusieurs raisons différentes, ce qui rendait tout ça très inconfortable.

- Je viendrai vous prendre demain matin, dit Rogue d'un ton sec, avant de le laisser se débrouiller. Classique.


Prendre le petit déjeuner avec le professeur Rogue était encore plus inconfortable que le dîner avait été. Le salon de la petite chambre de Harry était sympa, mais c'était quand même… Harry regarda son professeur boire son thé et décida de risquer :

- Alors, pourquoi vous étiez là hier, d'ailleurs ? Je n'ai dit à personne où j'allais.

- Je vais vous expliquer les choses telles qu'elles m'ont été expliquées, dit calmement le professeur Rogue, posant sa tasse dans sa soucoupe avec un cliquetis.

- Au moment de la mort de votre mère, certaines protections ont été mises en places. Ces protections sont liées à votre famille biologique – votre tante et votre cousin. Cette semaine vous les avez presque brisées, en abandonnant votre famille biologique et en considérant une autre maison comme votre foyer. Si Dumbledore ne surveillait pas la situation, vous seriez doublement mort.

- Personne ne m'a jamais dit, dit Harry, assommé, les implications commençant tout juste à apparaître. La tartine dans son estomac s'était changée en plomb.

- Alors je ne peux pas partir ? Vraiment ?

- Le sang est le sang. Cela a été expliqué à votre tante et il a été considéré qu'elle vous transmettrait l'information quand vous seriez en âge de l'entendre.

- … le directeur a dit que j'étais protégé, mais il n'a pas dit exactement pourquoi ou comment. Il y a des années.

- Le directeur Dumbledore parle rarement sans raison, pour quelque obscure cette raison puisse-t-elle être. À votre place, je porterais une grande attention à ce qu'il ne dit et ce qu'il ne dit pas.

Harry pensa à une phrase étrange à propos de chaussettes, et à une douce explication qu'il pouvait parler aux serpents parce qu'il était connecté à Voldemort.

- Est-ce que je vous ai dit sa théorie sur pourquoi je suis un Fourchelang ? demanda Harry, parce que ça paraissait une bonne idée de changer de sujet avant de se mettre à crier. Il dit que c'est parce que Voldemort et moi avons une connexion magique.

Rogue eut l'air accablé.

- À une autre occasion, rappelez-moi de vous expliquer le tabou. Maintenant, dites-moi que vous comprenez à quel point vous avez frôlé la mort, et pourquoi vous ne pouvez pas quitter votre famille.

Harry regarda la table en fronçant les sourcils.

- Merci de m'avoir sauvé et tout, mais – c'était quoi ce truc ?

- Une pierre sangsue. C'est un simple enchantement de fascination, qui vous pousse à vous intéresser à la pierre à l'exclusion de tout le reste, y compris la nourriture, le sommeil et la fuite. La pierre est principalement conçue pour prendre les intrus au piège en attendant que le maître de maison s'occupe d'eux.

Rogue fixait son thé comme s'il l'avait personnellement attaqué.

- Vous ne devriez pas être en colère contre Sirius pour ça, essaya Harry. Il a juste dit que je pouvais venir quand je voulais, je ne pense pas qu'il a réalisé que je le ferais.

Le professeur Rogue ne semblait pas avoir de commentaire sur cette idée folle de ne pas accuser Sirius. Harry s'affala sur sa chaise.

- Venez. J'ai encore une conversation désagréable à avoir ce matin. Je dois rappeler à votre tante que vous êtes sa responsabilité.

- … vous allez parler à ma tante.

- Oui.

- Oh. Giga.


Le professeur Rogue en vêtements moldus avait une allure bizarre ; pas pour les raisons sorcières habituelles, mais parce qu'en fait il avait une apparence normale, enfin pour lui. Au lieu de ses robes noires, il portait un long manteau noir avec plein de boutons et avait, en gros, exactement le même aspect que d'habitude – comme s'il ne sortait jamais au soleil, se fichait de son apparence et vous détestait personnellement. Harry se sentait comme un clown à côté de lui, avec son pull et son jean trop grands, son balai invisible dans une main et son sac sur l'autre épaule. Il s'avéra qu'il y avait un point de transplanage à Little Whinging, mais il y avait une bonne trotte entre là et le numéro 4. Harry ne pouvait pas visualiser le professeur Rogue et sa tante dans la même pièce. Ça n'allait pas ensemble dans son esprit, ils appartenaient à des mondes trop différents, et la collision approchante lui donnait d'avance mal à la tête.

- Je peux y aller tout seul, essaya-t-il.

- Non.

- Qu'est-ce que vous allez dire, de toute façon ? Ils ne… n'aiment pas vraiment la magie. Vous voudrez peut-être-

- Potter.

Harry s'arrêta, et regarda le professeur Rogue réfléchir à ce qu'il allait dire.

- Je comprends le fait d'avoir honte de sa famille. Mon père.

Le professeur Rogue sembla s'arrêter net, comme si même le fait de dire le mot père était trop pour lui. Harry le regarda avec inquiétude.

- De toute façon, j'ai déjà rencontré Pétunia. Nous allons simplement… faire le point.

Harry se demanda s'il était possible d'assommer son professeur et de s'enfuir. Probablement pas, pensa-t-il avec désespoir.

Le professeur Rogue frappa à la porte. Tante Pétunia ouvrit, et se figea.

- Mme Dursley, dit Rogue d'une voix calme. Puis-je entrer ? J'ai ramené Harry Potter.

- On ne veut pas de gens comme toi ici. Vous n'êtes pas bienvenus, dit-elle sèchement, restant plantée sur le pas de la porte, les yeux brillants.

- En tant qu'un des professeurs de Harry, j'ai un certain nombre de choses dont je dois discuter avec toi, dit-il, entrant comme si elle n'avait rien dit. Nous devrions nous asseoir.

Tante Pétunia regarda Harry.

- Alors ? Va faire le thé, aboya-t-elle comme s'il n'était jamais parti. Harry roula des yeux et posa son sac, plaçant son balai invisible dans un coin là où personne ne trébucherait dessus (il était plus inquiet pour son balai que pour sa famille, pour être honnête).

Il alla s'occuper du thé, essayant d'espionner la conversation dans le salon sans aucun succès. Le temps de les rejoindre, les amabilités semblaient terminées.

- Je ne vois pas en quoi ma façon d'élever mon neveu te concerne, disait Tante Pétunia avec colère. J'ai fait du mieux que j'ai pu, et il ne veut pas qu'on s'occupe de lui.

- Il a quatorze ans, et a encore besoin d'un minimum de supervision. Tu as dû remarquer qu'il n'était plus sous votre toit ?

- Je pensais qu'il boudait.

- Je vois, dit le professeur Rogue d'une voix soyeuse.

- Pourquoi c'est toi qui viens poser des questions, au fait ? Lily m'a parlé de toi.

Harry se tourna vers son professeur, qui était très immobile.

- Elle a dit que tu avais mal tourné, continua sa tante d'un air ravi. Que tu lui tournais autour, que tu avais rejoint un gang, de lui dire si tu te pointais à la maison pour qu'elle puisse te dire de laisser tomber. J'étais certaine que tu finirais en prison.

- Mon casier judiciaire n'est pas le sujet de la discussion, Pétunia. Ni Lily.

- Pour quelle autre raison t'intéresserais-tu au garçon ?

- Tu ne peux pas imaginer que quelqu'un s'intéresserait à Harry ?

- J'ai toujours dit qu'il tournerait mal, comme ses parents.

Une théière posée sur la cheminée explosa.

- Je vais… nettoyer ça… dit faiblement Harry.

- Reparo, dit Rogue avec un petit geste de baguette, et la théière se reforma et lévita jusqu'à la cheminée.

Tante Pétunia s'évanouit.

- Euh. Harry tapota sa main, et quand elle eut repris connaissance, lui tendit une tasse de thé, qu'elle serra dans sa main.

- Où est Oncle Vernon, Tante Pétunia.

- Au travail. Elle lança un regard noir et mouillé de larmes à Rogue par dessus sa tasse de thé.

- Il a dit que les gens comme toi n'avaient pas le droit de venir ici, dans sa lettre.

- Ah, mais cela dépend du fait que Harry vive ici et considère cet endroit comme sa maison, pour une partie raisonnable de l'année. Donc essaie de repérer quand il s'absente, et tu n'auras plus jamais à me revoir.

- Tant mieux, dit-elle d'un ton rageur.

Le professeur Rogue prit une gorgée de thé.

- La jalousie, commenta-t-il, est quelque chose de très laid.

- Moi, jalouse ? Qu'est-ce que tu en sais, tiens ? Ou est-ce que tu parlais de toi-même, Sevvy ?

- Merlin, j'avais oublié cet horrible surnom. Professeur Rogue, je te prie, Pétunia.

- Y avait-il autre chose, Professeur Rogue ? Tu voulais t'en prendre à mon fils, aussi ?

Elle jeta un coup d'œil nerveux vers l'étage, comme si elle craignait d'avoir donné des idées à Rogue.

- Vous connaissiez ma mère ? interrompit Harry.

- Nous étions amis, enfants, dit Rogue d'une voix lointaine.

- Meilleurs amis, ajouta Pétunia. Toujours en train de dire combien ça serait merveilleux quand vous pourriez partir et tous nous laisser derrière, n'est-ce pas, Professeur.

Harry réfléchit quelques secondes, ne sachant même pas par où commencer. Le visage du professeur Rogue en disant 'mon père'. Tourner autour de sa mère ? Rejoint un gang ? Ça devait sûrement être les Mangemorts, mais… mais…

- Je ne peux pas dire que tu m'aies vraiment manqué, dit le professeur Rogue d'une voix sarcastique. Le thé est délicieux, merci, Harry.

Harry allait mourir de confusion et de malheur et se retrouver au paradis avec ses parents.

- Je vais le mettre en laisse. Content ?

- Extatique.

Le professeur Rogue finit son thé et posa sa tasse.

- Je vous verrai au début de l'année, Monsieur Potter.

- … au revoir, professeur.


Note de l'auteur :

Ce chapitre devient plus perturbant quand vous réalisez que Dumbledore a envoyé Rogue selon la théorie que cela gâcherait la relation de Harry avec Sirius, Rogue, ou les deux.