Bonjour bonjour ! On s'est dit que vous deviez un peu vous ennuyer ces temps-ci, vu qu'il ne se passe rien de sérieux depuis deux chapitres, du coup... comme le titre l'indique, aujourd'hui il va y avoir de l'action !
La terre va trembler, le coulis tachera de rouge le fer des épées, et la plante verte mourra sous les assauts de pâte feuilletée...
Bonne lecture !
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– Massacre de tartelettes –
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« Je vais te tuer sale Fëanorion !
- Pas si je te tue avant !
- Tu n'as aucune chance face à moi, répliqua ce dernier en frappant d'un coup d'épée l'épaule de son adversaire.
- Aïeuh ! Ça fait mal ! Geignit Elrond en se massant l'épaule.
- Ne vous faites pas mal les enfants ! s'écria Elwing en s'approchant les bras chargés d'un lourd plateau de tartelettes à la myrtille. Qui a faim ?
- Moi ! hurlèrent en cœur les deux jumeaux en se précipitant sur leur mère après avoir jeté leurs épées en bois.
Cette dernière s'empressa de me donner le plateau avant d'être submergée par les deux elfings affamés. Alors qu'Elros se jetait sur sa mère sans avoir remarqué que celle-ci n'avait plus le plateau, Elrond s'arrêta net devant moi et me supplia de son regard larmoyant.
- Tonton ! Je veux une tartelette !
- Est-ce que tu as été sage cette année ? Demandais-je un petit sourire aux lèvres.
- Ce n'est pas encore l'Ada Noël ! Et, je veux une tartelette, s'écria-t-il en sautant pour essayer d'atteindre l'objet de sa gourmandise que je tenais hors de sa portée.
- Allez… Régale-toi, lâchais-je finalement en abaissant le plateau à sa hauteur pour qu'il puisse se servir.
Alors qu'il tendait la main, une fusée brune passa et s'empara de la tartelette qu'il était sur le point d'attraper. Tournant la tête, Elrond aperçu son jumeau qui s'était arrêté à quelques pas, la fameuse tartelette dans sa main.
- Eh ! C'est ma tartelette ! s'écria Elrond.
- Eh bien, c'est la mienne maintenant… répliqua Elros goguenard.
- Rend-la moi !
- Dans tes rêves ! ajouta-t-il en mordant goulûment dans la pâtisserie.
- Tu vas payer ! s'écria Elrond en se jetant sur son frère.
Celui-ci voulu esquiver mais son frère le percuta trop fort et ils s'effondrèrent au sol dans un méli-mélo de bras et de jambes, pendant que la tartelette s'envolait pour atterrir, miraculeusement intacte, sur un rocher.
- Il y en a d'autres vous savez, les informais-je, un peu dépassé par la situation.
- C'est sa tartelette que je veux ! Répondit Elrond. Rend-la moi ! ajouta-t-il en secouant son frère, qu'il tenait par le col, comme un prunier.
- Je ne l'ai plus ta tartelette, répondit ce dernier penaud en montrant ses mains tachées de jus mais vides.
- Tu en as fait quoi ?
- Elle est tombée…
Paniqué, Elrond lâcha son frère et les deux jumeaux se retrouvèrent à quatre pattes dans l'herbe en train de chercher des restes de myrtille ou de trace de la pâtisserie. Un peu plus loin, Elwing et moi regardions la scène, amusés de les voir chercher méticuleusement autour du rocher où trônait la tartelette. De temps en temps, l'un des jumeaux jetait un coup d'œil à l'autre afin de s'assurer que celui-ci n'avait pas trouvé le gâteau, puis ce qui devait arriver arriva. Ils étaient chacun d'un côté du rocher, à fouiller dans l'herbe et, ils levèrent tous deux la tête. Leurs regards tombèrent sur la pâtisserie qui était en équilibre entre eux deux. Ils commencèrent par se jauger puis, se jetèrent comme un seul homme sur la malencontreuse tartelette qui avait osé leur échapper.
Aussi rapide l'un que l'autre, ils s'emparèrent en même temps de la pâtisserie et tirèrent chacun de leur côté pour la ramener vers eux. La pâte trop fine et fragile pour supporter la force de deux enfants se déchira et les fruits volèrent en tous sens arrosant Elrond et Elros de crème et d'un jus violacé extrêmement tachant. Ils tombèrent sur les fesses sans avoir compris ce qu'il venait de se passer, un lambeau de tartelette dans la main. Ils échangèrent un regard complice, et se précipitèrent sur moi pour avoir une autre tartelette.
Gentiment, je les laissais choisir celles qu'ils voulaient (Eru ce que les enfants sont compliqués lorsqu'il s'agit de parler de nourriture), puis j'en enfournais une dans ma bouche, essuyant discrètement le jus qui coulait le long de mon menton.
- Il va falloir que vous vous changiez, fit-je remarquer en avisant leurs vêtements couverts de tâches mauves.
- Pourquoi ? demanda innocemment Elros la bouche pleine de myrtilles.
- Parce que vous ne pouvez pas vous balader habillés comme ça… On dirait deux petits orcs, les taquina Elwing en les poussant vers la citadelle qui s'élevait non loin.
- Veut pas… pesta Elros en cherchant à échapper à la poigne de sa mère ce qui était compliqué puisqu'il tenait une tartelette dans chaque main.
Raffermissant sa poigne, Elwing commença à ramener les deux garnements à la citadelle pendant que je les suivaient avec un léger sourire. Nous marchions tranquillement, évitant les flaques d'eau et les amas de feuilles mortes dus à la saison automnale bien avancée, lorsque les cloches de la citadelle se mirent à retentir.
- Que se passe-t-il ? Demanda Elrond en levant la tête comme un faon aux aguets.
Interdit, je restai un instant figé, comptant mentalement les coups de cloche, refusant de croire qu'il s'agissait d'un signal d'alerte.
- Celeborn ?Souffla Elwing.
J'échangeais avec elle un bref regard. Dans ses prunelles, l'ombre amère qui s'était estompée au fil du temps avait resurgi, en même temps que nos vieilles peurs. Sans échanger une parole, nous nous comprîmes, et je saisis la main d'Elrond, laissant à Elwing le soin de tenir celle d'Elros, pour nous élancer tous les quatre vers la citadelle.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Elrond, cavalant de son mieux derrière moi.
- Nous sommes attaqués, répondis-je, le souffle court.
- Par qui ?
Du coin de l'œil, je percevais l'éclat du Silmaril qui ne quittait jamais le cou d'Elwing.
Encore eux.
Je ne répondis pas.
Lorsque nous arrivâmes aux portes de la forteresse, les habitants du port, en dehors des murs, avaient déjà tous accouru pour se réfugier à l'intérieur de la place forte. Des cris d'enfants faisaient vibrer l'air, noyés dans les éclats de voix de ceux qui cherchaient à comprendre ce qui se passait. Au sommet des remparts, les soldats en arme se pressaient pour rejoindre les tourelles.
- Mettez-vous à l'abri avec vos fils, ordonnai-je à Elwing en serrant sa main dans la mienne tandis que nous nous faufilions dans la masse. Personne ne doit vous trouver.
- Mais je veux me battre ! s'exclama Elros avec véhémence.
- Plus tard peut-être… Mais pour l'instant, protège ton frère et ta mère, d'accord ?
- Je peux les défendre aussi, ajouta Elrond.
- Je suis sûr que vous serez très courageux, répondis-je en ébouriffant affectueusement les cheveux de l'enfant.
Nous parvînmes finalement au donjon, où les gardes écartèrent leurs hallebardes pour nous livrer le passage. Dans les grandes halles, des hommes et des femmes elfes transportaient de lourdes planches destinées à consolider les portes de la citadelle une fois closes.
- Ils n'auront pas le Silmaril, je te le promet, me murmura Elwing en lâchant ma main pour tenir ses deux fils contre ses flancs.
- Et qu'ils ne t'aient pas, toi, lui répondis-je tout bas.
Je vis une dernière fois la chevelure d'Elrond, à moins que ce fut celle d'Elros, avant qu'ils ne soient avalés par la foule.
Priant Eru pour qu'ils ressortent indemnes de l'inévitable bataille à venir, je me précipitait vers l'armurerie en me maudissant d'avoir perdu l'habitude de garder une arme à portée de main.
Comme le reste de la forteresse, les halles de l'armurerie grouillaient de monde, comme si l'alerte avait brusquement multiplié par trois la population de Sirion. Des gardes en armure allaient et venaient, les bras chargés d'épées et de lances qu'ils distribuaient à tour de bras. Tandis que je me saisissais prestement de deux épées jumelles finement ciselées, une voix derrière moi me surprit :
- Celeborn.
Je me retournai vivement et tombai nez-à-nez avec Egalmoth, occupé à fixer les charnières de son armure.
- Moi qui croyais ne plus jamais avoir à me battre... soupira-t-il en s'approchant de moi.
Ses cheveux noirs étaient tirés en arrière en une tresse qui dégageait son visage. Ses traits étaient tirés, et ses yeux reflétaient la lassitude de sa voix, tandis qu'il se saisissait sans énergie d'une épée pour en tester le tranchant.
- Je le croyais aussi, avouai-je en réglant le ceinturon de mon fourreau à ma taille. Savez-vous s'il s'agit des Fëanorion ?
- Qui d'autre ? J'étais sur les remparts quand l'alerte a sonné. J'ai reconnu leur étoile qui flottait à l'horizon.
- Ils nous ont laissé croire qu'ils abandonnaient, murmurai-je, les mâchoires contractées, et maintenant les voilà revenus en force.
- Nous ne serons jamais en paix tant que le Silmaril sera en notre possession. La mort de trois des leurs à Doriath n'aura rien changé à leur détermination.
Je secouais la tête pour empêcher les souvenirs de la chute de Menegroth de refaire surface. En vain. Dans un éclair, me revinrent les visages féroces de Celegorm et Curufin en défiant Dior ; et le poignard de Caranthir s'enfoncer dans la poitrine de mon frère ; et...
- Celeborn.
La main lourde d'Egalmoth pressa mon épaule.
- Venez. Elwing et ses fils sont en sécurité ; je les ai vu partir du côté de l'aile des invités. Il ne tient qu'à nous d'empêcher les fils de Fëanor de les atteindre.
Je suis adressais un sourire amer, et, ensemble, nous nous précipitâmes vers la porte principale, qui tremblait déjà sous les coups d'un bélier manié adroitement. Toute la résistance de nos gardes fut inutile ; et quand les portes cédèrent, des dizaines et des dizaines d'elfes se précipitèrent par l'ouverture et se jetèrent sur les soldats qui défendaient la citadelle. C'est ainsi que les combats commencèrent.
Croisant le regard d'Egalmoth, nous nous saluâmes souhaitant par là-même bonne chance à l'autre, puis, nous nous jetèrent dans la mêlée. A partir de là, tout ne fut que douleur, effusions de sang et morts.
Mes épées entamèrent leur danse mortelle, pareilles à deux couperets qui s'abattaient sans relâche sur tous ceux qui osaient s'approcher de trop près d'elles. Sans trop réfléchir, je tourbillonnai, tuant et blessant sans m'arrêter ceux qui cherchaient à pénétrer dans l'enceinte de la forteresse. Abattant un autre soldat qui avait eu l'audace de me défier, je pensais à Galadriel. Elle devait se trouver quelque part dans la citadelle, et serait en danger si nous perdions la bataille. Pour elle, pour Elwing, pour Elrond et Elros dont j'avais la responsabilité comme un père, je devais me battre.
Mes bras commençaient à me faire mal mais je ne cessait de frapper, me refusant à m'arrêter ou à m'accorder une pause. Jusqu'à présent, l'armée des fëanorions n'avait pas franchie la porte, et elle ne devait pas la franchir. Chaque coup que je portai était voué de sa volonté propre. Je défendais ceux que j'aimais, je protégeais ceux qui comptaient à mes yeux, et rien ni personne ne pourrait me stopper. Pas même les blessures qui se formaient sur mon corps au fur et à mesure que les assaillants me touchaient de leurs armes.
Leur flux était contenu mais nos ennemis ne cessaient d'arriver. Ce combat semblait sans fin et, peu importait le nombre d'ennemis que j'abattais, il en venait toujours plus. Submergés, le groupe qui défendait la citadelle dû se replier derrière une deuxième porte. Cette porte était le dernier rempart que nous avions. Après, l'armée ennemie pénétrerait dans la citadelle et tout serait perdu.
Soufflant un coup, je jetai un œil à mes blessures. Elles étaient nombreuses et, la plupart d'entre elles étaient superficielles. Observant ce qui se passait autour de moi, je remarquais que trop peu de ceux qui avaient combattus aux portes avaient survécus. Sur la centaine de soldats, il ne devait pas en rester plus de six ou sept. Pensant soudainement à Egalmoth, je le cherchais du regard et l'aperçu en train d'essayer de nouer un morceau de tissus tâché de sang autour de son bras. Me précipitant à son secours, je l'aidai comme je pouvais et finis de panser son bras.
- Votre blessure risque de s'infecter, m'inquiétais-je. Il vous faut des soins.
- Je peux encore me battre, répliqua-t-il en repoussant doucement ma main.
Il dissimula avec peine une grimace de douleur quand il roula de l'épaule pour me montrer qu'il pouvait encore le bouger.
- Ne vous inquiétez-pas, reprit-il alors que j'ouvrais la bouche pour insister. Ce n'est ni l'heure ni le lieu.
Comme pour confirmer ses paroles, un tremblement plus fort que les autres ébranla la porte et une fente apparut dans le bois bardé. Me mettant debout, je me préparai à reprendre le combat, prêt à y laisser ma peau s'il le fallait. Une deuxième secousse se fit sentir et d'autres morceaux de bois se détachèrent.
Tous reprirent les armes, et se replacèrent derrière la porte, prêts à recevoir nos ennemis.
Nous sommes une poignée, songeai-je avec désespoir. Nous ne tiendrons pas sans renforts.
Alors que la troisième secousse tardait à venir, des cris retentirent derrière nous et, une troupe de soldats en très mauvais états, dont certains boitaient jaillirent d'un couloir… Celui qui semblait être le commandant s'approcha d'Egalmoth et souffla :
- Ils ont trouvés une entrée secrète dans la citadelle. Ils sont dans nos murs ! Nous avons tentés de les arrêter mais, nous y avons presque tous laissé notre peau, ajouta-t-il en toussant violemment du sang coulant par sa bouche et une horrible blessure sur le flanc.
- Où cela ? le pressa Egalmoth.
- L'aile est... celle des invités, siffla le commandant en s'effondrant.
Mon ami s'agenouilla près de lui, une main posée sur sa poitrine ; je n'avais même pas eu un regard pour lui.
Elwing. Les jumeaux.
Sans réfléchir, je m'élançais en avant, seul.
Au détour d'un couloir, je tombais sur un escadron lourdement armé. Empli de désespoir, je me jetait sur eux, bien décidé à sauver les deux enfants. Mais, malgré mon entraînement, je ne pouvais combattre tout seul un troupe complète et je dû reculer pour ne pas me faire tuer. Je réussis à mettre à terre plusieurs de mes assaillants, mais je faiblissais. Chaque coup que je portai était de plus en plus faible, et les blessures se multipliaient, de plus en plus profondes et douloureuses. Hurlant de rage et de douleur, je redoublai d'effort. Si je venais à mourir, je ne pourrais pas secourir les jumeaux !
Et, d'un seul coup, mes ennemis se mirent à reculer et à battre en retraite. Je cru un instant que j'arrivai à prendre l'avantage sur eux mais, je remarqua qu'Egalmoth avait rassemblé une troupe de soldats et était venu me prêter main-forte. Ensemble, nous pûmes les repousser et, remerciant mon ami, je me précipitait dans le couloir des appartements des invités en criant le nom des jumeaux. Alors que je commençais à perdre espoir, j'entendis un petite voix apeurée, venue d'une salle sur ma gauche, me répondre :
- Tonton Celeborn ?
Je me précipitai et aperçu les deux jumeaux blottis derrière un canapé seulement armés d'une petite dague.
- Tout va bien… C'est moi, murmurais-je pour les rassurer.
- Vous allez bien ?
- Nous oui… Mais je ne sais pas pour maman... répondit Elros d'une voix tremblante. Elle... elle a détourné l'attention des méchants soldats pour qu'ils ne nous fasses pas mal...
- Ok… Tout va bien… Je vais retrouver Elwing et vous faire sortir d'ici, d'accord.
- D'accord… acceptèrent les deux enfants en sortant de leur cachette.
Au même instant, Egalmoth passa la tête par la porte de la chambre où je me tenait et me cria :
- Dépêches-toi ! Il faut…
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, qu'il dû parer une attaque venue d'un assaillant dans le couloir. Disparaissant de l'ouverture, je l'entendis croiser le fer un peu plus loin.
Ramassant mes épées que j'avais posées au sol, je demandais aux jumeaux de me suivre. J'eus à peine le temps de les faire sortir qu'un assaillant se jeta sur moi, me forçant à parer en urgence. Détournant un instant les yeux d'Elrond et d'Elros, je regardais le visage de mon assaillant. Je ne l'avais qu'à peine aperçu à Menegroth, mais, son visage était resté gravé dans me mémoire. L'un de ceux qui avaient massacrés les miens et qui n'hésitaient pas à recommencer aujourd'hui. Échangeant quelques coups, je pu me retourner un instant et hurler à l'attention des deux enfants :
- Fuyez !
Puis, je me tournais vers mon assaillant et, les yeux pleins de colère et de haine, je crachais :
- A nous deux, Maglor. »
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... la suite au prochain épisode.
* prend un bouclier pour se protéger des jets de tomate *
