Pdv : Neutre

Le noir. Il ne restait que le noir.

Depuis combien de temps était-elle là ? Combien de temps resterait-elle là ? Étaient-ils tous morts ? Ne voulaient-ils plus d'elle ? IL lui avait dit. IL avait raison. Elle aurait du savoir qu'ils l'abandonneraient.

Son corps ne sentait plus la morsure du sol. Il ne sentait rien. Il n'y avait que ces ténèbres oppressantes. Il n'y avait pas de bruit. Sa respiration superficielle s'effaçait dans l'obscurité de l'endroit.

Froid. Douleur. Pleur. Son esprit devenait vide. L'immobilité, de sa tête, de son corps. Il ne lui restait rien. Une attente sereine vers une mort enviée.

Un bruit. Une porte. Puis rien. Ils l'avaient oublié, elle ferait de même. Le cœur ralentit. La respiration laissa place à la mort. Encore quelques secondes. Elle y était presque. Elle aurait bientôt réussi à s'oublier.

Un bruit. Continue. Régulier. Les battements d'un cœur qui s'arrêtent. Une dernière partition avant de baisser le rideau.


Pdv : Minami

J'ouvris les yeux, la respiration aussi légère que lors de cette étrange vision. Je ne comprenais pas vraiment ce qui s'était passé, ce qui était arrivé pour que cette scène se joue. Pourtant je n'étais pas paniqué, je savais que j'étais vivante. Mais je ne comprenais pas pourquoi à un moment dans ma vie, j'aurais voulu me laisser mourir. Et puis qui était-ce "Il" ou ces "ils" ?

- Capitaine vous allez bien ?

Je sursautais avant de me rappeler que Tezcat et Bailong ne m'auraient jamais laissé seule, ils avaient envoyé quelqu'un pour attendre mon retour. Je me retournais vers Naji, qui était assis à l'autre bout de la chambre.

- Oui Naji. Tout va bien. Comment va l'équipe ?

- L'entraînement c'est très bien passé, Quentin a très bien géré, personne n'a fait de fausse note devant l'entraîneur.

Je relâche un soupir que je n'avais pas conscience de retenir. Ils ne leur étaient rien arrivé quand elle était inconsciente.

- Tezcat m'a demandé de te dire que Sol allait jouer.

Je clignais des yeux, avant de comprendre l'information. J'allais tuer ce joueur suicidaire !

- Tu es sûr qu'il a dit Sol et pas l'équipe de Sol ?

Naji hocha la tête, tout en se levant. Minami lui sourit un instant avant de le rejoindre. Je devais parler au chef du 5e.

- Dis aux autres que j'arrive. Je dois parler au coach.

- Bien, Capitaine.

Naji sortit de la chambre pendant que j'attrapais la veste de l'uniforme de mon équipe. Ma chambre était proche du terrain d'entraînement et donc du bureau du coach. Je toquais à la porte et entrais dans le bureau. Le coach me fixait sans rien dire, avant d'indiquer la chaise devant lui.

- Je vois que vous vous êtes réveillée.

- Oui, monsieur. Je voulais vous demander s'il serait possible d'aller observer le match du collège Raimon contre le collège Universel. Nous pourrions nous préparer au risque de devoir jouer contre Raimon.

Le coach me regarda un moment, un stylo dans sa main.

- Nous irons. Quentin et toi me donnerez vos impressions. L'Alliance restera là.

Je remerciais le chef du 5e, et me dirigeais vers la porte.

- Je suis heureux de voir que vous sembliez comprendre votre erreur. Continuez de tenir votre rôle de Sentinelle, et je suis sûr que tout se passera bien.

Je serrais les dents en hochant la tête. J'avais très bien saisi la menace à peine voilée dans les mots de mon coach.

Je sortis rapidement du bureau impersonnel du coach et partis rejoindre l'équipe. Je ne devais pas faire trop d'exercice physique, mais je pouvais encore jouer avec mon équipe. Je connaissais mes limites.

Le temps de trajet qui menait au terrain était court, mais il me permit de me détendre avant de rejoindre les autres. En arrivant, l'équipe me salua, mais se remit rapidement au travail de peur que le coach arrive.

Après avoir observé mon équipe, je décidais d'aller avec Quentin pour commencer l'entraînement. On resta une heure comme ça, et ça me fit du bien, ça faisait longtemps qui nous nous étions pas entraînés sans la pression du coach, ou de l'un de ses subordonnés.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et une sonnerie stridente, la même depuis des années, marqua la fin de ce moment.

Je suivis l'équipe dans les vestiaires, qui heureusement contenait une pièce à part pour que je puisse me changer tranquillement.

L'équipe parlait d'une des dernières techniques que nous avions réussies à créer avec Quentin. Elle était suffisamment forte pour donner du fil à retordre à Raimon. Mais je savais qu'ils finiraient par en venir à bout. Toute l'équipe le savait. Mais nous jouions le jeu, attendant le bon moment pour nous échapper de l'emprise du coach.

Il avait eu tort de me laisser composer ma propre équipe. Celle que j'avais créée savait qu'elles étaient mes idées, mes objectifs. Et surtout ils avaient les mêmes, ils étaient aussi convaincus que moi, c'est pour ça que je leur faisais confiance.

L'Alliance se rendit au réfectoire, discrètement, par petit groupe, pour ne pas se faire remarquer. L'équipe était un secret du 5e, et elle devait le restait pour le moment.

Naji décida pour une fois de rester avec moi, et tous les deux nous sommes allés rejoindre Tezcat, Yang et Bailong qui nous attendaient pour manger. Les deux garçons m'examinèrent un instant avant de hocher la tête, visiblement satisfaits de ce qu'ils voyaient. J'avais l'impression de retourner 7 ans en arrière quand je faisais face à mon père, après quatre jours au Sanctuaire.

- Nous allons aller voir Sol. Je pense que nous partons ce soir.

Tezcat ne dit rien, il s'y attendait sûrement. Bailong aussi. Seul Yang hocha distraitement la tête, occupé par sa discussion avec Naji. J'avais raison. Vers la fin du repas, le coach entra dans la pièce, et avec un geste de la main demanda à Quentin et moi de venir le voir.

J'avais eu du mal à faire voir à Quentin les mauvais côtés de son père, quand celui-ci l'avait imposé dans l'équipe, mais petit à petit il avait compris, et depuis il était mon meilleur soutien dans la lutte contre son père.

- Nous partons dans cinq minutes.

Je sentis le regard de mon gardien dans mon dos, et c'est à ce moment-là que je me rappelais mon oubli de le prévenir. J'inclinais légèrement la tête vers la gauche, voulant lui faire comprendre d'attendre. Ce qu'il fit en silence alors que son père quittait la salle. Mais une fois celui-ci partit, il se retourna vers moi.

- Où va-t-on ?

- Sur le continent, voir le match de Raimon contre le collège Universel.

Quentin hocha la tête, ne demandant pas plus de détail, il savait que nous n'avions pas beaucoup de temps. Je me retournais vers les deux autres impériaux de quatrième ordre qui nous regardaient et je leur fis un signe de protection avant d'indiquer la salle. Les deux hochèrent la tête en même temps. Ils protégeront les impériaux tant que je ne serais pas là pour le faire.

Une fois que nous sommes arrivés à l'hélicoptère, celui-ci décolla. Le trajet se fit dans un silence pesant. Quentin regardait son père, son père regardait son ordi portable, et je regardais dehors, en leur jetant des coups d'œil par-dessus mon épaule.