Bonjour !
Voici la suite de la bataille commencée dans le chapitre précédent...
Bonne lecture !
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– Lorsque tout s'écroule –
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Je croisai le fer avec Maglor. Nous étions tous deux des experts dans le maniement des armes, mais j'étais déjà fatigué et blessé par mes précédents combats alors que mon adversaire était encore frais et disponible pour se battre et m'ôter la vie par la même occasion. Et, il n'était pas question que je le laisse passer, je devais protéger les jumeaux !
Cette certitude brûlait en moi comme une flamme éternelle qui ne pouvait s'éteindre. Et mon incapacité à y arriver me consumait et me désespérait. J'avais beau tout tenter, aucune de mes attaques ne parvenait à franchir la défense du fëanorion. Et, au fur et à mesure que je m'affaiblissais, il prenait l'avantage sur moi. J'eut un regain d'espoir lorsque je parvins à lui érafler le flanc. Mais, cela n'eut que pour seul effet de le mettre en colère et ses coups se multiplièrent, pleuvant sur moi comme de la grêle sur un arbrisseau tout juste sorti de terre.
J'avais vaguement conscience qu'Egalmoth se battait non loin de moi, et je me faisais du soucis pour lui. Il me semblait qu'il combattait Amras, un autre fils de Fëanor, et qu'il était lui aussi en train de perdre le combat. J'entendais par moment ses grognements de douleurs, probablement liés à une nouvelle blessure ou à son bras encore sensible. Le maigre pansement que j'y avais pratiqué ne devait lui être d'aucun secours dans ce combat…
Reportant mon attention sur le combat, je dû à nouveau parer en catastrophe une attaque transversale particulièrement dangereuse car elle avait pour objectif : la gorge. Croisant le regard de mon adversaire, j'y lut une détermination telle que je n'en avait jamais vue. A cet instant, je senti que s'il avait l'opportunité de me tuer, il le ferait sans hésiter. Reprenant notre duel, je parvenais à le toucher une ou deux fois mais sans réussir à le blesser grièvement. Mes bras se faisaient de plus en plus lourd, et j'en étais réduit à me battre à une main en alternance afin de m'économiser. A un instant, Maglor sembla comme distrait et, j'en profitai pour le toucher, lui entaillant fortement le côté. Le sang jaillit, mais, à cet instant précis un hurlement où douleur et rage se mélangeaient se fit retentir derrière moi.
Perdant momentanément ma concentration, je me retournai et vit Egalmoth debout, blessé de toutes parts, son épée plantée dans le ventre de son adversaire. Un léger sourire se dessina sur son visage et il retira sèchement son épée couverte de sang du corps d'Amras, qui bascula mort sur le côté.
Alors que je regardais mon ami, je reçu un violent coup de pied de la part de Maglor et je perdis l'équilibre. Je sentis la garde de son épée heurter ma tête. Ma vue se brouilla et je m'effondrai comme une poupée de chiffon contre un mur à moitié écroulé, trop sonné pour me relever. Entre mes paupières mi-closes, j'assistai à la scène sans pouvoir intervenir.
Maglor se jeta sur Egalmoth comme un loup furieux. Leurs épées se croisèrent. Egalmoth vacilla, posa un genou à terre. Je pouvais percevoir dans ses bras contractés et son visage tendu les ultimes efforts qu'il fournissait pour repousser la prise du fëanorion.
Et puis soudain, il s'écroula sur le côté. Maglor brandit son épée, et frappa son flanc découvert. Une fois. Deux fois.
Au loin, le son d'un cor fendit le chaos du combat. Maglor leva la tête, comme un cerf aux aguets, avant de disparaître de ma vision.
Sitôt qu'il eut disparu, je rassemblais mes dernières forces pour me redresser. Une insoutenable douleur vrillant mes tempes, je trébuchais jusqu'au corps gisant de mon ami. Il était étendu sur le flanc, livide et les yeux perdus dans le lointain. Du sang s'écoulait de la blessure béante déchirant sa cotte de maille. Retenant un hoquet de dégoût, je la pressais à deux mains, priant vainement pour endiguer l'hémorragie. Son sang s'écoulait entre mes doigts, mêlé à mes larmes qui baignaient mes joues. La douleur sourde qui pulsait dans mon crâne me donnait envie de hurler.
Sanglotant et luttant contre les ténèbres qui menaçaient de m'engloutir, je murmurai :
- Tout va bien… Des gens vont arriver… Je vais vous sauver… Tenez bon, tout va bien se passer.
Me regardant d'un air tendre mais les yeux emplis de douleur, il posa sa main ensanglantée sur les miennes, appuyées contre son flanc par lequel fuyait son sang et sa vie.
- Je n'ai pas peur… Laissez-moi partir. Je pourrais retrouver les miens en Aman.
- Non… Vous n'allez pas mourir, je vais vous…
- Chut… Ne dites rien… Sachez que je pars en paix. J'ai vengé ceux qui sont tombés à Gondolin. Peut-être pas sur le premier fautif, mais, il y a au moins un fëanorion de moins en ce monde, souffla-t-il avant de tousser, crachant du sang. Vous vous souvenez ? Reprit-il avec un sourire lointain et l'air soudain apaisé. Vous vous souvenez, les heures que nous passions à rêver de l'heure où nous leur ferions payer...
- Taisez-vous, ne parlez pas, le suppliai-je. Cela vaut mieux...
- Laissez-moi... il est trop tard pour moi. Sauvez les jumeaux et Elwing… Retrouvez votre femme et vivez heureux, loin de la guerre et du malheur qu'elle apporte.
- Non ! m'écriais-je en voyant sa tête retomber. Restez ! Restez ! Ne partez pas !
Je secouai mon ami, cherchant à le faire revenir. Mais, ses yeux étaient vides. La vie l'avait quitté. Hurlant ma douleur, je l'appelais désespérément comme si mes cris pouvaient le faire revenir. Puis, les ténèbres m'engloutirent et le monde disparut.
Tout était noir. Tout était calme. Il n'y avait plus un son, plus une image. Le temps n'existait pas… Où étais-je ? Je ne ressentais rien… Tout était paisible, calme, reposant. J'avais envie de me laisser partir et de sombrer dans ces douces ténèbres qui m'enveloppaient. Pourtant, une petite flamme se battait en moi et refusait de partir. Cette lueur était faible, mais elle était là, toujours brûlante, ne voulant pas se soumettre. Pourtant, elle faiblissait et je me sentais sombrer dans une douce torpeur avec un léger pincement au cœur. Pourquoi y avait-il ce pincement ? D'où venait-il ? Quelle en était la cause ?
Soudain, une présence s'immisça dans mon esprit écartant les ténèbres. Une voix bien connue retenti alors, d'abord faible et lointaine, puis de plus en plus forte. Cette voix m'appelait et me forçait à revenir, à sortir de ma torpeur.
« Meleth nin ?
Les ténèbres s'estompaient et tout reprenait place en mon esprit.
- Meleth nin ?
Cette voix… J'aurai été capable de la reconnaître entre mille. Cette voix si douce et chantante. Plus belle que la rosée d'un matin de printemps, elle appartenait à celle qui avait ravie mon cœur… Galadriel.
- Meleth nin !
Cette fois, ce n'était plus un appel mais un ordre. Une demande impérieuse qui m'ordonnait de m'éveiller, de retourner dans le monde des vivants. Pourtant, au fond de mon esprit brillait encore l'image d'Egalmoth agonisant dans mes bras. Pourquoi revenir en ce monde si brutal et injuste ? Pourquoi fallait-il endurer autant de douleurs alors qu'il suffisait de se laisser bercer par les ténèbres et de se laisser aller. Cela semblait si simple, si tentant…
- Il n'est pas encore temps pour vous de partir… Revenez !
Ce dernier appel, tel une supplication eut l'effet recherché. Je quittai ma bienheureuse torpeur et ouvrait les yeux.
Je fus un instant aveuglé par la soudaine lueur, floue et trop forte pour mes yeux. Alors que ma vision se précisait, je remarquai Galadriel, penchée au-dessus de moi le visage fermé et inquiet. Voyant enfin des signes de réveil de ma part, elle s'écarta en me disant tendue :
- J'ai cru vous avoir perdu ! Vous avez été retrouvé par le Seigneur Gil-Galad inconscient, penché sur le corps d'Egalmoth et avec une vilaine blessure à l'arrière de la tête. Lorsqu'il vous a sorti des décombres, vous étiez si… inerte ! J'ai cru que vous étiez… que vous étiez…
- Tout va bien, je suis là, répondis-je doucement en lui prenant la main. Je vais bien.
En lui répondant, une image traversa mon esprit. Je revis pendant un instant Elrond et Elros s'enfuirent cherchant à échapper aux fëanorions.
- Elrond, Elros, Elwing ! m'écriais-je en cherchant à me relever.
J'eu à peine entamé mon mouvement qu'un horrible mal de tête me prit, me forçant à rester allongé, ce que Galadriel ne manqua pas de me forcer à faire.
- Vous êtes resté inconscient quelques heures… Reposez-vous.
Puis, elle retira sa main, se releva et commença à s'éloigner me laissant en proie à mes questions. Je la rappelai, inquiet :
- Ma Dame...
Quelque chose dans ma voix la fit se retourner.
- Elwing ? Où est-elle ?
Le regard empreint de pitié de Galadriel me glaça.
- Elle… a sauté du haut de la falaise pour empêcher les fëanorions de s'emparer du Silmaril.
- Et les jumeaux ? l'interrogeais-je, craignant le pire.
- Nous sommes encore à leur recherche. L'aile des invités s'est effondrée et il est encore possible qu'ils soient coincés dans les décombres.
- Prévenez-moi lorsque vous les retrouverez !
- Vous serez le premier informé… répondit-elle avant de s'effacer.
Je l'observai partir le cœur serré. Nous ne l'avions pas dit, mais une horrible possibilité traînait comme un non-dit entre nous. Un impensable "si" qui plombait l'ambiance. S'ils étaient retrouvés…
Les heures suivantes furent pesantes. Je me sentais inutile et encombrant, coincé dans le lit de camp sur lequel j'avais été allongé. Du coin de l'œil, je voyais le soleil descendre vers l'horizon, attendant avec impatience le retour de Galadriel. Elle vint me voir deux fois mais, sans nouvelles des jumeaux. Lorsque le soleil s'approcha de l'horizon, elle revint une dernière fois et m'aida à me relever. Avec son aide, je pu à nouveau marcher sans problème après quelques minutes. Et, malgré un douloureux mal de tête, je me tenais enfin debout.
Malgré les conseils de Galadriel, je voulu absolument retourner à la citadelle pour retrouver les jumeaux. Elle décidai alors de m'accompagner et Gil-Galad se porta volontaire pour venir avec nous. C'est ainsi que notre petit trio quitta la combe dans laquelle nous nous étions réfugiés pour faire face à la destruction du lieu qui avait été notre maison durant plusieurs dizaines d'années.
Il ne nous fallu pas plus de quelques minutes pour arriver aux portes de la citadelle.
Celles-ci étaient béantes, et des débris de bois gisaient tout autour, certains un peu noircis. Évitant les décombres, je m'engageai dans les couloirs de la forteresse. Traversant différentes salles, j'avais parfois du mal à reconnaître certains lieux tant ils étaient abîmés ou brûlés. Mais, la partie principale de la citadelle était encore en bon état et ne nécessiterai que peu de temps pour être reconstruit.
En arrivant dans l'aile des invités, je m'arrêtai d'un seul coup. Le couloir haut de plafond qui parcourait ses lieux s'était effondré. Et, je ne savais comment cela était possible, toute l'aile entière n'était plus qu'un champs de ruines parcouru de murs écroulés, de meubles cassés, de restes de tentures à moitié brûlées. Le toit n'existait plus et on pouvait voir le ciel. Accélérant le pas, j'évitai un énorme morceau de plafond qui avait dû se décrocher, et appelai les jumeaux.
Mais, nul ne répondit.
Cherchant parmi les décombres des traces de leur passage, je tournai à un embranchement, ou tout du moins ce qui devait en être un, et m'engageai vers la zone où il y avait eu le plus de combats. Rapidement, une horrible odeur me prit à la gorge. Il s'agissait d'un mélange de fumée, mêlé à l'odeur entêtante du sang. J'arrivai dans ce qui avait été une immense salle et je dû détourner le regard… Des dizaines et des dizaines des nôtres gisaient morts, entassés les uns sur les autres, parfois dans des positions qui n'étaient pas naturelles, des membres tordus, arrachés, des parties du corps brûlées… Un haut le cœur me prit.
Je n'avais presque jamais assisté à un tel spectacle… La seule fois avait été lors de l'attaque des Nains sur Menegroth de longues années auparavant. Et encore… Cela n'avait pas été aussi horrible. Dans cette pièce gisaient tant enfants et femmes que soldats. Tous massacrés sans la moindre pitié ni la plus petite considération. Tous ces elfes ne méritaient pas de mourir… Pas pour une pauvre gemme brillante qu'une famille ne cessait de réclamer comme son bien et dont nous avions aucune idée de sa localisation. Pas plus que sa gardienne… Je sentis alors une main se poser sur mon épaule. Il s'agissait de celle de Galadriel.
- Vous ne trouverez rien ici, meleth nin. Les seules choses que vous pourrez trouver sont la mort et la douleur. Ne les laissez pas empoisonner votre esprit…
- Mais… et les jumeaux ?
- Ils sont en vie quelque part, je le sens. Je ne sais où ils sont, mais ils vivent.
- Rien n'est sûr…
- Que dit votre cœur ?
- Ils sont en vie.
- Alors cessez de vous inquiéter. Ils nous reviendront sains et saufs. »
Elle me prenait alors la main et me ramenai vers Gil-Galad qui était resté un peu en retrait. Nous entamâmes le retour au campement car le soleil venait de disparaître derrière la mer et les étoiles s'allumaient une à une dans le ciel. Nous gravissions le pan de la colline qui protégeait le camp lorsqu'une lueur attira notre attention.
Au loin, une étoile s'élevait au-dessus de la mer. Nous ne savions pas comment une étoile pouvait s'envoler vers la voûte étoilée de cette façon, mais sa vue nous procura à tous une sensation… Il s'agissait d'un message d'espoir. Celui que nous désespérions voir… Et, ce jour-là, aucun de nous ne sut ce qu'était vraiment cette écume d'étoile.
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Voilà...
Bon, il s'agit de la fin du Troisième Massacre fratricide de nos bien-aimés fëanorions.
Ceux qui ont lu le Silmarillion de J.R.R Tolkien ou qui auront regardé sur Internet doivent savoir ce qui est arrivé aux jumeaux et à Elwing.
On espère que ce chapitre vous aura plu malgré la touche un peu triste et la mort d'Egalmoth (ce n'est pas de notre faute si tous les personnages secondaires meurs) !
Bref... A la prochaine !
