Chapitre 17
PRÉCISION, ANALYSE, MISE EN GARDE ET EXPLICATIONS pour éviter tout malentendu...
L'histoire, dans les prochains chapitres à partir de celui-ci, va prendre un tournant décisif par rapport aux livres. Ceci dit, personne ne lit une fanfiction pour avoir une copie conforme du canon, mais je sais comme certaines choses sont " sensibles ", des personnages auxquels personne n'ose toucher, comme une convention globalee, style Hagrid. Hagrid est adorable, je n'ai jamais lu une fanfiction qui soit méchante avec lui. Voilà, Sirius Black fait parti de ces personnages intouchables... auquel je vais toucher !
Alors pourquoi ai-je choisi cette voie concernant Sirius ? Tout d'abord, je tiens à préciser que tout est vu du point de vu d'Harry et/ou de Severus, donc ce n'est pas forcément l'intégralité de ce que je pense. Ceci dit, voilà : Sirius Black pour moi, est quelqu'un d'adorable qui a sur le coeur sur la main et qui se sacrifierait 100 fois et plus encore pour ceux qu'il aime. Il a un charmes de dingue, un humour exceptionnel, c'est un homme qui fait craquer tout le monde et à juste titre, on est d'accord. MAIS cela est-ce suffisant ?
Rappelons que les personnages sont très jeunes. 30 et quelques années, ce n'est pas vieux et beaucoup n'ont pas atteint une véritable maturité à cet âge. Je pense que Lupin est mature, quoi qu'un peu "lâche" : c'est vite dit, un jugement hâtif, il a ce côté un peu instable du signe de la balance ( qui est un des signes le meilleur du zodiaque, attention, je ne critique pas, c'est le moins sujet à être méchant et je suis scorpion donc en terme de méchanceté, je bas haut la main la balance ) mais quand même, la balance qui est un signe que je connais plutôt bien et qui m'agace dans son incapacité à s'engager émotionnellement, il comprend beaucoup de choses, a un haut niveau émotionnel mais un peu comme le poisson, échappe aux personnes qui tiennent à lui, comme si on arrivait jamais à le saisir. Lupin a ce côté là, qui fait de lui un homme génial et très mature, mais incapable de s'impliquer, ou difficilement.
Sirius et Severus, en revanche, ont tous les deux une immaturité flagrante et sont restés bloqués à la période de James et des marauder. Dans cette fanfiction, j'ai dû au fil du temps et des événements faire évoluer Severus pour qu'il y ait une histoire. Mais Sirius meurt bien avant d'en avoir eu la chance. Bien sûr qu'il aime Harry, je ne remets pas ça en cause : mais il ne l'aime pas comme il faut. Il est forcément un modèle qu'Harry dans son esprit d'adolescent va aduler parce qu'il a la CLASSE mais dépassé ce stade, c'est un homme instable, éternel adolescent, incapable de tenir le rôle de "père" car il n'aime pas Harry pour ce qu'il est vraiment, diable, il ne le connait même pas vraiment ! J'ai réalisé cela en devenant moi-même adulte face à Harry Potter. Son rôle n'était pas de tout lui donner quand il était là, d'être un "héro " à ses yeux, son rôle était d'être un monstre s'il le fallait, mais de faire les choses qu'il fallait faire parce qu'Harry en avait besoin, quitte à être détesté comme n'importe quel parent du monde. Hors il n'est même pas au stade de ce rendre compte de ce dont Harry a besoin. D'accord il est recherché blablabla... ça ne l'a jamais empêche de faire des choses stupides, Sirius n'est pas un homme qu'on enferme avec des règles ! A vrai dire, c'est le genre dans la réalité à succomber à la boisson et à avoir des crises violentes par moment. Si Harry ne l'aime plus et ne l'admire plus, je pense que ça remettrait tout en cause pour lui, sa vie, son rôle, son amour de lui-même... qu'il n'a pas, je pense ! C'est ce que lui apportait James. Je pense que James était vraiment toute sa vie. Et ça, ça compte plus que le bien être réel d'Harry. Il y a beaucoup de gens qui "bash" Dumbledore. Mais le cas de Sirius est, pour moi, plus grave. Et passé sa haine, effectivement, oui, je l'admets, je pense Severus bien plus capable de se rendre compte des choses et de les gérer. que Sirius. Bref : je ne déteste pas Sirius en tant que personne. Je remets en cause sa capacité à être un bon tuteur pour Harry. Et pour le bien de cette fanfiction, je devais choisir cette direction. Ne soyez donc pas choqué et si vous aimez fort Sirius, sachez que je ne dis absolument pas que c'est un connard fini. Juste qu'il n'est pas la hauteur pour s'occuper d'Harry étant donné qu'il attend de lui déjà qu'il soit comme son père, hors Harry ne pourrait pas être plus éloigné de ce qu'était James. Et oui, je soutiens la théorie que si Harry déteste Snape, c'est uniquement à cause de Snape. Il ne l'aurait pas détesté si Snape n'avait pas fait en sorte que ce soit le cas, comme un parfait crétin.
Tout peut être résumé par cette phrase de chanson... " when you get what you want, but not what you need " et c'est exactement ça concernant Harry et Sirius.
Voilà, bonne lecture.
La première chose qu'Harry vit en se réveillant fut le rideau rouge de son baldaquin et il mit quelques instants à se rappeler comment il était arrivé là. En fait, il n'en avait aucune idée. Son dernier souvenir... Il sortait du bureau d'Ombrage... Non, il était descendu aux cachots et... son coeur fit un bon et ses yeux s'ouvrirent en grand lorsqu'il se souvint des évènements de la veille. Mais toujours aucun souvenir d'être remonté ici. A sa connaissance, il s'était endormi quand Snape s'occupait de son bandage, bien qu'il ne se souvenait pas de tout de ce qui s'était passé avant. Harry se redressa en position assise et examina sa main. Le pansement, parfaitement réalisé, dissimulait complètement la blessure. Ca tirait un peu, mais la douleur s'était grandement atténué et il constata avec joie qu'il pouvait bouger les doigts et son poignet normalement sans aucune douleur. Snape était vraiment un génie. Il rejeta les couvertures et, le coeur léger, ce qui ne lui était pas arrivé depuis un long moment, se prépara rapidement pour descendre vers la salle commune. Il était en retard ce matin et ni Ron ni les autres ne l'avaient réveillé. Arrivé dans la grande salle, il rejoignit rapidement les autres qui terminaient de déjeuner et s'installa aux côtés de Ron et d'Hermione pour avaler goulûment plusieurs toasts généreusement chargés, un grand verre de jus de citrouille et une bonne tasse de thé. Ron et Hermione l'observèrent un long moment avant de lui demander ce qui s'était passé. La jeune fille n'attendit pas la réponse d'Harry qui, la bouche pleine, était trop occupé à concurrencer Ron dans son féroce appétit du matin et lui tendit un parchemin plié. Harry, déconcerté, le déplia discrètement derrière sa tasse de thé.
" Mr Potter, ce parchemin ne se dévoilera qu'à votre contact et deviendra parfaitement vierge avant de se désintégrer complètement quand vous aurez fini de lire ceci. Pour la même raison pour laquelle vous n'avez pas dénoncé les traitements que vous subissez, je ne peux vous garantir d'y faire quoi que ce soit, au risque de perdre mon poste à Poudlard et, je me doute que vous comprenez, ce qui l'en découle au sein de l'ordre. Cependant j'ai pris la peine d'informer votre directrice de maison qui j'en suis sûr prendra les mesure nécessaires pour vous protéger. A l'avenir, veuillez ne pas garder ces choses-là pour vous et je vous demande expressément de venir me voir après chaque détention. Cependant, je vous conseille fortement de garder vos humeurs pour vous et, comme nous le faisons tous, faire profil bas. Aussi horripilante soit-elle, le professeur Ombrage est loin d'être la chose la plus urgente ou la plus dangereuse que vous avez, et allez rencontrer au cours de cette guerre. Apprenez donc à garder vos sentiments pour vous et une fois n'est pas coutume, à la fermer quand vous le devez, Potter.
S.S. "
Le parchemin devint blanc, avant de se consumer discrètement entre ses doigts. Harry leva la tête vers Ron et Hermione qui le fixaient avec de grands yeux.
- Vous l'avez lu ?
Hermione lui lança un regard pénétrant.
- Non, mon pote, répondit Ron dans grimace déçue. On ne voyait rien, nous. Snape nous a dit de te le donner, c'est tout.
- Chuuut, pas si fort, Ron ! S'écria Hermione en lançant à Ron un regard courroucé avant de se tourner vers Harry qui s'apprêtait à poser la question, oui, Harry, il t'a ramené hier soir dans le dortoir, il n'y avait plus personne dans la salle commune mais nous étions restés là pour t'attendre quand Snape est arrivé en te portant. Il a dit que tu étais fatigué et tu devais dormir et nous a donné ça en nous ordonnant de le remettre. C'est tout.
Le "c'est tout" poli d'Hermione semblait attendre des explications supplémentaires. Harry rougit fortement et baissa la tête pour ne surtout pas regarder vers la table des professeurs. Il se rapprocha de ses amis et demanda à voix basse comme s'il s'agissait d'un secret de la plus haute importance.
- Snape m'a ramené à la tour de Gryffondor en me ... portant ? Porter comme... porter ?!
Ron hocha la tête dans une grimace dégoûtée quoi qu'Harry pouvait constater qu'il faisait des efforts pour ne rien dire de plus.
- Il te portait dans les bras, précisa inutilement et trop poliment Hermione. Qu'est-ce qu'il s'est passé, Harry ?
- Je vous expliquerai après, d'accord ? - il jeta un regard aux alentours - Ailleurs.
Expliquer à Ron et Hermione, cependant, ne s'avéra pas chose aisée et il resta, de toute façon, plutôt vague à ce sujet. Voyant l'état dans lequel il était, Snape s'était empressé de le soigner et il s'était endormi directement. Fin de l'histoire. Si Hermione paru sceptique, les commentaires de Ron sur combien Snape était un personnage bizarre que, définitivement, il ne comprendrait jamais, semblèrent noyer le poisson et permirent à Harry de changer de sujet. Il fut convoqué dans le bureau de Mcgonagall dans la journée et elle lui passa un savon pour n'avoir rien dit - pour ne lui avoir rien dit à elle, sa directrice de maison - mais lui promit de faire son possible pour surveiller Ombrage et ses techniques monstrueuses.
Ce fut à partir de là que sans s'en rendre compte, Harry commença tout doucement à regarder Snape d'une autre manière. En cours, les insultes qu'il pouvait lui lancer sonnaient presque comme une intimité bizarre entre eux et plusieurs fois, il dû se retenir de sourire. Alors, les pensées du soir dans l'intimité de son baldaquin, qu'il réservait à Snape, devinrent de plus en plus ambiguës, sans franchir la ligne que son esprit conscient ne lui permettait pas de franchir. Mais l'excitation était là, lovée en lui, encore informe. Ce fut un rêve... un rêve d'une nuit, qui fit basculer les sentiments d'Harry et vint à bout de toutes les certitudes qu'il construisait soigneusement comme un mur rassurant entre lui et l'homme. Il m'a aidé plusieurs fois... je lui suis reconnaissant... Il a pris soin de moi quand personne d'autre n'était là, c'est normal de me sentir en sécurité avec lui... Moi et lui ? Noon ! Bien sur que non. Je l'aime bien, c'est sur, mais ça reste Snape. Le genre de phrase qu'il pouvait se répéter lors de ses interminables débats mentaux entre deux rêveries du soir. Son esprit libéré par le sommeil décida cependant de les mener à un tout autre niveau, faisant taire d'un seul coup toutes les voix sérieuses qui croyaient tout savoir.
Il était en classe, assis à un banc devant sa potion avec tous les autres élèves, situation on ne peut plus possible dans la réalité. Snape, comme à son habitude, passait entre les rangs, et il s'arrêta à sa hauteur, se penchant au dessus de lui afin de jeter un oeil à son chaudron. Ses cheveux balayèrent la tempe d'Harry et son odeur, soudain proche, envahit les narines de l'adolescent.
- Lamentable, Potter.
Sa voix était un coup de fouet. Sèche, méchante, tranchante. Grave, douloureuse, suave. Comme une caresse le long des reins, comme une claque un peu plus bas... Harry ferma les yeux, réprimant un frisson qui résonna quand même dans tout son corps.
- Même pas capable de faire une potion correctement... murmura sa voix, sa terrible voix, tout près de son oreille. Retenue ce soir, dans mon bureau. Ne soyez pas en retard.
A l'heure prévue, Harry toqua à la porte de Snape, et la porte s'ouvrit d'elle-même comme une antre monstrueuse dans un grincement de film d'horreur.
- Entrez, fit la voix.
Harry obéit en silence et la porte se referma derrière lui. Assis à l'autre bout de la pièce, dans un fauteuil en cuir noir, Snape le dévisageait. Dans la pénombre de la pièce, sa silhouette se dessinait seulement grâce à la lueur de la lune qui filtrait à peine à travers les carreaux. Harry, immobile, contempla la silhouette mystérieuse, indéchiffrable et hautaine devant lui. Le regard sur, sombre et froid, les jambes légèrement écartées, Snape le dévorait d'un regard que ne faisait qu'intensifier le mépris de son petit sourire.
- Vous allez devoir vous faire pardonner votre détestable comportement, Potter...
Harry resta là, la bouche entrouverte de stupeur, frémissant. Il se préparait à s'avancer quand le mouvement de Snape, plus vif que le sien, fit avorter son geste lorsqu'il se leva pour s'avancer vers lui, lui tournant autour comme une panthère autour de sa proie, ses talons produisant un bruit sec et régulier sur le sol en pierre de la pièce.
- Je vais devoir... vous punir.
Au ton doucereux et presque doux de sa voix, on pouvait sentir à quel point il jouissait silencieusement de sa domination sur lui, ce qui ne faisait qu'intensifier le malaise d'Harry qui leva à peine la tête, n'osant pas le regarder dans les yeux. Tout à coup, il avait quelque chose en main, à la place de sa baguette, qui ressemblait à une cravache ou à un fouet et il avala sa salive.
- A genoux, Potter.
Harry obéit comme si les mots en eux-mêmes avaient le pouvoir de contrôler son corps et ses genoux heurtèrent la pierre. Le premier coup de fouet lacéra délicieusement son dos et il gémit faiblement. Dans son rêve, il ressentait à peine la douleur, se concentrant sur le son produit par l'objet sur sa peau, sans doute exagéré, tout comme l'étaient les mots que Snape ne cessaient de prononcer comme autant de coups qu'il lui assénait. Comme souvent dans les rêves, les choses n'étaient pas logiques et l'instant d'après, au lieux d'être à genoux, Harry était penché sur une table, les deux mains à plat, le fouet s'abattant régulièrement sur ses fesses, intensifiant à chaque fois un peu plus l'érection violente qui semblait déchirer la peau de son bas ventre tant elle était tendue. Il laissa échapper un gémissement plus fort que les autres et les coups s'arrêtèrent. Une main grande et chaude se posa sur le bas de son dos, sous le tee-shirt, et Harry put entendre les bruits le pas de Snape alors qu'il se rapprochait. Ses hanches effleurèrent ses fesses, juste assez pour qu'Harry puisse sentir son érection.
- Comme vous pouvez le constater, Potter, j'ai besoin d'un peu de... détente...
Le sang battait si fort qu'Harry pensait venir à l'instant même. Il se retourna de lui- même pour faire face à Snape qui le dévorait du regard.
- Vous pensez être à la hauteur de la tache, Potter ?
Harry s'assit à genoux sur le banc. Il saisit l'érection de Snape à travers le tissus de sa robe... et ouvrit les yeux à l'instant même où il le prenait dans sa bouche. Il fixa un moment le plafond de son baldaquin, privé de sens correct. La culpabilité, le dégoût de lui-même l'accabla en même temps qu'un désir tel qu'il n'en avait jamais ressenti. Il n'avait jamais eu d'érection aussi pressente et il se mordit les lèvres pour ne surtout pas faire de bruit en glissant la main dans son pyjama. L'excitation était telle qu'il fallait qu'il vienne. Maintenant. Et les yeux fermés, au bord du précipice, c'est à Snape qu'il pensa. Snape, haletant et dominateur, si... demandeur. Il vint dans un gémissement étouffé entre ses lèvres étroitement fermées, sourcils froncés dans une grimace qui pourrait s'apparenter à de la pure souffrance. Nettoyant ses ébats nocturnes d'un coup de baguette, il retomba enfin, pantelant, sur son oreiller. Qu'est-ce qu'il venait de faire ? Que venait-il de se passer ? Silencieux et immobile, il mit des heures à se rendormir en fixant inlassablement l'obscurité. Le remord lui bouffait le ventre comme un puits sans fond.
Par la suite, Harry fit tout son possible pour oublier cet événement honteux. La naissance de l'AD, les douleurs à sa cicatrice de plus en plus fréquentes, les rêves de portes et de couloirs se mélangeant parfois, un peu trop souvent à présent, aux pensées de Voldemort envahirent suffisamment son monde pour éloigner toute autre pensée qu'il aurait pu avoir. Il n'y eu plus aucune détention avec Ombrage donc, en dehors des cours, Harry n'avait plus l'occasion de voir Snape et, même en classe, il s'écorçait dorénavant de se concentrer uniquement sur les cours. Ron, à présent, lui râlait souvent après en disant qu'il avait l'impression d'être avec Hermione. Taciturne, renfermé, Harry passait beaucoup de temps sur ses devoirs, comme si ça pouvait à la fois éloigner Snape et Voldemort. Hermione, si elle semblait lire clairement à travers lui, ne faisait aucun commentaire, se contentant de l'aider à travailler, heureuse de n'être plus la seule à se soucier de ces choses-là. Harry embrassa bien Cho en cette dernière séance de l'AD avant noël, et s'il ne ressentit rien du tout, il s'efforça de se convaincre que c'était à cause de l'humeur de la jeune fille, et non pas parce qu'il pensait à quelqu'un d'autre. Ce fut la nuit qui suivit que ce qui devait arriver arriva.
- Harry ! HARRY !
Jamais sa cicatrice ne lui avait fait aussi mal. C'était pire qu'une migraine qui vous pousse à rester dans le noir sans aucun bruit ni aucune secousse et qui trouble votre vue. Pire qu'une gastro où le monde, quand le malaise monte, semble se distordre en un cauchemar qui n'en finit plus. Pire que d'être dans le noir, impuissant, privé de corps, d'énergie, de mouvement. Ou peut-être tout ça à la fois.
- Harry !
On le regardait, on le touchait, mais les silhouettes lui semblaient si lointaines, si inaccessibles. Il voulut dire quelque chose, prévenir Ron, il le fallait à tout prix. Prisonnier des draps trempé, il eut juste le temps de se traîner au bord du matelas pour vomir, son corps se révulsant, repoussant de toutes ses forces la présence de Voldemort dans sa tête.
- Ron... ton père... il s'est fait attaqué... il saignait et...
- Harry, mon vieux, c'était juste un cauchemar...
- Non, ce n'était pas un cauchemar !
- On devrait peut-être appeler quelqu'un ?
Il voyait horriblement flou et la frustration intensifiait grandement la douleur. Il se prit la tête entre les mains et gémit, un gémissement qui se confondait à un sanglot.
- Ron, ton père...
- Je vais appeler quelqu'un.
Des pas qui s'éloignaient. Personne ne comprendrait. Il le savait. Personne, sauf...
- Snape ! Snape !
Les pas s'arrêtèrent.
- Quoi ? Harry, qu'est-ce que tu dis ?
- SNAPE ! Hurla-t-il, la douleur et la rage explosant à l'intérieur de lui, Snape, maintenant, Snape ! Snaaape !
Il savait, de façon lointaine, qu'il avait l'air complètement hystérique, à hurler désespérément, en boucle, le nom de leur professeur de potion. Comme si le fait de continuer à le prononcer pourrait l'invoquer instantanément. Il s'en moquait. Il avait besoin de lui, maintenant, lui comprendrait, lui saurait quoi faire, il avait besoin de lui, besoin de lui, besoin de lui... la panique l'envahissait tout entier et, la vision floue, toute temporalité et matérialité envolées, il haletait, essayant de convaincre Ron entre deux gémissement.
- Il faut absolument, Ron... ton père... je l'ai attaqué... c'était moi, j'étais le serpent... il saigne, il saigne tellement, tu dois...
- Harry, ce n'était qu'un rêve...
- Non ce n'était pas un rêve !
- Harry, calme-toi...
Il voulut hurler. Il voulut pleurer. Mais rien ne sortait. Jamais encore il n'avait ressenti une telle vulnérabilité et il agrippa les draps de toutes ses forces.
- Snape ! Snape !
Ron le maintint par les épaules comme s'il était en train de faire une crise de démence ou quelque chose comme ça, ce qui était peut-être le cas, se dit vaguement Harry. Il continuait à scander le nom de Snape comme si c'était la seule chose qui importait, et il y avait dans le dortoir un silence de mort. Personne ne sifflait mot. Ils étaient là, immobiles, à le fixer. Ron le maintenait faiblement, à présent, incertain du comportement à adopter.
- Harry, ça va aller, il arrive, il arrive tout de suite... Neville est parti le chercher...
Harry éclata d'un rire sans joie. Entendre Ron lui dire d'une voix aussi peu sure d'elle-même que Neville était parti chercher Snape, et cela dans le but initial de le rassurer, lui parut particulièrement comique. Il riait de façon hystérique, les larmes coulant toutes seules de ses yeux, lorsque des pas précipités retentirent dans la salle commune, en bas.
- Par ici, professeur...
- Snape ! Snape !
Il n'avait jamais paru aussi vulnérable et aussi enfantin, à crier son nom en boucle comme une incantation devant tous ses amis. A la vitesse des pas, Harry pouvait savoir qu'il courrait. Il tourna la tête vers la silhouette imprécise qui rentrait en trombe dans le dortoir.
- Weasley ! Dégagez de là.
Ron obéit immédiatement, comme s'il l'avait frappé. Harry se redressa difficilement, tout semblait tourner et il agrippa de toutes ses forces le bras de Snape.
- Professeur ! Le père de Ron...
- Je suis là, Potter. Où avez-vous mal ?
Une main se posa immédiatement sur son front, étouffant la douleur, mais il n'avait pas le temps pour ça. Il devinait à peine la silhouette de Snape mais sentait très clairement l'inquiétude à travers son contact.
- Le père de Ron, dit-il précipitamment, il a été...
- Taisez-vous.
Il y eut un instant de silence religieux, puis Snape sembla frémir.
- Finningan ! Hurla-t-il alors si fort et si soudainement qu'Harry sursauta, allez immédiatement prévenir le directeur qu'Arthur Weasley a été attaqué et est actuellement en état grave au ministère de la magie ! Weasley, avec lui ! Allez ! Obéissez ! Vite !
Ron voulut dire quelque chose mais y renonça et ils se précipitèrent hors de la pièce. Le soulagement fut tel que toute tension s'évanouit d'un seul coup du corps d'Harry qui retomba contre ses oreillers. Il était conscient qu'il y avait d'autres personnes encore dans la pièce, mais il s'en fichait. La douleur s'était apaisée un peu, le laissant faible, fiévreux et maladif. Snape avait arrangé les choses, tout allait bien finir, il allait prendre les choses en mains, il savait toujours prendre les choses en mains...
- Buvez, Potter.
Une fiole se pressa contre ses lèvres et Harry obéit, se laissant guider par la main qui se glissait sous sa nuque pour l'assister.
- Il va aller... bien... ?
Le liquide apporta une chaleur immédiate quelque part dans son sternum et sa vision se clarifia. Assis sur le bord du lit, l'air épuisé et concentré, Snape se dévisageait. Tout le monde, d'ailleurs, les dévisageait.
- Comment vous sentez-vous ?
- Professeur, Monsieur Weasley, est-ce qu'il va... demanda-t-il d'une voix suppliante d'inquiétude.
- Potter ! Le coupa Snape d'une voix sévère. Le directeur est au courant et va s'en occuper. Maintenant je veux savoir comment vous vous sentez, vous.
Harry le regarda et eut envie de pleurer. A l'instant même où leurs yeux se croisèrent, il sut. Il ne voulait pas répondre, car c'est lui... c'est lui qui était à l'intérieur du serpent... il ne méritait pas de... Les pupilles de Snape l'observaient avec une intensité nouvelle, furieuse et déterminée.
- Potter, on va aller aller voir le directeur sans tarder, mais pour l'instant je veux que vous vous calmiez.
Il sortit de sa poche un pot semblable à celui qu'il avait utilisé pour sa main, en plus petit, et Harry ferma les yeux alors qu'il appliquait le produit délicieusement froid sur sa cicatrice. Puis ses doigts se posèrent sur ses tempes, comme pour en aspirer le battement.
- Gardez les yeux fermés et respirez profondément.
Harry obéit. De toute façon, le contact de Snape était si apaisant qu'il n'avait aucun besoin de... oh. Soudain, il était dans une clairière auprès d'un lac. C'était le printemps, et une brise délicieuse caressait son visage, son front... Tout était si clair, si vaste, l'herbe grasse chargée d'une humidité délicieuse sous ses mains... Un air si pur qui nettoyait tout, emportait tout... il n'y avait que lui... lui et l'immensité... Il laissa échapper un rire qui se confondait à un soupir en se laissant aller contre l'herbe, si douce et si épaisse... Non loin, on entendait le frémissement d'un ruisseau et Harry sentit absolument toutes ses tensions nerveuses le quitter d'un seul coup. La vision s'évanouit à l'instant où Snape retira ses mains et Harry réalisa qu'il souriait bêtement et béatement sous le contact de Snape devant tous ses camarades de dortoir. Il avala sa salive, sans quitter Snape des yeux une seule fois et d'ailleurs, l'homme le fixait en retour avec une quiétude sans pareil. Derrière tout ce noir, derrière tous ces sarcasmes... c'était lui, lui et personne d'autre qui lui avait envoyé cette délicieuse vision, la seule chose qu'il pouvait se permettre de lui offrir. Mais c'était l'étreinte la plus douce et la plus enveloppante qu'il pouvait lui accorder, et Harry sentait sa présence autour de lui, claire et fraîche comme une douche froide en un matin d'été, douce et chaleureuse comme un feu de cheminée en plein hiver. Et Harry se laissa envelopper totalement dans cette étreinte mentale.
- Si l'un d'entre vous raconte quoi que ce soit à qui que ce soit, vous serez tous sévèrement punis pour le restant de vos jours, est-ce clair ? Lança Snape d'une voix claire en s'adressant aux autres, sans que son regard ne dévie du sien.
- Oui... oui, professeur !
Les voix se mêlèrent presque parfaitement, comme au service militaire et Harry réalisa à quel point ils étaient stupéfaits. Il n'en avait, à l'instant, presque rien à faire.
- Allez, Potter, allons voir le directeur, maintenant.
Snape glissa un bras solide derrière son dos alors qu'Harry s'asseyait sur le bord du lit et le jeune homme s'agrippa à son cou, bien qu'il n'en ait qu'à peine besoin car Snape le soutenait avec une efficacité redoutable. Ils quittèrent le dortoir sans un mot, laissant des élèves complètement désappointés. Comme il le lui avait promis, il l'emmena directement dans le bureau de Dumbledore et resta derrière lui, présent et effacé, tout le temps que dura leur entretient. Harry ne vit pas l'étrange regard de Mcgonagall passant de lui à l'ombre impénétrable de Snape derrière, comme un bouclier invisible le protégeant de toute attaque possible. La femme ressentait en elle le même feu de protection qui se mêla à celui de Snape.
Harry se rendit à peine compte des événements qui s'ensuivirent. Il jeta un regard apeuré vers le coin de la pièce où Snape se tenait, espérant naïvement qu'il les suivrait et prendrait le portoloin avec eux mais évidement, ce ne fut pas le cas. Les jours suivants furent pire que ce qu'il avait pu imaginer et après avoir entendu avec les autres Maugrey et Madame Weasley parler de lui, il demeura à l'écart des autres, physiquement et intérieurement, tout le temps des vacances de noël. Il voulut parler à Sirius, mais n'y arrivait pas. Peut-être que lui aussi, avait peur de lui. Il se terra dans les étages et essaya d'oublier qu'il existait. Il attendit que Snape vienne leur rendre visite pour une réunion de l'Ordre, mais l'homme ne fit pas son apparition de toutes les vacances. Aussi ne s'attendait-il pas du tout à ce que Madame Weasley, qui l'abordait depuis son arrivée comme un objet en porcelaine qu'il ne faut absolument pas toucher, passe la porte de la pièce de Buck dans laquelle il restait enfermé seul pour lui dire que le professeur Snape voulait lui parler. Son coeur descendit de quelques étages d'un seul coup, le réveillant beaucoup trop brutalement de sa léthargie mentale et diffusant dans ses veines de la terreur à l'état pure qui lui donna le vertige.
- Le... professeur Snape ? Répéta-t-il d'un ton incrédule, oubliant presque qu'à présent qu'il était potentiellement possédé par Voldemort, il devait à tout prix rester éloigné de tout le monde.
Et puis il leur en voulait. Et il ne voulait plus leur parler, car il ne voulait plus avoir une chance de leur pardonner. Il voulait continuer à les haïr pour l'éviter comme ça. Mais c'est lui qui les évitait. Cependant, à l'instant, ce n'était pas vraiment le problème et il resta là, poitrine palpitante et les yeux exorbités, à fixer Madame Weasley comme si elle lui avait demandé de monter à l'échafaud.
- Je sais qu'il n'est pas très commode, mon chéri, le rassura Madame Weasley en se méprenant totalement mais s'avançant dans la pièce comme si la peur d'Harry lui permettait de rentrer de nouveau en contact avec lui, cet enfant qui était le sien sans l'être vraiment. Il t'attend, il ne pourra pas attendre très longtemps, tu devrais descendre, mon chéri.
Elle posa une main sur son épaule, comme pour l'encourager, et Harry se dressa sur ses pieds.
- J'y vais, dit-il seulement, plus pour s'en convaincre lui-même que pour donner une réponse.
Harry poussa avec appréhension la porte de la cuisine pour découvrir avec une horreur grandissante la présence des deux hommes dans la pièce où régnait un silence lourd qui ressemblait à celui d'un combat à mort. Harry avala sa salive et referma la porte.
- Je suis là, dit-il seulement pour signaler sa présence mais les mots sortirent de sa bouche dans un croassement inintelligible.
Il l'avait attendu toutes les vacances, pourquoi être si terrifié maintenant ? La panique lors de sa vision semblait loin, laissant place à un calme blafard où il pouvait seulement entendre ses pathétiques cris d'enfants suppliant, implorant, en boucle Snape à son chevet. Les avait-il entendu ? Fatalement. Si quelqu'un dans le château n'était à présent pas au courant, Harry en aurait été étonné. La douleur, la détresse, tout était si fort alors qu'il en avait oublié toute honte. Mais à présent... il regarda la silhouette sombre et semblait-il à jamais impénétrable de Snape se tourner dans sa direction pour lui dire de s'asseoir, et il se demanda si tout cela avait été réel, si c'était réel pour lui, si lui aussi, il ressentait une appréhension semblable.
- J'ai voulu - j'étais sensé vous voir seul, Potter, mais Black...
- Je suis son parrain ! Le coupa Sirius et Harry ouvrit la bouche pour dire que ça allait et qu'il pouvait les laisser seuls quand Snape fusilla Sirius d'un regard plus noir et plus glacé qu'aucun regard qu'il lui avait jamais lancé.
Alors, Harry ravala ses mots et les regarda tour à tour. Sirius semblait sur le point d'exploser. Snape ne semblait guère mieux et sa bouche frémissait des sarcasmes qu'il voulait lancer mais qu'il ne lançait pas, et Harry se demanda si c'était par respect pour lui. Au prix d'un effort semble-t-il considérable, le maître des potions parvint à ignorer la présence de Black pour se tourner vers lui.
- Bien, Potter, le directeur m'a chargé de vous dire qu'il souhaite vous voir prendre des cours d'occlumentie dès le début de ce trimestre.
Harry s'attendait à tout, mais certainement pas à ça et il resta un peu béas pendant quelques secondes.
- Quoi ? Des cours de quoi ?
Des cours ? Des stupides cours ?! Il l'avait attendu pendant toutes les vacances pour qu'il vienne finalement lui passer un stupide message sur ordre de Dumbledore ?! Mais Snape semblait bien trop concentrer toute son énergie à ne pas sauter sur Black pour lui prêter une attention réelle.
- D'occlumentie, Potter. La défense magique de l'esprit contre les tentatives de pénétration extérieure. Une branche obscure de la magie mais cependant fort utile.
Le coeur d'Harry sombra un peu plus. Il avait eu raison de n'écouter personne et de rester enfermé là-haut. Il était possédé, il était vraiment possédé et Dumbledore envoyait Snape à sa place parce qu'il le craignait trop. La colère se réveilla en lui.
- Et pourquoi Dumbledore pense-t-il que j'ai besoin de ces cours ?
Snape le fixa comme si, vraiment, la dernière chose dont il avait besoin à l'instant, avec Sirius en train de les regarder, c'est de ses états d'âmes Potteresques. Il se racla la gorge et continua comme s'il n'avait rien entendu.
- Vous aurez ces cours privés une fois par semaine et vous ne devrez en parler à personne, surtout pas à Dolores Ombrage. Compris ?
- Oui, répondit Harry en se renfrognant. Et qui me donnera ces cours ?
Il y eut un léger silence.
- Moi, répondit Snape d'un ton légèrement effacé.
Les yeux d'Harry s'agrandirent sur la table. Et il souhaita disparaître instantanément, se fondre dans le sol et disparaitre. Voldemort, le serpent, la possession, tout s'éloigna soudain derrière le reste. Tous les moments passés avec Snape, la nuit à ses côtés, son contact, son odeur...
Vous allez devoir vous faire pardonner votre détestable comportement, Potter...
Je vais devoir... vous punir.
Vous ne serez jamais seul, Potter.
A genoux. A genoux, Potter.
Harry ferma les yeux, se forçant à respirer calmement. Il allait demander en quoi consistait ces cours exactement quand Sirius parla avant lui.
- Et pourquoi Dumbledore ne pourrait pas donner lui-même ces cours à Harry ? Pourquoi faut-il que ce soit toi ?
Harry ferma les yeux, tremblant à l'intérieur. Une dispute entre Sirius et Snape, là tout de suite, était la dernière chose qu'il voulait. Si seulement Sirius pouvait les laisser seuls, Harry pourraient lui poser les questions qu'il voulait vraiment lui poser... Snape inspira et expira profondément sans même regarder Sirius et son regard s'efforça de rester droit, loin de son parrain.
- Je vous attends Lundi soir à six heures, Potter. Dans mon bureau. Si quelqu'un vous pose la question, vous répondrez que vous prenez...
- Arrête de m'ignorer ! Le coupa violemment Sirius en abattant son poing sur la table. Répond à ma question ! Pourquoi toi ? Pourquoi faut-il que ce soit toi ?
- Sirius... Commença Harry en se levant brutalement.
- Parce que ça a toujours été moi, Black.
Sirus contourna la table d'un élan violent pour lui faire face et Harry crut un instant qu'il allait le frapper, et d'ailleurs à la façon dont Snape se redressa, il devina qu'il l'avait cru aussi.
- Je peux savoir ce que tu entends par là, Snevillus ?!
Snape serra les points. Harry le sentait monter en pression. Les deux hommes se fixaient comme deux lions sur le point de se déchirer.
- S'il vous plait, répéta Harry en contournant la table à son tour pour essayer de se poster entre eux, s'il vous plait, calmez...
- Appelle moi encore une seule fois comme ça, une seule fois, et la question de ta culpabilité ou de ton innocence n'aura plus aucune importance, doggy.
Sirius abattit son poing sur la table, à défaut de pouvoir l'abattre sur Snape.
- Répond-moi. Qu'est-ce que tu veux dire par là ?!
Harry trembla en regardant Snape. Il était sur le point de craquer et la dernière chose qu'il voulait, c'est qu'il lui révèle la vérité... la vérité ? Quelle vérité ? Que Snape l'aidait depuis des années ? Quelque chose de raisonnable en lui essayait de le convaincre que ce n'était pas si grave... après tout, ça avait toujours été des hasards... Et il avait le droit d'être aidé par Snape, n'est-ce pas ? N'est-ce pas... ? A la haine pure sur le visage de Sirius, Harry savait que ce n'était pas le cas. Il n'avait pas le droit de l'apprécier même un petit peu, sans parler de penser à lui avant de dormir depuis des mois et de faire des rêves érotiques sur lui...
- S'il te plait, Sirius, laisse-nous un moment, ça va aller, je te promets que ça va...
Mais aucun des deux ne l'écoutait.
- QU'EST-CE QUE TU VEUX DIRE PAR LA, SNEVILLUS ?! QUE JE NE SUIS PAS UN BON PARRAIN POUR HARRY ?!
Harry essayait désespérément de retenir Sirius en le retenant par les épaules, mais il le repoussa.
- Sirius, S'il te plait, calme toi, calme toi, il n'a jamais dit ça, il...
- TU N'AS JAMAIS ÉTÉ UN PARRAIN TOUT COURT, BLACK !
Les deux hommes allaient en venir aux poings et Harry ferma les yeux. Tout se passa très vite. Ils se ruaient l'un vers l'autre, baguettes oubliées, et Harry pensa que Severus - c'est ce nom, et son nom de famille ni professeur qui lui traversa l'esprit - devait être un piètre combattant. Sirius était fort, beaucoup plus fort que lui, pensa-t-il, il allait le démolir. Severus Snape était un combattant hors pair s'il s'agissait de la magie, mais pas des poings. Harry ne sut pas exactement si ces pensées lui avaient traversées l'esprit très exactement, ou si c'était juste par pur réflex, à vrai dire il ne sut pas vraiment ce qui se passa ensuite. Il se précipita entre eux dans l'espoir de calmer Sirius et l'instant d'après... tout se passa très vite. Le coup de poing en plein visage ; il perdit l'équilibre, rattrapé par Snape à la dernière seconde ; se dégagea ; La porte s'ouvrit sur la famille Weasley.
- Mais qu'est-ce qui se passe, ici ? Demanda Arthur Weasley
Sirius le dévisageait d'un air horrifié, il y avait un silence de mort pas même brisé par Snape qu'Harry ne regardait pas. Il lança un regard furieux à Sirius, puis à Snape, et sans un regard pour personne d'autre s'enfuit hors de la pièce, obligeant les Weasley à s'écarter sur son passage.
- Potter !
- Harry !
Les cris mêlés de Snape et Sirius le poursuivirent, mais il n'en avait cure.
- Harry ! Harry, reste-là, je ne voulais pas te faire de mal !
Il parcourut le couloir et claqua la porte derrière lui en un temps record. Il fallut toute l'énergie d'Arthur, Molly, Ron, Fred et George pour retenir Sirius dans son propre intérêt. Snape, en revanche, poursuivit Harry sous la pluie qui s'abattait sur la ville, dans le noir de la nuit.
- Potter, revenez !
Il marchait vite, sans l'envie réelle de s'échapper nulle part, il voulait juste s'en aller, s'en aller de cette maison, de cette famille, de Sirius, de Snape, de Voldemort et tous ses problèmes. Au rythme des pas derrière lui, il devinait que Snape courrait et cette idée l'amusa.
- Potter !
Il lui saisit le bras et Harry fit volte face, dévoré par la rage.
- LÂCHEZ-MOI !
Snape le lâcha. Sous la pluie, en cet instant, il paraissait si jeune, si vulnérable, il semblait tout, sauf l'immonde chauve souris des cachots que les élèves décrivaient. Et cette image peut-être, ses cheveux noirs ruisselants sur son visage pâle et mouillé, ses yeux luisants d'un reflet si fragile dans l'obscurité, servirait à alimenter quelques fantasmes nocturnes. Peut-être. En cet instant, il était beaucoup trop en colère pour s'attarder sur le fait qu'une partie complètement détraquée de lui, non contente de trouver Severus Snape beau, le trouvait aussi incroyablement sexy.
- Vous savez, Potter, dit-il en haussant un sourcil, je vous serais gré, la prochaine fois, de ne pas intervenir de la sorte. Bien que stupidement héroïque, ce qui est une caractéristiques principales de votre maison, votre geste n'était absolument pas requis.
Harry s'essuya furieusement les yeux, trop énervé pour trouver la moindre insulte adéquate.
- Allez vous faire foutre !
Et lui tournant le dos, il s'enfuit de nouveau.
- La prochaine fois, vous pouvez crever !
Il y eut un soupir agacé.
- Potter...
Il le suivit à rythme plus lent et finalement ils se retrouvèrent à marcher presque l'un à côté de l'autre.
- On peut savoir jusqu'où vous comptez aller comme ça ?
- N'importe où. Loin. Loin de vous.
- Dommage, parce je vais devoir vous obliger.
Il lui saisit brutalement le poignet, plus fortement que les autres fois, le forçant à le suivre et, au lieu de ça, dans la lutte, ils se retrouvèrent face à face. Harry, qui protestait et feulait comme un chat en colère, s'arrêta aussitôt. Ils étaient proches, beaucoup trop proches, et un instant, il ne put regarder autre chose que les lèvres de Snape beaucoup trop proches des siennes. Son coeur s'accéléra et il dégagea ses poignets que Snape retenait prisonniers.
- C'est bon, dit-il abruptement en reculant d'un pas. Je rentre.
Il se dirigeait à grands pas vers la maison et Snape le regarda s'éloigner en silence avant de le suivre.
- Pressez-vous, murmura-t-il en le dépassant, baguette en main.
Il ne lui adressa vraiment la parole qu'une fois à l'intérieur, en sécurité. Du pas de la porte, la maison semblait vide plus que jamais.
- Quelque chose vous tracasse. Puis-je savoir de quoi il s'agit ?
Harry rougit, sans le regarder.
- Est-ce que... estcevouspensezquejesuispossedé ? Demanda-t-il précipitamment en fixant le bout de ses chaussures.
- Comment ? Articulez, Potter !
Harry leva la tête et le regarda dans les yeux.
- Suis-je possédé par Voldemort, professeur ?
Snape frissonna et ferma les yeux un instant.
- Si vous devez prendre des cours avec moi, Potter, vous l'appellerez autrement que par ce nom.
Il esquissa enfin un rictus qui dans son langage devait équivaloir à un sourire et qui se voulait rassurant.
- Potter, j'ignore le lien qui vous lie au seigneur des ténèbres, mais une chose est certaine, vous n'êtes pas possédé. Rassurez-vous, vous n'êtes un danger pour personne dans cette maison. Alors allez voir votre parrain, et vos amis, et passez du temps avec eux.
Harry glissa les mains dans ses poches et commença à se balancer nerveusement, regardant le couloir comme si quelqu'un allait soudain débarquer. Il baissa la voix.
- Suis-je un danger pour vous, professeur ?
Il y eut un silence.
- Potter, je ne sais pas de quoi...
- Vous êtes obligé d'y aller, non ? A cause... à cause de moi. Si je n'étais pas là, si je n'avais jamais existé...
Le silence se prolongea, plus lourd que le premier.
- Ce que vous venez de dire est absolument insensé et totalement égocentrique, Potter, comme d'habitude.
Harry sursauta lorsqu'il sentit la main de Snape se glisser sous son menton pour lui redresser la tête, le forçant à le regarder. Malgré ce qu'il venait de dire, ses yeux semblaient pétiller.
- Je crois que vous venez de prouver aujourd'hui que c'est plutôt l'inverse. Sachez d'ailleurs que c'est un peu humiliant...
Il le lâcha et Harry, rougissant, détourna de nouveau le regard. Snape l'observait.
- Je suis bien meilleur combattant que vous ne le pensez. Ne vous interposez plus jamais entre mon adversaire et moi ou vous seriez blessé. C'est moi qui est sensé vous sauver la vie, pas l'inverse. Vous êtes trop important à cette guerre pour commettre une erreur pareille en situation réelle. Vous devez garder la tête froide.
Il allait partir lorsqu'Harry l'arrêta :
- Et vous ? Qui vous sauvera la vie ?
De dos, Snape se tourna vers lui, juste assez pour qu'il voit à peine son visage.
- Lundi soir, 18 h, Potter.
Harry ne put faire autre chose que le regarder partir, la boule au creux du ventre et un vide quelque part au fond du coeur.
Et voilà pour aujourd'hui !
Bonne journée :-)
