Chapitre 43 : Harry veut se rincer le cerveau
Harry savait, plus que tout autre chose dans sa vie, qu'on ne pouvait pas compter sur les témoignages de Tante Pétunia. Cependant, il y avait généralement un petit fond de vérité quelque part dans ce qu'elle racontait – la mère de Harry n'était peut-être pas morte dans un accident de voiture, mais elle n'était pas non plus devenue chanteuse dans une ville paisible des Caraïbes.
Harry décida de se comporter de façon mature et de prétendre qu'il n'avait rien entendu, que rien ne s'était passé, et qu'il n'avait jamais eu de raison d'imaginer Severus Rogue voulant sortir avec sa mère.
Harry essaya de chantonner très fort dans sa tête jusqu'à ce que l'image s'en aille, et quand cela ne suffit pas, il essaya de frapper son oreiller. Puis il essaya de s'étouffer avec l'oreiller.
Rien n'aidait vraiment, donc il se glissa hors de sa chambre et alla prendre les sécateurs pour aller massacrer la haie. Sa tante prenait grand soin à prétendre ne pas le voir, et Harry se pointait pour les repas. Au moins Oncle Vernon n'avait pas remarqué qu'il avait disparu, donc c'était déjà ça de gagné.
Rogue et sa mère non non non. N'importe quoi d'autre. Kreattur dansant nu sous la pluie. Affronter Voldemort ! Peut-être que Voldemort pouvait le tuer, ça serait chouette, il apprécierait vraiment un combat à mort là maintenant tout de suite…
Après quelques jours, Harry arrêta de sursauter chaque fois que les rideaux bougeaient et de regarder les théières comme si elles l'avaient trahi, mais il prit soin de rester bien occupé.
Donc d'une certaine façon, un rêve très réaliste de Voldemort tuant un vieil homme fut pratique pour se changer les idées.
D'une certaine façon.
Dans une autre réalité, Harry n'avait gardé que de vagues souvenirs de ce rêve. Dans cette réalité, Harry avait déjà passé deux ans à essayer d'apprendre l'Occlumancie, et avait globalement échoué à part avoir développé l'habitude de rêves conscients. Avec ça en tête, il fut facile de prendre la décision d'écrire à Sirius.
Cher Sirius,
Merci pour ta dernière lettre. J'ai fait la paix avec Dudley en partageant une grande quantité de gâteau d'anniversaire avec lui, sauf que Oncle Vernon a découvert que j'aidais Dudley à ne pas suivre son régime et on a dû se faire discrets. Je ne dirais pas que je suis ami avec Dudley, mais on y travaille. Il a des opinions sur la musique moldue pour toi. Apparemment le 'rock classique' est pas mal mais tu devrais aussi écouter des trucs plus récents. Il a enfin accepté que tu étais ok parce que je lui ai dit que tu avais eu une moto, ce qui est très impressionnant quand on est Dudley (il ne tiendrait pas sur une moto, mais je ne lui ai pas dit ça).
Je ne veux pas que tu t'inquiètes, mais j'ai fait un rêve à propos de Voldemort. C'était un peu différent de mes cauchemars habituels, donc voilà : il était assis en train de manigancer un truc avec Queudver, quelque chose qui m'impliquait, mais après la Coupe du Monde de Quidditch. Puis un Moldu les a interrompus, Voldemort l'a tué et je me suis réveillé. Ils étaient dans une vieille maison – en Angleterre je crois ? Et Voldemort a parlé de tuer une femme appelée Bertha Jonkins.
J'espère que ça aidera ! Parfois j'ai l'impression de le sentir à cause de ma cicatrice, mais un rêve entier comme ça c'est nouveau…
Si tu reviens en Angleterre, peut-être qu'on pourrait aller à ta maison pendant les petites vacances ? Ça serait un bon exercice pour mes cours de Défense !
Dis bonjour à Buck pour moi.
Harry
Harry se recula sur sa chaise et relit sa lettre avec satisfaction. Oui, il avait réussi à se sentir comme s'il aidait un peu Sirius, à suggérer à Sirius de rentrer, et à signaler un problème à un adulte, le tout en une lettre. Il devenait assez doué à cette histoire de parler aux adultes.
Harry avait pris Dudley à part avant que les Weasley arrivent et essayé de le rassurer autant que possible sur le fait qu'il ne recevrait pas d'autres sorts. (Le première fois que Dudley avait rencontré un sorcier il s'était retrouvé avec une queue de cochon. Harry n'était pas du tout opposé à ça, mais prétendait que si).
- M. Weasley travaille pour le gouvernement, essaya Harry. Donc il serait viré s'il, euh, faisait quoi que ce soit. Il fait surtout de la paperasse.
Ce qui était, bien sûr, un énorme mensonge, mais ça rendait Dudley moins nerveux, ce qui à leur tour rendait Oncle Vernon et Tante Pétunia un peu moins crispés. Tante Pétunia, en particulier, avait eu l'air d'avoir avalé des citrons pelés pendant tout l'été, depuis que le professeur Rogue était venu, et avait même convoqué Harry pour établir un planning de corvées et de repas qui éviteraient que Harry et elle se retrouvent dans la même pièce six jours sur sept.
- Vous avez un gouvernement ?
- Ouais, à peu près. C'est une branche du gouvernement normal, je crois, dit Harry sans conviction, vu qu'il ne s'était jamais trop intéressé à comment ça fonctionnait. Ils font attention à tout garder secret et, euh, discret. Pour être sûrs que personne ne dérange la Reine, ce genre de trucs.
Dudley lança à Harry un regard suggérant qu'il ne pensait pas que les sorciers se soucient de choses comme les reines, et aussi qu'il soupçonnait Harry de devenir un jour tueur en série. Harry, qui à ce point était à demi convaincu que tous les sorciers adultes étaient fous à lier, essaya d'avoir l'air de ne pas du tout être un futur tueur en série, ou en tout cas s'il le devenait ça serait le type du tueur en série devant lequel on recule lentement et calmement, plutôt que paniquer et hurler.
- Mouais, dit Dudley, avant d'aller voir sa mère pour être rassuré sur le fait qu'ils ne seraient pas tous assassinés ou transformés en écureuils.
Le fait que Fred et George testent leurs nouveaux caramels sur Dudley, pensa Harry plus tard en soupirant, n'allait pas du tout aider à convaincre Dudley que les sorciers n'en avaient pas tous après lui.
- Tu n'es pas en colère contre nous, hein Harry ? demanda Fred.
- On sait qu'il est ton précieux cobaye, ajouta George.
- Mais on avait besoin de quelqu'un pour tester et on espérait que tu accepterais de partager, finit Fred.
Comme M. et Mme Weasley étaient tout près, Harry essaya de prétendre qu'il n'avait pas passé l'été à tester des bonbons sur Dudley.
Tout se passa plutôt bien après ça. Au moins Ron et Hermione purent s'échapper. Harry éprouva un plaisir coupable devant le fait que le plus gros de son propre sermon soit basé sur le fait que Fred et George essayaient de le corrompre alors qu'il était jeune et innocent.
Ron, un peu plus tard, commenta :
- C'est flippant de vous voir tous les trois ensemble… Ton expression innocente est exactement la même que la leur.
Harry grogna, essaya de s'étouffer avec son oreiller, se rappela brièvement la raison pour laquelle il avait déjà essayé de s'étouffer avec son oreiller, et demanda à Ron d'une voix douloureuse :
- Est-ce qu'il y a un moyen d'effacer ses propres souvenirs ?
- Ben, il y a des sorts de mémoire, dit Ron dubitatif. Mais ça peut rendre un peu bizarre. Maman ne t'a pas engueulé à ce point, si ?
- C'est pas ça.
Harry hésita.
- J'ai juste réalisé qu'à un moment… à un moment… le professeur Rogue et le professeur McGonagall ont probablement, tu sais. Embrassé des gens.
Ron eut aussitôt une expression horrifiée.
- Mec.
- Quoi ?
- Le professeur Dumbledore a probablement déjà embrassé quelqu'un.
- … peut-être que tes parents nous laisserons boire si on leur explique, dit Harry d'une voix faible.
Les parents de Ron ne les laissèrent pas boire. Harry fut seulement un peu apaisé par une discussion pendant le dîner avec Bill, le frère de Ron, à propos des meilleurs sorts d'identification d'objets maudits et des meilleures façons de les manipuler sans danger – d'un point de vue hypothétique, bien sûr.
