Bien le bonjour! Je devrais plutôt dire bonsoir, à cette heure-ci, mais avec l'heure d'été il fait encore jour. Formidable.
Vous ne rêvez pas, voici le chapitre 11 ! Écrit en moins d'une semaine et publié en 6 jours. Incroyable. Vous ne pouvez pas savoir à quel point ça me fait plaisir de reprendre cette fanfiction aussi activement! L'inspiration m'est revenue, et avec le temps que j'ai à présent...
Bref. Ce chapitre n'est pas le plus joyeux de tous, et les événements s'accélèrent. Bonne lecture jeunes gens.
Chapitre 11 : Quelque chose de familier
Deux mois avaient passé depuis ce jour-là. Ça avait été deux mois plutôt décevants pour l'enquête : Charlie ne revit pas la vieille dame, aucune autre boîte de shortbread ne parvint à Rory, aucun autre indice n'était apparu. A chaque fois qu'ils en parlaient, tous les trois seulement pour garder cette histoire en sécurité –et pour ne pas affoler le cœur nerveux de Sam, c'était pour ressasser des anciens souvenirs et pour se réconforter les uns les autres.
Cependant, question cœur, ces deux mois avaient été riches pour tout le monde. Suite à leur affreuse dispute, Jane et Rory s'était considérablement rapprochés –aussi bien émotionnellement que physiquement. Bien qu'aucun des deux n'eut véritablement tenté quelque chose, cela ne saurait tarder. Les Gryffondor commençaient à faire leurs paris, mais ils étaient quasiment tous unanimes : Jane serait celle à faire le premier pas.
Quant à Charlie, il avait passé des semaines merveilleuses en compagnie de Sam. Lui et Sam avaient découvert, un samedi, la Salle sur Demande, alors qu'ils cherchaient un endroit où ils pourraient être tranquille tous les deux. Il faisait trop froid et trop pluvieux pour s'asseoir près du Lac Noir, aussi, un canapé et un bon feu de cheminée étaient les bienvenus. Ils s'y retrouvaient ainsi régulièrement, pour parler, rire, pour s'embrasser aussi. Beaucoup, beaucoup pour s'embrasser.
Leurs sentiments l'un pour l'autre ne faisaient que s'accroître, et plus le temps passait, plus ils se ressemblaient l'un l'autre. Sam avait commencé à adopter, inconsciemment, certains tics qu'avait Charlie : comme le fait de tapoter son genou du majeur quand il était stressé, ou à dire des choses comme « par toutes mes écailles » et à répondre « C'est même très vrai » à ceux qui disaient « Ce n'est pas faux ».
Il en était de même réciproquement : Charlie se grattait l'arrière de la nuque pour aucune raison, comme le faisait Sam, et il avait une fâcheuse tendance à se toucher le nez, comme pour remonter des lunettes qu'il n'avait pas. Tout comme Sam, il avait commencé à rire fort, et à prêter une attention toute particulière sur ce que les gens avaient l'air de ressentir lorsqu'ils parlaient.
Jane, Rory, Melody et Thomas, entre autres, se moquaient souvent d'eux – gentiment – en faisant exprès d'échanger leurs prénoms. Ils étaient devenus inséparables, et Charlie passait, en vérité, un peu plus de son temps libre avec Sam qu'il n'en passait avec ses amis. Mais, étant donné qu'il partageait le dortoir de Rory et ses cours avec lui et Jane, ça s'équilibrait pas trop mal.
C'était moins compliqué que prévu étant donné tous les moments complices et à deux que partageaient désormais Jane et Rory, et Charlie les laissait souvent tous les deux volontairement. Puis, bon, ils passaient des moments tous ensemble aussi. Ils avaient tous appris à s'apprécier, malgré l'hétérogénie du groupe, et s'entendaient comme larrons en foire.
Bill avait affirmé à Charlie, un soir, dans la Salle Commune, que si Jane n'entamait pas quelque chose rapidement avec son bellâtre, ils allaient tous mourir de vieillesse avant qu'ils ne se décident à s'embrasser. Bill avait toujours été du côté de Jane, mais il commençait à vouloir la frapper avec sa propre batte dans l'espoir de la réveiller un coup.
Il avait énormément parlé de Sam à son grand frère, de ses peurs quant à ce qu'un couple signifiait. Mais aussi tout ce qu'il ressortait de positif de tout ça. Et… D'autres choses, qu'il redoutait.
Cette discussion inévitable était arrivée lorsque Charlie, un midi, lui avait confié qu'ils passaient du temps dans la Salle sur demande.
« - On y va, on joue aux cartes, on rigole bien, on fait des… trucs. »
Le Préfet en Chef avait failli se noyer dans son jus de citrouille, et avant qu'il ne puisse poser la question, Charlie avait rectifié le tir.
« - Non mais – rooooh – je veux dire, on est l'un avec l'autre, quoi.
- Mais… Vous avez déjà… ? »
Charlie avait tourné rouge pivoine, mal à l'aise. Cependant, Bill semblait très sérieux, même soucieux.
« - Nom d'un Merlin en porte-jarretelles, bien sûr que non. Ça va pas ?
- Oh, ne monte pas sur tes grands dragons, avait répondu Bill en levant les mains. Juste, ça aurait pu. Renseigne-toi avant de le faire, en tout cas, hein ? »
Son petit frère fronça des sourcils.
« - Tu veux m'acheter l'encyclopédie ? Tu as des conseils à me donner ?»
Bill avait éclaté de rire il s'était rendu.
« - D'accord, d'accord, je te laisse tranquille. Mais, fais attention à toi. Et n'oublie pas de te protéger, hein ! »
En guise de réponse, Charlie lui avait habilement envoyé une boulette de purée dans l'œil droit, ce qui lui avait valu un coup d'œil noir de la part du Professeur McGonagall et un point en moins.
L'hiver avait laissé place au printemps, et de plus en plus d'élèves sortaient se poser dans le parc. Les plus courageux n'hésitaient pas à tremper leurs pieds dans le Lac Noir, bien que cela fut strictement interdit.
Melody, Thomas, Jane, Rory, James, Sam et Charlie s'étaient réunis près du gros arbre du parc, en ce doux mercredi matin d'avril. Ils avaient rapporté de la Grande Salle quelques toasts, trois ou quatre fruits et des croissants.
« - Je te jure que la prochaine fois, je lui enfonce un buisson dans le nez, grognait Jane en épluchant sa banane. Pas juste les feuilles, hein ! Toutes les petites branches ! »
Rory grimaça a cette idée, Melody frotta son nez sans beaucoup d'aisance.
« - Je pense, commença Sam qui beurrait sa tartine, qu'il s'enfuirait en hurlant rien qu'à la vue de toi avec un buisson dans les mains. Tu peux être terrifiante, quand tu veux. Mel, tu peux me passer le jus de citrouille s'il te plaît?
- Tiens. Oui, mais franchement, je serais plus d'avis à l'empoisonner dès que l'occasion se présente. C'est plus fourbe. En plus, je suis douée en potions, alors un poison, ça ne doit pas être compliqué à diluer...
- Vous êtes toutes les deux si violentes, se désola Rory qui dessinait la scène sur son carnet. Je suis outré.
- C'est compréhensible, cependant, rationalisa Charlie. Puis par ailleurs, un esprit sain ne se serait jamais risqué à dire une chose pareille à Jane Artwell.
- C'est vrai, ça, s'offusqua-t-elle. Comment ça, je suis une fille bourrine ? Sur le terrain de Quidditch, bon, peut-être : c'est mon rôle. Mais sinon ? Pouah ! Je suis la grâce incarnée ! Ce vieux trognon va comprendre ce qu'être bourrin veut dire quand je lui aurai fait manger les six tomes de l'Encyclopédie d'Astronomie par les oreilles. »
Tout le monde préféra s'abstenir de commentaire. Elle manga sa banane en silence.
« - Vous avez quoi, en première heure ?, demanda Sam qui avait fini par s'étendre sur l'herbe.
- Potions avec les Serpentard, répondit Rory. Je crois qu'on part sur un maléfice, Rogue est d'humeur massacrante aujourd'hui.
- Comment tu sais ça ?, demanda Thomas.
- Je l'ai vu traverser la Grande Salle en bougonnant. D'habitude, il a la décence de rester silencieux.
- On va encore passer au chaudron », marmonna Jane.
La fine équipe se remit à discuter de la catastrophe qui avait eu lieu au cours de Soin aux Créatures Magiques lundi, et qui impliquait vingt Billywigs, trois chutes d'élèves, des pleurs et le bleu massif qu'arborait à présent le front du Professeur Brûlopot. Il y avait toujours un détail à rajouter à cette histoire rocambolesque, et même s'ils la racontaient de la même manière, ils finissaient toujours par pleurer de rire.
De son côté, Charlie observait son petit-ami allongé dans l'herbe. Ses cheveux gris dansaient légèrement avec la brise, et sa poitrine se soulevait au rythme de sa respiration tranquille il avait croisé ses bras derrière sa tête et fermé les yeux, si bien qu'on aurait dit qu'il dormait. Mais il esquissa un sourire lorsque Charlie lui caressa la tempe et passa sa main dans cette crinière qu'il aimait tant.
« - Tu t'es lavé les cheveux, ce matin, murmura-t-il simplement. Ils sont tout doux.
- Pas toi, chuchota Sam sans ouvrir les yeux. Ton épi de sommeil est présent. »
Charlie rit et s'allongea à ses côtés. Sam saisit doucement sa main.
« - Tu as quoi, toi, en première heure ?
- Double cours de Métamorphose avec les Serdaigle. Tu sais, le devoir sur lequel je travaillais avant-hier ? Je l'ai fini, il est à rendre ce matin. Ça devrait aller, je connais le sujet comme ma poche à présent.
- On devrait y aller, s'alarma Jane à voix haute. Il va bientôt être l'heure. Les tourtereaux, vous vous retrouverez plus tard. »
Charlie se retourna et lui tira la langue. Elle roula des yeux en grommelant que c'était une réaction fort mature. Il redonna son attention à son petit-ami, qui souriait d'un air malicieux.
« - On se retrouve au déjeuner avec tout le monde, comme d'habitude ?, demanda le rouquin en enfilant son sac sur les épaules.
- Je serai là, répondit Sam qui s'étirait. J'y vais dans cinq minutes, la salle n'est pas loin.
- Bon cours dans ce cas, à tout à l'heure. »
Il partait lorsqu'une main le rattrapa par le bras, le faisant se retourner. Sam l'embrassa en guise d'au-revoir, sa main sécurisant la nuque du jeune Weasley, s'assurant qu'il ne décampe pas.
« - Les garçons !, cria Jane au loin, presque excédée.
- A tout à l'heure », sourit Sam doucement, pressant sa main dans la sienne.
Rory le regarda arriver en courant, d'un air amusé.
« - Ce que vous pouvez être quiche, quand même, souffla Jane. Vous allez vous revoir ce midi.
- Ce n'est pas ma faute, protesta Charlie qui ne pouvait empêcher un sourire béant de s'afficher sur son visage. Il m'a rattrapé. Moi, sinon, je serais parti normalement.
- Vous êtes adorables, commenta Melody. Niais, mais à croquer.
- Oui, je sais, répondit Charlie qui était tout guilleret. C'est l'amour. »
En prononçant ces derniers mots, il se figea sur place.
« - Triple Merlin, souffla-t-il. On ne s'est toujours pas dit qu'on s'aimait.
- Pardon ?!, s'écria la Serpentard d'un air outré. Vous passez vos journées ensemble à vous papouiller et à vous bécoter, toute la tendresse du monde pourrait être drainée de vos yeux quand vous vous regardez, et tu veux me faire croire que vous ne passez pas toutes vos journées à vous expliquer en grandes tirades grandiloquentes ô combien vous vous aimez ? Il n'a pas encore écrit un poème de mille vers pour parler de la beauté de tes yeux bleus, de sonnet sur tes tâches de rousseur ? »
Jane et Rory éclatèrent de rire ils étaient manifestement du même avis.
« - Ah ah ah, très drôle, ironisa le jeune Weasley. Eh bien figure-toi que non, on n'a jamais dit à voix haute qu'on s'aimait. Mais je suppose que ça passe par toutes les petites attentions du quotidien.
- Et par la salive, ne put s'empêcher de rétorquer Jane à voix basse, faisant rire tout le monde.
- Eh, oh ! Je t'ai entendu ! »
Ils étaient arrivés devant le cachot, pile au même moment que Rogue. Il avait effectivement l'air de sale humeur, et ce n'était pas parti pour s'arranger. Il allait encore trouver le moyen de leur retirer des points pour aucune raison valable.
« - Dépêchez-vous, grommela-t-il dès que les premiers élèves entrèrent. Page 45. Je ferai boire cette potion à quiconque sème la pagaille dans mon cours, si une telle idée vous effleurait l'esprit. Au travail. »
Tous les élèves se regardèrent d'un coup d'œil rapide et médusé. Il était rarement aussi bref. Toujours est-il qu'ils s'attaquèrent à la Potion de Trouble, qui était l'équivalent en potion du Sortilège de Confusion mais qui apportait en plus des troubles de la mémoire et de l'estomac pour une dizaine de minutes – plus ou moins, selon la puissance de la potion. Percy en avait fait les frais, un jour, après avoir fouiné dans les potions de Bill, et ce n'était pas joli à voir. Il avait eu des nausées, incapable de se rappeler ce qu'il faisait là, ou même de son prénom pour quelques minutes, et faisait tout tomber sur son passage.
La première demi-heure passa sans trop d'encombres Charlie était plutôt satisfait de la belle couleur cramoisie qu'avait pris sa potion, et elle serait bientôt finie. Si Melody, la meilleure en la matière, avait déjà fini et observait sa mixture d'un air satisfait, celle de Jane produisait une fumée lilas un peu étrange. Rory, de son côté, avançait prudemment mais sûrement.
« - Pattson, rétorqua Rogue en passant à côté de son chaudron, arrêtez de rêvasser et finissez-moi cette potion. Elle n'est pas assez intense, remuez-là encore deux tours ou elle vous explosera à la figure. »
Rory cligna des yeux. Rogue avait presque été aimable, et lui donnait maintenant des conseils ? Il s'exécuta sans poser de questions, mais tout le monde fronça des sourcils. Rory étant un Gryffondor, il n'avait jamais jamais été exempt de la sournoiserie du bonhomme, et c'était plus qu'inhabituel.
« - Vous allez ajouter trop de poussière de blettes, ajouta enfin Rogue avant de repartir vers son bureau. Repesez vos ingrédients. »
Il obéit promptement, mais son cœur commença à battre la chamade, et il pâlit légèrement, sentant que quelque chose ne tournait pas rond. A chaque fois que quelqu'un se comportait étrangement avec lui, depuis octobre, ça n'avait toujours voulu dire que cela avait un rapport avec son père. Et si Rogue se montrait gentil, c'est qu'il y avait vraiment quelque chose qui clochait.
Jane, qui le savait, saisit sa main tremblante avec compassion, lui demandant silencieusement de respirer profondément et de se calmer. Ce n'était peut-être rien.
Cependant, au même moment, on toqua à la porte. Rogue, tel une chauve-souris qui se décrochait de sa branche, vola presque jusque la porte et l'entrouvrit. Des propos furent murmurés à voix basse. Rory tremblait de plus en plus, et commençait à inspirer frénétiquement, tandis que les autres élèves s'étaient retournés pour voir ce qu'il en était.
« - Weasley, on vous demande », grogna le professeur de potions en se retournant.
Charlie, interloqué, se leva maladroitement. Que se passait-il ? Il regarda Rory, qui fronçait les sourcils avec incompréhension.
Son trajet depuis sa chaise jusque la porte lui parut durer des heures tous les yeux de la pièce était figés sur lui, et les élèves chuchotaient en se demandant qui diable pouvait bien demander à voir Charlie Weasley en plein cours. Était-ce Madame Bibine, pour le Quidditch ?
En sortant de la salle de classe, et en refermant derrière lui, il ne vit personne. Abasourdi, il balaya le couloir du regard. Il avança de quelques mètres sur la droite.
C'est là qu'il la vit, dissimulée sous une arche. De nouveau. Betty. Son souffle coupa net.
« - Ah, mon petit Charlie, sourit la vieille dame. On commence à remonter, nous deux, pas vrai ? »
Elle portait toujours les mêmes vêtements.
« - Mais qui êtes-vous ?, demanda-t-il lorsqu'il eut retrouvé sa voix. Qui, par Merlin, êtes-vous ? Êtes-vous un fantôme ? »
A cette question enfantine, la vieille dame rit doucement – ce rire… Charlie était persuadé de l'avoir déjà entendu. Il commença à l'analyser. A bien y réfléchir, il y avait quelque chose de réellement familier en cette personne. Son rire, son sourire, l'éclat dans ses yeux. Il en était sûr, à présent : il la connaissait. Mais d'où ? Toujours les mêmes questions, c'était à en devenir chèvre !
Il pressa un faux galion dans sa poche, jusqu'à ce qu'il devienne bouillant, envoyant le signal.
« - Je ne plaisante pas, commença-t-il à s'énerver. Qui êtes-vous ?
- Monsieur Chatouille n'est pas avec toi, aujourd'hui ?, souffla-t-elle en observant l'épaule du jeune homme, presque déçue. Quel dommage.
- Faites-vous du mal à Eddard Pattson ?
- Pas moi, personnellement, non, souriait-elle toujours. Cependant, je suis venue demander des nouvelles. »
Avant qu'elle n'ait pu continuer sa phrase, Jane et Rory débarquèrent hors de la salle de classe leur propre pièce avait chauffé – c'était un avertissement qu'ils avaient mis en place quelques semaines plus tôt. Betty et Rory se pétrifièrent tous les deux en se voyant le sourire de la dame fondit presque, mais elle conserva contenance.
« - Je pensais t'avoir fait comprendre qu'il ne fallait pas parler de moi.
- Ce sont mes amis, et Rory est le fils d'Eddard. Vous aviez des informations sur lui. Comment le saviez-vous ? »
Elle ajusta son gilet, contemplant ses doigts.
« - Ah, je savais que je ne pouvais pas te faire confiance. Enfin. Disons que je suis… Une amie qui prend ses informations où elle le peut.
- Une amie de qui, au juste ?, attaqua Jane, dont le sang bouillonnait déjà, et qui ne lâchait pas la main de Rory.
- Ah, telle est la question, n'est-ce pas ?, sourit-elle après quelques secondes de silence. Rory, ajouta-t-elle en plantant son regard dans les yeux du brun, j'ai une nouvelle information sur ton père, à condition que tu me dises où il est. »
Rory était au bord des larmes.
« - Je n'en sais rien, laissez-le tranquille, s'il vous plaît, bégaya-t-il.
- Dis-le moi.
- Je n'en sais rien, par pitié, je n'en sais rien, je n'ai pas eu de nouvelles depuis qu'il a disparu –
- MENTEUR ! », s'écria-t-elle soudainement.
Elle avait perdu son ton et son attitude gentiment patiente. Ses yeux avaient tourné bleu acier. Charlie avait été persuadé, jusqu'à cet instant, qu'ils étaient marrons.
« - Je sais qu'il t'a contacté il y a un peu plus de deux mois, lors de cette idiote envolée de gâteaux.
- Ce n'est pas idiot !, beugla Rory qui pleurait pour de bon.
- Je sais également que vous continuez à en parler. Je sais que vous cachez quelque chose. Dites-le moi. »
Elle s'était approchée du visage de Rory, pétrifié sur place. Jane se projeta entre les deux.
« - Si vous lui faites du mal, je vous préviens…
- Oh, embrasse-le et laisse-moi en dehors de ça, qu'on en finisse, rétorqua Betty. Charlie... »
Elle se tourna vers le jeune Weasley.
« - Allez, toi, je sais que tu me fais confiance. »
Ce regard… Ce regard était si familier… Elle avait beau être une inconnue, il savait qu'il la connaissait. Et si elle l'avait un jour oublietté, et que ses souvenirs refaisaient surface ?
« - Pardon ?, parvint-il enfin à prononcer. Moi, vous faire confiance ? Vous me faites ressentir le parfait inverse de la confiance. »
La colère lui brûlait les entrailles. Le fait de voir son meilleur ami dans cet état, de la voir jouer avec ses sentiments, le mettait dans une fureur noire.
« - Nous ne vous mentons pas en disant que l'on ne sait rien. On ne sait rien à propos d'Eddard. Oui, il y a eu le shortbread, admit-il, mais il n'y avait aucun mot, aucun indice, rien. Quand on en discutait, c'était pour émettre des hypothèses, espérer. Toujours de l'espoir. »
Il sentit son regard analyser tout son être.
« - Je vous connais, ajouta-t-il d'un ton franc. Je vous connais. Je connais votre regard, votre sourire, votre façon de dire mon nom. Bon sang, pourquoi je vous connais ? Qui êtes-vous, pour la énième et dernière fois ?»
Une fois qu'elle l'eut analysé, sans doute pour savoir s'il disait la vérité, elle répondit par une moue déçue.
« - Tu le sauras bien assez tôt, Charlie, fit-elle en reprenant un sourire carnassier. Je suis déçue de vous trois vous ne valez pas un caramel. Mais j'en suis également enchantée. Je pensais que vous m'auriez apporté quelques raisons de ne pas me réjouir trop vite. J'ai en effet reçu la plus grande des nouvelles ! Enfin, pas pour toi, mon cher Rory.
- Qu'est-ce que vous voulez dire, à la fin ?, murmura Rory, qui n'avait plus la force de se battre.
- Le fait est que, si vous aviez reçu d'autres informations, ça nous aurait permis à tous de continuer la traque – faire croire qu'on est mort est une tactique bien commune mais, généralement, on prévient sa famille d'une façon ou d'une autre pour ne pas qu'ils fassent un arrêt cardiaque en apprenant la fausse nouvelle. »
Les jambes de Rory se dérobèrent sous lui, tandis que Jane se plaqua la main sur la bouche, des ruisseaux de larmes dévalant ses joues. Charlie tremblait de tout son corps.
« - Vous mentez, affirma-t-il. Vous mentez.
- Je n'ai même pas eu le temps d'annoncer ma nouvelle proprement !, se lamenta-t-elle. Oui, Eddard Pattson est mort. Bel et bien mort. Et si vous n'avez pas eu de nouvelles de sa part ces derniers jours, je suppose que c'est pour de bon. Parfait. »
Rory s'était évanoui Jane hurla. Charlie tomba sur ses genoux.
« - Pourquoi vous faites ça ?, ne pouvait-il que demander.
- Pourquoi vous faites ça ?, répéta-t-elle. Je ne suis qu'une journaliste de vôtre côté, une informatrice du leur. Je n'ai rien fait de ma propre main. Crois-moi, Charlie, je ne l'aurais pas fait. »
Au même instant, une foule remplit le couloir : les cours étaient finis, et elle s'éloignait. Sa tête tournait, il voyait flou, mais il fallait qu'il la poursuive. Pour Rory. Pour Eddard. Jane avait levé sa baguette tremblante de son côté, mais elle retomba misérablement au sol.
Il se mit à courir, mais encore une fois, elle avait disparu. Elle lui avait échappé. Encore une fois. Et Eddard était mort. S'il avait pu hurler de désespoir, il l'aurait fait, car ce n'était pas le besoin qui lui manquait. Mais il devait retourner auprès de Rory, au plus vite.
En revenant là où ils étaient, il remarqua Melody et la foule des Gryffondor de cinquième année agglutinée autour de Rory et de Jane, qui pleurait en le prenant dans ses bras. Elle qui gardait son sang-froid, dans ce genre de situations, avait perdu tout contrôle. Mais comment garder son sang-froid dans une situation pareille ?
Charlie chercha Rogue du regard celui-ci sortait tout juste de la classe, une potion dans la main.
« - Éloignez-vous tous!, tonna-t-il. Artwell, éloignez-vous de lui. »
Elle secoua la tête sans pouvoir dire quoi que ce soit. Charlie arriva auprès d'elle et la détacha avec douceur. Elle pleurait, incapable de lâcher la main de celui qu'elle aimait. Le rouquin prit sa main et la serra dans ses bras, où elle ne put s'arrêter de pleurer. Lui-même sentit des larmes rouler sur ses joues.
Rogue se baissa et passa sa baguette sur le torse de Rory. Enfin, il versa quelques gouttes de sa potion verte dans sa bouche. Le brun ne se réveilla pas, mais ses traits se détendirent.
D'un sort silencieux lancé par l'homme acariâtre, son corps se souleva dans les airs. Sans un mot, tous les élèves s'écartant pour le laisser passer, il entama sa marche vers l'infirmerie, emportant le brun avec lui.
« - Allez, viens, murmura Charlie doucement à son amie. On va à l'infirmerie. »
Il l'accompagna en la tenant par les épaules, sentant qu'elle pouvait faiblir à tout moment. Melody les accompagna silencieusement, tenant la main libre de Jane. Personne n'osa leur poser de question.
Une fois à l'infirmerie, Rogue posa Rory sur un lit libre. Mme Pomfresh déboula de son bureau en voyant les mines de tout le monde, l'inquiétude s'empara de sa voix.
« - Professeur Rogue ? Que s'est-il passé ?
- Je crois que vous feriez mieux de poser la question à Mr. Weasley directement », répondit-il.
Sans un mot ni un regard pour les élèves, il tourna les talons et sortit de la pièce. L'infirmière fronça les sourcils.
« - Jane devrait aussi avoir un lit, suggéra Melody qui avait la gorge serrée. Elle a subi un grand choc. »
Jane tenta de protester pour dire qu'elle allait bien, mais sa voix se brisa en sanglots avant même qu'elle ait put prononcer quoi que ce soit.
« - Monsieur Weasley, qu'est-ce que c'est que toute cette histoire ?
- Il faut que j'en parle avec le professeur Dumbledore, Mme Pomfresh, souffla Charlie. S'il vous plaît. C'est urgent. »
Avant qu'elle ne puisse répondre, l'intéressé arriva d'un pas calme dans l'infirmerie. Rogue avait dû aller le prévenir, pour une raison qui échappait à Charlie mais qui n'était pas la priorité pour le moment. Bien trop de questions se bousculaient dans sa tête.
« - Monsieur Weasley, sourit doucement Dumbledore. Je suppose que nous devrions aller dans mon bureau. »
Charlie hocha la tête.
« - Pompom, ajouta le vieil homme à l'infirmière, je vous fait confiance.
- Rory s'est évanoui sous le choc de… Ce qu'il s'est passé, lui expliqua Charlie. Jane est sous le choc aussi.
- Je suis sûr que Miss Mallen saura veiller sur ses deux amis », dit Dumbledore en observant Melody du coin de l'oeil.
Celle-ci, assise au chevet de Jane, répondit silencieusement par l'affirmative.
Une fois dans le bureau du directeur, où Charlie prit place, ils purent commencer à parler. Dumbledore connaissait déjà la situation de base, bien évidemment. Mais Charlie lui parla de cette vieille dame, de ce qu'il s'était passé, de sa manie d'apparaître et de disparaître sans un bruit.
Dumbledore faisait les cents pas dans son bureau en écoutant son élève.
« - Et puis… Elle a dit que le père de Rory était mort. Et que, comme on n'avait pas reçu de nouvelles, ça confirmait ce qu'elle avait dû entendre. Elle était venue nous demander des informations, mais on n'avait rien... »
Il marqua une pause.
« - Est-ce que c'est vrai, professeur Dumbledore ? Est-ce qu'Eddard Pattson est vraiment mort ? »
Dumbledore s'assit, et soupira.
« - Je ne sais pas, Charlie. La même information nous est parvenue ce matin, mais la source est inconnue au Ministère. Nous aurions préféré vérifier sa véracité avant d'en parler à Rory. A quoi ressemblait cette dame ?
- Elle a des cheveux au carré gris, les yeux… Bleus, je crois. Elle porte toujours une robe à fleurs mauve, un petit gilet blanc et une paire de vieilles chaussures marrons. »
Il réfléchit quelques instants.
« - Le plus étrange, continua Charlie, c'est que je suis vraiment persuadé de la connaître. Je me demandais, professeur… Est-ce qu'on peut récupérer ses souvenirs après avoir été oublietté ?
- Tu penses qu'il s'agit de cela ?
- Je ne sais pas, monsieur, j'essaie d'émettre toutes les théories possibles. C'est vraiment troublant.
- C'est une possibilité, admit Dumbledore. La science de l'oubli n'est pas exacte. Elle se fond dans la foule, tu dis ?
- Toujours. »
C'en était vraiment épatant. Comment une dame âgée pouvait-il lui échapper à chaque fois ? Le silence de Dumbledore n'était pas plus rassurant ses méninges semblaient tourner à toute allure. Lui cachait-il quelque chose ?
« - Le corps enseignant et moi-même garderons l'œil ouvert, dit-il finalement. C'est très étrange qu'une espionne ennemie puisse entrer dans le château ainsi. A moins qu'elle n'ait été aidée. »
Ou a moins… A moins qu'elle n'ait déjà toujours été dans ce château ?, pensa Charlie. Les pièces du puzzle refusaient de s'assembler. Le directeur lui sourit.
« - Je suis sincèrement désolé de ce qu'il se passe. Nous ferons notre possible pour retrouver Eddard. Ce n'était peut-être qu'une stratégie, Charlie. Quoi qu'elle puisse être.
- J'ai peur de redonner de l'espoir à Rory, lui confia Charlie. Le pauvre subit déjà bien des troubles émotionnels depuis plusieurs mois.
- Restez auprès de lui, c'est essentiel, dit le vieil homme avec bienveillance. L'amour et l'amitié sont ce qui pourront le faire tenir. Prenez soin de lui, et prenez soin de vous. »
Charlie courut de nouveau vers l'infirmerie, où Rory dormait toujours. Il s'assit à côté de Melody, au chevet de sa meilleure amie. Thomas était arrivé entre temps.
« - Jane… Comment tu te sens ? »
La jeune fille tourna sa tête de l'autre côté, sans répondre. Il prit sa main, ne sachant quoi dire, ni faire.
La journée avait si bien commencé, et voilà qu'en une heure et demi, tout s'effondrait. Il ne savait pas s'il était furieux, désespéré, triste, ou dans l'incompréhension totale sans aucun doute un mélange des quatre.
Ils restèrent silencieux jusque l'heure du déjeuner, Charlie, Thomas et Melody s'échangeant à peine quelques mots. A peine trois minutes après que l'heure du midi ait sonné, Sam déboula dans la pièce, affolé, cherchant ses amis du regard.
Le jeune Weasley sentit ses larmes monter pour aucune raison lorsqu'il le vit, et il s'était à peine levé que Sam le prit dans ses bras, le serrant de toutes ses forces, se balançant silencieusement.
« - Je suis tellement désolé, murmura-t-il finalement au creux de son oreille. Tellement désolé.
- Pourquoi tu t'excuses ?, demanda Charlie à voix tout aussi basse.
- Je ne sais pas, avoua-t-il. Je suppose que c'est ce que disent les gens quand une situation est aussi terrible.
- Dans ce cas, moi aussi, je suis désolé », fit-il.
Ils se détachèrent l'un de l'autre.
« - Regarde qui est venu avec moi », sourit-il faiblement en ouvrant son sac.
Un dragon miniature s'échappa de sa besace en virevoltant, et vint caresser le visage de son maître.
« - Monsieur Chatouille !, s'exclama Charlie.
- Il était dans la Salle Commune, sourit Sam. Quand j'ai appris ce qu'il s'était passé par le biais d'autres Gryffondor, il a semblé comprendre aussi, et il m'a suivi. »
Le Suédois à museau court voleta vers Jane et se leva contre son cou, décrochant un miraculeux sourire à la jeune fille.
« - Coucou, toi, murmura-t-elle en le caressant de l'index.
- L'histoire a fait le tour de l'école, si je comprends bien ?, demanda Melody à Sam.
- A une vitesse fulgurante, répondit-il.
- Ces imbéciles n'ont pas intérêt à dire n'importe quoi ou à s'adresser à Rory sans savoir, maugréa Jane qui observait le brun avec chagrin. Ils ne peuvent pas savoir tout ce qu'il s'est passé.
- Je ne crois pas qu'ils savent pour la vieille dame, ajouta Sam en se grattant la nuque. Tout ce qui se dit, c'est que vous avez été retrouvés dans un état pitoyable et que… Enfin… »
Il tourna un visage anxieux vers Rory, dont la poitrine se soulevait paisiblement dans son faux sommeil. Charlie ne put s'empêcher d'être un tantinet interloqué.
« - Attend, mais du coup, comment tu sais, toi, pour la vieille dame ? On en a pas parlé. »
Sam, qui regardait toujours Rory, hésita quelques instants avant de se tourner en une moue désolée.
« - Ça m'a semblé évident. »
Charlie fit son possible pour ne pas froncer les sourcils. A son sens, ce n'était pas évident du tout, et Rory aurait pu recevoir la nouvelle par hibou, par exemple. Une nouvelle question parvint à son esprit.
« - Tu étais dans la Salle Commune… Tu n'étais pas censé avoir double cours de Métamorphose, ce matin?
- Non, je m'étais trompé, répondit-il du tac au tac. C'est un cours simple cette semaine, McGonagall nous donne plus de devoirs. »
Pourquoi Charlie était-il dubitatif ? Il lui accordait sa plus grande confiance, et c'était son petit-ami, par toutes ses écailles. Oui, et puis, il avait démontré plusieurs fois qu'il était à la fois extrêmement tête en l'air et incroyablement perspicace. C'était Sam. Mais… Il ne lui avait jamais posé toutes ces questions qui resurgissaient de temps à autre. Peut-être était-ce le moment ?
Le flot de ses pensées confuses fut interrompu par Rory, qui se redressa péniblement dans son lit. Tous bondirent à ses côtés, y compris Jane malgré la grognement de l'infirmière.
« - Rory ?, dit Jane en lui prenant la main. Comment tu te sens ?
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?, grommelait-il en se frottant le visage. Qu'est-ce que je fais ici ? Je ne me souviens de rien… Je... »
Mais son visage, d'abord confus, s'affaissa progressivement lorsque ses souvenirs remontèrent à la surface. Jane le prit dans ses bras avant qu'il ne s'effondre de nouveau. Le silence pesait très lourd dans l'infirmerie. Plus personne ne savait plus quoi dire.
Quant à Charlie, il observait Sam du coin de l'œil. Quelque chose n'était pas normal. Comment faisait-il pour toujours tout savoir avant tout le monde en ce qui concernait la vieille dame ? Pourquoi son discours n'avait pas l'air de tenir la route ?
Autant il était prêt, ce matin, à lui sauter au cou pour lui dire qu'il l'aimait, ce qui était vrai, autant il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il ferait bien de se retenir pour le moment, bien que cela lui brisait le cœur. Il se sentait affreusement mal de douter de son petit-ami, mais son instinct de Dragoniste lui indiquait qu'il y avait braise sous roche dans toute cette histoire. Le regard que lui avait lancé Jane pendant qu'il l'interrogeait sur sa matinée lui avait laissé entendre qu'il n'était pas le seul à trouver ça un peu étrange.
La façon qu'avait Sam de se tenir et d'éviter son regard ne le rassurait pas davantage.
Et voilà pour le chapitre 11, qui m'a tordu le coeur à l'écriture. N'hésitez pas à laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé, et me faire part de vos théories si vous en avez. J'ai hâte de vous lire et de vous répondre !
On se dit à très bientôt pour le chapitre 12 d'Amoureux des Dragons.
Britanniquement vôtre,
Accio-Weekend
