PROMPT : Où-vas-tu ?


Été 1995

Voldemort avait l'impression de retrouver son humanité. Si les premiers temps la sensation avait été particulièrement déplaisante - il n'était plus habitué à toutes ces émotions, et il se sentait rapidement débordé - il commençait à s'y habituer et à y trouver des avantages. Comme le fait de sortir de sa folie. D'avoir l'esprit plus clair.

L'intérêt qu'il portait au gamin Potter était une épine de plus dans son pied. Il ne savait pas à quel moment exactement il s'était attaché aux grands yeux verts de la seule personne qui puisse le détruire un jour.

Si la nuit de son retour, il avait accepté une trêve avec le gosse dans l'idée de la briser à la première occasion pour s'assurer sa survie, dorénavant, il ne pensait même plus à attaquer le petit brun. C'était peut-être leurs points communs : leur enfance misérable, leur puissance magique exceptionnelle, leur statut de sang-mêlé… Une reconnaissance implicite entre gamins n'ayant pas eu d'enfance…

C'était peut être autre chose, un lien invisible qu'il n'arrivait pas encore à comprendre.

Il avait beau se renseigner au sujet de Harry Potter auprès de Severus ou de Lucius, aucun des deux n'était vraiment loquace, comme s'ils en venaient à le protéger. Le Gryffonfor aux yeux d'émeraude semblait avoir le don de s'attacher les loyautés les plus surprenantes… et de façon tout à fait surprenante. Voldemort n'était pas certain qu'il puisse un jour en finir réellement avec le gamin, comme si leur lien était plus… profond qu'il ne l'avait pensé au premier abord.

Il commençait même à se dire que s'il en venait à le tuer, le Gryffondor têtu reviendrait le hanter à jamais.

Sur ce constat, il décida qu'il était temps pour lui de se montrer un peu plus curieux quand à son soit-disant ennemi, celui qui était né pour le défier et l'anéantir.

C'est dans cette optique qu'il se rendit au Manoir Malefoy, comme en terrain conquis. Lucius portait la marque des Ténèbres et comme tous les autres Mangemorts toutes ses possessions étaient également celles de son Maître.

En arrivant dans le parc du Manoir Malefoy, il tomba nez à nez avec le jeune Potter. Ils se dévisagèrent un long moment, aussi surpris l'un que l'autre. Puis, Harry sembla prendre conscience de la situation puisqu'il commença à reculer lentement, une expression de peur passant rapidement sur son visage. Malgré tout, il ne chercha pas à lever sa baguette ou à attaquer, pas comme lors de leur dernière rencontre à Little Hangleton.

Voldemort resta immobile, le fixant. Ce fut cette absence d'agressivité qui permis à Harry de se calmer et de cesser son mouvement de fuite rapidement avorté. Malgré la petite voix dans sa tête qui lui hurlait que c'était son ennemi et qu'il allait avoir des problèmes, il cessa de reculer, bien qu'il restât tendu, prêt à courir.

Finalement, le Seigneur des Ténèbres prit la parole, d'un ton légèrement moqueur, mais certainement pas agressif.

- Harry Potter. Où vas-tu ? Je ne t'attaquerai pas. Notre trêve est toujours d'actualité.

Harry hocha la tête, confus. Il resta silencieux, se balançant d'un pied sur l'autre, visiblement gêné d'être au centre de l'attention. Voldemort profita de ce moment pour le détailler avec attention.

La première chose qu'il nota, fut que Harry avait changé depuis leur dernière rencontre. Il avait l'air plus en forme. Moins maigre, moins triste peut-être. Plus serein. Il avait grandi aussi, tout en ayant l'air plus confiant.

Sa puissance magique était indéniable, Voldemort pouvait sentir son aura magique, et il constata avec surprise qu'elle ressemblait énormément à la sienne, la magie noire en moins.

Pris d'un élan de courage soudain - tout gryffondorien - Harry posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis qu'il était arrivé dans le monde magique.

- Pourquoi vouloir me tuer pour une prophétie qui ne se réalisera peut être jamais ? Je suis un enfant inexpérimenté contrairement à vous. Je n'aurais jamais la puissance pour vous… battre.

- Pourtant tu l'as déjà fait.

- Non. Ma mère l'a fait. J'étais juste présent.

Voldemort laissa échapper un léger ricanement.

- J'ai passé toute mon enfance dans un orphelinat. Ma… mère… Je ne l'ai jamais connue. La directrice de l'orphelinat m'a trouvé sur le pas de la porte dans les bras d'une femme qui est morte quelques heures plus tard.

Harry écarquilla les yeux, stupéfait des confidences que le mage noir lui faisait. Il resta silencieux, avide d'en savoir plus sur cet homme craint de tous qui avait sacrifié son âme pour le pouvoir.

- Mon enfance a été… misérable. J'étais l'enfant étrange et solitaire, incapable de se faire des amis. J'étais… Je ne sais pas. Différent, sans comprendre en quoi. Quand je me mettais en colère, mes camarades avaient peur de moi. A force d'être… vu et traité comme un monstre, je crois que j'en suis devenu un. Puisque je n'avais pas ce que les autres avaient, il me suffisait de le prendre, par la force si nécessaire. J'étais le seul à ne jamais être choisi par les adultes venant adopter. Et au fil des années ça me rendait… amer et furieux.

Harry s'était rapproché, fasciné, alors qu'il découvrait un ennemi bien plus humain qu'il n'aurait pu le soupçonner. Ils avaient en commun leur enfance misérable d'ores et déjà.

Voldemort continua, perdu dans ses pensées.

- Puis, j'ai découvert que j'étais un sorcier. J'ai cru que… une nouvelle vie commençait même si je n'arrivais pas à faire confiance à Dumbledore. J'ai été réparti à Serpentard. Et bien que je sois un des meilleurs élèves de l'école, je n'avais pas d'amis et les sangs-purs me méprisaient parce que je venais du monde moldu. Alors je me suis plongé dans les livres de la réserve, cherchant à accumuler des connaissances et de la puissance. Toujours plus de puissance, toujours plus de connaissances.

Harry l'interrompit.

- Pourquoi ?

- Puisque je ne pouvais pas avoir d'amis, je voulais les dominer. Les écraser et les forcer à me respecter.

- Je comprends ta haine pour les moldus. Je veux dire, rien qu'avec ma famille moldue… Je crois que si je n'avais pas rencontré d'autres personnes bien plus fréquentables j'aurais eu aussi des à-priori. Mais… Pourquoi vouloir anéantir les nés-de-moldus ? Tu es sang-mếlé comme moi, non ?

Voldemort écarta la question d'un geste.

- Je me moque bien du destin des nés-de-moldus. C'est juste pour m'attacher les sangs-purs. Ils veulent conserver leur contrôle du monde magique, et sans le savoir, ils me l'offrent sur un plateau.