Bonjour,
Je sais que ça fait longtemps que je n'ai pas publié ici et en toute honnêteté si je n'avais pas reçu une review récemment je ne sais pas si j'aurais publié. Je n'apprécie plus vraiment ce site, je le trouve assez mal fait sur un certain nombre de points, sans compter qu'il n'incite pas vraiment à une interaction lecteurs-auteur, ce que je trouve dommage.
Je publie aujourd'hui pour faire un test, voir ce que ça va donner. S'il y a du monde, des reviews, follows, etc sur l'histoire. Selon ce que ça donne soit je me remets à publier ici (de manière régulière cette fois) soit je publierais seulement sur wattpad où l'histoire est également publiée et où vous pouvez me retrouver si vous le souhaitez.
Je vous souhaite une bonne lecture, j'espère que le chapitre vous plaira.
Chapitre 43
L'azur du ciel et ses nuages opalins marbrés du rouge du soleil levant venaient se confondre à l'horizon avec la profondeur de l'océan. Les plus superstitieux y verraient l'annonce d'une journée sanglante, Astrid n'était pas de cet avis, elle trouvait cela tout simplement magnifique. L'air était frais et revigorant, il lui fouettait le visage d'une odeur nouvelle. Celle de la liberté. La liberté d'être celle qu'elle voulait, loin de sa prison de mensonges et de faux semblant. Elle n'aurait pu espérer mieux avant une bataille.
Ils laissaient derrière eux l'avant-poste où l'existence d'Astrid venait de prendre un nouveau tournant. Elle avait abandonné son ancienne vie sur la plage de galets noir de cet îlot abandonné. Elle restait viking, mais elle n'était plus beurkienne, elle n'avait plus de clan, à cette pensée une idée germa dans son esprit. En acceptant la proposition d'Harold à devenir nordienne n'avait-elle pas intégré le clan d'Hagbard ?
Elle n'y avait pas songé sur le coup. En même temps le choix s'était imposé de lui-même, entre rester seule et apatride ou rejoindre Harold, elle n'avait pas réfléchi. Et avec le recul cela ne changeait rien, elle ne regrettait pas sa décision. Soit elle deviendrait hagbardienne soit elle garderait le statut d'invité le restant de ses jours. Cela lui était égal tant qu'elle pouvait rester avec Harold et ses amis. Au moins pourrait-elle vivre sans craindre chaque jour pour sa vie.
Obtenir l'intégration dans le clan d'Hagbard me semble quand même difficile, Harold ne me l'a pas vraiment proposé. Même si c'était sous-entendu, il m'a surtout invité à le rejoindre dans le nord. En plus je n'ai pas fait le moindre geste d'acceptation… Mais c'est évident que j'accepte ! Ils doivent bien s'en douter… Cependant Harold pouvait-il vraiment agir ainsi ?
À moins que cela soit différent dans le nord, normalement l'intégration d'un étranger à un clan doit être approuvée par le chef de celui-ci. Harold a beau avoir le titre de Protecteur du Nord, je ne me souviens pas avoir entendu une seule fois qu'il possédait un tel pouvoir. Il faudra que je lui pose la question…
Astrid contempla une dernière fois l'îlot. Seuls y restaient quelques gardes, des tentes de peaux et de toiles ainsi que le matériel superflu. Elle ne savait rien du plan, sûrement était-il prévu de revenir ici en cas de défaite. C'était la base en temps de guerre. Toujours avoir une position de repli, mais qu'en était-il du reste ? Elle aurait tellement voulu en savoir plus. Elle n'avait pas pu assister à la réunion et après son coup d'éclat tout avait été si rapide qu'on ne l'avait pas briefé sur la suite des évènements.
Ses yeux se posèrent sur Harold. À la tête de la Garde Noire, il les guidait vers leur destination. Lui et Krokmou avaient fière allure, tous deux parés de ténèbres on aurait pu les croire les émissaires de la déesse des morts, envoyés ici pour châtier ses ennemis. Il ne restait plus qu'à envoyer ces derniers à Hel pour parachever la comparaison.
Astrid laissa ses pensées vagabonder, tentant d'imaginer le plan qu'il avait pu concevoir. Elle le connaissait bien assez pour savoir qu'il était capable des plans les plus complexes comme des plus simples. Il avait le secret pour les composer et la plupart du temps c'étaient ces derniers qui étaient les plus élégants.
Le connaissant ça m'étonnerait qu'on fonce dans le tas… Qu'est-ce que…
Astrid se raccrocha vivement à sa selle, Tempête venait de plonger en piqué. Entourée de la Garde Noire, Astrid lui avait ordonné de suivre Harold et la moindre de ses manœuvres. Elle se trouvait en queue de peloton, encadré par deux dragonniers vêtus de noir de la tête aux pieds tout comme le reste de leurs camarades.
Génial ! Je n'y avais même pas pensé… Il fallait forcément que je mette un haut bordeaux aujourd'hui… Si j'avais su je me serais fait faire une armure comme la leur, à tous les coups si on se fait repérer les archers me prendront pour cible.
En un rien de temps ils se retrouvèrent à survoler les embruns de l'océan, la vitesse de leur troupe laissant à leur suite une traînée qui finissait par se perdre dans les remous des Skeids, ces grands navires de guerre auxquels Harold avait couplé des dragons. Ils étaient lancés à pleine vitesse, fendant les eaux comme jamais navire ne l'avait fait auparavant. Tous avaient hâte d'en découdre. Depuis le début de la guerre, que ce soit sur terre ou sur mer, les combats s'étaient surtout résumés à des escarmouches, mais pas cette fois. Comme à Ospig il allait s'agir là d'une véritable bataille, mais d'une ampleur plus grande encore, car le camp qui gagnerait prendrait l'avantage sur la guerre.
À la vue des majestueuses créatures ailées, les marins s'approchèrent des bastingages et regardèrent la troupe de dragonniers noirs passer entre leurs navires. Harold les salua d'un poing brandi, un dernier signe d'encouragement avant de les laisser. Une clameur y répondit puis d'un geste leur formation s'éleva vers les cieux. Il était temps pour eux de prendre leur vitesse de croisière et d'aller accomplir leur part du plan.
— C'était grisant, tu ne trouves pas ? Ça m'avait manqué de voler ainsi en formation en compagnie des autres.
Alrik venait de s'insérer à la droite d'Astrid, à portée de voix. Un grand sourire avait pris place sur son visage. Dans la quiétude du matin où seul le bruit des ailes et des conversations de leurs compagnons se faisait entendre, il avait l'air serein. Astrid savait cependant que cela n'était que façade. Il souffrait d'un sentiment des plus insidieux, celui de la vengeance. Lui et Sidney, son dragon gris, en portaient les marques. Avec leurs cicatrices, ils avaient tous deux l'air de vieux baroudeurs.
Astrid chassa ses pensées et lui sourit.
— C'était génial !
— Tu verras, quand tu auras intégré la Garde Noire et que tout ça sera passé, on pourra s'entraîner tous les jours. Il y a des formations à peine réalisables, mais te connaissant tu adoreras !
— Quand j'aurais intégré la Garde Noire… répéta Astrid d'une voix songeuse.
Depuis le jour où elle avait appris l'existence de cette audacieuse troupe de dragonniers l'idée d'en faire partie avait germé dans son esprit. Ses racines s'étaient déployées et aujourd'hui elle était enfin proche du but. Après tant d'épreuves, ce serait un accomplissement et un vibrant hommage à Raina. Elle ne voulait pas prendre sa place bien entendu, mais ainsi elle continuerait son œuvre.
— Ce sera une formalité pour toi. Tu n'as plus besoin de faire tes preuves.
— Tu es certain ? Je n'aurais aucun test à passer ?
— Tu as déjà prouvé ta valeur, quel test supplémentaire pourrait-on te demander ? Tu as montré tes aptitudes en vol, nous avons conçu des plans de bataille ensemble, nous avons guerroyé côte à côte. Tu es une combattante accomplie, je pourrais en témoigner tout comme Galen et Kristen, fit-il en les désignant d'un signe de tête.
Ils étaient juste derrière eux, à distance respectable pour les laisser discuter tranquillement telles deux ombres protectrices.
— Si tu n'avais pas remarqué, ils te suivent depuis un moment.
— Vu ce que vous m'avez tous raconté sur la sélectivité, j'aurais cru…
— Ne t'en fais pas, tu n'auras qu'à assister à la cérémonie et ce sera bon.
— La cérémonie ?
— Tu ne croyais tout de même pas qu'on entre dans la Garde avec une simple tape sur l'épaule ? Ça peut paraître un peu pompeux, mais c'est surtout une bonne occasion de faire la fête et de connaître les autres. Enfin… d'habitude, mais là je ne sais pas si on en aura l'occasion…
— Je serais déjà contente de l'intégrer. C'est Harold qui préside la cérémonie ?
— C'est plutôt le chef de la Garde habituellement, mais cette fois j'imagine qu'Harold voudra s'en charger.
— Le chef de la Garde ? demanda Astrid d'une voix blanche.
— Oui, Thork…
Alrik s'arrêta en plein milieu de sa phrase, réalisant qu'avec ce qu'ils avaient vu un peu plus tôt ce n'était certainement plus lui. Son regard se porta sur Élia qui se trouvait à l'avant, un peu en retrait par rapport Harold. Ce dernier était en train de parler en privé avec Eskil, hors de portée d'éventuelles oreilles indiscrètes.
— Ne t'en fais pas, ce sera Harold, et de toute façon même s'il a remplacé Thorkell par Élia elle n'aura pas le choix.
— Mais cela ne l'empêchera pas de me refiler les pires missions.
— Elle n'osera pas ou pas trop du moins, je serais ton binôme et je ne laisserais pas passer cela, je peux t'en assurer.
— Merci Alrik.
— Tu n'as pas besoin.
Astrid le regarda avec des yeux interrogatifs.
— As-tu déjà oublié ce que tu m'as dit tout à l'heure ? continua-t-il avec un sourire en coin. Nous sommes les Dragons de Sang, partenaires jusqu'à la fin.
Astrid lui sourit à son tour et rigola discrètement, lui aussi était encore capable de la surprendre, et avec ses propres mots en plus. C'était bien la peine qu'elle lui fasse la leçon même pas une demi-heure auparavant sur leur lien indéfectible.
— Très bien, je compte sur toi Alrik, mais je te préviens si je me tape quand même une mission peu glorieuse comme aller récurer des latrines, tu viendras ou je te mettrais la tête dedans !
— Je préfère encore ça qu'allait curer les écuries à dragons… marmonna-t-il.
Toutes créatures fabuleuses qu'ils étaient, les dragons n'en restaient pas moins des êtres vivants et comme tout un chacun il leur fallait accomplir certains besoins. Il va sans dire, toute proportion gardée qu'un dragon est bien plus imposant qu'un humain, et cela Alrik ne risquait pas de l'oublier. Il avait fait partie des premiers dragonniers, des premiers à devoir s'occuper de telles corvées. Un sort lui faisant désormais bénéficier de l'immunité de s'y retrouver de nouveau, mais comme il venait de le dire il ne pourrait abandonner Astrid.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— Rien, rien… Je songeais à Harold. Il est encore en train de discuter avec Eskil, le problème doit être assez grave.
— Tu penses ?
— Élia n'est pas avec eux. Je n'ai pas pensé à poser la question aux autres, mais si elle est vraiment à la tête de la Garde Noire désormais et qu'Harold ne lui dit rien, c'est soit une affaire personnelle soit on est vraiment dans la merde.
— À mon avis ta deuxième hypothèse est la bonne, intervint une nouvelle arrivante.
Montée sur Australe, Eldrid venait de se positionner à la gauche d'Astrid. Son Stormcutter en imposait, il était certainement le plus gros des dragons présents, et avec ses touches de violet disséminées sur son corps d'un gris pur il n'en paraissait que plus singulier. Sa cavalière semblait bien menue en comparaison, mais toujours aussi dangereuse. Vêtu d'une armure aussi noire que l'ébène, son casque posé sur sa selle et ses cheveux de feu cascadant dans son dos, elle n'avait rien à envier à qui que ce soit. On aurait presque pu la comparer aux Valkyries des légendes si ce n'était qu'elle servait Harold et non Odin. À moins bien entendu d'aller jusqu'à comparer Harold au père des Dieux, mais il s'agissait là de s'aventurer dans des contrées bien fantasques. Équipée de dagues et d'une épée courte recourbée accrochée dans le bas du dos elle était parée au combat.
— Tu sais de quoi ils parlent ? demanda Alrik.
— Aucune idée. Ça fait un moment qu'Eskil fouine un peu partout, à mon avis Harold lui a demandé d'enquêter.
— D'enquêter ? intervint Astrid.
— Sur la présence d'un espion à la solde de Drago. Vous deviez vous en douter, déjà lors de la bataille sur l'île des dragons ça flottait dans l'air, mais les choses se sont empirées depuis votre départ. Harold et Krokmou ont été attaqués sur Beurk.
— Attaqué ?! Par qui ?!
Astrid s'était tendue, elle était révulsée à l'idée qu'on est pu essayer de s'en prendre à Harold alors qu'elle pensait l'avoir laissé entre des mains compétentes et surtout en sécurité. Elle se sentait honteuse de ne pas avoir été là.
— Tout le monde les appelle les hommes des glaces à cause de leur manière de s'habiller et de leurs armes. Apparemment elles étaient entièrement gelées, mais tout aussi tranchantes que le fer de Gronk. De quoi vous transpercer l'armure et l'homme pour peu de maîtriser l'art du combat.
— Tu n'y étais pas ?
— Non, j'étais parti en mission de reconnaissance. Je peux seulement vous rapporter ce qu'on m'a raconté.
— Des patrouilles de dragonniers avaient été mises en place, comment ont-ils pu atteindre l'îl… Le traître…
— Il leur a sûrement fourni les itinéraires. Ils ont profité d'une excursion d'Harold en forêt pour essayer de capturer Krokmou.
— Le capturer, pour quoi faire ? demanda Alrik.
— Pour s'en servir comme monnaie d'échange.
— L'échanger avec qui ? Et pourquoi s'allier avec Drago ?
— L'hypothèse d'Harold est qu'ils ne doivent pas être très nombreux ou ils n'ont pas les moyens de venir en force, ils se seraient donc alliés avec Drago. Il est aussi possible qu'il s'agisse de mercenaires. Ils ont dû lui proposer quelque chose en échange de son aide pour capturer Krokmou. De ce qu'on en sait, ils veulent l'échanger avec un homme qui se fait appeler le Collectionneur.
— En échange de quoi ?
— Ça, on n'en sait rien. Ils sont tous morts. Mais je suis certaine qu'Eskil s'est vu confier la mission depuis les tout premiers signes et il a dû trouver quelque chose.
Sa déclaration fut suivie d'un profond silence, tous tournèrent leur regard vers l'avant où Harold et Eskil étaient toujours en pleine discussion. Astrid sentit une angoisse sourde la saisir à l'idée qu'ils allaient mener une mission périlleuse sur une île ennemie sans avoir la moindre garantie que leur plan n'avait pas été éventé.
Elle reporta son regard sur Eldrid, elle avait besoin de savoir où elle mettait les pieds.
— Tu connais le plan ?
Eldrid hocha la tête.
— Grâce à un prisonnier, on a découvert un passage par l'arrière de l'île, on a pour mission de capturer Dagur et de tuer ses lieutenants. Avec de la chance, on réussira à entrer et sortir sans nous faire remarquer, mais…
Elle regarda l'horizon où le soleil se faisait de plus en plus lumineux.
— On a pris du retard, on sera sur l'île dans quelques minutes, on va pouvoir bénéficier encore un peu de la pénombre, mais à mon avis le soleil sera totalement levé quand on devra quitter la forteresse ennemie. Dans le pire des cas, les chefs attaqueront et on profitera de la confusion pour partir avec notre prisonnier. Sans commandants dignes de ce nom, la bataille devrait tourner en notre faveur.
— Mais s'il y a un traître, ne risque-t-on pas d'être trahi ?
— Harold m'a assuré avoir pris toutes les précautions. Avant de venir ici, on a dû s'emparer d'une autre île et ils n'étaient pas prévenus. En plus, Harold ne nous a révélé le plan que lors de la réunion de ce matin.
Astrid et Alrik poussèrent un soupir de soulagement en entendant la dernière phrase d'Eldrid. Il s'agissait d'une mesure imparable et d'une grande sagesse, sauf à être devin le plan était en sécurité. À moins qu'il ne soit venu à l'idée d'Harold de révéler son plan en avance, mais même alors cela n'aurait pas été à la légère. Seuls de rares initiés triés sur le volet et dans lesquels Harold avait une totale confiance y auraient eu accès. Au moins ainsi les risques étaient minimes.
Le silence s'éternisa pendant de longues secondes avant d'être rompu par Eldrid.
— Astrid… Je voulais te remercier.
La jeune guerrière se tourna vers Eldrid. Elle avait un sourire pur et cristallin, empli de reconnaissance. Astrid n'avait cependant aucune idée de ce qu'elle avait pu faire pour mériter une telle gratitude.
— Je n'ai rien fait…
— Bien sûr que si. En te révélant aux chefs tu as mis à bas leur plan de mariage. Hagbard s'était fourvoyé en acceptant et il ne pouvait revenir en arrière. Thorkell était lié par la promesse de son père, s'il avait agi il aurait affaibli la position de son père. Harold en tant que Protecteur du Nord n'avait pas non plus les moyens d'intervenir sans créer un précédent dangereux. Tous les liens diplomatiques nous empêchaient d'intervenir sans risquer de mettre à mal les relations entre les différents clans. Quand on y songe tu étais la seule à avoir une marge de manœuvre.
— Au prix de mon bannissement, désormais je ne pourrais plus vous renseigner sur les intentions de Stoïck. J'aurais pu y perdre la vie.
— Vraiment ? Tu les aurais laissé faire ?
Astrid eut un sourire triste, ils connaissaient tous la réponse.
— Dans le pire des cas, j'aurais fui et je serais revenu ensuite vers vous.
— Et Harold t'aurait accepté, il t'aurait caché si on en était arrivé là. Mais à n'en pas douter il serait intervenu comme il l'a fait aujourd'hui, dès la sentence prononcée.
— Il se serait agi d'une ingérence dans les affaires d'un autre clan. L'alliance en aurait pâti ou tout du moins l'accord d'Harold sur les dragons.
— Je ne suis pas de cet avis.
Astrid la regarda en biais, étonnée par ses mots.
— Tu m'expliques.
— Ton exécution aurait été une question de politique interne à ton clan, n'est-ce pas ? En vertu de vos lois ?
— Oui, mais Harold représente le Nord.
— Si mes renseignements sont bons et il est rare que je fasse mal mon travail, Stoïck n'a jamais promulgué de lois déshéritant son fils ou le déclarant mort. Un prince ne peut intervenir sur les questions externes sans mettre en jeu la parole de son père. Thorkell ne pouvait donc pas agir tout comme Harold, et ce malgré son titre de Protecteur du Nord. Les questions de mariage ne rentrent pas dans ses attributions. En revanche dans ton clan, ton ancien clan je veux dire, comme dans la plupart de nos nations un prince peut donner son avis. Ainsi pour…
Astrid coupa Eldrid et reprit la suite :
— Pour une exécution il se serait agi d'une divergence de point de vue interne à notre clan, en suivant ta théorie Harold aurait pu agir en évitant les répercussions directes sur l'alliance. Les chefs tant du nord que du sud auraient vu ça d'un mauvais œil…
— Oh que oui ! À mon avis aucun n'y a pensé et cela aura pu ramener sur la table des sujets plus sensibles comme la question de l'héritage en cas de décès de Stoïck… Si l'histoire avait pris cette route on y serait sûrement encore, mais les Dieux en ont décidé autrement et ce n'est pas plus mal.
Eldrid n'avait pas tort, la position d'Harold était des plus ambiguë et complexe de surcroît. En public tous se voilaient la face ou tout au moins détournaient le regard de ces questions pour ne pas échouer sur les rivages des rhétoriques politiques sans fin. Il était fort possible que les chefs en aient déjà parlé entre eux, mais aucun n'avait encore fait la moindre réflexion. À n'en pas douter, attachés au pouvoir comme ils l'étaient, ces souverains roublards avaient sûrement déjà mis en place un plan pour pallier à une éventuelle accession d'Harold au trône de Beurk. L'imaginer à la fois Protecteur du Nord et souverain du plus puissant des clans du sud devait faire rugir leur intellect d'effroi, et cela tant au Nord qu'au Sud.
Dans le septentrion, sans réelle armée et fortune personnelle il était le guide des royaumes par la grâce de leurs chefs. Ils avaient la main mise sur son pouvoir, la perdre serait un revers au goût amer tout comme dans le méridional où son accession lui donnerait le loisir de s'immiscer dans leurs affaires avec à cœur sa loyauté aux nordiens, une situation inconcevable.
— En arriver à une telle conclusion a dû te prendre du temps, entre les recherches, les lois, les attributions de tout le monde… Depuis combien de temps ?
— Cette idée de mariage a fait beaucoup de mal, c'est pour cela que je voulais te remercier. Grâce à toi je vais pouvoir être avec Thorkell.
Le regard d'Eldrid était triste, tout le contraire de son sourire. Elle était partagée entre deux émotions. À la fois véritablement reconnaissante, et en même temps elle souffrait.
Un long sifflement se fit entendre.
— Nom de Thor ! On peut dire que quand tu t'y mets tu ne fais pas les choses à moitié ! s'exclama Alrik.
Il ne cessait de se passer une main dans les cheveux, son esprit toujours en proie avec les explications d'Eldrid. Il avait beau être intelligent, les questions de politique avaient le don pour le rebuter. S'il avait su qu'il s'agissait de la version simple, il en serait sûrement tombé de son dragon.
— Quand tu as dit que cette histoire avait fait du mal, tu ne voulais pas dire entre toi et Thorkell, n'est-ce pas ? demanda Astrid.
Eldrid secoua la tête de gauche à droite, le regard lointain et mélancolique.
— Harold et Thorkell. Ils se sont disputés assez violemment.
— À quel point ?
— Ils se sont dit des choses qu'ils n'auraient pas dû. Ils se sont laissé emporter par la colère et Harold a démis Thorkell de ses fonctions.
Eldrid était inquiète, elle semblait s'en vouloir pour toute cette histoire.
— Ne t'en fais pas je suis sûr que c'est passager, ils vont se réconcilier.
— Je n'ai pas réussi à les calmer. J'ai beau aimer Thorkell il a vraiment été trop loin et malgré toutes mes tentatives il ne veut pas en démordre, il en veut à Harold. Il se sent responsable pour la mort de nos amis et il reporte sa colère sur les décisions d'Harold. Cette guerre est en train de le changer.
Elle nous change tous, personne n'est épargné…
— Ils sont pareils, intervint Alrik. Aussi têtu que des têtes de moutons. Laissons-leur un peu de temps, ils ont toujours été comme des frères, cela passera. La guerre ne durera pas.
— J'espère que tu as raison, soupira Eldrid.
Elle tourna son regard vers Astrid et tentant de chasser ses sombres pensées elle continua avec un ton un peu plus enjoué :
— Il y a quelque chose que tu dois savoir. Avec cette histoire de mariage dernière nous il est grand temps de s'assurer que les choses soient claires. Je n'ai pas envie qu'on se retrouve encore une fois avec une histoire invraisemblable sur les bras et avec ce que m'a dit Thorkell je suis sûre de moi, alors voilà… Harold t'aime.
— Que… quoi ? balbutia Astrid.
Elle ne s'était pas du tout attendue à une telle annonce de la jeune guerrière. Depuis le baiser elle s'en doutait, mais l'entendre de vive voix lui donnait un tout autre impact.
— Fais pas la surprise, il t'a tout de même embrassé tout à l'heure ! s'exclama Alrik.
— Harold a embrassé Astrid ?!
Eldrid ne pouvait cacher sa surprise et sa joie. Elle semblait véritablement heureuse pour elle.
— Hmm… sauf que j'ai tout fait foirer… enfin presque… marmonna Astrid, ses esprits retrouvés.
— Comment ça ?
— On a prévu de se parler, je crois qu'il veut d'abord mettre les choses au clair avec Élia.
Mais de toute façon d'une manière ou d'une autre je vais lui dire. Au moins maintenant je suis quasiment sûre qu'il m'aime…
À cette pensée son cœur se gonfla de joie et une étrange chaleur la gagna. Elle se sentit soudain fébrile, elle n'avait qu'une hâte, se retrouver seule avec Harold.
— Cela va la faire souffrir, j'espère qu'Harold trouvera les mots…
Le silence suivit les paroles d'Eldrid. À l'avant, Harold fit signe à un dragonnier de s'approcher. Ils échangèrent quelques mots puis l'instant d'après une grande partie de la Garde Noire changea de direction et seul resta le groupe désigné par Harold avant leur départ.
En dessous d'eux, au travers des nuages se dessinaient les contours de l'île. Ils étaient arrivés à destination, il était temps pour eux d'accomplir leur mission.
