*UnePasseMiroir prend le micro* Salut salut, tout d'abord désolée de l'énorme retard, mais bon on avait pour ainsi dire pas de temps pour nous... Sinon vous, ça va le confinement, toussatoussa ? (Non on en a rien à faire en vrai, on veut juste que vous nous disiez qu'on vous a manqué.) *se prend un coude de coude d'Elenna*

Bref, pour nous faire pardonner, on se radine avec deux chapitres (plus ou moins) prêts, pleins de joie (humhum...) de bonne humeur (humhum !) et d'humour ! (HUMHUMHUM !) ... Ben quoi ? (Non rien c'est juste que c'est pas garanti, l'humour.) Mais si ! Y'a des trucs drôles parfois ! (Parfois.) Oui ben oui, pas tout le temps, évidemment...

Ah, Elenna me dit à l'oreillette d'arrêter de jouer à Gollum.

Re-bref, un nouveau chapitre, avec une bonne nouvelle en perspective ! Vous savez ce que c'est ? ... non ? Ben lisez ! ... oui ? Hum, pas possible, vous mentez. Donc lisez.

Bonne lecture !

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– Les navires sur la mer bleue –

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C'est sous un soleil radieux que le petit bateau fendait les flots de la mer jusqu'à l'entrée des ports de Balar. Depuis les hauteurs du balcon du palais, je pouvais suivre sa progression aussi aisément qu'au sommet d'une tour de guet. Curieux, je tentais de discerner le visage de celui qui se tenait à la proue. Rares étaient les navires à pénétrer sur l'île, et celui-ci provenait de la côte du Beleriand. Qui était-il et que voulait-il ? Quelles nouvelles pouvait-il apporter ?

Je ne m'inquiétais pas, jusqu'à ce qu'il fût assez près pour que je remarque très nettement l'étoile à huit branches de l'étendard déployé sous le vent.

L'emblème de la maison de Fëanor.

Stupéfait, je quittais le balcon avec précipitation. Dans le couloir menant au grand escalier, je rencontrais Gil-Galad qui allait dans la même direction.

-Vous l'avez vu aussi ? me demanda-t-il.

Je lui répondis d'un hochement de tête tandis que nous calquions presque naturellement nos démarches à la même allure. Si un différend nous avait brièvement opposés quand j'avais exprimé ma réticence à me battre, il avait courtoisement demandé mon pardon et j'avais décidé de ne pas lui en tenir rigueur. Nous avions tous les deux soufferts et nous affrontions nos blessures à notre manière. Suite à cela, nous avions beaucoup parlé, et notre relation avait pris un nouveau départ. J'avais découvert, sous le masque du roi sans royaume qu'il portait, un jeune elfe éprouvé par la guerre et les pertes qu'il avait subies. Son père l'avait envoyé auprès de Cirdan alors qu'il était encore adolescent afin de le protéger, et il était mort sans qu'ils ne puissent se revoir. Cela l'avait énormément affecté, bien qu'il ne le montrât pas, et ce deuil silencieux, il le portait dans sa rage de voir Morgoth jeté à bas une bonne fois pour toutes.

-Qu'est-ce que les Fëanorion peuvent encore nous vouloir ? sifflait-il entre ses dents tandis que nous parvenions à l'entrée de la grande cour. Un Silmaril s'est élevé dans les cieux, et les deux autres sont encore à Angband, au cas où il faudrait le leur rappeler…

Quand nous arrivâmes, Cirdan avait déjà accueilli les ambassadeurs des fils de Fëanor sur le port. Nous décidâmes de rester à quelques distances, mais néanmoins prêts à intervenir. On ne savait jamais. Mais les nouveaux arrivants ne semblaient pas animés d'intentions hostiles ; ils n'étaient même pas armés. L'un d'eux confia un rouleau de parchemin cacheté à Cirdan. Gil-Galad et moi échangeâmes un regard où se lisaient la même perplexité.

Puis nous entendîmes Cirdan inviter les messagers à se restaurer en attendant la réponse à rapporter aux Fëanorion, et, avec la plus grande affabilité, les mena jusqu'au château. Nous leur emboîtâmes docilement le pas, sans réellement savoir quoi faire d'autre.

-Ereinion, prononça Cirdan lorsqu'il eut confié ses invités aux serviteurs de la maison.

Et il lui tendit la lettre cachetée.

-C'est à vous qu'elle s'adresse. J'ignore parfaitement ce que peuvent vous vouloir les Fëanorion, mais il semblerait qu'ils décident de tendre la main vers vous.

-Je ne veux pas de leur main souillée du sang de leur propre peuple, cracha Gil-Galad.

Mais il prit néanmoins la lettre, et brisa sèchement le sceau entre ses doigts comme s'il imaginait que ce fut le corps d'un de ses ennemis.

Il déambula dans le couloir en la lisant, d'un air profondément ennuyé qui me donna presque envie de sourire. Mais soudain, il se raidit, et rapprocha le parchemin de ses yeux comme pour mieux voir ce qu'il y était écrit.

-Par Eru ! s'exclama-t-il. Par Eru et tous les Valar !

-Qu'y a-t-il ? m'inquiétai-je. Gil-Galad ?

Sa main était crispée sur la lettre si fort que le parchemin se froissait.

-Ils ont les fils d'Elwing.

En entendant ces mots, je sentis mon cœur bondir dans ma poitrine.

-Qu'avez-vous dit ? balbutiai-je.

-Les fils d'Elwing, répéta-t-il. Ils les ont capturés lors du sac de Sirion.

Les visages d'Elrond et Elros se matérialisèrent dans mon esprit. Leurs yeux gris comme ceux de la lignée royale de Menegroth, et leurs cheveux sombres qu'ils tenaient de leur sang Noldor. Ces jeunes princes qui descendaient à la fois de Finwë et de Thingol, qu'Eärendil m'avaient confié ; ils étaient en vie, entre les mains de nos ennemis…

-Que veulent-ils ? demandai-je d'une voix blanche. Une rançon ? Mais nous n'avons rien qui…

Gil-Galad secoua lentement la tête, un sourire grandissant sur ses lèvres.

-Ils ne veulent rien de nous, Celeborn. Rien, à part que nous reprenions ces enfants.

-Quoi ?

Je crois que ma mâchoire venait de heurter le sol. Gil-Galad me tendit la lettre d'un geste négligent. Je la saisis et la dépliais pour la lire avec fébrilité. Avec de grands mots et beaucoup de respect, Maedhros expliquait au Roi Noldor que la place des fils d'Elwing était auprès des leurs, et que si Gil-Galad l'acceptait, il serait prêt à lui confier les jumeaux.

-Mais pourquoi les a-t-il enlevés, alors ? m'exclamai-je avec fureur.

La lettre ne le stipulait pas.

-Cessez de fulminer, Celeborn, s'amusa Gil-Galad. Ne devriez-vous pas être heureux ?

Je lui lançai par-dessus la feuille de parchemin un regard qui lui fit ravaler son sourire.

-Heureux de voir que mes protégés avaient été enlevés ? Heureux de les avoir crus morts, de ne pas m'être lancé à leur poursuite, alors qu'ils étaient en vie, à la merci de nos ennemis ? Qui sait ce qu'ils leur ont fait, Ereinion…

-Maedhros assure les avoir bien traités.

-Que vaut la parole d'un Fëanorion ?

-Eh bien quoi ? s'exclama brusquement Gil-Galad. Que voulez-vous ? Que nous les laissions entre leurs mains ?

-Evidemment que non !

Le ton haussait dangereusement, et nos regards s'affrontaient comme le fer de deux épées.

-Alors cessez de vous plaindre du passé, bon sang, gronda Gil-Galad. Ils nous les rendront sans rien demander en échange, et je ne les crois pas assez fourbes pour dissimuler quelque supercherie derrière ce geste.

-Pas assez fourbes ? répétais-je, sarcastique. Les avez-vous seulement rencontrés une fois dans votre courte vie ?

-Celeborn.

Le calme glacial de sa voix moucha ma colère comme la flamme d'une bougie.

-Peu m'importe vos griefs envers les Fëanorion, car j'en nourris autant de vous. Là n'est pas la question.

Je fermais les yeux, me mordillant nerveusement la lèvre. Il avait raison, évidemment qu'il avait raison. Ce n'était pas le moment de me tromper d'ennemi. Et les jumeaux, dont les visages pulsaient sous mes paupières, les jumeaux avaient besoin de moi.

-Répondez que nous acceptons, finis-je par prononcer.


Les messagers des fils de Fëanor repartirent avant la tombée de la nuit. Je comptais les jours en guettant l'horizon, le regard cette fois tournée vers le nord, là où se découpait la silhouette de la côte du Beleriand.

Vingt-deux levers de soleil s'égrenèrent avant qu'enfin, un bateau se détache sur le bleu de la mer. La bannière des fils de Fëanor claquait au vent.

Du haut du balcon, j'attendais sans pouvoir me résoudre à descendre. Mes mains, jointes devant moi, tremblaient irrépressiblement. J'avais rarement été aussi anxieux de ma vie. Les jumeaux avaient-ils été maltraités ? m'en voudraient-ils de n'avoir pas réussi à les secourir ? ou au contraire, seraient-ils heureux de me voir ? Je n'en savais rien, et cette incertitude me rongeait.

Un doux bruissement de tissu ; du coin de l'œil, je vis Galadriel s'accouder près de moi pour regarder le bateau disparaître derrière les tourelles du port. D'ici, on ne le verrait pas accoster aux quais.

-Cirdan et Gil-Galad sont descendus les accueillir, m'informa Galadriel à mi-voix Vous ne les accompagnez pas ?

Je secouais lentement la tête. Elle n'insista pas, et je lui en fus reconnaissant.

Nous attendîmes en silence. Après ce qui me parut une éternité, des échos de voix résonnèrent au bout du couloir. Nous nous retournâmes d'un même mouvement.

Gil-Galad parut, et son regard accrocha aussitôt le mien, accompagné d'un sourire que je ne parvins pas à lui rendre. Car deux petites silhouettes le suivaient.

Leurs épaules étaient recouvertes d'un manteau paré de riches broderies. Ils étaient un peu plus grands que dans mon souvenir ; un peu plus maigres, aussi. Leurs cheveux de nuit tombaient sur leurs épaules en cachant à moitié leurs visages. Ils ne regardaient rien ni personne. Ils marchaient du même pas monotone, parfaitement accordés comme deux reflets. Dans les plis de leurs amples habits, leurs mains étaient liées ensemble.

Mon cœur s'emballa follement dans ma poitrine.

-Elrond, Elros, murmurai-je presque sans m'en rendre compte.

Ils levèrent les yeux, comme surpris d'entendre leurs noms. Ils restèrent un instant immobile, me dévisageant comme s'ils ne me reconnaissaient pas, et leur expression vide me serra le cœur.

-Celeborn, dit alors Elros en souriant.

Je retrouvais, l'espace d'un instant, le petit garçon plein de vie que j'avais laissé à Sirion. Il lâcha la main de son frère pour venir vers moi en courant. Posant un genou à terre, je le reçus dans mes bras avec un soulagement sans nom. Mes bras tremblaient en l'enserrant ; il posa sa tête contre mon épaule en renfilant, et ses cheveux chatouillèrent ma joue.

-Je suis content de te revoir, chuchota-t-il d'une voix presque inaudible.

Je levais le regard, et croisais celui d'Elrond, qui était resté en arrière, immobile. Ses petits poings étaient serrés dans les manches de son manteau trop grand. Et ses prunelles d'argent, jadis clairs comme un lac paisible, étaient agités de la tourmente d'un ciel d'orage.

Gil-Galad et Galadriel, qui assistaient silencieusement à la scène, eurent la même inclinaison de tête, un peu perplexe, un peu résignée, qui me fit l'effet d'une brise glacée au milieu d'une belle matinée estivale. Elros aussi se détacha de moi pour tourner la tête vers son jumeau ; mais Elrond me fixait encore, avec une intensité dérangeante.

-Eh bien, Elrond ? dit doucement Galadriel. Tu ne vas pas voir ton parrain ?

L'enfant cilla. Je vis sa poitrine se soulever dans une inspiration profonde. Et puis l'orage de ses yeux se dissipa. Un sourire vint caresser ses lèvres.

Et il nous rejoignit en trottinant, se blottissant contre moi aux côtés de son frère ; mais il ne dit pas un mot.


Les jours qui suivirent furent très étranges pour moi. Le retour des jumeaux, vivants et en bonne santé, ne me procurait pas la joie que j'avais attendue. Peut-être était-ce la surprenante réaction d'Elrond à mon égard qui avait terni ces retrouvailles tant espérées. Et plus le temps passait, plus je constatais, avec tristesse, qu'il avait indéniablement changé. Silencieux, toujours un peu en retrait, il était attaché aux pas de son frère comme un fantôme, mais regardait souvent ailleurs, comme s'il ne souhaitait pas être là. Elros, en revanche, était égal à lui-même, vibrant d'énergie et de joie, bien qu'il semblât également plus mûr, moins enclin aux frasques et aux caprices comme auparavant. Parfois, il se taisait brusquement, et une ombre triste passait dans ses yeux. Ils avaient l'âge de Thranduil quand Menegroth avait brûlé, et cela me fendait le cœur de voir leur innocence détruite de la même façon.

Les deux jumeaux étaient inséparables, plus encore que par le passé, si cela était possible. J'imaginais que c'était normal, malheureusement normal. Ils avaient dû compter l'un sur l'autre plus que jamais pour surmonter l'épreuve qu'ils avaient subi. J'aurais aimé les questionner, m'assurer qu'ils n'avaient pas été maltraités – mais j'en doutais. Après tout, entre les mains des Fëanorion… – Cependant Galadriel me l'avait formellement interdit. Elle disait qu'il était inutile de leur rappeler de mauvais souvenirs, et elle avait certainement raison.

Nous avions donc doucement repris les choses là où nous les avions laissés, en esquivant avec soin la question de leur enlèvement, comme on évitait de toucher une plaie encore sensible. Je me demandais, avec angoisse, s'ils savaient ce qu'il était advenu de leur mère. Mais là encore, je me refusais à aborder le sujet.

Un jour, Gil-Galad me fit observer qu'ils auraient besoin de professeurs. Quand ils avaient disparu, ils étaient encore de tous jeunes enfants, mais désormais ils avaient grandi, et il était temps de faire leur éducation – car qu'ils le voulaient ou non, ils restaient des princes.

-Je m'en chargerai, lui assurai-je sans hésiter.

-Vous y connaissez quelque chose de matière d'éducation ? fit Gil-Galad en arquant un sourcil.

En un battement de cil, je revis Thranduil, jetant dans un pot de fleurs un malheureux recueil de poésie, Thranduil, la figure barbouillée de jus de fraise, Thranduil, m'expliquer que deux droites parallèles pouvaient se couper de façon perpendiculaire, Thranduil, manquant de s'embrocher sur sa propre épée.

-Bien sûr, répondis-je d'un ton vexé.

Il accepta donc, et je donnais rendez-vous aux jumeaux dans mes appartements dès le lendemain. Elros sembla enthousiaste, mais Elrond, avec la réserve qui lui était devenue coutumière, ne manifesta aucune émotion.

-Cet enfant m'inquiète, confessai-je à Galadriel, le soir venu. Il est trop… silencieux. Je ne le reconnais plus.

-Moi non plus, soupira-t-elle en secouant ses longues boucles dorées. Mais mieux vaut, je crois, ne rien lui demander.

-Peut-être, au contraire, a-t-il besoin… d'en parler, suggérai-je en me frottant la nuque avec gêne. Ce n'est pas bon de se refermer sur soi-même.

Elle sembla sur le point de répondre, mais finalement, garda le silence. Cette nuit-là, je dormis mal, appréhendant le lendemain sans réellement savoir pourquoi.


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... Voilà. Celeborn reprend du service en tant que prof ! Est-ce que ça va bien se passer pour lui ? Haha... (Pourquoi on entend tout le monde hurler "Non" ?)

Alors... Sinon, ce n'est parce qu'il redevient prof qu'il faut croire que l'école nous manque, enfin si, mais non... Bref...

On reprend les bonnes habitudes, donc à la semaine prochaine, sans faute !