43 | Un certaine définition du devoir
o Vendredi, Londres Brigade des Aurors
Ron ayant demandé qu'on passe toujours faire un point avec lui avant de rejoindre la Brigade, on n'est pas là, Mark, Heathcote et moi, pour l'arrivée de Temple et Bellchant. Comme le même Ron n'avait pas tellement de questions ou de demandes supplémentaires, on n'arrive néanmoins pas après la fin des discussions autour du café. Sans trop de surprise, Colleen et son jeune collègue sont bien au centre des discussions matinales, des discussions pas foncièrement méchantes, mais pas foncièrement gentilles non plus, sur comment ils se sont faits surprendre par "deux elfes au service d'une vieille Cracmolle aveugle".
"Celui qui fermait la marche a assommé Bellchant, je me suis retournée, et celui qui était devant m'a attaquée", raconte Colleen avec une patience qui semble bien dire que ce n'est pas la première fois. "On n'a rien vu venir..."
Je note que Shannen est appuyée contre un mur. Elle ne participe pas, ni pour questionner ni pour soutenir. Instinctivement, je n'approuve pas mais je me demande comment serait pris que j'ouvre ma grande gueule sans m'être concertée avec elle. Comme une preuve de mon indépendance ou comme celle de mon arrogance ?
George Alderton décide néanmoins de nous inclure de fait dans la conversation : "Ça se serait passé autrement si t'avais été avec un Auror, Colleen. Bellchant, attends un peu que l'Auror Wintringham te dise sa façon de penser !"
"Ce n'est pas plus la faute de Bellchant que la mienne !", s'agace vraiment Colleen alors que Andrew Bellchant - qu'on a connu clairement plus arrogant - essaie de se faire petit. Mais personne ne s'intéresse vraiment à lui ; tout le monde attend ce que Heathcote va dire.
"Si on avait su avant qu'ils partent qu'il fallait se méfier d'elfes, les choses se seraient sans doute passé autrement", estime lentement ce dernier, questionnant très précisément mes inquiétudes les plus intimes.
"Mais un Auror serait tombé dans le même panneau ?", insiste Barty Larrimer avec une vraie curiosité.
"C'est difficile à dire", tente diplomatiquement Heathcote. Il se retient de me regarder. "On oublie souvent combien un elfe est puissant. On a l'habitude qu'ils veuillent nous aider et qu'ils nous écoutent mais, s'ils se rebellaient vraiment, on devrait s'organiser en conséquence pour répliquer."
"Donc, par principe, un Auror se méfie de toutes les créatures", tente Larrimer.
Je n'adore pas tellement sa formulation, mais ce n'est peut-être pas totalement faux. Peut-être qu'il se rappelle de ces créatures marines que nous avions combattues ensemble en Écosse et qu'il s'appelle lui-même à davantage de vigilance. Je sais, je suis sans doute inutilement optimiste parfois.
"Vigilance constante", je décide de commenter en me servant du café. Il y a des persifleurs qui disent qu'on devrait en faire la devise de la Division. Une devise qui ne veut rien dire et toute à la fois. En attendant, elle provoque les rires attendus.
"Broadmere a dit hier au pub que tu as pris le temps de briefer l'aspirant sur les pouvoirs des elfes avant l'assaut, Auror Lupin", glisse alors Halter - il n'était pas dans l'opération de sauvetage, mais il en a fêté l'heureuse issue, je note. Broadmere aussi. Moi, je n'ai pas eu le coeur.
"C'est ce qu'a dit Wintringham, on oublie souvent", rappelle Larrimer.
"Mais pour ne pas oublier, faut s'entraîner. On s'entraine sans doute moins que vous autres", complète Alderton en me regardant.
Et me voilà sommée de donner mon avis sur l'entraînement de mes collègues policiers. Un super début de journée.
"Bah, si certains veulent venir se faire secouer par Mark, voire le surprendre, ils sont les bienvenus", je décide de proposer sur le ton de la conversation. "Ça le changera de moi !"
Je ne sais pas s'ils me prennent au sérieux - sans doute, l'avenir le dira, mais Brian Goodlife prend alors ce prétexte pour poser une question qu'il ne doit pas être le seul à avoir : "On dit que les Aspirants vont commencer par venir travailler ici avant d'être assignés à un mentor au sein de la Division."
"On a donc entendu les mêmes choses, Brian", je commente prudemment.
"Tu confirmes ?", il presse, et je sais bien que c'est pas l'Auror Rang trois dont on demande l'expertise, mais la fille de ma mère.
"Je n'ai pas d'informations privilégiées, Brian. Ce que tu viens de dire a été dit au beau milieu de la Division. Il a aussi été dit à la même occasion qu'une réunion du Département allait préciser ce projet. Ça va bien dans l'idée de faire que les Aurors et les policiers se connaissent mieux et sachent travailler ensemble, non ?" La plupart opinent - certains avec enthousiasme, certains avec réserve. "D'ailleurs, et je parle à mes coéquipiers, on n'irait pas voir ces cellules pleines de gens qui semblent avoir des trucs à se reprocher ?"
Shannen se décolle immédiatement du mur - pire que Mark - et abonde.
"On a du pain sur la planche, c'est sûr", elle commente. Et tous les policiers de l'équipe la suivent hors de la pièce. Wintringham, Mark et moi leur emboitons le pas. J'emporte mon café - je sens que je vais en avoir besoin.
"Je te présente - je présente à tous mes excuses - nos excuses - pour hier, Auror Lupin. J'ai insisté et j'ai fait perdre son après-midi à tout le monde", commence immédiatement Colleen quand on a pénétré dans notre salle de réunion. J'ai même pas atteint ma chaise.
Je vais m'étonner puis je me rappelle que je suis la chef de son équipe, au sein de l'équipe mixte. Shannen me regarde avec une curiosité distance. Décidément, je ne sais pas ce qu'elle pense sur le fond, je réalise. Il va falloir qu'on trouve le temps de discuter. Reste à apporter ma propre réponse.
"Colleen, c'était une bonne idée de faire une enquête de proximité - regarde ce qu'on a découvert. Et on a entérinée votre mission toutes les deux, Shannen et moi", je rappelle donc. Impossible de savoir ce qu'en pense ladite Shannen - je connais des statues moldues plus expressives. "Comme l'a souligné Heathcote, on aurait su pour les elfes, peut-être que vous auriez été davantage sur vos gardes. Peut-être que, si on avait d'abord travaillé sur les dossiers, on aurait eu une meilleure idée d'où vous mettiez les pieds avant de frapper à la porte de la tante Terfel. Je ne crois pas, en bref, que ça soit spécifiquement une faute pour laquelle des excuses seraient utiles. Au pire, un défaut de vigilance", je conclus.
Sans surprise, ils ont grimacé à "défaut". Je ne peux pas voir le visage de Heathcote et je ne peux qu'espérer qu'il me trouve juste.
"Et on a du boulot", je reprends rapidement. "Je n'ai rien contre les débriefings opérationnels ou l'expression de ses sentiments, mais on a une floppée de suspects, des piles de dossiers, des tonnes de choses à vérifier avant d'aller les interroger. Je voudrais qu'on se concentre là-dessus - sauf si Shannen..."
"L'enquête est notre priorité collective", estime cette dernière, très martiale. Mais, quand est-ce qu'on va pouvoir avoir cette conversation ?
Les heures qui suivent, personne n'exprime plus de sentiments ou ne présente d'excuses. Chaque sous-équipe étaye ses dossiers sur chacune des personnes qui attendent dans les cellules - sauf la femme de Alfie Cowan qui, elle, attend à la Fondation avec son bébé sous la garde de deux nouveaux policiers assignés à cette affaire. Je me retrouve à piloter superviser le travail d'une Colleen et d'un Bellchant totalement tétanisés à l'idée que je critique ce qu'ils font mais aussi l'ensemble des trois équipes. Je ne sais pas trouver comment mettre Shannen à une autre place que responsable de sa sous-équipe, ce qu'elle assume à avec sa compétence habituelle et je n'ose pas non plus me reposer ouvertement sur Heathcote parce que ce serait affirmer la prééminence des Aurors. Bref, je me fais des noeuds au cerveau..
Vers 11 heures, il me semble néanmoins qu'on commence à y voir clair : on a au centre deux cousins éloignés - Menna et Kenneth. Menna est la petite-fille de Sunniva, le fille de son fils aîné, effectivement mort torturé avec sa femme et son frère par des Mangemorts. Kenneth, lui, est plus jeune mais néanmoins le neveu d'Arnall et Sunniva. Menna n'est pas allée à Poudlard, elle ne s'est pas mariée. Elle a suivi un apprentissage de lithomage, mais le Ministère n'a pas la trace d'une activité régulière en la matière. Il faut dire que même au Pays de Galles, je n'imagine pas qu'il y ait tant de personnes qui veuillent un cercle de pierres dans leur jardin ou une pierre dressée dans leur salon.
On en sait davantage sur son petit neveu Kenneth. Il n'a pas fréquenté Poudlard lui non plus. Il a repris les activités de ses parents - un commerce licite de transports magiques pour les artisans et les commerçants de la région. Les dits parents sont décédés il y a cinq ans, et la police avait alors hésité à considérer la mort comme suspicieuse mais n'avait pas demander l'avis de la Division - Shannen m'a raconté ça avec la grimace de rigueur. Si on se dit que les accusations qui ont été classées sans suite ne sont pas que du vent, Kenneth semble bien avoir développé sur cette base d'abord des activités de recel avant de progressivement et récemment se tourner vers le vol organisé.
Un agrégat d'amis et de conjoints - actuels et anciens - complète l'équipe. Sans parler des deux elfes. Tout ce petit monde semble, par ailleurs, attendre l'héritage de l'oncle Arnall mais s'occuper assez bien de Sunniva, sa veuve Cracmolle et seule héritière. Peu dans la bande sont allés à Poudlard mais quasiment tous ont fait des apprentissages professionnels magiques plus ou moins poussés. On est bien dans ce que Samuel a reconnu hier : des vieilles familles sorcières qui ont laissé passer loin d'elles le cap de la modernité ; pas tant par refus de la mixité des sangs ou des créatures que, sans doute, à la suite d'opportunités ratées, de choix personnels ou de revers de fortune.
"Aucun avocat ne nous a contactés", remarque Winthingham, creusant le tableau. "Il va falloir qu'on demande au Magenmagot d'en désigner avant des les interroger, non ?"
"Il serait regrettable d'en faire des victimes", je reconnais.
Shannen a l'air surprise - en fait, tous les policiers.
"Ils nous ont attaqués ! Plusieurs fois !", proteste Colleen.
"Leur Feudeymon aurait pu nous tuer !", rajoute Goodwill.
"Ils ont détourné un tracteur !", souligne Shannen.
"Et des elfes !", renchérit George Alderton.
Je crois que Bellchant se retient de les soutenir parce que Mark lui pose une main sur le bras.
"Oui, oui et oui. Mais ce sont des sorciers de vieux sangs et de vieilles magies, qui n'ont pas intégré les règles contemporaines, et il va y avoir des nostalgiques pour les comprendre. On prend les paris si vous voulez, avec Heathcote", j'argumente en les regardant tour à tour. "Alors, on ne va pas les interroger sur leurs vilaines activités sans qu'ils puissent être légalement conseillés. On a assez de preuves factuelles pour être patients et procéduriers."
Personne n'ose me contredire, et je décide que c'est un problème qui ne peut plus totalement attendre.
"Shannen, est-ce qu'il vous faut l'accord de Groves ?", je questionne.
"Il dira sans doute que si vous estimez que c'est utile, il n'y a pas à se poser de questions", répond lentement Shannen.
"Allons vérifier", je propose. "On invente de nouvelles procédures, il vaut mieux qu'on y réfléchisse de manière collective."
"On ne perd pas un temps précieux ?", elle me renvoie.
"Heathcote, commence à rédiger une demande pour le Magenmagot, personnalisable pour chacun de nos suspects. Comme ça, si tout le monde approuve, on aura une base", j'ordonne en prenant bien soin de choisir un Auror pour cette tâche que tout le monde aurait pu entreprendre. D'ailleurs... "Mark, tu observes et tu apprends. Les autres, je suis sûre que vous savez ce que vous avez à faire."
Shannen sort derrière moi sans enthousiasme, c'est peu de le dire.
"On peut parler où ?", je lui demande, et ça la fait pâlir.
"Je croyais... Tu es mécontente, Auror Lupin ?"
"Shannen, on peut parler où ?", je répète en faisant de mon mieux pour garder une voix égale.
Elle me conduit dans une salle de repos. Nous fermons la porte avec un bon sort de silence dessus et elle reprend ses excuses : "Je suis désolée si..."
"C'est moi qui suis désolée, Shannen. On doit mener cette équipe ensemble et on n'a pas pris la peine d'en discuter avant. Du coup, j'ai l'impression que tu te retiens en permanence..."
"Ensemble ? Iris, ne sois pas ridicule. T'es Auror de Rang Trois. Le Manuel est super clair sur qui donne des ordres", elle me renvoie sur le ton du constat.
"Il est bien possible que le Manuel ne s'applique pas totalement dans notre cas et même qu'on le réécrive en fonction de ce qu'on invente là, maintenant, ensemble", j'essaie. Je ne l'impressionne pas.
"Iris, quelles que soient tes idées généreuses, je ne crois pas qu'on va dire qu'un Agent principal est à pied d'égalité avec un Auror. Que j'ai préséance sur Mark, peut-être, mais sur toi ou Heathcote... n'importe quoi. Et c'est certainement pas toi et moi qui allons trancher ça dans ce cagibi !"
Elle a clairement raison sur le dernier point, je décide.
"Peut-être, mais je vais transmettre à ma hiérarchie qu'il serait sans doute efficace que les places respectives soient mieux définies. Reste que je veux comprendre pourquoi tu as l'air... de faire tout à contrecœur. Je ne suis pas habituée à te voir comme ça."
L'argument personnel a l'air de la toucher. C'est comme si une carapace fondait d'un sortilège bien placé.
"C'est vrai que je ne sais pas tellement où est ma place... J'essaie de me dire que c'est votre enquête, que c'est comme d'habitude, mais comme vous êtes là, dans nos murs, que ça reste officiellement notre enquête... que Groves me répète à chaque occasion qu'il faut que ça se passe bien... J'avoue que je ne sais pas trop comment me positionner", elle admet. "Je n'aurais pas laissé Temple et Bellchant, partir comme ça dans la nature..."
"Pardon ? Je t'ai demandé et tu as dit oui !"
"Mais tu avais déjà dit oui et... du coup, je n'ai pas... Je ne te reproche rien, Iris. Comme tu l'as dit, on ne savait pas qu'il fallait se méfier d'elfes et, comme l'a dit Alderton, on est finalement habitué à intervenir en position de force ou à vous appeler... Mais si j'avais été seule décisionnaire, j'aurais augmenté la taille de l'équipe parce que j'ai intégré finalement nos limitations..."
Je pèse son analyse et l'estime sans doute assez juste.
"Weasley n'arrête pas de me dire de réinventer notre méthode de travail", je décide de lui raconter en retour. Je vois à ses yeux que je fais bien. "C'est un peu au-delà de mon imagination pour l'instant. Moi aussi, j'ai été formatée par un type de fonctionnement et un manuel. Mais je ne peux que me rendre compte de là où ça coince."
"C'est sans doute déjà pas mal", elle estime gentiment.
"Mais est-ce suffisant ?"
"Iris, je crois que quand même ce qu'ils veulent ce sont des résultats, un procès, des condamnations. Ils se fichent de savoir comment on y arrive - enfin, Groves à mon avis, il s'en fiche un peu. Si ton chef est content, lui aussi le sera."
"C'est nul", je lui livre sans détour et ça lui arrache son premier sourire.
"Peut-être mais ça doit nous aider à ordonner nos actions."
"Ah, voilà, une idée intéressante, Agent Principal Sherburne", je souligne.
"Si tu veux", elle soupire.
On reste à se regarder en biais et je finis par reprendre tant il est clair qu'elle ne le fera pas. "Pas mon égale mais ma seconde ?", je propose.
"Et Wintringham ?"
"Je peux bien avoir deux seconds - t'as vu le nombre de suspects qu'on a à interroger ? Tu crois qu'on va faire ça à deux Aurors et que vous allez juste prendre des notes ?"
"J'imagine que c'est raisonnable", elle admet après une seconde de surprise. "Tant qu'il s'agit d'interroger les sous-fifres, hein ? Tu me colles pas les Terfel ?"
"À mon avis, on ne va pas s'en tirer avec un seul interrogatoire de chacun. Ils ont trop à perdre et ils sont trop unis", je prédis. "On prépare ça ensemble, tous les trois, en attendant les avocats ?"
"Allons prévenir Groves", elle propose avec un aplomb retrouvé, et ça ressemble plus à la Shannen que je connais.
oo Vendredi, Londres, Brigade de la Police magique
Matty Groves ayant confirmé qu'il s'en remettait dans cette affaire à l'expertise juridique et politique des Aurors, on suit mon plan et on écrit au Magenmagot. On a le temps de préparer nos interrogatoires et même d'avoir un repas d'équipe digne de ce nom.
L'après-midi, le Magenmagot nous envoie trois jeunes avocats qui semblent s'être répartis les dossiers en sortant de l'ascenseur. Ma vieille copine, la première garou avocate, la fierté de toute la Fondation,Haydée Lorcan, fait partie de l'équipe. On fait bien toutes les deux comme si on ne se connaissait pas depuis nos cinq ans. Par un hasard assez heureux, elle n'a pas en charge les suspects que je me suis gardés - c'est-à-dire que Heathcote comme Shannen avaient l'air de considérer comme trop gros pour eux. Je sais, il faut que je m'habitue à être la plus gradée.
J'interroge donc d'abord Trevor Gyffes qui n'admet rien, même pas son quart de sang de géant. Derrière lui, Menna Terfel, que j'imagine derrière les sortilèges de la grange, passe son temps à se plaindre de maux de tête dus selon elle à notre assaut contre sa personne. L'avocat la soutient mais je peux lui opposer le rapport du Docteur Lovegood. Il demande une contre-expertise et je décide de la lui accorder.
"Laissons-lui croire qu'elle peut nous tenir à distance, le temps devrait jouer en notre faveur", j'explique à Mark. "Elle aura vite épuisé ces recours et elle devra nous répondre."
Pour finir, je rencontre Kenneth Terfel. Il a presque dix ans de moins que Menna. Il est plutôt charismatique et sûr de lui et il a eu beau jeu de ne pas comprendre le lien entre ce que j'ai découvert dans la grange et lui-même. Je crois que même son avocat est gêné de son peu de considération pour les preuves avancées. Comme pour Menna, je le laisse croire qu'il est le plus fort pour l'instant. Alors que Bellchant le reconduit en cellule alors que Temple s'occupe de l'avocat, Mark se tourne vers moi et me demande ce qu'on va faire maintenant.
"On va faire une pause. Voir où en sont les camarades et boire un café", je lui annonce. Ça fait des heures que l'on me ment, qu'on refuse de me répondre et qu'on me dévisage avec mépris. J'ai besoin d'un café et d'un peu de recul."
Mark se lève avec un soulagement compréhensible et se dirige vers la porte alors que, moi, je réunis mes notes en prévision de la session stratégique qu'il va falloir avoir. Je sens son arrêt physique plus que je ne le vois. Je lève les yeux et Sam est en train de refermer la porte derrière lui.
"Ah, vous êtes là tous les deux !", est son commentaire tendu.
"Je... je vais vous laisser", propose Mark, en me regardant.
"Oui, vas-y", je confirme puisque je dois confirmer.
"Non", s'oppose Sam. "Autant que tu sois là, Mark."
Il y a cinq secondes de stupeur complète dans notre camp et Mark questionne sur un ton sidéré : "Mais, qu'est-ce que j'ai fait !?"
Sam fronce les sourcils comme s'il ne comprenait pas la question, et ça n'aide pas Mark.
"Il faut que je vous parle. Assied-toi, Mark", tente mon époux.
"Assied-toi", je décide d'appuyer à défaut de comprendre où va la conversation.
Sam prend lui aussi une chaise et Mark se résout à obtempérer juste avant que je ne m'agace de son insistance.
"Ça va, vos interrogatoires ?", il demande.
"Samuel !", je proteste.
"Ok, ok, j'arrête de tourner autour du pot", il soupire. "On a eu notre première journée de procès", il me rappelle. Et j'opine alors que sincèrement, j'avais oublié. "On en est juste au début mais... on a des défenseurs en forme en face", grince Sam. Il a une nouvelle pause irritante avant de reprendre. "Ils ont demandé et obtenu du juge une injonction à ce que la Division présente des témoins pour recontextualiser le témoignage du Tavernier..."
"Oh, comme si j'avais que ça à faire !", je râle immédiatement.
"Pas toi", corrige Sam.
J'ouvre la bouche pour demander confirmation puis je réalise que la réponse est la seule qui donne du sens au comportement de mon époux.
"N'importe quoi", je proteste faiblement.
"Tu peux refuser, c'est ta prérogative - Weasley l'a répété. Tu prendrais sa place mais il te demande de bien réfléchir au message que ça pourrait donner aux juges et au grand public. Toutes les théories du complot y puiseraient de nouvelles forces."
Comme on reste tous les deux silencieux à contempler cette vérité, Mark se tortille sur sa chaise et finit par abandonner son vœu de silence.
"Chef... je... Qu'est-ce qui se passe ?"
Sam me regarde, et je vois bien qu'il espère que c'est moi qui vais me transformer en oiseau de mauvaise augure. C'est sans doute ma place.
"Les juges ont accepté que l'avocat de la défense de Graves te questionnent sur les conditions dans lesquelles on a recueilli le témoignage du tavernier du Chemin des Embrûmes."
"Moi ? Mais pourquoi ?"
"Ils se disent sans doute qu'ils arriveront à te faire dire qu'il y a eu un deal", explique Samuel. "Ou à te faire dire que Iris n'a pas suivi la procédure.. n'importe quoi qui introduirait un doute."
"À m'utiliser contre toi, Iris ?", vérifie Mark, horrifié, en me regardant. J'admets d'un signe de tête. "Et les juges ont accepté ?", il s'effare - ne pas oublier qu'il est fils de juge.
"Les juges n'aiment jamais trop que les témoignages-clés ne soient pas défendus par ceux qui les ont obtenus. Je pensais qu'ils voudraient entendre Iris mais... quand l'avocat a argué que tu serais plus neutre... ils ont suivi... Sans doute pour faire montre d'ouverture d'esprit", raconte Samuel avec sympathie.
"Et je dois le faire ?", s'inquiète maintenant Mark.
Sam me regarde lui aussi, attendant clairement ma décision.
"J'en ai bien peur", je finis par admettre.
Notes
Equipe mixte et sous-équipes
*Iris Lupin avec Colleen Temple et Andrew Bellchant ; Mark Wang
*Heathcote Wintringham avec Stanley Halter et Olivia Miller ;
*Shannen Sherburne avec Brian Goodlife et George Alderton -
Les Gallois
*Menna Terfel, 40 ans environ,possède une jolie maison en pierre à Pembroke ; les a attaqués avec un tracteur, lithomage (construit des cercles en pierres magiques), avait récemment été soupçonnée puis relâchée. Petite-fille de Sunniva et Arnall. Ses parents ont été tués par des Mangemorts quand elle était bébé.
*Kenneth Terfel, 30 ans environ, neveu de Sunniva et Arnall, vit hors de Pembroke. Fiancé à la jeune Rhosin Cowan. Ses parents sont morts il y a cinq ans et la mort avait failli être jugée comme suspicieuse.
*Trevor Gyffes, 50 ans, quart géant, est allé à Poudlard, habite un cottage un peu en dehors de Pembroke, utilise la magie, veut un avocat, déjà soupçonné dans le passé, compagnon de Menna.
*Alfie Cowan, 30 ans environ, Arrêté avec sa mère (Glenice), sa soeur (Rhosyn), son frère (Drystan), sa femme (Eira)... qui les a affrontés son bébé sanglé dans le dos. Ami et employé de Kenneth
*Arnall Terfel, grand-père de Menna et oncle de Kenneth. Décédé.
*Sunniva Terfel, femme d'Arnall, cracmolle. Ses deux fils et sa belle-fille sont morts tués par des Mangemorts.
*Vardo et Oflia, les 2 elfes qui s'occupent de Sunniva
