PROMPT : Tour


Été 1995

Harry, sonné, contemplait son ennemi. Il était sous le choc de l'étrange confession du mage noir.

Depuis la toute première fois où il avait entendu parler de Voldemort, il s'était imaginé un représentant du mal, et il n'avait jamais imaginé à l'homme sous le monstre. Il n'avait jamais pensé aux raisons de cette haine, aux évènements qui avaient conduit Tom Jédusor à tourner aussi mal.

Découvrir ce qui avait provoqué toute cette guerre, la mort de ses parents, était comme une gifle.

Savoir qu'il aurait fallu que quelqu'un tende la main, lui offre de l'amitié ou de la compassion pour changer les choses lui serrait le cœur, et le mettait en colère. Il avait été lui aussi le petit garçon mal aimé et rejeté. Maltraité et martyrisé. S'il n'avait pas eu Ron puis Hermione en première année, qui sait ce qu'il serait devenu ?

Même si Ron s'était détourné de lui, il avait été son meilleur ami, et il l'avait suivi malgré le danger. Il l'avait accompagné dans sa quête de la pierre philosophale, n'hésitant pas à se sacrifier sur l'échiquier géant pour lui permettre de continuer. Il avait été à ses côtés l'année où il s'était retrouvé face au Basilic. Il avait été là lorsqu'il avait retrouvé son parrain.

Sans Ron à ses côtés, il serait peut-être devenu amer et aurait eu rapidement soif de vengeance comme Voldemort. Non. Tom. Le monstre disparaissait pour laisser place à l'homme blessé, à l'adolescent malheureux qu'il avait été. Ça ne pardonnait pas tous les morts, ni toutes les monstruosités qu'il avait commises, loin de là, mais… Harry ne pouvait pas expliquer ce qu'il éprouvait. Il le voyait différemment, le comprenait presque.

Inconscient des pensées de l'adolescent, Voldemort soupira lourdement.

- Une partie de ma vie, j'ai cru que ma mère était la sorcière qui m'a amené jusqu'à l'orphelinat où j'ai grandi.

- Ce n'est pas le cas ?

- Cette femme, Merope Gaunt, m'a laissé une lettre m'avouant que son fils biologique était mort-né. Elle l'a perdu. Elle s'est retrouvée à la rue et les conditions difficiles… ont provoqué la mort de son enfant. Elle a trouvé un nourrisson, tout juste né. Moi.

- Pourquoi te déposer dans un orphelinat si elle t'avait recueilli ?

Il haussa les épaules d'un air indifférent.

- Elle se savait mourante. Elle m'a trouvé, elle a écrit sa lettre où elle me disait tout ce qu'elle savait. Puis elle s'est rendu devant cet orphelinat et… je suppose qu'une part d'elle est morte de chagrin le jour où son mari l'a quitté. Elle l'aimait réellement.

- Oh… Mais… Si elle était une sorcière, pourquoi…

- Parce que cette femme était presque une cracmolle ! Pour une sang-pur, elle était ridiculement faible. A Poudlard, j'ai d'abord cru qu'elle était moldue et que c'était de mon père que je tenais ma magie. Mais… J'ai vite découvert que Merope était issue de la lignée de Serpentard en ligne directe.

- Alors tu ne sais rien de tes réelles origines ?

Voldemort resta silencieux, et ses yeux carmin flamboyèrent un instant alors qu'il serrait les poings. Puis il secoua la tête.

- Non. Je ne sais pas d'où je viens. Quelqu'un a jugé bon de laisser en plein hiver un bébé qui venait de naître. A l'époque Godric's Hollow n'était pas aussi peuplé qu'il était amené à le devenir, et il y avait bien peu de chances que je sois… sauvé.

Quelque chose tinta dans l'esprit de Harry. La mention de Godric's Hollow peut être. Là où tout avait commencé pour lui.

Il savait que c'était là que ses parents vivaient, là que Voldemort avait attaqué et tué le couple Potter. C'était à Godric's Hollow que lui, Harry, avait anéanti une première fois le mage noir et avait survécu au sort de la mort.

Ainsi, ils avaient un point commun de plus. Godric's Hollow.

Le jeune homme se souvint brusquement que sa mère avait appelé Voldemort Thomas, à plusieurs reprises. Puis, elle avait dit une phrase étrange. Elle lui avait dit qu'il n'avait pas été abandonné.

Les sourcils froncés, il essayait de trouver une autre explication que celle qui lui était instantanément venue à l'esprit, mais rien d'autre ne collait aussi bien aux éléments qu'ils avaient.

- Ma mère t'a appelé Thomas.

Voldemort, l'air indifférent, haussa les épaules.

- Merope m'a baptisé Tom.

- Oui. Tom. Pas Thomas. Thomas Fleamont Potter.

Harry, excité, fit un pas sans se rendre compte que c'était Voldemort - celui qui voulait le tuer - qui était face à lui. Il sourit largement.

- D'abord Godric's Hollow. Là où mes parents vivaient. Ensuite, Thomas. Et puis ce sort mystérieux, regressus.

Voldemort eut un geste agacé.

- Où veux-tu en venir ?

- Drago a émis l'hypothèse que tu pourrais être de ma famille, mais que tu ne serais pas au courant. Ton histoire semble confirmer ce fait et… je commence à me demander si mes parents n'ont pas utilisé le sort regressus pour t'envoyer dans le passé après ta… naissance. Ça expliquerait pourquoi ma mère a dit que tu n'avais pas été abandonné.

- Et par un étrange tour du destin nous nous retrouvons ennemis ? C'est une jolie histoire, Harry, mais c'est un peu trop…

- Trop évident ? Qui pourrait soupçonner un tel lien entre nous ? Que nous puissions peut être être… frères ?

Voldemort dévisagea le garçon face à lui. Il avait parfaitement entendu la note d'espoir dans la voix du plus jeune. Bien sûr ils avaient beaucoup en commun. Orphelins, fourchelang, puissants, sang-mêlés, élevés chez les moldus, maltraités.

Sauf qu'il avait tué les parents de Harry Potter. S'il avait été à la place de l'adolescent, il serait incapable de pardonner. Il aurait été horrifié de pouvoir avoir un lien avec le responsable de ses malheurs. Au lieu de quoi, le jeune homme proposait cette idée avec une sérénité qui forçait l'admiration.

- Si c'était le cas, tu devrais me détester encore plus Harry. Avoir envie de me détruire. Je les ai tué.

Harry eut un sourire triste, puis haussa les épaules.

- Peut être. Mais… Maman n'avait pas l'air de t'en vouloir. Papa non plus. Tu m'as… aidé malgré tout. Au bon moment. Le meilleur été de ma vie, je te le dois, en étant ici, chez les Malefoy. Sans compter que si tu es réellement mon… frère… tu es ma dernière famille par le sang. Tu es tout ce qu'il me reste.