Bonjour à tous,

Je vous poste aujourd'hui le chapitre 44, pour l'instant je vais continuer à publier sur fanfiction puisque les choses se sont bien passées avec la publication du chapitre précédent. Il y a eu du monde et des reviews, à voir comment ça évolue. D'ailleurs je remercie grandement ceux qui m'en ont écrit. J'ai répondu à tout le monde, si vous n'avez pas vu la réponse vérifiez, de mon côté je n'avais pas été notifié par le site pour certains de vos messages...

J'espère que le chapitre vous plaira. Je vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre 44

Le Dragon des Mers, le plus imposant de tous les Skeids jamais construit de main d'homme fendait les flots avec grâce. Devant eux s'étendait l'océan et au loin un point noir dont les contours se dessinaient peu à peu au fur et à mesure que la pénombre s'éclipsait. Il s'agissait de leur destination, une terre de douleur et de sang en devenir pour tous ceux qui accompagnaient Thorkell.

Il se trouvait sur la dunette du navire aux côtés de son père. Harold avait accepté de leur prêter son vaisseau pour mener la flotte nordienne. À leur droite se trouvait l'immense navire amiral de la Coalition commandé par Stoïck, pris aux mains de Drago des semaines auparavant lors de cette folle tentative d'attaque d'un convoi de la Coalition. Une décision totalement irréfléchie au point de se questionner sur la santé mentale du décisionnaire d'une telle action. Leur échec cuisant avait fourni à Stoïck un navire de guerre des plus impressionnant et à l'Alliance un prisonnier qui les menait vers un tournant de la guerre. Ils avançaient côte à côte au son mugissant des flots heurtant la coque et des vents d'ouest dans les haubans, ils menaient à leur suite près d'une centaine de navires. Skeids et drakkars se confondant en une vision d'une beauté sans pareille, capable d'emplir les cœurs d'espoir et d'effroi.

Sur les ponts les guerriers se tenaient en rang, arme à la main, prêts à se jeter au combat tandis que les marins s'affairaient pour maintenir la vitesse et la position des navires. Dès le début de leur expédition ils avaient fait une croix sur le confort pour emmener un maximum de soldats avec eux, rendant le voyage des plus éprouvant. Sur un navire, point d'espace et d'intimité lorsqu'il s'agit de mener une armée à la guerre. Tous n'avaient qu'une hâte, pouvoir se reposer en quelque terre paisible et d'y retrouver une certaine forme de solitude. Ni l'île d'Ospig ni l'îlot n'y avaient été propices, ils y étaient restés bien trop peu pour en tirer un quelconque bénéfice. En revanche si les Dieux étaient avec eux aujourd'hui ils pourraient profiter de quelques jours de repos une fois l'île prise et Dagur capturé.

Un peu de repos ne fera pas de mal, voyager en mer ainsi entassé mettrait à cran n'importe qui. Je suis bien content de n'a pas avoir été là durant la première partie du voyage…

Thorkell laissa courir son regard sur la flotte et les soldats sans pouvoir empêcher un frisson d'excitation de le parcourir. Il y avait tellement d'hommes, presque trois mille sur les navires et quasiment une centaine de dragonniers dans les cieux. Une part importante des forces des dix-neuf ans clans. De mémoire viking on n'avait pas vu cela depuis au moins plusieurs siècles lors des grandes guerres de légendes où le titre de Protecteur du Nord avait vu le jour.

Une force conséquente dont la morale et la vision pouvaient changer le monde. Pendant un instant Thorkell se demanda ce que l'on pouvait ressentir à commander une telle armée, savoir que d'un mot des milliers d'âmes se mettraient en mouvement. À l'allégeance aujourd'hui divisé en une multitude de chefs, unis seulement par nécessité, mais si un homme venait à diriger véritablement l'ensemble des nordiens alors les possibilités…

Il y en aurait tellement, il suffirait de modifier les pouvoirs attribués au titre de Protecteur du Nord pour qu'il ne soit plus un simple représentant avec quelques prérogatives, et avec la bonne personne…

— Impressionnant, n'est-ce pas ?

Thorkell tourna la tête, son père s'était rapproché, les deux mains posées sur la rambarde de la dunette, le regard vers l'avant. Sa barbe hirsute lui donnant l'apparence d'un vieux loup de mer, avec la guerre il avait cessé de la tailler tout comme il avait laissé pousser ses cheveux. D'un blond presque aussi blanc que l'albâtre, ils voletaient au gré du vent. Malgré ce laisser-aller il n'en émanait pas moins de lui une aura d'autorité, il était chef et cela se ressentait.

— Je ne pensais pas éprouver un tel sentiment. Cette impression…

— Que tout est possible ?

Thorkell hocha la tête.

— C'est un bon sentiment, c'est exaltant et surtout cela donne du courage aux hommes.

— C'est une bonne chose, cela évite la peur.

— Mais c'est aussi dangereux.

Thorkell regarda son père avec un regard interrogatif avant de répondre lui-même à sa question muette.

— On risque de commettre des erreurs…

— Oui, et c'est notre rôle à nous et à toi aussi en tant que futur chef d'apprendre à garder la tête froide pour mener au mieux nos hommes.

— Il ne faut pas se laisser emporter par les émotions… murmura Thorkell.

Au moment même où il prononçait cette phrase il sut qu'il était tombé dans le piège de son père. Il le connaissait, il était un habitué de ses procédés, mais toujours il se faisait avoir. Hagbard était reconnu pour sa diplomatie, par de simples mots il savait vous mener là où il le voulait.

— Il te reste encore beaucoup à apprendre. Cette dispute avec Harold n'aurait jamais dû avoir lieu.

— Tu prends son parti ?!

— Ais-je dis ça ? Il n'aurait pas dû te démettre de tes fonctions, il a commis bien des erreurs.

— Trop… Sans ton soutien il aurait déjà perdu son titre.

— Méfie-toi Thorkell, les temps sont sombres et les paroles se doivent d'être mesurées. Il revient à chacun de forger ses propres alliances, mais jamais sur le coup de la colère. Et n'oublie pas que tu n'es pas exempt de faute. Tu es parti sans autorisation avec navires et dragonniers.

— Je sais…

Thorkell en avait conscience, certainement aurait-il dû retenir certains de ses propos, mais cela ne les rendait pas faux pour autant. Harold avait commis bien trop d'erreurs, il avait une part de responsabilité dans la mort de leurs amis. En revanche il était également vrai que Thorkell aurait pu empêcher toute cette histoire de mariage. S'il n'avait pas caché sa relation avec Eldrid, jamais tout ceci ne serait arrivé.

— Il te faudra remercier la jeune Hofferson. Elle a fait preuve d'un grand courage, grâce à elle on s'en sert bien.

— Je compte bien le faire et…

Hagbard le coupa :

— Tu devras aussi faire ta demande à Eldrid.

Thorkell se sentit pris de court, il avait du mal à réaliser.

— Qu… quoi ?

— Si tu m'en avais parlé, toute cette histoire n'aurait jamais eu lieu. Il est temps. Tu es mon fils, mon héritier, notre clan est le plus puissant du nord. Les choses ne peuvent être faites à la légère. Eldrid fait partie d'une bonne famille, une alliance aurait été intéressante, mais je tiens à ton bonheur. J'accepte ton choix, mais cela n'attendra pas. Tu vas faire ta demande.

— Je…

— Est-ce que tu l'aimes fils ?

S'il y avait bien une chose dont il était sûr c'était de cela. S'il n'avait rien dit à l'origine c'était pour éviter cette situation, mais il devait le reconnaître, son père avait raison. Il était temps. Malgré tout, il n'en restait pas moins nerveux. Point qu'il manque de courage, ça non, il aurait défié tout homme, du seigneur au maraud, de le traiter de couard, en revanche il redoutait le regard d'Eldrid. Si elle n'était pas prête elle refuserait et alors il aurait tout perdu. Son père n'accepterait pas une nouvelle déconvenue.

— Je vais lui faire ma demande, soupira Thorkell, vaincu, aucune autre réponse n'aurait pu satisfaire son paternel.

— Bien ! C'est une bonne chose ! s'exclama Hagbard en serrant l'épaule de son fils.

Ils restèrent silencieux un moment puis Thorkell reprit la parole.

— Pour en revenir à Astrid, si tu acceptes j'aimerais lui proposer officiellement t'intégrer notre clan. C'est une bonne guerrière, mieux vaut la garder à nos côtés…

— Tu peux. Stoïck n'appréciera sûrement pas, mais il n'osera pas dire quoique ce soit. Il risque d'avoir déjà grand à faire pour ne pas perdre trop de pouvoir suite à ce nouveau revers.

— Tu penses que les chefs de sa coalition pourraient s'en servir ?

— La question n'est pas de savoir s'ils peuvent, mais quand ils joueront cette carte. Un chef trahi par l'un des siens, n'ayant rien vu venir, il y a de quoi remettre en question son discernement.

— Ils agiraient contre lui ?

— La guerre oblige à des concessions. Ils ont besoin de l'alliance entre leurs clans, mais aussi avec nous. Ils tiennent à garder leur indépendance. Pour l'instant la guerre se déroule principalement sur mer et terre, par le prix du sang, mais quand tout sera terminé, ce sera autour d'une table.

— Ils essaieront de faire annuler les accords…

— C'est une certitude, que ce soit avec nous ou entre eux. Et certains voudront tirer profit de cette guerre, agrandir leur territoire et s'emparer des richesses des terres conquises.

— Et nous, quelle est notre position ?

— Nous sommes des nordiens, nous suivons le Protecteur du Nord… fit-il d'une voix distante. Les terres du sud n'ont pas d'intérêt, elles sont trop loin. En revanche il faudra rétribuer les blessés et les familles des guerriers morts. Une somme conséquente d'or sera nécessaire.

— Ils accepteront pour ne pas nous avoir comme ennemis, mais l'accord sur les dragons…

— Les dragons… Leur interdire de les chasser est un noble idéal et une excellente décision stratégique. Ils ont déjà accepté l'accord, ils ne reviendront pas sur leur parole, pas tout de suite du moins…

Thorkell regarda son père avec étonnement, il ne voyait pas où il voulait en venir. Il regardait toujours vers l'avant, les pensées tournées vers l'avenir.

— Une décision stratégique ?

— Cela permettra à nos dragonniers de surveiller les clans sous couvert de vérifier que l'accord est respecté.

— Et nous serons ainsi avertis de toute menace.

— Hmm… Mais tout cela est encore loin, il nous faut d'abord gagner cette guerre. D'ici là bien des choses peuvent changer…

Sur ces mots il tapa sur la rambarde et le visage de nouveau fermé il se rapprocha du capitaine du navire. Thorkell se détourna, il remarqua alors la présence d'une personne qui n'avait rien à faire là, accoudé au bastingage à contempler la flotte. Il descendit rapidement les marches menant au pont et rejoignit un dragonnier à l'armure de nuit. Il avait de fins cheveux de jais, une cicatrice sur le nez et un regard perçant.

— Baldwin, que fais-tu ici ? Tu devrais être avec le reste de la Garde Noire.

— Ah Thorkell, fit le dragonnier en se retournant. Je ne voyais pas l'intérêt.

— C'était les ordres.

— Et pourtant toi aussi tu es là, répliqua Baldwin.

— Je…

— Pas la peine de te justifier. Franchement, accompagner Harold pour le laisser en arrivant aux frontières de l'île, je vois pas l'intérêt. Les autres pourront très bien faire du repérage sans moi, je préfère attendre le début de la bataille ici.

Thorkell soupira, il avait beau être en froid avec Harold, il n'approuvait pas le comportement de son ami.

— Tu ne devrais pas désobéir aux ordres, tu pourrais t'attirer des ennuis.

— Ils ne verront même pas que je ne suis pas là et puis tu n'es plus à la tête de la Garde Noire alors pas la peine de faire cette tête-là.

— Merci de me le rappeler… marmonna Thorkell.

— Harold a eu tort de faire ça, sache que si tu as besoin je serais là.

Le regard de Baldwin était appuyé et des plus évocateur, comprendre le sous-entendu n'était pas difficile. Il resterait fidèle à Thorkell. C'était au-delà de la désobéissance, il s'agissait presque de trahison. Thorkell se contenta de hocher la tête, malgré tout savoir qu'il pouvait compter sur Baldwin était rassurant.

— Au moins maintenant tu vas être un peu plus libre de tes mouvements, tu devrais en profiter.

— Pour quoi faire ?

— Tu pourrais commencer par t'illustrer lors de la bataille d'aujourd'hui. Prends le commandement d'une part des dragonniers et montre leur que tu es digne de les commander. Ce sont des nordiens, ils te connaissent et te respectent, fais cela et ils te suivront.

— C'est bien ce que je compte faire, aurais-tu oublié qu'il s'agit des ordres.

— À une différence près, moi et quelques autres de la Garde sommes prêts à nous placer sous ton commandement. Tu disposeras ainsi d'une force conséquente.

La répartie de Baldwin le laissa pantois et saisit d'un tremblement imperceptible. Tout autour d'eux les marins s'acharnaient sur leur travail, les soldats attendaient arme à la main, et son père de la dunette veillait d'un œil inquisiteur. Personne ne s'arrêta, personne ne fit mine d'avoir entendu et certainement était-ce le cas, mais on ne pouvait en être sûr, d'autant plus sur le Dragon des Mers où tous étaient fidèles à Harold. Il était de ces choses qu'il valait mieux taire et les paroles de Baldwin prenaient une tournure de plus en plus dangereuse.

— Tu devrais faire attention à tes paroles.

— Je souhaite seulement t'aider Thorkell.

— Ce que tu dis… commença Thorkell avant d'être coupé.

— Est quoi ? Dangereux ? De la trahison ? Je ne fais rien de plus que les chefs. Le titre de Protecteur du Nord n'est pas indissociable d'Harold. Les chefs pourraient très bien décider de l'attribuer à quelqu'un d'autre. Il manquerait plus qu'il soit interdit d'en parler !

Après réflexion Thorkell réalisa que Baldwin n'avait pas tort. Dernièrement il avait tendance à tout voir d'un mauvais œil. Certes parler de confier le plus haut titre du nord à une autre personne pouvait porter à suspicion, mais ce n'était pas interdit. Il n'en fallait pas moins surveiller ses paroles en ces temps troubles cependant bien hardi serait celui qui oserait accuser le fils du plus puissant chef du nord de trahison.

— Interdit, non, mais ce n'est pas utile si ce n'est à nous rendre suspects alors même qu'on sait qu'il existe un espion. De toute façon Harold ne perdra pas son titre.

Sur sa dernière phrase, la voix de Thorkell avait perdu de son assurance. Il ne savait pas ce qu'il souhaitait réellement. Sa colère contre Harold était des plus réelles, mais de là à vouloir le faire destituer de son titre il y avait un gouffre, ou peut-être était-ce un fossé. L'un était plus facile à franchir que l'autre. Voulait-il une telle chose ? Il n'aurait su répondre. Il s'était déjà disputé avec Harold, la plupart du temps pour des chamailleries, des choses sans importances, jamais à ce point. Leur amitié était-elle arrivée au point de non-retour ? Y avait-il encore une chance de rétablir leur relation ?

— Sans le soutien de ton père il ne faudrait pas grand-chose. Quelques erreurs de plus et il perdra son titre.

— Mon père n'est pas son seul soutien et rien ne dit qu'Harold accepterait sans broncher.

— Il a toujours été le premier à dire qu'il ne voulait pas de tout ça, je serais étonné qu'il s'oppose. En plus, il voudra sûrement profiter de son temps libre désormais.

Thorkell lui jeta un regard interrogatif.

— Tu sais, dans la Garde Noire ça parle et on n'est pas aveugle. Pour toi et Eldrid je m'en suis douté quasiment dès le début, pareil pour Harold. Il est évident qu'il a un faible pour la nouvelle.

— La nouvelle ?

— Astrid. Il vient juste de l'inviter à venir dans le nord et je suis sûr qu'il a déjà prévu de la faire entrer dans la Garde.

— Justement, jamais il ne laissera la place.

— Rien ne l'empêche de faire partie de la Garde, même s'il perd son titre.

— Hmm… Peut-être…

Thorkell s'appuya contre le bastingage avec un soupir. Le sentiment de puissance qui l'avait gagné un peu plus tôt s'était dissipé sous les propos de leur conversation. Ses prunelles aux reflets indigo se firent mélancoliques, perdues dans la contemplation des navires de leur flotte. Des Skeids tirés par des dragons, des drakkars toutes voiles déployées, fendant les flots au bruit fracassant des vagues sur leurs coques. Comment en étaient-ils arrivés là ? Jamais il n'aurait pu imaginer une telle chose à peine quelques mois auparavant. Tout était devenu si compliqué.

Avant les choses étaient bien plus simples… Il n'était pas question de trahison, de savoir si l'on vivrait ou mourait le jour même, si l'un de nos amis nous serait enlevé. Cette guerre aura tout changé…

— Pourquoi en veux-tu à Harold ? finit par demander Thorkell.

Baldwin avait lui aussi le regard perdu sur leur armada, il avait adopté une posture nonchalante, mais il ne put cacher une légère surprise à l'entente de la question.

— Je ne lui en veux pas.

— C'est pourtant ce dont ça à l'air.

— Je lui suis reconnaissant, jamais le nord n'avait connu une telle prospérité que celle de ces dernières années. Cependant…

Thorkell attendit que Baldwin reprenne, mais rien ne vint. Les secondes s'égrenèrent, Thorkell le regarda en biais. Baldwin avait perdu son regard sur le vol d'un dragon haut dans les cieux. Thorkell patienta encore un instant puis sa patience atteignant ses limites il relança son ami.

— Cependant ?

— Hein ? Ah oui… Harold n'est pas nordien… Il agit parfois avec tellement d'insouciance, oubliant tout de nos traditions et de nos protocoles. Il essaie toujours de faire au mieux et cela finit toujours par nous retomber dessus, en plus… le titre devrait appartenir à l'un d'entre nous.

Thorkell laissa courir ses mains sur le bois rugueux du bastingage, son regard volant de voiles en voiles, là où les emblèmes des clans tant du nord que du sud se mêlaient pour une coopération sans précédent.

— Être nordien n'est pas un gage d'exemplarité et de sécurité, répliqua Thorkell d'un ton âpre, le regard dur. Tu devrais te préparer, nous allons bientôt arriver.

La discussion était terminée, il n'y avait plus rien à dire. Thorkell ne voulait pas s'engager sur ce type de débat. Il se détourna et remonta le pont. En passant près des soldats il les encouragea d'un mot ou d'un geste, les rassurant sur la victoire à venir. On le saluait d'un poing sur le cœur, il y répondait d'un signe de tête et d'un sourire. Aujourd'hui, sans en avoir le choix, tous allaient connaître la peur et le courage, la tristesse et la joie. Il ne restait qu'à eux de choisir si cela se terminerait par la gloire ou le désespoir.

Thorkell arriva à la proue du navire. Devant lui se dessinait l'île de Dagur avec son grand port derrière lequel s'étirait un village gagnant de plus en plus de hauteur en entrant dans les terres avant de s'écraser contre la première enceinte de murs de la place forte. Il faudrait encore en franchir deux autres pour en atteindre le centre. Ils entouraient la citadelle presque entièrement, laissant place en un seul endroit, à l'opposé de l'endroit où l'armée de l'Alliance débarquerait, à une frêle montagne escarpée aux arrêtes acérées. C'était là leur seule faille, de là qu'Harold est son groupe arriverait. En passant par le ravin, ils éviteraient tous les obstacles pour arriver directement dans le cœur névralgique. Un chemin dangereux, étroit et sinueux, mais s'ils réussissaient le jeu en vaudrait la chandelle.

Au-delà des murs, sur la gauche du village, Thorkell repéra les vastes plaines verdoyantes de l'île. Ils auraient largement la place d'y déployer leur armée, ils pourraient aisément y camper, soldats et marins auraient enfin un peu d'espace pour eux. L'île se rapprochait de plus en plus, bientôt l'assaut serait lancé. Il ne restait plus qu'à espérer qu'Harold avait pu accomplir sa mission.

— Et tu as intérêt à ramener tout le monde cette fois... murmura pour lui-même Thorkell, toutes ses pensées tournées vers la jeune rouquine dont il était amoureux.

Il avait une demande à faire.