Chapitre 17. Juste Hermione Granger

Dans le petit appartement, la musique résonnait, assourdissante.

Hermione frottait la vaisselle sale avec un enthousiasme pour le moins étonnant, elle qui passait habituellement ses soirées en pyjama à lire des bouquins.

Elle se sentait comme une lionne en cage. Elle avait besoin de se changer les idées. De sortir.

Elle hésita un instant, une éponge et une assiette collante à la main, puis déposa tout au fond de l'évier, sous l'eau mousseuse. Elle s'essuya et claqua des doigts. La vaisselle continua à se laver toute seule.

Assez perdu de temps. Elle n'était pas Cendrillon, par les couilles de Merlin, elle était la Fée marraine.

Elle se rendit à sa chambre.

Une demi-heure plus tard, elle remontait une rue pluvieuse de Londres, côté moldu, juchée sur des talons hauts qu'elle portait rarement. Elle avait mis la main sur une petite robe qui traînait au fond de sa penderie et tressé quelques-unes de ses mèches de cheveux pour les dégager de son visage. Le reste de ses boucles folles lui tombait sur les épaules. Un charme empêchait son maquillage de couler sous l'averse.

Elle sourit. Elle se sentait invincible.

Elle entra dans un bar choisi au hasard et d'où écumait un rock aussi lourd que celui qu'elle avait écouté en faisant ses tâches ménagères.

Le mec le plus attirant de l'endroit fut vite repéré. Hermione se prêta à son petit jeu bien rôdé et fut satisfaite de constater qu'elle n'avait pas perdu la main, malgré ces deux mois passés sagement loin des bars moldus. Depuis sa rencontre impromptue avec Severus Rogue, elle avait curieusement perdu le goût de faire sa tournée habituelle. Peut-être que le Maître des potions avait mis trop haut la barre de ses standards. Il était temps de renverser la tendance.

Bientôt, elle se retrouva dans les toilettes, à genoux, avec dans la bouche les attributs virils d'un pur inconnu. Elle s'appliqua de son mieux et l'heureux élu fut comblé, à en croire ses grognements.

Tout se passait à merveille.

Mais un détail restait incompréhensible : ce soir, Hermione n'en tirait aucune satisfaction. Aucune sensation petite ou grande de pouvoir. Ce soir, elle avait l'impression de n'être rien de plus qu'Hermione Granger. Et c'était étrangement frustrant.

Grands dieux, l'homme lui tenait maintenant les cheveux à pleines poignées. Il commandait le mouvement.

Quand elle sentit qu'il ne se contiendrait plus longtemps, elle voulut se retirer. Mais il l'en empêcha. Elle se débattit. Mais l'homme était trop fort pour elle et la position ne lui laissait aucune chance.

Pendant une fraction de seconde, elle s'imagina lui lancer un sort puis l'amnésier. Seulement, il aurait ensuite fallu qu'elle explique au bureau des aurors pourquoi elle avait usé d'une magie d'attaque contre un moldu. Il aurait fallu qu'elle raconte comment elle s'était mise belle puis accroupie devant un étranger pour prendre soin de lui de façon toute spéciale.

Alors elle resta là, impuissante, la bouche grande ouverte, à recevoir malgré elle le liquide dégoûtant qui lui gicla dans la gorge. Elle s'étouffa, fut secouée de haut-le-cœur, et quand l'homme lui lâcha enfin les cheveux, elle se retira juste à temps pour vomir à terre.

Elle toussa, cracha, haleta.

Lorsqu'elle trouva la force de se redresser, le front couvert de sueur, les joues ruisselantes de larmes de panique, l'homme avait disparu.

Elle était juste Hermione Granger, tout seule au fond d'un bar moldu, à genoux dans la saleté.