Chapitre 45 : Retour à Poudlard
Note de la traductrice :
Comme d'habitude, les passages en italique sont extraits de la traduction de J-F Ménard. Les passages pas en italique au milieu des passages en italique sont en italique dans l'original, j'ai donc inversé. Pour faire la différence avec les passages naturellement pas en italique, je vous laisse voir.
(plus sérieusement, j'ai envisagé de tout mettre en italique mais je suis tellement maniaque sur la mise en page que ça me paraissait bizarre).
- C'est de l'esclavage, répliqua Hermione, la respiration sifflante. C'est grâce à ça qu'on a eu à dîner, grâce à des esclaves.
Et elle refusa d'avaler quoi que ce soit d'autre.
- Sirius a un elfe de maison, commenta Harry, pas pressé de dire à Hermione qu'il était au courant pour les elfes de maison de Poudlard depuis des années et qu'il n'y avait pas trop réfléchi.
- Il s'occupe de la maison de Sirius à Londres. Il est, euh. Assez autoritaire.
Et meurtrier, mais Harry n'avait pas envie de dire ça.
- Je suppose que lui non plus n'est pas payé, dit Hermione d'un ton menaçant.
- Je sais pas trop, dit Harry. Sirius était à Azkaban, je ne pense pas qu'il ait eu le temps de parler à Kreattur de son contrat, et la famille de Sirius est assez ancien régime.
- Tu parles de Sirius Black ? demanda Neville d'une voix étrange.
- C'est mon parrain, dit Harry, regardant prudemment Neville. Je suis allé voir sa maison cet été.
Neville sembla ne avoir rien à ajouter, et Harry fut rapidement distrait par les efforts de Ron pour essayer de convaincre Hermione de manger.
Le hall était rempli d'élèves qui faisaient la queue pour entrer dans la Grande Salle. Ils venaient de se mettre au bout de la file lorsqu'une voix sonore retentit derrière eux :
- Weasley ! Hé, Weasley !
Harry, Ron et Hermione se retournèrent. Malefoy, Crabbe et Goyle arrivaient derrière eux, l'air ravi.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda sèchement Ron.
- Ton père est dans le journal, Weasley ! dit Malefoy.
Il brandissait un exemplaire de La Gazette du Sorcier en parlant le plus fort possible pour que tout le monde l'entende.
- Écoute un peu ça !
NOUVELLES BÉVUES AU MINISTÈRE DE LA MAGIE
Il semble que les ennuis du ministère de la Magie soient loin d'être terminés, écrit notre envoyée spéciale, Rita Skeeter. Récemment montré du doigt pour l'insuffisance de son service d'ordre lors de la Coupe du Monde de Quidditch, et toujours incapable de donner la moindre explication concernant la disparition de l'une de ses sorcières, le ministère se voit à nouveau plongé dans l'embarras à la suite des fantaisies d'Arnold Weasley, du Service des détournements de l'artisanat moldu.
Malefoy releva la tête.
- Tu te rends compte, Weasley, croassa-t-il, ils ne connaissent même pas son nom exact, c'est comme si ton père n'avait aucune existence.
Dans le hall, à présent, tout le monde écoutait. D'un geste théâtral, Malefoy déplia le journal et reprit sa lecture :
Arnold Weasley, qui fut poursuivi il y a deux ans pour possession d'une voiture volante, s'est trouvé impliqué hier dans un incident qui l'a opposé à des représentants de l'ordre moldu (appelés gendarmes) à propos de poubelles particulièrement agressives. Il semblerait que M. Weasley se soit précipité au secours de Maugrey "Fol Œil", un ex-Auror d'un âge avancé, qui fut mis à la retraite par le Ministère lorsqu'il apparut qu'il était devenu incapable de faire la différence entre une poignée de main et une tentative de meurtre. Comme on pouvait s'y attendre, en arrivant devant la maison transformée en camp retranché de M. Maugrey, M. Weasley fut bien obligé de constater que l'ancien Auror avait une fois de plus déclenché une fausse alerte. Avant de pouvoir échapper aux gendarmes, M. Weasley s'est vu contraint de lancer plusieurs sortilèges d'Amnésie afin de modifier la mémoire des témoins. Il a cependant refusé de répondre aux questions de La Gazette du Sorcier qui souhaitait lui demander pourquoi il avait cru bon d'impliquer le Ministère de la Magie dans cette bouffonnerie peu digne d'un de ses représentants, et dont les conséquences pourraient se révéler fort embarrassantes.
- Et il y a une photo, Weasley ! dit Malefoy en agitant le journal qu'il tenait bien en vue. Une photo de tes parents devant leur maison – si on peut appeler ça une maison ! Ta mère aurait peut-être intérêt à perdre quelques kilos, tu ne crois pas ?
Ron tremblait de fureur. Tous les élèves avaient les yeux fixés sur lui.
- Cette fois c'est bon, dit Harry, d'une voix qui lui semblait étrange même à lui-même. Qu'est-ce que Ron t'a fait, hein ? Lâche-nous, Malefoy. Ou je m'arrangerai pour que tu nous lâches.
- Oh, et comment tu comptes faire ça, Potter ?
- Je suis sérieux. J'en ai ras le bol de ce petit jeu. Tu détestes son père parce qu'il veut mettre ton père à toi en prison pour le recel d'objets maléfiques. Tu as peur, Malefoy ?
Le teint pâle de Malefoy rosit légèrement.
- Ne t'avise pas de parler de mon père, Potter.
- Dans ce cas, ferme-la, répliqua Harry en s'en allant.
BANG !
Plusieurs élèves poussèrent des cris et Harry sentit quelque chose de brûlant lui frôler la joue. Il plongea sa main dans sa poche pour saisir sa baguette magique mais, avant qu'il ait eu le temps de la toucher, il entendit un second "BANG" et un rugissement qui résonna dans tout le hall d'entrée :
- PAS DE ÇA, MON BONHOMME !
Harry fit volte-face. Le professeur Maugrey descendait en claudiquant les marches de l'escalier de marbre. Il avait sorti sa baguette magique et la pointait sur une fouine qui tremblait de tout son corps sur le sol recouvert de dalles, à l'endroit exact où s'était trouvé Malefoy quelques instants auparavant.
Un silence terrifié régna soudain dans le hall. À part Maugrey Fol Œil, personne n'osait faire un geste. Maugrey regarda Harry – de son œil normal, l'autre étant tourné vers l'arrière de sa tête.
- Tu as été touché ? grogna Maugrey.
Sa voix était grave et rocailleuse.
- Non, répondit Harry, il m'a raté.
- LAISSE-LE ! s'écria Maugrey.
- Laisse quoi ? demanda Harry, sans comprendre.
- Pas toi, lui ! gronda Maugrey en montrant du pouce par-dessus son épaule Crabbe, qui venait de s'immobiliser au moment où il s'apprêtait à ramasser la fouine.
Apparemment, l'œil mobile de Maugrey était magique et lui permettait de voir derrière sa tête.
Maugrey s'avança en boitant vers Crabbe, Goyle et la fouine qui poussa un couinement terrifié et fila vers l'escalier qui menait au sous-sol du château.
- Non, pas par là ! rugit Maugrey en pointant à nouveau sa baguette magique sur la fouine qui fit un bond de trois mètres, retomba avec un bruit sourd sur le sol, puis s'éleva à nouveau dans les airs.
- Je n'aime pas les gens qui attaquent par derrière, grogna Maugrey tandis que la fouine faisait des bonds de plus en plus hauts en lançant des cris de douleur. C'est lâche, c'est minable, c'est répugnant…
La fouine fut à nouveau projetée en l'air, agitant inutilement sa queue et ses pattes.
- Ne – refais – jamais – ça ! lança Maugrey, en détachant chaque mot au rythme des bonds et des chutes de la fouine.
- Professeur Maugrey ! s'exclama une voix d'un ton scandalisé.
Le professeur McGonagall descendait l'escalier de marbre, les bras chargés de livres.
- Bonjour, professeur, dit calmement Maugrey, qui continuait de faire bondir l'animal de plus en plus haut.
- Que… qu'est-ce que vous faites ? balbutia le professeur McGonagall en suivant des yeux l'animal qui se tortillait dans les airs.
- J'enseigne, répondit Maugrey.
- Vous ens… Maugrey, c'est un élève ? s'écria le professeur McGonagall d'une voix suraiguë en laissant tomber ses livres par terre.
- Ouais, dit Maugrey.
- Non ! hurla McGonagall qui dévala l'escalier, sa baguette magique en avant.
Puis, avec une expression étrange sur le visage, elle s'arrêta.
- Monsieur Malefoy ? demanda-t-elle, sans quitter la fouine des yeux.
- Ouais, c'est lui, confirma Maugrey.
- Monsieur Malefoy, dit le professeur McGonagall, c'est une bonne occasion de pratiquer. Concentrez-vous, si vous voulez bien. Secondaire sera plus facile que primaire, je pense.
La silhouette de la fouine clignota comme dans un vieux film de mauvaise qualité, puis ce fut un petit chat blanc, la fourrure hérissée, puis Malefoy, haletant, recroquevillé sur le sol.
- Maugrey, nous n'avons jamais recours à la métamorphose pour infliger des punitions ! dit le professeur McGonagall d'une voix furieuse. Le professeur Dumbledore vous l'a sûrement précisé ?
- Il y a peut-être fait allusion, c'est possible, répondit Maugrey en se grattant le menton d'un air indifférent. Mais j'ai pensé qu'un bon traitement de choc…
- Nous donnons des retenues, Maugrey ! Ou nous parlons avec le responsable de la maison à laquelle appartient l'élève fautif !
- D'accord, c'est ce que je ferai, dit Maugrey en regardant Malefoy d'un air dégoûté.
- T'es une petite surprise, hein, dit Maugrey à Malefoy. Ça n'avait pas l'air d'un compliment. Les autres élèves s'étaient mis à murmurer – Harry entendit Ron demander à Hermione si elle savait que Malefoy était un animagus.
Malefoy se remit sur ses pieds.
- Alors, le responsable de ta maison, c'est Rogue, non ?
- Oui, répondit Malefoy d'un ton hargneux.
- Encore un vieil ami, grogna Maugrey. Ça fait longtemps que j'ai envie de bavarder avec le vieux Rogue… Allez, viens un peu par là…
Il saisit Malefoy par le bras et l'entraîna en direction du sous-sol.
Le professeur McGonagall les regarda s'éloigner d'un air anxieux, puis elle agita sa baguette magique vers ses livres qui reprirent tout seuls leur place entre ses bras.
