Bonjour ! Vu le titre et le suspense insoutenable sur lequel on vous a laissé au dernier chapitre, vous comprendrez facilement de quoi il sera question ici ! Sinon c'est que vous avez loupé une étape, que vous avez une très mauvaise mémoire, ou que vous vous êtes perdus...
Bref on vous laisse, bonne lecture ! Spoiler : ce n'est pas très joyeux.
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– L'éducation des jumeaux –
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Les jumeaux se présentèrent dans l'antichambre alors que le soleil baignait à peine Balar de ses rayons. J'étais levé depuis un certain temps déjà, tiré du sommeil par une insomnie avant que l'aube ne pointe, mais je fus étonné de les voir si matinaux.
-Vous étiez plutôt du genre à grogner quand on tirait les rideaux de votre chambre, m'exclamai-je avec amusement.
Elros s'installa, ou plutôt s'affala, dans le sofa face à la fenêtre en s'exclamant :
-C'est à cause de Maglor. Comme il ne dormait pas beaucoup, il se mettait à jouer de la harpe tôt le matin, ça réveillait tout le monde. Du coup on a pris l'habitude.
Le nom du fils de Fëanor me fit instinctivement retenir mon souffle. C'était la première fois depuis leur retour qu'il était fait mention de l'un d'eux.
Elrond s'assit aux côtés de son frère, avec beaucoup plus de retenue, et une lenteur que je trouvais même travaillée. Il regardait un point par-dessus mon épaule, l'air pensif, les mains serrées sur les genoux. Il offrait un étrange contraste avec Elros, étalé sans grâce comme une méduse échouée.
Je les avais toujours considérés comme indifférenciables, comme deux gouttes d'eau coulant côte à côte le long d'une vitre. Mais désormais, leur différence était frappante. Comme si, alors qu'ils grandissaient trop vitre, trop brusquement, un fossé s'était creusé entre eux.
-Alors, Celeborn, tu voulais nous faire cours ? lança Elros en tirant malicieusement la langue. Nous sommes là, élèves assidus ; qu'as-tu à nous apprendre ?
-Beaucoup de choses, répondis-je en souriant. La dernière fois que je vous ai vus, vous ne saviez même pas lire…
-Oh, tu penses vraiment que nous sommes attardés à ce point-là ?
Elros me souriait d'un air un peu narquois.
-Nous avons bien évidemment appris à lire et à écrire. Nous avions étudié l'histoire, la musique, l'astronomie, les sciences. Quelques recettes de cuisine, aussi. Maedhros est un excellent cuisinier, tu sais ? Il sait faire des tas de choses, surtout des pâtisseries. Ses tartes aux fruits sont à tomber par terre. C'est impressionnant de le voir préparer tout ça lui-même, avec une seule main !
Et il continua ainsi, volubile comme à l'accoutumée, et je l'écoutais malgré moi, abasourdi. Il m'expliqua que Maglor leur permettait de se coucher plus tard le soir en hiver, pour pouvoir admirer le coucher le soleil à l'horizon, et les plaines enneigées sous le ciel nocturne. C'était tellement beau, la neige, et ils n'en avaient jamais vu avant ! Mais c'était froid, aussi, très froid, et ils s'en étaient rendus compte trop tard. Elrond et lui étaient tombés malades, une fois, à cause de ça. Ça n'arrivait jamais, chez les elfes, avait dit la guérisseuse. Mais c'était la faute à leur sang humain, ils étaient plus sensibles… alors Maglor avait fait attention à ce qu'ils soient bien couverts quand ils sortaient. C'était lui qui leur avait servi de précepteur, et il leur avait appris le Sindarin le Quenya ; c'était la langue de leur peuple paternel, leur avaient-ils expliqué, qui avait été proscrit par Thingol, mais que les derniers Noldor employaient toujours. Il leur avait enseigné la calligraphie, il leur avait montré quelles plantes pouvaient guérir une blessure. Il leur avait parlé de l'histoire de leur famille, du nom des étoiles et de la beauté de la musique. Il leur avait parlé de beaucoup de choses. Et Elros expliquait tout ça, parlait, parlait, parlait aussi, parlait, parlait, parlait encore, avec dans sa voix une chaleur vibrante, et Elrond ne disait rien, mais son regard approuvait.
-Mais… balbutiai-je quand, enfin, le flot de paroles se tarit.
Ils me regardèrent tous les deux, et leurs visages revêtaient la même expression attentive.
-Mais… Alors vous avez été bien traités ? lâchai-je, ahuri.
Avec une synchronisation parfaite, ils écarquillèrent les yeux comme des soucoupes, me fixant comme s'il m'était poussé des oreilles rondes. Je vérifiais rapidement que je n'étais pas devenu invisible par mégarde, mais apparemment, tout allait bien.
Soudain, Elrond se leva en bousculant la table basse qui nous séparait. Je crus un instant qu'il allait se jeter sur moi. Elros bondit pour lui saisir le bras, mais il se dégagea avec rudesse et recula, sans me quitter des yeux, ces yeux pleins d'orage et de pluie qui me firent presque peur.
-Évidemment qu'ils nous ont bien traités ! hurla-t-il.
Et il s'enfuit en claquant la porte.
Elros, un genou à terre, fixait l'endroit où son frère se tenait un instant plus tôt, abasourdi. Et moi, incapable du moindre mouvement, j'essayais désespérément de comprendre ce qui m'échappait.
-Elros…
Il tourna la tête vers moi.
-Vous étiez bien, avec eux ? demandai-je, presque timidement.
Cela me paraissait inconcevable, mais il hocha lentement la tête.
-Ils ont été bons avec nous, souffla-t-il en se relevant. Maglor… il nous a traité comme ses propres fils.
Il me sourit, d'un air si triste que je crus qu'il allait éclater en sanglots.
-Elrond s'était attaché à lui, beaucoup. Il… n'a pas voulu partir. Nous ne savions pas que tu étais là, sinon, sois sûr que nous aurions été bien plus heureux de venir ici.
Il y avait une fêlure dans sa voix, une fragilité insupportable, qui me donna envie de lui demander de se taire. Je détournais le regard, incapable de regarder en face cet enfant qui n'en était plus un.
La porte de l'antichambre s'ouvrit à cet instant, sur le visage contrarié de Cirdan.
-J'ai vu passer l'un des gamins en courant. N'étiez-vous pas censé leur faire la classe à tous les deux ?
-Si, avouai-je, un frisson nerveux parcourant ma nuque. Par où est-il parti ?
-Il fonçait vers l'escalier de l'aile sud, m'informa Cirdan.
-Nos chambres sont là-bas, dit Elros d'une petite voix.
-J'y vais, décidai-je brusquement.
Je quittais la pièce en coup de vent, manquant de bousculer Cirdan au passage, et me ruais dans la direction indiquée. Au fil du temps, j'avais appris à connaître les nombreux couloirs, les colonnades et les balcons du palais de Balar ; je fus rendu en quelques minutes à la porte des jumeaux. Mais quand je tentais de l'ouvrir, elle résista et resta close.
-Elrond ! appelai-je en frappant le battant du poing, excédé. Ouvre cette porte tout de suite !
De l'autre côté, aucun bruit ne trahit la présence de l'enfant, mais il était évident qu'il était là. Il n'y avait pas de verrou aux portes ; il devait l'avoir bloquée avec une chaise, ou je ne sais quoi d'autre.
-Elrond, ne fais pas l'enfant. Ouvre.
Je tentais de calmer ma voix et mon souffle précipité. Mieux valait qu'il ne me sente pas en colère. Mais j'imaginais que c'était trop tard.
-Elrond, essayai-je encore, faiblement. Allez, s'il te plaît, ouvre. On doit parler.
J'appuyais mon front contre le battant en fermant les yeux, priant silencieusement les Valar de me venir en aide. Un désespoir glacial m'enserrait la poitrine.
J'eus soudain un mouvement de recul en entendant un cliquetis derrière la porte. Et, une interminable seconde plus tard, celle-ci s'ouvrit. Le visage d'Elrond apparut dans l'encadrement.
-Qu'est-ce que tu veux ?
Sa voix était dépouillée de la moindre émotion.
-Te parler, répondis-je doucement.
Il me dévisagea, le menton levé. Puis, sans rien dire, il ouvrit sa porte, m'invitant à rentrer.
La chambre des jumeaux était assez petite, mais pourvue d'un vaste lit double où ils dormaient ensemble. Les rideaux de la fenêtre étaient encore tirés, la plongeant dans une pénombre que je jugeais sinistre. Un seul chandelier était allumé, posé devant le miroir de la cheminée pour mieux réfléchir la lumière dans toute la pièce. J'appréciais intérieurement l'ingéniosité du dispositif.
-C'est Maglor qui m'a montré ça, m'informa Elrond d'un ton mordant. On ne pouvait pas se permettre de faire des folies en termes de dépenses de chandelles.
Je me demandais si la phrase était de lui, ou s'il répétait simplement ce qu'il avait entendu ; après tout, constatai-je tristement, je ne savais presque rien de cet enfant.
-C'est intelligent, me hasardais-je à répondre.
Je parcourais la chambre du regard, sans rien voir ou presque qui pût signifier que les jumeaux vivaient là. Quelques vêtements dépassant du coffre mal fermé au pied du lit. Un livre laissé sur le guéridon, un marque-page glissé dans la couverture. Une paire de chaussures abandonnées près de la porte. C'était tout.
Elrond s'assit sur son lit, digne comme un prince à une audience.
-Tu voulais me parler ?
Je m'humectais nerveusement les lèvres, sans savoir par quoi commencer. J'avais à la fois tant et rien à dire… D'un coup, il me sembla presque ridicule d'être venu le chercher. Mais à présent, il attendait, avec une impassibilité que je trouvais presque effrayante. Le petit garçon qui courait dans tous les sens en réclamant des tartelettes aux myrtilles avait réellement disparu.
Tandis que je cherchais quoi dire, mon regard avisa soudain quelque chose posé sur l'édredon soigneusement tiré. On aurait dit un papier plié. Une plume gisait à ses côtés.
-Qu'est-ce que c'est ? demandai-je sans pouvoir m'en empêcher.
Il tourna la tête pour suivre mon regard, et sa mâchoire se serra. Sa main jaillit comme un serpent qui mord, récupéra le papier qu'il blottit prestement contre sa poitrine.
-Une lettre, lâcha-t-il au bout d'un long silence, me fixant comme s'il me défiait de lui arracher son bien.
-A qui écris-tu ? m'étonnai-je.
Il me semblait improbable qu'il ait des correspondants en dehors de Balar.
A moins que…
Non. Par les Valar, non.
-Elrond, rassures-moi, murmurai-je, tu n'es pas en train d'écrire aux fils de Fëanor ?
Il ne répondit pas, mais son silence était le plus éloquent des aveux.
-Donne-moi ça, ordonnai-je d'une voix blanche.
Il bondit en arrière comme un chat sauvage, ses deux mains agrippant si fort le parchemin qu'elles le froissèrent.
-Non.
-De toute façon, tu ne pourrais jamais leur envoyer, m'exclamai-je. Aucun messager ne le leur portera, ni elfe ni pigeon voyageur. Oublie-les, Elrond ! Après ce qu'ils t'ont fait…
-Justement ! cracha-t-il. Tu les traites de monstres, mais ils ont été gentils avec nous !
-Ils vous ont enlevés après avoir tué votre mère, Elrond !
Il sursauta comme si je l'avais giflé.
Je fermais brièvement les yeux en me traitant de tous les noms. Qu'avais-je encore dit… ? Qu'avais-je encore fait ?
Mais quand Elrond répondit, sa voix était étonnamment calme :
-Elle a sauté de la falaise. C'est elle qui a choisi. Ce n'était pas de leur faute.
-Et pourquoi crois-tu qu'elle a sauté ? Parce que les Fëanorion l'avaient acculé…
-C'est elle qui a choisi, répéta-t-il, obstiné. Elle aurait pu leur donner le Silmaril. Mais elle a sauté avec. Elle a choisi.
Terriblement frustré, je ressentis l'envie de frapper un mur. L'histoire serait trop longue, trop complexe à raconter à un être si jeune. Elwing n'avait pas eu le choix. Pas après avoir fui, lutté, souffert si longtemps.
-Nous, on était caché dans les ruines près de la falaise, reprit Elrond, le regard dans le vague, parlant plus pour lui-même que pour moi. On a tout vu. On avait peur. C'est Maglor qui nous a trouvé. Il avait du sang sur son armure et sur son épée. Il aurait pu nous tuer. Il ne l'a pas fait.
Il roula la lettre en boule dans son poing serré, les yeux rivés au sol.
-Maglor, il disait qu'il nous aimait. Il disait qu'il était heureux qu'on soit avec lui. Maedhros, il ne le disait pas, mais je crois qu'il le pensait aussi. Et après il a changé d'avis. Après, il a dit qu'on avait pas notre place auprès d'eux. Il voulait qu'on aille au sud, « avec les nôtres » il disait… Mais Maglor, il voulait pas. C'est Maedhros qui a insisté, beaucoup, beaucoup. Ils se sont disputés à cause de ça. C'est Maedhros qui a gagné. Tu sais, Maglor, il était triste de nous voir nous en aller, et nous aussi, on était tristes. Alors je voulais lui écrire, pour lui dire qu'on allait bien, et qu'on pensait à lui.
Il y avait quelque chose, dans ses mots d'enfants, qui me bouleversa profondément. Peut-être parce que je sentais sa colère contenue, étouffée, une colère qui vibrait dans sa voix frêle mais ne s'exprimait pas complètement ; et cette colère-là, je ne la connaissais pas. J'aurais préféré qu'il explose, qu'il hurle pour de bon, qu'il me frappe, peut-être. Mais Elrond n'était pas comme Thranduil. Les visages des deux enfants se superposaient dans mon esprit, mais sans se fondre tout à fait ensemble ; ils étaient trop différents.
Je soupirais, et m'agenouillai au sol pour être à sa hauteur. Il se tenait à distance, comme s'il craignait que je ne l'attaque, ses yeux brûlants ne me quittant pas.
-Elrond, je doute que tu les revoies un jour, déclarai-je avec un regret sincère. C'est pour ton bien que je te demande de les oublier. Ils… peut-être ont-ils été bons avec vous, et je m'en réjouis, mais ils ont fait beaucoup de mal à bien d'autres personnes.
-Dont toi ?
Il n'y avait plus de colère sur son visage.
-Dont moi, avouais-je en hochant la tête.
Je repoussais fermement les souvenirs qui se bousculaient aux portes de mon esprit.
Le parchemin roulé en boule tomba à ses pieds. Il ne le ramassa pas. Il s'approcha de moi à pas lents. Puis, tendant les bras, il les enroula autour de mon cou et se serra contre moi. Son étreinte était différente du jour de leur arrivée à Balar. Je l'accueillis sans rien dire, incapable de dire si j'étais heureux ou profondément triste.
Malgré moi, dans mes tréfonds de ma mémoire se rejouait le duel qui m'avait opposé à Maglor Fëanorion. Mais la lettre d'Elrond resta froissée au sol, et plus jamais il ne parla d'écrire à qui que ce soit.
Le soir même, Galadriel et moi rejoignîmes Gil-Galad et Cirdan pour dîner en leur compagnie. Je fus surpris de voir Elrond et Elros présents à table. D'ordinaire, ils mangeaient à part, souvent dans la cuisine en compagnie des servantes.
-Alors, votre premier cours ? demanda Gil-Galad, son regard allant de moi aux jumeaux sans cacher sa curiosité. Comment cela s'est-il passé ?
Je retins une grimace, peu enclin à lui avouer que cela avait été un fiasco. A ma gauche, Cirdan m'adressa un regard en coin.
-Très bien, je vous remercie de vous en enquérir, répondis-je en espérant être convainquant.
Cirdan ne fit aucune remarque, heureusement pour moi. Les jumeaux, quant à eux, se concentraient intensément sur leurs assiettes et ne levaient pas le nez.
Vous n'avez jamais eu de chance avec vos élèves, meleth, souffla moqueusement Galadriel dans mon esprit.
Je vous en prie, ne me raillez pas, soupirai-je.
Mais j'espérais que les leçons suivantes se passent mieux.
Il nous fallut encore un temps d'adaptation, mais les choses s'améliorèrent après quelques jours. Elrond abandonna petit à petit son sinistre mutisme, même s'il ne redevint jamais aussi bavard que son jumeau, et se plongea dans les études avec une passion qui faisait plaisir à voir. Elros était également assidu, mais il me demanda plusieurs fois si je comptais intégrer l'enseignement militaire à leur éducation. Il m'apprit que Maedhros les avait formés aux rudiments de l'épée. En ces temps troublés, savoir se défendre était essentiel, même dans la sécurité de Balar, aussi j'hésitais. C'était, en vérité, plutôt ma propre réticence à reprendre les armes qui me retenais. Depuis que nous étions hôtes de Cirdan, je n'avais pas retouché une épée, et je ne souhaitais plus avoir à le faire.
Ce fut Gil-Galad qui m'offrit de prendre en charge cette partie-là, et je cédais. Nous nous partageâmes ainsi leur éducation, et la vie reprit son cours paisible, sans plus aucun accroc. Au fil du temps, les jumeaux n'évoquaient plus le nom des Fëanorion, et j'osais espérais qu'ils les avaient un peu oubliés.
J'eus une petite frayeur un jour, cependant. Elrond et Elros étaient tous les deux en train de travailler leur calligraphie sur la table basse de mon antichambre, quand Galadriel survint, portant entre ses mains un plateau où trônait une belle tarte aux fruits.
-Ohhhh ! S'exclama Elros en levant le nez de son travail. C'est pour nous ?
-Bien sûr, répondit ma bien-aimée en déposant le plateau sur la table.
Les petits se levèrent aussitôt pour se rapprocher, tandis qu'elle découpait la tarte avec un grand couteau d'un air appliqué. Elle les servit généreusement, et après m'avoir adressé un regard narquois, me coupa également une part.
-Vous m'avez l'air affamé, mon ami, se moqua-t-elle alors que je me jetais sur la pâtisserie avec le même enthousiasme que les enfants. Vous l'aimez bien ? C'est moi qui l'ai faite.
-Ch'est vous ? répétai-je, étonné. Che ne chavais pas que fous cuichiniez.
-Ch'est amuchant, crachota alors Elros, on dirait exchactement les tartes de Maechros.
-Ne parlez pas la bouche pleine, bande de chenapans, nous sermonna Galadriel.
Elros déglutit et répéta plus intelligiblement :
-On dirait les tartes que fait Maedhros, je le jurerai.
Je frémis malgré moi à ce nom, mais Galadriel sourit. Elle se pencha vers eux, d'un air de confidence :
-C'est en effet la même recette. Il me l'a apprise il a longtemps, à Valinor.
Les jumeaux s'animèrent, les yeux brillants, et se mirent à la bombarder presque frénétiquement de questions, faisant orgueilleusement étalage des connaissances culinaires que le Fëanorion leur avaient transmises.
Mon regard allait de Galadriel aux enfants, des enfants à Galadriel, sans comprendre ce qui se passait. Elrond et Elros, enthousiastes, se mirent à discuter de cuisine avec mon épouse, et je renonçais très vite à suivre leur débat enflammé concernant la cuisson de l'entrecôte d'Orc.
Et puis un jour, alors qu'aucun de nous ne s'y attendait, la nouvelle se répandit sur les côtes et ses échos atteignirent notre île : l'armée de Valinor avait débarqué sur le sol du Beleriand, et elle marchait sur Angband ; à leur tête marchait un Maiar auréolé de la lumière de Manwë, et ils étaient venus détruire une fois pour toutes les ténèbres de Morgoth.
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Et voilà... Vous le sentez, que le tome 1 des tribulations touche gentiment à sa fin ?
