PROMPT : Petite ville
Septembre 1995
Toute bonne chose ayant une fin, il fut rapidement temps de reprendre le chemin de Poudlard. Harry avait passé un très bon été, et il avait eu la surprise d'avoir droit à une fête d'anniversaire surprise. Severus avait été invité, et Harry avait reçu des cadeaux des Malefoy, de son maître des potions et de façon beaucoup plus surprenante de Voldemort lui-même.
Ce dernier lui avait fait parvenir un grimoire traitant du Fourchelang et Harry en avait été bêtement touché… Il n'était pas le seul à avoir été surpris, il avait noté le regard étonné de son professeur.
Ils avaient fait leurs achats pour la rentrée sur le chemin de Traverse, Harry se tenant légèrement à l'écart des Malefoy. Il aurait préféré rester avec ses hôtes, mais il avait peur de leur attirer des problèmes si Dumbledore venait à le savoir. Ils s'étaient donc contentés de se "croiser" de très nombreuses fois, et Drago avait poussé malicieusement Harry à s'acheter des vêtements plus en adéquation avec son futur rôle de Lord. Ainsi pour la première fois de sa vie, le jeune homme avait des vêtements neufs et à sa taille.
C'est donc un Harry plus épanoui que jamais et souriant qui arriva à la gare, sur le quai 9 3/4. Il croisa le regard de Drago et lui sourit, saluant presque imperceptiblement les Malefoy.
Il choisit un compartiment libre et s'y glissa. Il n'avait pas envie de se retrouver au milieu de la foule de ses camarades tout de suite. Depuis de la mort de Cédric, beaucoup voulaient lui parler, pour avoir des détails morbides.
Harry se serait passé de ce regain de célébrité, et las de répéter qu'il ne voulait pas en parler, il préférait éviter un maximum ses camarades. C'étaient après tout ses derniers moments de solitude avant de retrouver la routine de Poudlard.
Installé contre la fenêtre, Harry soupira en regardant l'agitation sur le quai. Il vit la famille Weasley sur le quai et eut un sourire triste. Il semblait que son amitié avec Ron n'ait pas survécu au tournoi des trois sorciers. Il n'avait toujours pas eu d'explications sur le soudain éloignement du rouquin, et il n'était pas pressé de faire face à leur confrontation. Avec un soupir, Harry s'installa confortablement et sortit un livre - celui offert par Voldemort.
Il se plongea dans la lecture, ignorant ses camarades qui allaient et venaient. Puisqu'il était concentré, personne n'osa le déranger. En levant la tête, il se rendit compte que Luna Lovegood s'était installée face à lui, et lisait tranquillement un numéro du Chicaneur. Il lui sourit et la salua, avant d'enfiler son uniforme rapidement pour pouvoir reprendre sa lecture.
Hermione le rejoignit à la sortie du train et le salua. Ils discutèrent de tout et de rien, Hermione ne lui demandant pas comment s'était passé l'été comme à son habitude. Elle savait que les choses étaient compliquées pour lui et ne comptait pas le rendre morose dès leur première soirée. La jeune fille constata avec tristesse que Ron se tenait à l'écart, refusant visiblement de changer de comportement. Il avait été jaloux que Harry soit une fois de plus au centre de toute l'attention, qu'il soit le vainqueur du tournoi des trois sorciers. Que son nom soit une fois de plus en une de la Gazette, alors que ce pauvre Cédric n'avait droit qu'à la seconde place en y ayant laissé la vie.
Durant toute la répartition et le repas, Harry sentit sur lui le regard pesant de Dumbledore. Il se doutait que le vieux sorcier serait furieux, mais il avait pensé qu'il aurait droit à un léger répit avant de rendre des comptes.
En jetant un œil du côté de la table des professeurs, il croisa le regard soucieux de Severus, et il se sentit plus calme, heureux d'avoir un allié. Un véritable allié et pas seulement quelqu'un qui voudrait préserver l'arme de Dumbledore.
A peine le repas terminé, Dumbledore le retint avant qu'il ne puisse rejoindre son dortoir. Silencieux et obéissant, Harry le suivit jusqu'à son bureau, conscient qu'il n'échapperait pas à un interrogatoire en règle.
Il refusa l'habituel thé ou bonbon au citron, et attendit la première salve de questions.
- Bien mon garçon. Comment s'est passé ton été ?
- Comme toujours Monsieur.
- Vraiment ? Rien d'inhabituel ?
- Non rien.
Dumbledore serra les poings discrètement et ses yeux se durcirent face à l'entêtement du Gryffondor face à lui. Il savait le gamin têtu, mais il avait espéré qu'il avouerait où il avait passé ses vacances.
Cependant, le Directeur savait être patient et malin : il finirait par le faire craquer.
Avec un faux sourire paternel, il se pencha en avant.
- Puisque tu es ici, autant te tenir au courant de ce que j'ai prévu pour ta protection. J'ai bien peur que tu doives prendre des cours supplémentaires d'occlumentie avec le professeur Rogue. Je sais que tu ne l'apprécie guère, mais tu devras faire un effort.
Harry grimaça. Pas pour la compagnie de Severus - ils s'entendaient bien désormais après tout - mais pour la manœuvre de Dumbledore qui espérait visiblement le faire craquer. Cependant, il hocha la tête sagement, ignorant le sourire de contentement de Dumbledore.
Le vieil homme croisa les mains sur son bureau et soupira, d'un faux air désolé.
- De plus, je suis désolé mon garçon. Mais j'ai bien peur que tu ne pourras pas profiter de Pré-au-Lard avec tes camarades cette année. C'est une petite ville, et le risque serait bien trop grand de t'exposer ainsi.
Harry baissa la tête et s'empêcha de crier d'indignation. Il aurait du se douter qu'il serait privé des privilèges que les autres élèves auraient. Cependant, l'adolescent préféra ne pas protester. Il craignait bien trop que Dumbledore ne le prive de Quidditch ou ne lui ôte tout temps libre sous prétexte de le protéger…
Le jeune homme eut l'impression de devenir plus lucide d'un coup. Il avait admiré Dumbledore, il avait eu aveuglément confiance en lui. Lorsqu'il avait commencé à douter, il avait cru qu'il était un peu trop méfiant à cause de tout ce qui lui arrivait.
Sauf qu'en cet instant, il comprenait bien mieux l'avertissement de ses parents. Il se résolut à ne plus faire confiance au Directeur, et à ne pas lui montrer ses doutes.
Il releva la tête et demanda d'un ton monocorde :
- Avez-vous encore besoin de moi, Monsieur ?
Dumbledore sourit, satisfait. Il se pencha vers Harry et lui tapota l'épaule.
- Je suis désolé mon garçon, mais tu dois comprendre qu'il est mieux de procéder ainsi… Pour le plus grand bien.
Harry hocha la tête tristement. Pour la toute première année, il regrettait l'été, se languissant des vacances. Il y avait hélas bien peu de chances qu'il puisse aller au Manoir Malefoy pour Noël, Dumbledore ne le permettrait pas...
Tête basse, Harry sortit du bureau du Directeur, ne manquant pas son regard insupportablement satisfait.
