Chapitre 47 : Traumatiser des enfants

Note de la traductrice :

Passages en italique tirés de la traduction de J-F Ménard


Harry et le professeur Rogue s'ignorèrent plutôt bien pendant le premier cours de Potions de l'année, même si ça semblait injuste pour Neville, qui n'avait pas besoin de tant de crapauds.

La démonstration des Impardonnables pendant le premier cours de Défense donna à Harry des sueurs froides, mais il fut distrait avec efficacité par la Divination, la S.A.L.E. et une nouvelle lettre de Sirius :

Harry,

Je m'envole immédiatement vers le nord. Ce que tu me dis sur ta cicatrice n'est que le dernier élément en date d'une série d'étranges rumeurs qui me sont parvenues jusqu'ici. Si elle te fait à nouveau mal, va tout de suite voir Dumbledore. On me dit qu'il a sorti Maugrey Fol Œil de sa retraite, ce qui signifie qu'il a su lire les signes, même s'il est le seul.

Je te contacterai bientôt. Mes amitiés à Ron et Hermione. Et ouvre l'œil, Harry.

Sirius

Harry échangea un regard avec Ron et Hermione.

- Il s'envole vers le nord ? murmura Hermione. Il revient ici ?

- Qu'est-ce qu'il a lu, comme signes, Dumbledore ? dit Ron, l'air perplexe. Harry… qu'est-ce qui se passe ?

- Ben, dit Harry, on va vider sa maison de tous les objets de magie noire que sa famille a laissés, je crois. Pendant les vacances.

- Mais c'est quoi cette histoire de Dumbledore et de signes ? demanda Ron.

Harry haussa les épaules, de mauvaise humeur, et s'excusa pour aller au lit. Où il resta allongé sans dormir, parce que c'était mieux que n'importe quel rêve qu'il pourrait avoir.


Tôt le lendemain matin, Harry se leva avant le petit déjeuner et se dirigea droit vers les cachots, la Carte à la main. Le professeur Rogue n'était pas dans son bureau ni dans sa classe à cette heure, mais en regardant attentivement, Harry vit le petit point qui le représentait légèrement à l'écart de la masse illisible de points Serpentard. Un jour, il allait jeter un sortilège d'Engorgement sur la Carte et serait capable de la lire.

L'expression de Rogue quand il ouvrit la porte de ses quartiers pour trouver Harry qui l'attendait, les mains dans les poches, deviendrait un jour un merveilleux souvenir. Pour l'instant, c'était juste un autre mauvais moment à passer.

Rogue le contourna sans un seul mot, et Harry le suivit. Ils se retrouvèrent dans le bureau de Rogue, ce qui allait.

La tasse de thé fut une surprise, mais bienvenue. Harry se vautra dans un fauteuil, et Rogue s'assit et but son propre thé.

- Vous avez intérêt à ce que quelqu'un soit mort, dit Rogue.

- Maugrey nous a montré le sortilège de la mort en cours hier, dit Harry sans lever les yeux de sa tasse de thé. Et un vieux Moldu cet été, mais ça fait des mois.

- … continuez.

- Je sais que ma tante Pétunia ne raconte que des co- mensonges. Mais je me suis dit que vous étiez triste pour ma mère, parce que ça explique des choses.

Harry ignora le silence glacial. C'était vraiment une jolie tasse de thé. Bleue et blanche et assez mignonne. Ça devait avoir été un cadeau, parce que Harry ne pouvait pas imaginer le professeur Rogue achetant de la jolie porcelaine bleue et blanche.

- On ne va pas parler de ma mère, continua Harry. Mais je veux que quelqu'un sache que je n'ai qu'un souvenir d'elle, et c'est celui avec le sortilège de la mort. Je me rappelle sa voix.

Harry prit une gorgée de thé pour réfléchir.

- Donc je sais qu'elle m'aimait beaucoup.

Harry se retrouva à court de mots, et fut surpris par un bruit de feuilles de papier. Il leva la tête et vit une liasse de photographies sur la table. Il posa sa tasse et feuilleta les photos.

Une photographie moldue d'une petite fille aux cheveux roux, riant sous le soleil d'été, les cheveux parsemés de brins d'herbe.

Une jeune fille rousse, presque une enfant encore, assise dans la neige devant Poudlard, avec des livres autour d'elle.

D'autres photos de sa mère, toutes où elle était heureuse, même si parfois elle semblait exaspérée par la personne qui prenait la photo. Pas beaucoup de photos en tout, mais différentes de celles qu'il avait déjà. Elle était plus jeune dans ces photos.

- Ce sont des copies, dit Rogue.

- Vous voulez qu'on parle de Voldemort qui tue des inconnus ? demanda Harry d'une voix enjouée, reposant les photos et reprenant sa tasse.

Rogue fit 'hmm' sans rien dire. Harry évita de le regarder.

- J'ai des visions où il apparaît. Il a prévu de me tuer à nouveau.

- Et il tue des Moldus qui passent par là. Comment progresse votre Occlumancie, Potter ?

- Je suis nul. Je me déconcentre ou je m'énerve, ou… Hermione est la meilleure de nous trois, et on est tous assez nuls. Je l'utilise juste pour les cauchemars habituels, pas…

Rogue soupira.

- Ça pourrait être utile, dit Harry en hochant la tête.

- Jusqu'à ce qu'il le remarque, à quel point c'est lui qui aura des visions de vous, dit Rogue d'une voix sèche. Réfléchissez une minute, il aurait accès à toutes vos faiblesses, toutes les personnes à qui vous tenez.

Harry pensa à Hermione pendant la Coupe du Monde de Quidditch, plus en danger que lui ou Ron, et ne sut que répondre.

- En avez-vous informé le directeur ?

- Ben. Non.

- Pourquoi ?

- Généralement il sait tout ça avant que je lui en parle, marmonna Harry, sur la défensive. Et puis, c'est juste Voldemort qui essaie encore de me tuer. C'est pas nouveau.

- Si vous aviez un professeur de Défense compétent, vous sauriez que des visions violentes de sorciers maléfiques sont rarement une bonne nouvelle.

Harry ne répondit pas.

- Très bien. Vous allez écrire un rapport pour le directeur.

- … Je ne crois pas que je me rappelle bien maintenant. Il parlait à Queudver, et il y avait un serpent géant, et puis un vieux Moldu les a interrompus et Voldemort l'a tué. Et ils voulaient me tuer, mais lentement.

- La prochaine fois, vous écrirez un rapport pour le directeur aussitôt après avoir eu la vision.

- Oui, professeur.

Harry finit sa tasse de thé et fila, prenant juste le temps d'attraper les photographies. Il était tout à fait sérieux quand il disait au professeur Rogue qu'il n'avait pas envie de parler de sa mère.


Il se sentait encore un peu bizarre pendant le petit déjeuner, regardant les nouvelles photos.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Ron, et Harry se retint de les cacher.

- … des nouvelles photos. Un ancien ami de ma mère les a trouvées.

S'il ne nommait pas le professeur Rogue et sa mère dans la même phrase, ils restaient dans deux mondes séparés. Oui ? Oui.

- Je peux voir ? demanda Hermione, et Harry lui passa les photos.

- Oh, dit doucement Hermione, regardant une des vieilles photos moldues. Elle était comme moi.

- Ouais, acquiesça Harry, ne sachant pas trop ce que signifiait ce ton de voix mais craignant que Hermione se mette à pleurer. Je pense qu'elle était très douée en classe, comme toi. J'ai entendu dire ça.

- Les livres d'Histoire ne font pas mention d'elle autant que de ton père, commenta Hermione. Potter est le nom d'une famille magique, tu sais. Comme Black.

- Oh, dit Harry, j'ai rencontré un portrait cet été que tu – bref. Tu ne te serais pas entendue avec elle, mais elle aimait beaucoup réciter l'histoire de sa famille.

- Pourquoi tu ne nous as pas invités à explorer la maison avec toi, Harry ? demanda Ron. J'aurais pu t'aider.

- Vous pourrez venir pendant d'autres vacances, dit Harry, soudain saisi d'inspiration. Tu m'as invité plein de fois chez toi, Ron, ça changera.

Il n'avait jamais été question de maintenir les protections magiques à part pendant l'été, il n'avait sûrement pas besoin de rester à Poudlard toute l'année.

- C'était comment ? Qui était le portrait ?

Harry passa un petit déjeuner passionnant à expliquer la Maison Black à Hermione et Ron et à un Dean Thomas perplexe mais intéressé, qui pensait que ça avait l'air d'un piège mortel. Harry ne fut pas capable d'expliquer en une seule conversation combien l'endroit était génial, mais Hermione lui dit avec entrain qu'elle lui trouverait des livres sur l'annulation des sortilèges et l'identification des objets maléfiques, et qu'il existait sûrement une potion qu'il pourrait préparer qui fonctionnerait comme un produit de nettoyage, sans avoir besoin de sa baguette, donc il pourrait l'utiliser pendant les vacances s'il préparait la potion pendant l'année ?

Harry remarqua bien l'échange de regards fiers entre Hermione et Ron pendant ses explications, mais il ne voyait pas pourquoi ils étaient aussi contents. Il était heureux, et alors ? Ce n'était pas leur boulot de lui remonter le moral.


Le premier cours particulier de Potions de Harry de l'année fut gâché par le fait que lui et le professeur Rogue ne se parlaient toujours pas. Harry arriva à l'heure, content de l'existence de ces leçons car elles l'occupaient à des moments qu'il avait l'habitude de passer à jouer au Quidditch, et s'arrêta sur le pas de la porte pour regarder son professeur aligner dix chaudrons.

- J'ai besoin de plumets de pissenlit égrainés, dit Rogue avec un signe de tête vers une montagne de pissenlits fanés. Attention, pas une seule graine.

Harry se renfrogna et se mit au travail.

- C'est pour de la potion de Sommeil Sans Rêves, dit Rogue, après avoir laissé Harry bouche bée devant sa façon de gérer les dix chaudrons bouillonnant gentiment avec une synchronisation parfaite, se déplaçant entre eux avec la grâce d'une vipère. Madame Pomfresh en garde une réserve pour les élèves qui font des cauchemars. Je lui fais confiance pour en distribuer de façon raisonnable.

Bon, voilà une réponse à une question que Harry n'avait pas posée, mais il nota quand même l'information dans sa tête.

- J'espérais travailler sur un produit de nettoyage. Quelque chose que je pourrais utiliser pendant les vacances.

- Hmm. Des Bulles Frottantes.

Il y eut une pause, et Rogue continua d'un ton pince-sans-rire :

- J'imagine que vous allez les transformer en bonbons et les vendre avec vos conspirateurs Weasley.

- Ce n'est pas ce que je veux faire, et je ne vois pas de quoi vous parlez, dit Harry.

Il regarda son professeur avec la plus haute suspicion alors que Rogue ajoutait les ingrédients suivants à ses potions.

- Vous voulez que je le fasse.

- L'idée que des enfants stupides paient pour nettoyer leur bouche avec du savon est étonnamment séduisante.

Harry soupira.

- Dans quel livre sont les Bulles Frottantes ?

Rogue le lui tendit quelques secondes plus tard.

- Lisez la recette, écrivez deux pages dessus et préparez-vous à la préparer avec succès pendant notre séance de samedi.

Puisque Harry ne lui parlait pas, il n'accepta pas.


Note de la traductrice :

Je ne sais pas si tout le monde comprend la référence – nettoyer la bouche avec du savon est une punition anglo-saxonne pour les enfants qui disent des gros mots.