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Les squelettes dans le placard feraient mieux d'y rester

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Encore un jour où l'atmosphère était légèrement tendue dans le quartier général du Shinsengumi. Comme bien d'autres fois, la cause en était à attribuer à la mauvaise humeur du redouté vice-commandant, Hijikata Toushirou. Sauf que cette fois-ci, les agents n'arrivaient pas bien à en déterminer la cause... Une rumeur circulait toutefois : l'origine de cette contrariété serait l'impossibilité qu'il aurait eue à poser un jour de congé. La faute au nombre d'affaires en cours, aux effectifs... bref, des paramètres dont seuls leurs supérieurs semblaient comprendre les arcanes et à cause desquels ce jour lui aurait été refusé. Tous avaient bien du mal à y croire : si le vice-commandant profitait volontiers de ses rares jours de repos, il n'était pas du genre à leur courir après. Bien au contraire, il avait plutôt tendance à ne pas compter ses heures, et Kondo devait parfois le pousser dehors pour qu'il consente à faire une pause, quand il ne les échangeait pas avec un collègue qui aurait une urgence familiale. De manière générale, il se moquait de savoir quel jour ses congés tombaient. En plus de ça, et contrairement à son habitude, il semblait déterminé à cacher sa mauvaise humeur ; hélas pour lui, il était très mauvais acteur et personne n'était dupe de son sourire forcé ni de ses phalanges qui se crispaient à la moindre petite contrariété. C'était même encore plus inquiétant, car ses hommes n'était même plus capables de prévoir quand risquait d'avoir lieu l'explosion. Ceux-ci exécutaient ses instructions avec un empressement peu naturel, évitaient de lui adresser la parole trop longtemps lorsque ce n'était pas nécessaire, et même Yamazaki était allé ranger sa raquette malgré l'approche de la saison des championnats.

Kondo seul paraissait serein à ce sujet, et alors que le vice commandant se trouvait justement dans son bureau, tous espéraient en silence qu'il réussirait à apaiser cette tension stressante pour tout le monde. Il était l'un des rares à être capable d'accomplir un tel exploit.

- Tu as fini, Toushi ? lui demandait-il justement alors que son second était plongé depuis dix bonnes minutes dans un rapport d'une seule page, ses yeux ayant cessé de bouger depuis un bon moment.

- Hein ? Ah, oui oui...

Il signa rapidement le bas de la page et la rendit à Kondo qui la replaça dans son dossier.

- Vous aviez besoin d'autre chose, Kondo-san ? demanda-t-il en commençant à se lever de sa place.

- À vrai dire, oui... Tu te souviens de ce fugitif du Jouishishi qui a été attrapé en dehors de notre juridiction ?

- Il y a une quinzaine de jours ? se souvint-il. Oui, bien sûr. Il a été rapatrié ici assez rapidement, si je ne me trompe pas.

- Tout à fait, confirma Kondo. Les autorités du coin perdu où il est allé se cacher se sont montrées tout à fait coopératives.

- Ils peuvent... Vu le montant de la récompense promise...

- Allons, ne vois pas le mal partout. Quoi qu'il en soit, le vieux Matsudaira devait être dans un bon jour, parce qu'au vu du service rendu, il a considéré que nous pouvions nous montrer arrangeants et nous déplacer pour leur faire parvenir la récompense nous-mêmes.

- Mouais... C'est vrai que ce n'est pas cher payé au vu du service. Ce type était à la tête d'une sacrée bande...

- Et comme tu dois déjà t'en douter, poursuivit Kondo, il faudra la signature d'un officier une fois sur place. Celle du vice commandant, au minimum.

- J'ai compris, soupira Hijikata, vous allez encore me faire jouer le coursier ? Bon, combien de temps ça va me prendre ?

- La demi-journée pour faire l'aller-retour, je pense.

- Tant que ça !

- Il est en déplacement ces jours-ci...

- Et j'imagine que monsieur ne pouvait pas attendre d'être revenu ? grinça-t-il. Bon, montrez-moi où c'est, que je me fasse une idée !

Lorsqu'il vit l'adresse sur le papier tendu par Kondo, les yeux du vice-commandant s'agrandirent brusquement.

- Mais c'est...

- Je sais, je sais, fit mine de déplorer Kondo qui n'avait pourtant pas l'air désolé le moins du monde. C'est pas la porte à côté, mais on ne peut guère se permettre de faire plus tarder cette histoire. Ça fait déjà un moment que je la laisse traîner, tout à fait involontairement bien sûr, mais là, il faut s'en occuper aujourd'hui sans faute.

Hijikata secoua la tête dans ce qui aurait pu être un geste d'agacement, mais un sourire amusé avait fleuri sur son visage. Ce Kondo... Il lui arrivait régulièrement, lorsqu'il devait traîner sa carcasse tuméfiée du dojo Shimura jusqu'à leur quartier général, ou qu'il relâchait trop facilement ses sphincters ou les attaches de ses vêtements en public, de se demander pourquoi, déjà, il suivait ce type. C'était dans des moments comme celui-là qu'il se souvenait de la réponse.

- Merci, déclara-t-il simplement.

Il regarda de nouveau le papier. Même si la route était longue, il aurait bien plus de temps que nécessaire, une fois sur place, pour faire passer cette fichue récompense et céder à deux-trois formalités avant qu'il ne doive rentrer. Il aurait au minimum une bonne demi-heure, c'était parfait...

- Tiens, tu pars quand ?

Hijikata manqua d'avaler sa cigarette encore allumée alors qu'il bondit instinctivement de côté pour s'éloigner de celui à qui appartenait la voix qui venait de parler, juste à côté de son oreille.

- Sougo ! s'exclama-t-il en identifiant l'énergumène encore penché pour lire par-dessus son épaule. Tu es là depuis combien de temps, abruti ?

- Tu ne m'avais pas vu ? s'étonna-t-il avec son flegme habituel – à en juger par l'expression de Kondo et la main qu'il avait posée sur son cœur, il n'avait pas été le seul à avoir été surpris – Mince, j'aurais dû tenter ma chance.

- Tenter ta chance pour quoi, au juste ?

- Donc, tu vas à notre village, poursuivit Sougo en ignorant la question. Ah, et c'est aujourd'hui ? ajouta-t-il avec un nouveau coup d'œil sur la feuille. Parfait, je viens avec toi.

- Pourquoi faire ? répondit Hijikata, méfiant.

- J'ai des trucs à aller régler concernant la maison familiale... J'ai fait le maximum par courrier mais je vais être obligé de me déplacer pour en finir une bonne fois pour toute.

- Ah, mais... Tu comptes y aller justement aujourd'hui ? s'exclama Kondo.

- Tant qu'à faire, autant profiter de la voiture.

- Ah... Mais, euh, tu es sûr que tu veux l'accompagner ? tenta Kondo d'un air embarrassé. Il doit prendre une voiture de police, et comme tu ne travailles pas aujourd'hui...

- C'est ça qui vous gêne ? s'étonna Sougo qui portait effectivement ses vêtements civils. Tout le monde a déjà emprunté une voiture de service au moins une fois, les gens s'en moquent... Qu'est-ce qui se passe, on a les emmerdeurs de la hiérarchie qui nous surveillent ?

- Non, mais...

- C'est bon, Kondo-san, l'interrompit Hijikata. je vais l'emmener. Il n'aura qu'à s'asseoir à l'arrière, à la place des suspects, depuis le temps que j'en rêve.

- Dans ton dos, c'est la place que je préfère. Je t'attends dehors ?

- Je passe me chercher des clopes et je te rejoins.

- Toushi, dit Kondo lorsque Sougo fut sorti, tu es sûr que...

- Ça ira, Kondo-san, affirma Hijikata avec un sourire en coin, écrasant sa cigarette dans le cendrier. Il ne m'ennuiera pas. C'est une des rares choses qu'il respecte chez moi.

- Bon, dans ce cas... je t'ai mis ce dont tu avais besoin dans le coffre de la voiture, elle t'attend déjà dehors. Soyez prudents, et prenez votre temps, tous les deux !

L'absence d'inquiétude d'Hijikata sembla suffire à rasséréner Kondo qui le salua d'un geste enjoué de la main alors qu'il quittait la pièce.

Il sortit dans la cour après un bref passage au distributeur, et fut presque surpris d'y trouver Sougo qui l'attendait effectivement sur la banquette arrière, comme il l'avait suggéré. Celui-ci rabattit son masque de sommeil sur ses yeux et croisa les bras derrière la tête, en position sieste, lorsque son aîné claqua la portière après s'être installé derrière le volant.

- Tu veux que je te dépose où ? lui demanda-t-il en démarrant, histoire d'avoir une réponse avant que son passager ne s'endorme.

- T'as qu'à me laisser à l'entrée du village, répondit-t-il d'une voix déjà endormie. Je ferai le reste à pied.

- Tu es sûr ? Je peux t'avancer plus...

- C'est bon, je te dis. Mieux vaut se garer un peu à l'écart plutôt qu'en ville, ça évitera de se faire vandaliser la voiture.

Hijikata réfléchit un instant.

- Mouais. Pas faux. Si c'est comme à l'époque...

- Ça a quand même dû se calmer depuis qu'on y est plus.

- Frimeur.

- T'inquiète, je sais que je ne t'arrive pas à la cheville, l'Épine.

- Pfff.

Un instant de silence s'installa pendant lequel Hijikata, surveillant la route, crut qu'il s'était endormi. Jusqu'à ce qu'il entende dans un marmonnement fatigué :

- Et puis, hors de question que j'attende une heure que tu sois revenu du cimetière. Autant marcher un peu.

- ... Je suis surpris que tu te souviennes de la date, répondit Hijikata, intrigué, avec un coup d'œil au jeune homme dans le rétroviseur.

Comme s'il avait senti son regard à travers le miroir, celui-ci découvrit un de ses yeux en soulevant le coin de son masque.

- C'est Kondo qui me l'a dit, en fait, précisa-t-il.

- Forcément, j'aurais dû m'en douter, grommela Hijikata. Celui-là, alors...

- Il voulait être sûr que je te ficherai la paix aujourd'hui.

En dépit de ce qu'il avait affirmé plus tôt à Kondo, il afficha une moue sceptique.

- Et je peux espérer qu'il soit arrivé à ses fins ?

- Je suis pas un crevard à ce point-là, quand même.

- Et on peut savoir quel a été ton prix ?

- Ça, c'est entre lui et moi.

Hijikata haussa les sourcils, étonné de tant de secret, mais décida de ne pas insister.

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Le voyage se passa dans le calme, Sougo ayant pioncé l'essentiel du trajet pour finalement être réveillé par les soubresauts de la voiture causés par l'inégalité du terrain, lorsqu'ils arrivèrent à destination.

- Tu penses en avoir pour combien de temps ? lui demanda Hijikata lorsqu'il descendit en bâillant.

- À cette heure-ci, il ne devrait pas y avoir beaucoup d'attente, estima-t-il. Je vais sûrement être revenu avant toi. Je t'attendrai ici, mais ne mets pas trop longtemps ou je pars tout seul.

- Et tu comptes t'y prendre comment, génie, c'est moi qui ai les clés.

- Tiens, parut-il se souvenir, aucun rapport, vraiment, mais je t'ai déjà dit que Yamazaki m'avait montré comment démarrer un moteur rien qu'avec les fils ?

- Mais bien sûr.

- Il a quand même un passé de voyou, je te rappelle.

- Yamazaki, il n'est déjà pas fichu de configurer la date et l'heure sur son téléphone, alors l'imaginer démarrer un moteur sans clé...

- Ça n'a rien à voir.

- ... Et même si c'était vrai, ton marché avec Kondo sera nul et non avenu si tu faisais ça.

- Tout à fait. Ça devrait te laisser une marge suffisante avant que je ne m'impatiente au point de l'oublier, conclut Sougo en commençant à s'éloigner vers le village.

Hijikata se contenta de hausser dédaigneusement les épaules. Démarrer un moteur sans clé, ben voyons... Et pourquoi pas écrire un rapport correct, pendant qu'on y était.

... Bon, il allait quand même pas traîner. Rien à voir, évidemment, c'était juste qu'il n'avait guère envie de s'attarder dans le coin.

Il grimaça soudainement en réalisant que, malgré l'absence d'envie qu'il avait de descendre dans le village même – le point de rendez-vous avec le type pour lui remettre cette récompense se trouvait plutôt en périphérie – il n'y couperait pas : il aurait besoin de faire quelques courses... même si les années avaient passé, que son nom et son visage étaient sans doute tombés dans l'oubli, il n'avait guère envie de croiser des gens qu'il aurait pu avoir rencontrés dans le passé. Un détail l'interpella soudain : sur le moment, il n'y avait pas prêté attention, mais avant son départ, Kondo lui avait dit qu'il lui avait mis « ce dont il avait besoin » dans le coffre de la voiture... Mais en ce qui concernait la raison professionnelle de sa présence, il n'avait besoin de rien, l'enveloppe était dans sa main en ce moment-même. Alors de quoi... ?

Lorsqu'il ouvrit le coffre de la voiture, son visage se fendit à nouveau d'un sourire affectueux destiné à son commandant se trouvant à quelques dizaines de kilomètres de là. Il faudra qu'il pense à le remercier... Il se saisit du sac en papier, et, après avoir soigneusement verrouillé le véhicule, se rendit vers sa première destination.

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Cette formalité n'avait pris que peu de temps, comme prévu. Et puisqu'il avait déjà tout ce dont il avait besoin dans le sac se balançant au bout de son bras, il pouvait se permettre de prendre son temps sur le sentier ombragé par le feuillage des arbres. Même si, comme la plupart des gens, il n'avait guère d'attrait pour les cimetières, il appréciait néanmoins le calme de l'endroit. Ses yeux parcouraient la rangée de sépultures, certaines tristement à l'abandon, d'autres soigneusement entretenues et dont la pierre blanche et polie reflétait le soleil encore haut dans le ciel et où se dessinaient les ombres des fleurs se balançant sur les branches des arbres. Bientôt, il arriva à l'endroit qu'il recherchait. Il prit un moment pour contempler la tombe, les mains dans les poches et une neutralité de façade qu'il gardait pour dissimuler sa gorge nouée, quand bien même il était seul. Puis, il s'agenouilla, ouvrit le sac et prit son temps pour déposer les unes après les autres les modestes offrandes sur la pierre. Il alluma un bâton d'encens, fit une brève prière, et se redressa pour regarder le nom sur la tombe encore un moment.

Alors qu'il était perdu dans ses pensées, le crissement de pas sur le gravier le fit revenir à la réalité. Détachant son regard de la pierre tombale, il se détourna et commença à se mettre en route pour repartir.

- Excusez-moi, monsieur ?

Hijikata se retourna par réflexe en direction de la voix qui venait de l'interpeller... Et s'en re-détourna aussitôt, la tête tournée tout juste suffisamment pour voir d'un œil les trois personnes qui arrivaient dans sa direction, sa main allant plaquer sa mèche en V dans le vain espoir de se cacher derrière.

- Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? demanda-t-il d'une voix tout sauf naturelle, et étrangement basse, comme s'il parlait tout en craignant d'être entendu.

- Nous nous demandions si nous pouvions vous aider... Monsieur l'agent, ajouta en remarquant son uniforme celui qui marchait en tête – un homme, suivi d'un autre et d'une femme, tous trois se ressemblant beaucoup.

Hijikata sentit sa mâchoire se crisper, et s'empressa de sortir une cigarette pour calmer la nausée qui le prenait en entendant ce ton obséquieux.

- Tout va bien, je vous remercie – ces trois derniers mots lui donnaient l'impression d'avoir de l'acide dans la bouche – je ne faisais que passer.

- Ah... veuillez nous excuser, nous étions juste intrigués en vous voyant regarder la tombe de notre frère.

D'un geste de la main, il désigna la sépulture à laquelle le vice-commandant venait de rendre hommage.

- Tamegoro, aîné de la famille Hijikata. C'est aujourd'hui l'anniversaire de sa mort...

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Adossé contre la portière de la voiture, Sougo soupira de frustration.

- Bon alors, qu'est-ce que tu fous... ?

Objectivement pourtant, Hijikata était dans les temps. C'était lui qui avait mis encore moins de temps que prévu. Peu importe, en ce moment, c'était aussi lui qui attendait et, impatient de nature qu'il était, ça l'agaçait. Il était très tenté de mettre sa menace de tantôt à exécution et de le planter là ; mais même en admettant qu'il réussisse à faire démarrer le moteur, il n'avait aucune envie de conduire si longtemps...

Lassé, et plus pour s'occuper les jambes et l'esprit qu'autre chose, il décida de couper la poire en deux en allant à sa rencontre. À cette heure-ci, il devait avoir terminé son affaire, et devait donc se trouver au cimetière. Il le retrouverait sûrement sur le chemin du retour.

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Dix-sept ans plus tôt

Le jeune Hijikata Toushirou, du haut de ses dix ans, contemplait la tombe devant lui d'un œil hésitant, comme s'il ne savait pas quoi penser de cet endroit où reposait l'homme qui lui avait donné la vie, mais qui n'avait été vraiment présent à aucun moment de celle-ci. Ne sachant trop comment réagir, il leva les yeux vers son frère aîné, qui, sentant son regard, baissa les siens vers lui et lui offrit un sourire rassurant. il lui raconta alors quelques petites histoires, des anecdotes sur celui qui avait été leur père. Toushirou les écouta avec attention, hochant la tête de temps en temps, une image mentale sur celui qu'avait pu être cet homme se construisant doucement dans son esprit. Puis, au bout d'un moment, Tamegoro déclara qu'il était l'heure de rentrer, et tous deux s'éloignèrent de la tombe, laissant la place aux deux frères et à la sœur de celui-ci. Bien qu'il leur tourna le dos, Toushirou put sentir leur regard hostile entre ses omoplates. Il lutta pour ne pas se retourner, jusqu'à ce qu'un sifflement parvienne à ses oreilles :

- Si ce n'est pas honteux, amener ce petit bâtard ici... Qu'ont dû penser les gens qui nous ont croisés... Notre malheureux père doit sûrement se retourner sous cette pierre...

Les petites mains de Toushirou se crispèrent et sa mâchoire se serra, ses yeux se plissèrent comme pour lutter contre l'humidité qui menaçait d'y poindre ; mais avant qu'il ne soit submergé, la grande et rassurante main de Tamegoro alla se poser là où les regards l'avaient brûlé un instant plutôt, et le poussa avec douceur pour l'éloigner de ces voix méprisantes. Son mal-être envolé, Toushirou suivi son frère sur le chemin de gravier, les voix réduites à un bourdonnement indistinct dans son dos.

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- J'imagine que c'est ce qui vous a attiré l' œil ? La date d'aujourd'hui sur la tombe ?

Tournant toujours le dos à ses interlocuteurs, Hijikata serra les dents.

- Exactement. Toutes mes condoléances... Maintenant, excusez-moi, je dois repartir.

- D'où venez-vous ? demanda le second frère. Votre uniforme ne me dit rien ?

« Mais vous allez me lâcher, oui... »

- Police d'Edo, éluda Hijikata en amorçant un geste pour se mettre en chemin.

- Edo, vraiment ? Vous avez fait une longue...

- Tiens ? l'interrompit brusquement la femme, qui venait de remarquer les offrandes et l'encens déjà déposés sur la sépulture. Notre belle-sœur est déjà passée ? C'est curieux... D'habitude, elle vient plutôt en fin d'après-midi ?

-Je n'ai vu passer personne, déclara rapidement Hijikata qui n'avait aucune idée de si la question lui était destinée, mais qui tenait vraiment à s'éclipser le plus vite possible. Bonne fin de journée.

- Également, monsieur...

- Hijikata-san ?

Quatre têtes se levèrent à l'appel. Les yeux du vice commandant s'agrandirent en s'apercevant de la présence de Sougo sur le chemin, devant lui, qui le regardait d'un air interrogateur.

- Nous nous connaissons... ? demanda avec étonnement le premier des deux frères au jeune homme aux cheveux châtains qui venait de débarquer.

Celui-ci, lorsqu'il l'entendit, tourna la tête avec étonnement, comme s'il venait tout juste de remarquer sa présence, la sienne, celle de son frère et de sa sœur. Qu'est-ce que ça voulait dire, il ne s'adressait pas à l'un d'eux ? Non, visiblement, c'est ce policier qu'il venait d'interpeller. Mais il venait de l'appeler « Hijikata-san »...

Celui-ci, comme s'il avait senti la confusion des trois personnes dans son dos, s'avança soudain en direction du jeune homme et le saisit par l'épaule pour le forcer à se retourner et à avancer, en marmonnant un vague « on y va, désolé pour l'attente ».

À son grand soulagement, Sougo ne chercha pas à résister et se laissa entraîner, jetant tout de même un regard intrigué en arrière.

- C'est qui, ceux-là ?

- Je sais pas. Je les connais pas.

Ceux-là, comme les avait qualifiés Sougo, restèrent plantés là sans réagir, apparemment figés sur place. Ce type ne pouvait pas être...

Trop stupéfaits pour réagir, il ne purent rien faire d'autre que fixer le dos du policier et celui du jeune garçon qui s'éloignaient à grands pas. Dans la lumière déclinante de cette fin d'après-midi, ils eurent soudainement la vision fugace de deux autres silhouettes sur ce même chemin, bien des années en arrière, la plus grande poussant également la plus petite entre les épaules, dans le but de l'éloigner d'eux.

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