Chapitre dédié à Alexa Jools qui me dira après si elle a d'autres questions.
46 | Quelques éléments de fond
o Jeudi, Londres, Département d'application des lois magiques, Division des Aurors
Samuel part à l'aube parce qu'il a rendez-vous pour discuter avec Seamus avant la suite du procès. Le benjamin des NGuyet n'a pas défendu ardemment Layton Graves hier - il a même clairement balancé que Layton lui avait demandé de mettre le feu à l'élevage et donné les moyens de le faire. La Défense a hurlé que Quân NGuyet avait négocié avec les Aurors une réduction des charges contre lui. Les juges sont restés à leur place d'arbitre sans que Sam ou Seamus puissent être sûrs de ce qu'ils pensent.
"Tout va se jouer ce matin", estime donc Sam en refusant de même partager un thé avec moi. "On va interroger le reste de la famille - la sœur, le frère, le beau-frère, et c'est là que ça va se renforcer ou se détricoter... "
Ça me fait un peu bizarre de me retrouver seule à la maison, sans même de réflexion à avoir sur ma journée à venir - juste une vague curiosité sur quelle mission peut m'être assignée. Je pourrais traîner et attendre que Ronald m'appelle puisque j'ai sans doute des tas d'heures à rattraper, mais je décide d'aller bosser, ne serait-ce que pour avoir le temps du café matinal et me remettre à flot des ragots de la Division.
Une tasse fumante à la main, j'apprends que les Divisions régionales se mettent en place et que ceux restés à Londres apprennent à travailler en effectif plus réduit et sur un territoire moins vaste. Je crois qu'en fait la principale récrimination est une impression d'être maintenant trop peu nombreux pour faire face. Comme si les Divisions régionales ne prenaient pas leur part - je garde cette réflexion pour moi et témoigne plutôt de ma première expérience d'enquête en duo avec la Brigade, en ne minimisant pas les questions que cela pose encore en termes de répartition des tâches.
"Iris questionne le dogme !", souligne Albus Ogden qui ne m'avait pas manqué.
"Iris sait penser par elle-même", intervient alors Peredur Kahn de sa grosse voix bourrue. "Elle sait faire profil bas, mais elle sait aussi penser par elle-même."
"Tu fais de l'entrisme maintenant, Kahn ?", se marre Egon Saltegg. "T'as peur qu'on t'envoie à la campagne, t'occuper des Strangulots et des Chaporouges ?"
Je ne sais pas ce que Kahn, avec toutes ses connaissances en magie traditionnelle et locale, aurait répliqué à ça parce que Ron arrive et, qu'une nouvelle fois, ça a pour résultat que Kahn se trouve immédiatement autre chose à faire. En l'occurrence, il se sert un nouveau café en se détournant ostensiblement des nouveaux arrivants. Je remarque que Ron fait comme s'il n'y avait là rien d'étonnant. J'ai appris à ne pas vouloir savoir toutes les petites histoires de la Division mais là, j'avoue que je commence à me demander ce qui se cache derrière tout ça.
"Iris ? Déjà là", me repère Weasley en serrant des mains. "Viens donc, j'ai sans doute un truc pour toi."
"Même pas le temps de prendre un café avec nous, Iris !", commente Barrington, mais c'est un commentaire gentil.
J'entends que Kahn bougonne autre chose qui fait ricaner près de lui, mais je suis Ronald sans trop attendre - à peine une pause pour demander à Franny de dire à Mark où je suis au besoin. Le temps de deux couloirs, je pèse le pour et le contre mais finis par décider d'affronter le dragon qui dort dans un coin.
"Je n'avais pas remarqué combien c'était toujours tendu entre Kahn et toi, chef", je pose donc en fermant la porte derrière moi.
Ron peut facilement ignorer ma remarque et choisir de parler de ma prochaine mission. De fait, il lève d'abord des yeux un peu agacés vers moi, hésite à son tour, trop longtemps, et cède : "Tu sais que j'ai été son aspirant ?" J'opine. "Pas jusqu'au bout puisqu'il m'a jeté au bout de dix mois... pas que je ne l'avais pas un peu mérité", il rajoute en se laissant tomber dans son fauteuil avec un geste vers moi qui semble me dire de m'asseoir, ce que je fais. Il lui faut quelques secondes pour trouver son ouverture : "Cyrus... Cyrus et Drago avaient des soupçons - qui se sont avérés justes d'ailleurs - envers un groupe de jeunes sorciers de diverses nationalités. Des soupçons de trafic de potions, notamment. Ils m'ont demandé de les aider... Cyrus a toujours voulu à la fois prétendre ne pas avoir confiance en les Aurors et, finalement recherché leur aide", il remarque.
Comme cette dernière formulation me semble assez juste, j'opine de nouveau même si les noms de mon frère et de mon cousin lâchés dès le début de la conversation associés à l'expression "trafic de potions" m'ont asséché la bouche. Ron lui grimace, se frotte le menton et soupire.
"Je ne vais pas te mentir, j'ai d'abord foncé. Puis, dans un élan de lucidité, je me suis dit qu'on allait trop loin tous les trois..." Ron hésite vraiment, sincèrement, je le vois, puis semble décider d'aller jusqu'au bout d'une position que je n'ai aucun moyen d'envisager : "On a carrément infiltré la bande sous de fausses identités. Le premier problème est qu'on a vite compris qu'ils étaient sans doute plus dangereux qu'on ne l'avait imaginé. Le second est qu'on les a néanmoins sous-estimés."
Il me regarde comme quand il me teste, et ça me rend nerveuse parce que je n'ai aucune idée de ce qu'il peut attendre comme réponse de moi cette fois.
"On a infiltré ce qui s'est révélé être le XIC", il précise seul donc.
Je ne peux pas cacher ma surprise en entendant le nom même si une partie de mon cerveau me fait remarquer que rien qu'au comportement de Ron, j'aurais dû le savoir ou au moins le soupçonner. Ce n'est pas comme si je n'avais jamais entendu que Cyrus avait été accusé de trafic de potions à cause du XIC ! Je ne connaissais néanmoins pas les détails.
"J'aurais pu aller voir ta mère, mais ça aurait été dénoncer ton frère... à tout prendre, c'est ce que j'aurais dû faire - ça aurait évité que Drago et Cyrus se fassent tabasser et sans doute des tas d'autres complications. Mais j'étais un môme", regrette encore Ron sans beaucoup de pitié pour lui-même. "J'ai pensé malin d'essayer de vendre l'enquête à mon mentor - sans lui désigner Cyrus et Drago comme des sources - peut-être que ça aurait changé sa position ; mais pas pour les bonnes raisons : Kahn prenait alors ta mère pour une arriviste sans avenir et attendait qu'elle se prenne les pieds dans le tapis. Il attend toujours... Non, je suis méchant : il en est venu à penser qu'elle n'est pas là où elle est par hasard et qu'il a été stupide de s'opposer autant à elle. Il regrette mais il continue à la provoquer quand il peut !"
J'ouvre la bouche pour poser une question sans doute stupide - est-ce que Ron me dirait, à moi, ce qu'eux, les chefs, envisagent pour Kahn ? - et donc la referme. De son côté du bureau, Ron semble de nouveau hésiter puis enchaîne : "J'ai mal vécu qu'il me dise non. Je n'ai pas voulu entendre le fond de vérité dans son refus : ce n'était pas à Kahn et moi à lancer une enquête non autorisée sur la foi d'informations non vérifiables, non opposables..." Il prend la peine de soutenir mon regard pour que je vois la sincérité de ses regrets.
"Drago et Cyrus ont fini à Sainte-Mangouste, ta mère m'a passé le savon de ma vie mais, quand toute la hiérarchie m'est tombée dessus, elle m'a protégé. Kahn ne lui a jamais pardonnée, je pense. Ni à elle, ni à moi."
La trame générale est claire maintenant, mais les détails qui m'intriguent. Une enquêtrice sait que la vérité est dans les détails. Sauf que je n'ose pas poser de question. Ron lit en moi comme dans une Pensine.
"Quand il a été avéré que j'avais aidé Cyrus et Drago, participé à des opérations d'infiltration avec des civils dans un groupe mafieux, et j'en passe,... j'aurais dû être suspendu, voire viré", il raconte sans précautions oratoires. "Dora du haut de son rang de lieutenant a négocié une mise à l'épreuve. Kahn était outré et pas que lui mais, comme il n'a pas eu le courage de raconter que j'étais quand même venu le voir et qu'il avait refusé, il n'a pas pu m'accuser de désobéissance à un ordre direct. Je ne dirais pas que ça m'a sauvé ni que ça minimise le risque politique qu'a pris ta mère. Elle l'a sans doute fait parce qu'elle s'est sentie coupable de n'avoir rien vu venir alors que Cyrus et Drago étaient impliqués. Quelles que soient ses raisons, elle l'a fait, et je ne peux jamais l'oublier."
J'ai dû mal à cacher ma sidération, et Ron grimace d'un air entendu.
"Elle ne s'est pas arrêtée là. Elle m'a intégré dans son équipe et, quand un remaniement lui a imposé de prendre un peu de distance, elle a quand même fait attention que Carley me récupère pour toute la fin de mon aspiranat - qu'ils ont mis sept autres mois à envisager me le donner, et pas sans me faire suer sang et eau, si tu te poses la question. Pas que je ne l'avais pas mérité", il répète. "Tu en tireras les enseignements que tu veux. De l'importance de l'encadrement des jeunes aspirants à la valeur du risque politique. Mais je vois que Kahn a décidé de t'avoir à la bonne, comme il a décidé de bien aimer Samuel quand il était encore mon aspirant - jusqu'à lui donner raison contre moi ! Je ne te demande pas de te méfier de lui ou de prendre parti. Mais je trouve juste que tu aies quelques éléments de fond."
"Est-ce que le Commandant t'a demandé de me donner ces informations ?", je questionne prudemment quand il a l'air d'avoir décidé qu'il en avait assez dit.
Il secoue la tête avec un sourire fatigué : "T'es toujours au taquet, toi, hein ? Non, c'est une idée à moi. J'ai pas eu ou pris le temps de vérifier qu'elle n'avait pas d'objection. Mais sincèrement, je pense qu'elle te prend pour une grande fille qui fonctionne mieux avec les bonnes informations que le contraire."
Je sais le nombre de fois où j'ai pensé exactement l'opposé - que ma mère faisait tout pour me laisser dans le noir. Pourtant cette fois, je crois pouvoir penser qu'il a raison. J'ai visiblement mesuré tout ce qui a été fait pour m'empêcher de grandir trop vite et je suis en paix avec ça. Reste l'histoire de Dora Lupin - celle que j'ai évitée de trop creuser jusqu'ici. Je décide pour une fois de m'y risquer.
"Et elle - Dora... tu as parlé de risque politique... elle s'en est sortie comment ?"
"Oh", il commente pensivement. "Toute l'affaire du XIC, avec tous ses rebondissements, ça n'a pas été sans coût politique pour elle - un fils impliqué en Suisse, un autre au Brésil, le clan en intervention directe ou presque... Shacklebolt a grondé plusieurs fois, même s'il l'a toujours protégée au moins autant qu'elle a pu me protéger. Je n'étais pas là pour toutes les discussions - certainement pas les plus animées, mais je crois que c'est aussi le moment où elle a montré sa capacité de négociations. Avant, elle avait montré son efficacité de terrain, son efficacité comme enquêteur ou chef d'équipe mais pas trop ses talents politiques. Là, dans une situation désespérée de protection de sa propre famille, elle a révélé ses qualités d'équilibriste pour permettre à Shacklebolt de pouvoir fermer les yeux sans perdre toute crédibilité. Je ne te dis pas qu'il l'a toujours suivie ou qu'il n'a rien exigé en retour mais il l'a conservée dans sa short-list d'héritiers - avec les Paulsen."
"Le Pacte", je ponctue faute de meilleure idée.
"Le Pacte est venu plus tard. Plusieurs années après. Je ne crois pas que Dora croyait qu'elle irait alors aussi haut qu'elle est déjà arrivée aujourd'hui. Je crois qu'elle pensait qu'elle serait obligée de retourner dans l'ombre, de s'occuper des affaires du Clan... que des coteries politiques l'écarteraient fatalement", il énumère avec des gestes qui semblent impliquer qu'on peut allonger la liste. "Même avec la protection de Shacklebolt." Il a un temps de silence. "Carley m'a autant formé qu'elle. J'étais donc bien placé pour voir comment ils se sont entendus pour décider que séparément ils ne pourraient jamais tenter de concrétiser la vision qu'ils avaient de ce que devait devenir la Division. Ils avaient beaucoup d'idées et Shacklebolt les encourageait. Il disait qu'il était là pour écouter les idées de l'avenir... C'est Carley qui a trouvé symboliquement intéressant que ces idées soient portées par une femme... et il comptait aussi sur le poids politique du Clan..."
"Grand-père au Magenmagot", je commente. Ron me fait un clin d'oeil. Il confirme mais je l'ai coupé - un comble pour quelqu'un censé maîtriser les techniques d'interrogatoire. "Je sais qu'ils... c'est toujours un peu mystérieux pour moi, les termes de leur entente", je lui livre donc dans l'espoir de le relancer. Il me répond parce qu'il le veut bien.
"Si ce n'était que pour toi ! J'ai tendance à trouver rassurant qu'elle t'interroge, Iris !", commente Ron avec une sincérité affichée. "Leur fidélité réciproque a toujours survécu à leurs désaccord et leur rivalité, et c'est ce qui fait sa force."
Je reste à ruminer cette dernière sortie sous le regard attentif mais patient de Ron quand Heathcote et Mark frappent à la porte.
"On dérange", décide le premier - ses yeux vont de Ron à moi et son inquiétude est patente.
"Pas du tout. On avait fini. Entrez", répond Ron sans me regarder. "Je partageais quelques réflexions avec Iris en attendant que vous arriviez. Vous n'étiez pas pressés, les gars !"
"On ne savait pas que vous nous attendiez, lieutenant. Désolé", s'empresse de s'excuser Heathcote. Il a battu Mark de vitesse, c'est dire. "Franny nous a dit seulement... mais on n'a pas d'excuse."
"Non", constate Ron sans trop d'état d'âme. Clairement à la manière de ce que Sam pourrait faire, je réalise. "Donc passons à l'opérationnel. Votre super dossier est parti au Magenmagot. Il est génial, on est d'accord, mais on n'aura sans doute rien avant lundi. Je dois aller voir ce matin avec Groves quelles sont les priorités, ce qu'on peut envisager de traiter ensemble. Mais par ailleurs, je viens de recevoir une demande de la Coopération : ils ont envoyé, sans nous en parler, une de leurs diplomates en Italie - au fin fond de la Toscane et ils nous demandent maintenant d'envoyer du monde la protéger parce qu'elle ne va pas rentrer directement... Il y aura des forces locales sur place - en Italie et en Grèce, donc la Brigade me demande si ce ne serait pas judicieux d'envoyer des forces plus spécialisées pour assurer sa sécurité rapprochée jusqu'au week-end... Un Auror et un Tireur, en bref. Iris ?"
"Moi ?"
"Ça montrera une nouvelle facette du boulot à Wang, et ça sera fini d'ici lundi donc s'il faut suivre au Magenmagot ou si tu dois aller témoigner pour l'affaire Graves, ce n'est pas compliqué", il argumente comme s'il devait me convaincre d'accepter. "Sans compter que Wintringham n'ayant toujours pas son Rang trois, je ne peux pas l'envoyer sans quelqu'un pour lui tenir la main."
Heathcote fait de son mieux pour ne pas le prendre mal. Il connaît Ron au moins aussi bien que moi - le prendre mal serait une connerie, la meilleure façon de l'amener à insister sur le point sensible.
"Un Tireur, Mark et moi ?", je décide de m'intéresser.
"Bruce Wind, ça t'irait ?"
"Wind et Wang ? Pas de problème", je commente et il me fait l'amitié d'un sourire. "La personne à protéger ?"
"Gwyneira Snow", il me répond en jaugeant très clairement ma réaction. "Tu lui as déjà sauvé la vie récemment, ça devrait la rassurer. Je ne te promets pas qu'elle te le montrera."
"Message reçu, chef."
"Si Heathcote faisait des efforts, on n'en serait pas là, toi et moi", il rajoute, théâtral et insistant. Deux fois - c'est plus qu'une coïncidence.
"Je fais des efforts, lieutenant", plaide mon collègue.
"C'est vrai", juge Ron en me regardant. C'est donc à la fois une affirmation et une question.
"Je n'ai pas à me plaindre de Heathcote, au contraire, lieutenant", je promets. "Ce n'était pas facile pour moi cette mission, tu l'as bien vu, et il a été là. Vraiment là. Soutien, force de proposition", je développe un peu au hasard, ayant l'impression de répéter des trucs que j'ai entendu dire par d'autres dans des situations équivalentes.
"Faut que ça continue, Heathcote. Il faut que Iris ou Caradoc n'aient que des éloges à te faire et que je puisse faire une longue liste. Et pas dans deux ans."
"Oui, lieutenant."
"Iris, tu trouveras bien le temps de me mettre un rapport écrit entre trois petits fours et deux rondes..."
"Un rapport sur Heathcote ?", je vérifie.
"Sur un subalterne à la demande de ton supérieur. Compétence d'un chef d'équipe, Iris, c'est dans le Manuel", il fait mine de s'agacer. "Rajoute ce que vous avez fait en entrainement..."
"Iris avec Colleen et George Alderton nous ont débordés Mark, Olivia et moi, Lieutenant", soupire Heathcote. "C'est sans doute pas ce que tu as envie de lire !"
"T'as oublié la cible pour aller au secours de ta dulcinée ?", questionne Ron platement.
"Non, ça c'est Mark", j'interviens parce que je dois bien ça à Heathcote. "J'ai mis Colleen devant pour que tous voient bien sa solidité dans une situation difficile..."
"Je n'ai pas eu d'autre choix que de lui tirer dessus", confirme Heathcote. Ça sonne comme un reproche qu'il me ferait. C'est sans doute le cas.
"Alderton s'est surpassé", je rajoute.
"Et... j'ai mis trop de temps à croire qu'Iris prendrait autant de risques", se juge Wintringham. "Ils ont eu le dessus."
"Et vous ne m'auriez pas raconté !", fait mine de s'offusquer Ron. "Un truc aussi croustillant qui doit se répéter dans toute la Brigade, vous auriez laissé Matty Groves en faire des gorges chaudes sans me prévenir ! Je veux ce rapport lundi, Iris, tu m'entends. Plutôt deux rapports, une évaluation de Heathcote - oui, comme tu ferais pour Mark, pareil. Et un rapport sur le dernier entraînement commun - les stratégies, les résultats, tu peux prendre ça pour une évaluation de ton travail d'encadrement de ma part."
Je n'ai que le temps de balbutier un "Oui, lieutenant" qu'il reprend en se levant : "Tu viens avec moi voir Groves, Wintringham, ça t'apprendra un peu de diplomatie."
Heathcote l'imite sans attendre.
"T'es attendue pour midi, Iris. Voici les coordonnées et le portoloin. Je vais transmettre vos empreintes magiques." Ron a une infime pause avant d'ajouter : "Et passe donc voir ta mère avant - je crois que j'ai failli oublier mais, si tu y allais, elle voulait te parler... Tu peux aller faire ton sac en attendant, Wang, je ne crois pas que tu sois invité."
Je sors en me disant que Ronald Weasley est certainement plus complexe et subtil qu'il n'aimerait que je le pense. A moins, au contraire, qu'il ait décidé de me le montrer.
oo Un domaine dans la campagne près de Sienne
"Ne bougez pas pendant le contrôle de vos auras."
L'Auror italienne qui vient de donner cet ordre a un peu près mon âge - peut-être un peu plus. Elle est plus grande que moi et très brune. Deux de ses collègues jettent les sorts pour vérifier qu'il n'y a aucun charmes de confusion ou autre tentative de modifier nos identités apparentes. Son anglais est chantant mais très correct.
"A l'appel de votre nom, faites un pas en avant et donnez à voir votre empreinte", elle ajoute quand ses deux collègues lui ont transmis par signe qu'ils n'ont rien décelé - les mêmes signes que nous, ai-je remarqué. "Iris Lupin-McDermott", elle articule avec application ayant lu mon nom sur un parchemin.
J'obtempère et commence un sort de lumière pour l'interrompre juste avant qu'il ne donne son résultat et ainsi ne produire que ma signature magique.
"Merci, Auror Lupin-McDermott", commente la même Auror quand son collègue de droite a terminé la comparaison. "Je suis Orsola Bruni, chargée de votre accueil." Nous nous serrons la main avec formalisme et elle retourne à sa liste. "Bruce Wind ?"
Le Tireur qui a été mis sous mes ordres fait un pas un avant, sort lentement sa baguette et lance un sort qu'il arrête à mi-course pour produire l'empreinte magique demandée.
"Bienvenu, Tireur Wind. Merci de vous placer à côté de l'Auror Lupin-McDermott", nous instruit Orsola Bruni, toujours très formelle. "Il nous reste. Mark Wang."
Mark a une courte inspiration avant de faire le pas en avant et de produire la signature demandée. Je me dis que j'ai bien fait de décrire comment notre arrivée allait se passer avant notre départ. Je me rappelle de ma première fois - c'est très étrange voire insultant d'être en mission et considéré avec suspicion.
"Aspirant Mark Wang, bienvenu. Nous sommes sur le domaine de Ippolito Grancavallo", elle nous affirme d'un air fier qui me fait penser que je suis censée être impressionnée par le nom. Un éleveur de Granians, d'une longue lignée mais pas seulement, m'a dit Mãe avant que je quitte son bureau. Je me contente d'opiner sobrement pour montrer que je sais. Ça semble lui suffire. "Une rencontre discrète a lieu et nous tenons le protocole à son minimum. Les invités sont en train de déjeuner; je vais vous conduire."
- J'ai failli refuser que Ron t'envoie parce que c'était Snow. Mais c'est toi et non moi. Et je n'avais pas non plus tant de ressources alternatives que cela. Ma mère, mon Commandant, dans un sacré mélange des genres, m'a livré ça devant trois de ses lieutenants - et trois de ses copines : Charity Perkins, Dawn Paulsen, Tanya Sawbridge. Deux ont fait de moi l'Auror que je suis. - Pas de mission familiale ? j'ai vérifié sans prendre la peine de me montrer diplomate. Elle ne leur avait pas demandé de sortir, c'est qu'elle estimait qu'elles pouvaient tout entendre. Voire elle voulait qu'elles entendent que je ne poursuivais pas de mission personnelle en Italie puisqu'elle est allée jusqu'à le dire : - Je n'ai pas de mission familiale te confier, mais Snow pensera peut-être que tu en as une. Pour une bonne raison : l'objet de cette réunion est la situation en Turquie et la rencontre avec Altan Karaman, ton potentiel beau-frère là comme porte-parole d'une partie de l'opposition. - Ce n'était pas le cousin, le rebelle ?, j'ai enquêté quand j'ai eu digéré l'information. - Il semble que la situation soit moins simple que nous ne le pensions. Il y a plusieurs factions d'opposition et la question du moment est d'évaluer laquelle nous serait la plus favorable et laquelle est la mieux placée pour réussir; Parallèlement, Defné semble avoir, elle, pris parti pour une autre faction, a soupiré Mãe, l'air un peu dépassée par ce développement-là. - Ni son cousin, ni son frère ? - Exactement. Elle voulait ma bénédiction, et je lui ai dit que je n'avais aucune idée sur la question. J'ai eu l'impression de la décevoir.
Pendant que je ressasse ça, on remonte une longue allée de cyprès qui traverse différents lieux d'entraînement de Granians. C'est la première fois que j'en vois de si près et je ne peux m'empêcher de me dire qu'ils sont magnifiques et déjà énormes même quand ils sont jeunes. Et que Hagrid adorerait être là !
"Ils sont avant tout dressés pour le Palio magique", m'apprend ma collègue italienne. "La course aura lieu le premier jour de l'été. Bien sûr, il y a d'autres courses et des usages privés, mais ce qui fait la réputation de cet élevage, c'est d'avoir produit tous les gagnants sauf deux du Palio depuis 1786 !"
"Impressionnant", je commente aimablement.
"Nous ne nous attendions plus à ce que votre déléguée ait sa propre protection", rajoute Bruni après quelques secondes de silence. Il y a presque de la réprobation dans sa voix.
"J'ai reçu mes ordres il y a deux heures", je réponds factuellement.
Je pense qu'elle a du mal à me croire mais elle se contient. Nous passons différents contrôles jusqu'à nous retrouver sous une grande terrasse couverte où une dizaine de sorciers sont rassemblés autour d'une grande table. Bruni glisse un mot à l'un des serveurs qui va jusqu'à Snow et se penche vers son oreille. Snow opine et se lève sans doute en s'excusant. Plusieurs regards se tournent vers nous. Je reconnais Altan Karaman sans aucune difficulté - Kane et moi nous ressemblons moins que Defné et lui !
- Et cet Altan, il ne va pas penser que j'ai une mission familiale, Mãe ?, je me suis inquiétée dans le bureau du Commandant et devant les trois lieutenantes. - Ce serait logique qu'il le pense. Laisse-le venir à toi. Ne fais pas comme si tu ne savais pas qui il est mais ne va pas à sa rencontre. Ta mission est ailleurs. Laisse venir... et appelle Kane et Defné parce que je ne suis pas celle qui peut te dire quoi dire ou quoi faire, Iris. Pas dans ce cadre-là. A bien y réfléchir c'était la première fois de toute ma vie qu'elle me disait ça.
"Auror Lupin, c'est donc vous qu'on envoie", me salue Snow avec une certaine circonspection.
"Madame Snow, j'étais disponible et dans l'équipe fléchée pour ce genre de mission", je réponds poliment.
"Il paraît que cette réorganisation ne se passe pas sans douleur", est le commentaire suivant. Je décide que je n'ai pas à relever cette remarque et elle s'en rend bien compte. "Mais j'imagine que vous aurez à cœur que je sois en sécurité. Vous avez eu l'air compétente l'autre fois et je ne vois aucun intérêt pour vous à qu'il m'arrive quelque chose. Vous avez une équipe ?"
"Un Tireur et mon Aspirant", je réponds. "Bruce Wind et Mark Wang."
"Ce sera assez ? Ici, j'imagine que oui mais nous allons à Athènes ensuite..."
"Je vais me coordonner avec mes collègues, ici et là-bas, et discuter de tous les détails, Madame Snow. Votre sécurité est toute ma mission."
"Nous avons une pause vers quinze heures. Je devrais appeler Londres mais faites en sorte d'avoir avancé sur ces questions et d'être en mesure de me donner des assurances, Auror Lupin-McDermott - c'est bien votre nom complet ?"
Je ravale tout l'agacement qui pourrait me saisir pour me tourner vers Orsola Bruni et lui demander de me faire un topo du dispositif de surveillance du domaine. Elle m'entraîne dans une salle où un dispositif par sphères est installé, me présente à l'équipe de surveillance et me décrit le placement de chaque sphère, les rondes menées par des Aurors et des policiers italiens et les gardes rapprochées assurées par des équipes de taille variable auprès des délégués français, allemands, grecs et croates présents. Elle m'emmène visiter la chambre de Snow tout en continuant à me présenter aux collègues en chemin. Je m'assure que Wind a le temps de sa propre évaluation des risques inhérents au lieu. Imaginant sans peine mes priorités, Bruni me propose ensuite de rencontrer mon homologue grec. Un homme assez jeune et très photogénique qui se présente sous le nom de Dimosthenis Arkadis.
"Appelez-moi Dim, c'est ce que font tous mes amis !"
"Iris", je propose en lui serrant la main.
"La messagère des dieux", il sourit.
"La déesse que je sers aujourd'hui voudrait que je lui affirme que je sais exactement comment nous allons aller à Athènes et comment elle y sera protégée", je lui réponds. "Pouvez-vous m'aider ?"
Dim Arkadis est un collègue efficace et pratique. Il ne cesse pas totalement de me faire du charme mais il reste subtil et léger et surtout partage avec moi toutes les informations dont il dispose.
"Si on rajoute un Tireur et deux Aurors au dispositif, totalement dédiés à Madame Snow, honnêtement, Iris, vous pensez qu'il y a un risque ?"
"Madame Snow a récemment été attaquée - enfin a subi une tentative d'attaque que nous avons bloquée avant même que l'attaquante ait pu s'approcher d'elle. Mais ça la rend nerveuse."
"Elle est arrivée ici sans escorte."
"Je crois qu'elle n'avait d'abord prévu qu'un aller-retour mais il y a maintenant un déplacement à Athènes", je lui livre. "Nous n'étions pas au courant avant que le Département de la Coopération demande cette garde rapprochée."
"Les mystères des ministères", il suppose avec fatalisme. Et je ne peux pas lui donner tort.
