Chapitre 49 : La brillante idée de Lucius Malefoy
Note de la traductrice :
Passages en italique = traduction de J-F Ménard
Les autres écoles arrivèrent et Hagrid porta un costume spectaculaire.
Ils finirent par rester déjeuner avec Hagrid, sans manger beaucoup, cependant. Hagrid avait cuisiné quelque chose qu'il présenta comme un ragoût de bœuf mais, après qu'Hermione eut découvert dans son assiette une grosse serre d'oiseau, ils perdirent quelque peu leur appétit. Harry, Ron et Hermione conjuguèrent leurs efforts pour essayer de lui faire dire en quoi allaient consister les trois tâches du tournoi, mais sans succès. Ils échangèrent ensuite quelques pronostics sur les noms des champions qui sortiraient de la Coupe de Feu et se demandèrent enfin si Fred et George avaient déjà perdu leur barbe.
Vers le milieu de l'après-midi, une légère pluie s'était mise à tomber. Confortablement installés près du feu, ils écoutaient le faible crépitement des gouttes contre les carreaux et regardaient Hagrid qui reprisait ses chaussettes tout en discutant avec Hermione du sort des elfes de maison – il avait catégoriquement refusé d'adhérer à la S.A.L.E. lorsqu'elle lui avait montré les badges.
- Ça serait pas une bonne chose pour eux, Hermione, dit-il avec gravité, en faisant passer un épais fil jaune dans le chas d'une aiguille en os. C'est dans leur nature de servir les humains. C'est ça qu'ils aiment, tu comprends ? Tu les rendrais malheureux si tu leur enlevais leur travail et ça serait insultant pour eux d'essayer de les payer.
- C'est peut-être le cas pour certains Elfes de Maison, répondit Hermione raide comme un piquet. Mais mon sondage montre que même les Elfes de Maison qui considèrent avoir un 'bon maître' ont des besoins dont les sorciers ne tiennent pas compte. Les Elfes de Poudlard, par exemple, trouvent que le fait que l'école ait un concierge leur retire du travail, et que l'école devrait envisager d'accueillir plus d'élèves pour qu'ils aient plus de choses à faire. Ce n'est peut-être pas une question de salaire, ajouta-t-elle d'un air sévère. Mais c'est certainement une question de bien-être. Et d'ailleurs tous les Elfes de Maison ne sont pas opposés à l'idée d'un salaire, une fois qu'on leur a expliqué.
Harry et Ron la regardèrent faire son discours avec stupéfaction, et Harry craignait légèrement d'avoir créé un monstre.
Le feu de la Coupe était redevenu rouge. Des étincelles volaient en tous sens et une longue flamme jaillit soudain, projetant un nouveau morceau de parchemin.
D'un geste qui semblait presque machinal, Dumbledore tendit la main et attrapa le parchemin entre ses longs doigts. Il le tint à bout de bras et lut le nom qui y était inscrit. Un long silence s'installa, pendant lequel il continua de fixer le parchemin, tous les regards tournés vers lui. Enfin, Dumbledore s'éclaircit la gorge et lut à haute voix :
- Harry Potter.
La discussion à propos de sa nomination fut épouvantable, et Rogue resta totalement silencieux. Harry essayait de réfléchir, et n'arrivait à rien. Les choses ne firent qu'empirer ensuite, ses pensées en désordre, les gens autour de lui tout à tour le félicitant et le regardant de travers.
- Écoute, dit Harry, je n'ai pas déposé mon nom dans cette Coupe. Quelqu'un a dû le faire à ma place.
Ron haussa les sourcils.
- Et pourquoi, d'après toi ?
- Je ne sais pas, dit Harry.
- Je vais aller en parler au professeur Rogue, ajouta-t-il.
- C'est ça, dit Ron, avec quelque chose de mauvais dans la voix. T'es ami avec les Serpentard, maintenant, hein ?
Jusque là l'année de Harry avait été si bonne.
- Alors ? demanda le professeur Rogue, sans élaborer. À ce point de leur relation, Harry était capable de comprendre la question.
- Quelqu'un essaie de me tuer à nouveau.
- Vous allez devoir affronter les épreuves seul, il n'y a aucun moyen de faire autrement.
Chouette, pensa Harry.
- Durmstrang et Beauxbâtons vont tricher à la moindre occasion. Je m'attends à ce que vous fassiez de même.
- Euh. Professeur-
- Évidemment, vous ne serez pas pris.
- Vous allez m'aider ?
- Le professeur Dumbledore veut que ses professeurs restent neutres. Vous ne laisserez pas ce tournoi vous distraire de votre étude des Potions, Monsieur Potter. Je commence à croire en votre théorie que vous n'aurez jamais le loisir d'attendre que personne n'essaie de vous tuer.
En d'autres circonstances, il aurait été impatient de voir Hagrid, mais le cours de Soins aux Créatures Magiques allait l'obliger à croiser aussi les Serpentard – ce serait la première fois qu'il se trouverait en leur présence depuis qu'il était devenu champion.
Comme il fallait s'y attendre, Malefoy arborait son habituel sourire narquois lorsqu'il arriva devant la cabane de Hagrid.
- Regardez, c'est le champion, dit-il à Crabbe et Goyle dès qu'il fut suffisamment près de Harry pour être sûr qu'il l'entende. Vous avez vos carnets d'autographes ? Il vaut mieux lui demander sa signature maintenant, parce que ça m'étonnerait qu'il soit encore là très longtemps… La moitié des champions du Tournoi des Trois Sorciers sont morts pendant les épreuves… Combien de temps croyez-vous que Potter va tenir ? Je suis prêt à parier qu'il ne dépassera pas les dix premières minutes de la première tâche.
Harry lui mit un coup de poing, et Goyle lui sauta dessus en échange. Hagrid les sépara, et leur donna une retenue tous les trois ensemble avec une expression horrible sur le visage.
- Désolé, Hagrid, murmura Harry. Il regretta que Ron soit en colère contre lui, parce que d'habitude lui et Ron se retenaient l'un l'autre d'attaquer Malefoy pour de bon.
La retenue consista à nettoyer l'écurie des chevaux de Beauxbâtons. Hagrid ne resta pas pour les surveiller. Harry fit de son mieux pour ne pas respirer, Goyle le fit tomber dans le fumier, Harry fit tomber Goyle dans le fumier…
- Arrêtez ça, vous deux, siffla Drago, qui se tenait bien à l'écart de leur combat sur le sol crasseux. J'ai honte de vous connaître tous les deux. Debout.
Quand Goyle obéit, Harry se leva lui aussi. Drago feula quelques sorts, et Goyle et Harry redevinrent propres et à peu près présentables.
- Qu'est-ce qui ne va pas chez vous ? demanda Drago.
- C'est lui qui a commencé, marmonna Goyle.
- Je suis désolé de ne pas trouver le fait que Voldemort veuille me tuer à nouveau amusant, Drago, feula Harry.
- … on ne plaisante pas avec ça, dit Drago devenu blême. Voir Drago dans une écurie crasseuse était encore étrange et merveilleux, même en dehors des circonstances du moment.
- Au boulot, suggéra Harry, avant d'empoigner une fourche pour ramasser la paille maculée d'immondices.
- Manant, marmonna Drago.
- Et fier de l'être, confirma Harry.
- Ce n'est pas Voldemort, dit Drago, tâtant une pile de crottin du bout de sa fourche comme s'il n'avait jamais fait de travail manuel de sa vie.
- Bien sûr que si, répondit Harry, ravi de pouvoir en parler à quelqu'un qui ne s'inquiéterait pas pour lui. J'ai eu une vision et tout. Il a un horrible plan à long terme.
- Tu. Tu. Tu.
- Je ?
Drago, l'air agité, passa la main dans ses cheveux, brisant la sage raie sur le côté qu'il avait d'habitude. Harry songea à dire à Drago qu'il avait bien meilleure allure quand il n'était pas tiré à quatre épingles, puis décida que c'était n'importe quoi.
- Je dois le dire à mon père, dit Drago.
- Pourquoi ? Il n'est pas déjà au courant ?
- Il a passé beaucoup de temps, d'efforts et d'argent à convaincre tout le monde qu'il détestait – tu sais.
- Le mien aussi, grogna Goyle.
- Comment penses-tu qu'Il va prendre tout ça ? Pas en bien. S'il est de retour…
- Il sera peut-être un peu agacé que ton père ait laissé son vieux journal se faire poignarder par un croc de Basilic, ajouta Harry, parce que c'était marrant de voir Drago paniquer. Oh, et pour la mort du Basilic. Son fantôme de seize ans avait l'air drôlement attaché à elle.
- Ta vie est absurde, dit Drago d'une voix absente, l'air totalement absorbé par la contemplation de ses tourments intérieurs.
Goyle aussi fronçait les sourcils, mais il n'en profitait pas pour éviter de ramasser du crottin. Harry décida de se concentrer sur la retenue, pour changer.
Deux jours et demi plus tard, Drago vint à la rencontre de Harry dans un couloir, son expression totalement neutre.
- Quoi.
- … tiens. Lis.
Mon cher Drago,
Cette information au sujet de Lui a été très utile pour arranger mon emploi du temps. Si Potter semble prêt à fournir plus de détails, il serait de bon ton pour toi de passer plus de temps avec lui. Une reprise des premiers essais d'amitié ne serait pas superflue, dans le but de garder un œil sur la situation.
Bien à toi, ton père qui t'aime
Lucius
- Ton père, dit lentement Harry, veut que tu prétendes être mon ami pour avoir des informations.
- Mhmmm.
- Tout le monde à l'école me déteste, continua Harry, et ton père veut qu'on devienne amis.
- Mhmmm.
- Tous les Serpentard vont vouloir te tuer, continua gentiment Harry. Les Poufsouffle, aussi. Et les Gryffondor vont vouloir me tuer.
- Tu pourrais dire non à cette idée grotesque, dit Drago avec un léger espoir dans la voix.
- Oh non. Je ne vais pas refuser une amitié avec quelqu'un qui est obligé de me supporter, dit Harry d'un ton enjoué. Mais tu devras laisser tes gardes du corps à part.
Le silence de Drago était magique.
- On pourra bosser notre Quidditch, offrit Harry. On n'aura pas besoin de se parler, comme ça.
- … ça marche.
Et ils firent ainsi. Ils libérèrent un Vif d'Or et soir après soir, essayèrent à tour de rôle de l'attraper.
Harry gagna quatre fois sur cinq, et réussit à faire manger à Drago un bonbon au savon.
À quel point il s'avéra que Drago était prêt à l'attaquer de face, et ils se retrouvèrent à nouveau en retenue. Plusieurs fois, car Harry et Drago ne pouvaient pas passer plus d'une demi-heure ensemble sans se bagarrer, et Harry se sentait suffisamment en colère avec le monde entier pour que ça lui convienne parfaitement.
(Dans une autre réalité, Drago eut l'idée de fabriquer des badges qui disaient des insultes et à les distribuer dans toute l'école. Dans cette réalité, Drago était occupé à lancer un sort aux dents de Harry.
Madame Pomfresh ne fut pas impressionnée. Les professeurs Rogue et McGonagall ne furent pas impressionnés. En vérité, personne ne fut impressionné.)
