Bonjour à tous, j'espère que tout va bien pour vous durant cette période difficile... et que ce petit chapitre pourra vous offrir une distraction pendant quelques minutes.
Bonne lecture !
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Quand un enfoiré devient soudainement un bon gars, c'est souvent le signe que... Ah, je crois que ce titre existe déjà
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La paume de sa main gauche soutenant sa tête comme si elle risquait de tomber, Hijikata commençait à sentir poindre le début d'une migraine. La droite tapotait machinalement avec le manche d'un pinceau le document qu'il était en train de lire. Enfin, lire... Tenter de comprendre serait une formulation plus exacte. Non pas que l'écriture fût illisible, mais tout ça n'avait aucun putain de sens ! Ce n'était pourtant pas compliqué, la consigne avait été de relever les agissements d'une bande suspectée de trafiquer des armes ; mais certains passages étaient tellement chargés en détails rapportés anarchiquement, sans tri ni synthèse, notés au fil des pensées de l'inspecteur, qu'au final ce rapport posait plus de questions qu'il n'y répondait. Il lâcha un soupir, frustré : il allait encore devoir passer un savon à Yamazaki pour lui faire comprendre que n'étant pas dans sa tête, ce texte sûrement limpide pour lui ne l'était clairement pas pour quelqu'un d'autre.
- T'as l'air de saturer.
Il releva les yeux pour voir l'inconscient qui s'était présenté à son bureau sans frapper ; sans surprise, il identifia Sougo, qui aussi loin que remontaient ses souvenirs, ne s'était jamais embarrassé de cette politesse élémentaire.
- Qu'est-ce que tu veux ? grogna-t-il en rabaissant les yeux sur son rapport, tâchant de faire comprendre à l'autre qu'il n'avait ni le temps ni l'humeur pour s'occuper de lui.
Il les releva cependant lorsqu'un objet s'abattit avec force tintements sur le coin de son bureau, lui masquant le coin supérieur gauche de sa lecture.
- Encore un rapport de Yamazaki ? Si ta tête explose, ça va en foutre partout. Fais un break, un peu.
Interdit, le vice commandant resta sans réagir tandis que le capitaine s'installait face à lui et saisissait d'une main la théière posée sur le plateau qu'il venait de déposer, d'où s'échappait un filet de fumée à l'odeur prometteuse.
- Euh... Ça rime à quoi, ça ?
- Quoi ? fit Sougo qui stoppa son geste après avoir rempli la première des deux tasses. Tu n'aimes pas ce thé ?
- Si, mais...
- Alors bois-le, lui intima-t-il en servant la deuxième. C'est bon pour les nerfs.
Bizarre. C'était beaucoup trop bizarre. Est-ce qu'un des trucs que le sale gosse mettait parfois dans sa mayonnaise avait fini par le faire halluciner ? Ce fut d'un geste presque mécanique qu'il prit sa tasse, Sougo ayant déjà saisi la sienne. L'hypothèse d'un piège était bien sûr la plus probable, mais c'était si grossier... Ça ne lui ressemblait pas...
Il porta le liquide à ses lèvres, mais ne le toucha pas tout de suite, ne lâchant pas le capitaine des yeux ; celui-ci, sans paraître se soucier de la paire d'yeux qui le transperçait, leva sa tasse et en but la moitié d'une traite.
Et bien ça alors. Le petit sadique avait dû perdre un pari avec l'un de leurs collègues, il ne voyait que ça. Il plaignait sincèrement l'inconscient qui avait osé lui infliger un tel gage, il le paiera sûrement au centuple. Profitant simplement de ce que cela pouvait lui apporter, il but lui aussi une gorgée de son thé.
Qu'il recracha aussitôt.
- C'est trop chaud ? s'étonna innocemment Sougo. Je l'avais pourtant laissé tiédir...
Mais quel idiot il faisait ! Il avait attendu que Sougo boive le premier, pensant que cela suffirait comme assurance que le thé était sûr ; mais il n'avait pas pensé à vérifier le fond de sa tasse avant qu'il ne le serve !
- Non... Non non, j'ai juste avalé de travers...
Le capitaine haussa les sourcils devant le visage agité de tics nerveux de son aîné, mais ne fit pas de commentaire et finit sa tasse.
- Écoute, Sougo... Merci pour le thé, mais il va falloir que je me remette au travail. Prise de tête ou pas, ça ne va pas se faire tout seul...
- Comme tu voudras, fit Sougo en haussant les épaules avant de rassembler le service sur le plateau. Ça t'aura fait trente secondes de pause, c'est presque un record par rapport à d'habitude.
Hijikata garda son sourire figé jusqu'à ce que le jeune garçon ait refermé la porte dans son dos. Il s'était fait avoir comme un débutant, mais il ne laisserait pas le plaisir à ce petit enfoiré de profiter de la vision de son méfait. Autant se préparer dès maintenant, il lui faudrait garder l'air le plus naturel possible lorsqu'il aurait besoin de foncer aux toilettes... Attendez, il ne serait pas plus sage de vérifier dès maintenant s'il n'en avait pas bloqué l'accès d'une manière ou d'une autre ?
En fait, il ne devrait pas directement appeler une ambulance ?
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C'était vraiment très étrange.
Il s'était bien dit qu'à force d'expérimenter toutes sortes de substances peu recommandables que ce petit salopard sadique mettait habituellement dans sa mayonnaise, son estomac aurait fini par développer une certaine résistance. Mais là, il n'avait... Rien. Aucun symptôme, aucun mal de ventre, aucun trouble digestif d'aucune sorte. Serait-il devenu vicieux au point de l'empoisonner à petit feu ? Non, ce n'était pas son genre, ça requérait trop de patience ainsi que la nécessité de lui en administrer des doses bien trop souvent...
- Oh, Hijikata-san !
- Hein ?
- Ça fait trois fois que je t'appelle...
Perdu dans ses réflexions, il en avait presque oublié qu'il était en pleine patrouille, justement en la compagnie de l'objet de ses tourments.
- Désolé, je pensais à autre chose... Tu disais quoi ?
- Je te demandais si on pouvait s'arrêter au konbini avant de rentrer. Je n'ai plus de chewing-gums.
Machinalement, en pensant au konbini, Hijikata tapota sa propre poche.
- Si tu veux. Il faut aussi que je me rachète des cigarettes, justement.
Arrivé devant le petit comptoir, il laissa Sougo commander le premier en revenant à son premier sujet de réflexion. Il repensa à son hypothèse du pari perdu : c'était peut-être bien la plus crédible, finalement. Même en prenant en compte le fait que Sougo était bon comédien, il ne montrait aucune trace de contrariété, ni de surprise, ni d'attente ou quoi que ce soit. Et même si pour le moment, il n'avait aucun agent envoyé à l'infirmerie dans un état précaire caractéristique d'une vengeance cruelle, seulement vingt-quatre heures étaient passées...
Lorsque Sougo s'écarta en rangeant ses chewing-gums dans sa poche, il vit que la vieille dame souriante tenait déjà un paquet de ses cigarettes préférées à la main. Forcément, il était un habitué et n'achetait jamais rien d'autre ici. Il sortit son portefeuille et commença à compter les billets, mais la vendeuse l'arrêta d'un geste :
- Vos cigarettes sont déjà payées, monsieur le policier.
- Pardon ? s'exclama-t-il, la somme déjà en main.
- Ce jeune homme a déjà réglé pour vous deux...
Il se retourna vivement pour voir Sougo qui s'éloignait à grands pas sur la route, en direction du quartier général.
- Dépêche-toi un peu, Hijikata-san, notre drama commence dans quelques minutes et j'ai oublié de menacer quelqu'un pour qu'il nous l'enregistre.
D'accord. Jusqu'ici, c'était tout juste un peu étrange. Là, même avec ses standard, c'était franchement inquiétant.
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- Choppez-le, vite !
- Le laissez pas s'échapper !
Trop tard, le chef de la bande de patriotes jouishishi dont ils venaient de contrecarrer les plans avait réussi à s'enfuir, avec en sa possession le message codé qu'il avait, par l'intervention du Shinsengumi, échoué à transmettre à son complice, et qui renfermait la localisation d'une de leurs plus grandes planques d'armes.
- Il ne faut pas qu'il réussisse à se perdre dans la foule ! Deuxième division, coupez toutes les issues qui lui permettraient de quitter le périmètre sécurisé ! ordonna Hijikata à travers le talkie-walkie qu'il tenait à la main, son sabre dans l'autre, alors qu'il courrait derrière le criminel en tâchant de ne pas le perdre de vue.
- Compris !
- Première division, il devrait arriver sur votre position, préparez-vous à l'intercepter !
- Chuis prêt, répondit la voix traînante de Sougo dans l'appareil.
La présence du vice-commandant à quelques mètres dans son dos dissuaderait leur cible d'essayer de se cacher ou d'entrer dans un bâtiment ; toutes les rues adjacentes qu'il aurait pu emprunter pour le semer étant occupées par les hommes d'Harada, il n'avait pas d'autre choix que de continuer sur la voie principale. Il devrait donc, juste après ce tournant, tomber sur Sougo et son équipe... Si celui-ci était bien en place...
Il commençait à fatiguer, de toute évidence ; Hijikata l'avait presque rattrapé lorsqu'il tourna à l'angle en question. Et ce fut pour se retrouver nez à nez avec les bazookas de la division du capitaine sadique.
- Coucou.
Et lui, Hijikata, était juste derrière. Oh merde.
Il plongea aussitôt, mais c'était inutile... Il était bien trop près...
La détonation lui vrilla les tympans, il serra les dents en attendant le choc...
Mais le choc ne vint pas. Tout juste le souffle de l'explosion dérangea-t-elle ses cheveux et ses vêtements. Il osa ouvrir les yeux, avant de se redresser sur un coude : un cratère fumait à une dizaine de mètres derrière lui, autour duquel s'agitaient les agents de la première division.
- Oh, tu as perdu quelque chose par terre ?
Sougo s'était arrêté derrière lui, son bazooka dont le canon était encore chaud reposant négligemment sur son épaule.
- Euh... Mon insigne, bredouilla-t-il en montrant son badge qui avait justement glissé hors de sa poche, incapable d'improviser quelque chose de mieux.
- Ah, fit simplement Sougo, heureusement qu'elle n'a pas été retrouvée par quelqu'un qui aurait pu te la piquer !
- ...
- Ça va, fais pas cette tête, je rigolais. Bon, les gars ont ramassé ce type, enfin, ce qu'il en reste...
Hijikata l'écoutait sans vraiment l'entendre. Il avait réussi à tirer sur ce mec en l'évitant lui ? Alors qu'il était juste derrière ? Comment avait-il fait ? Non, ça, ce n'était pas la question, ce gosse était un tireur émérite, la question était de savoir pourquoi il l'avait fait ? C'était une occasion en or, il n'aurait même pas eu besoin de se fatiguer à se trouver des justifications...
- ... Du coup, ça s'est bien passé, conclut Sougo. On fait quoi, maintenant ?
Ce fut ce moment-là que choisirent les connections de son cerveau pour se rétablir. Il se releva, rangea son insigne et réarrangea ses vêtements avec une expression neutre, comme si tout ça était parfaitement naturel.
- Allez fouiller ce type pour retrouver le message qu'il portait. Vu l'étui protecteur dans lequel il était conservé, il devrait être en assez bon état. Occupe-toi de le transmettre à l'équipe de décryptage. Il faut que j'aille faire lever les barrages, si les journalistes viennent vous poser des questions, renvoyez-les vers moi pour que je les envoie chier. Pas un mot sur la planque d'armes, bien entendu.
- Compris.
Sans plus de commentaires, il rejoignit ses hommes qui avaient fini par tirer leur cible du jour du cratère qui balafrait maintenant la route. Encore un petit excès de zèle qui allait faire râler les riverains...
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- Toushi, je crois qu'on va bientôt manquer de papier... Je viens d'ouvrir le dernier paquet...
- Je sais, je l'ai déjà marqué dans la liste de matériel à commander.
- Ah, bien.
Le silence se réinstalla entre le commandant et le vice-commandant, installés de part et d'autre du plan de travail alors qu'ils profitaient d'un moment de répit pour se plonger dans une pile de paperasse en retard, troublé de temps à autre par le froissement d'une feuille, le bruit étouffé d'un coup de tampon ou le craquement du briquet d'Hijikata.
- Kondo, demanda celui-ci au bout d'un moment, vous ne trouvez pas que Sougo est bizarre en ce moment ?
- Bizarre ? répondit distraitement son supérieur en parcourant des yeux un document particulièrement obscur. Tu trouves ? Je me disais justement qu'il était plutôt calme ces derniers jours. On n'a pas eu de destruction par bazooka depuis un moment, il termine ses patrouilles jusqu'au bout sans s'arrêter pour dormir et il m'a rendu un rapport impeccable et dans les temps, hier.
- Donc, nous sommes bien d'accord. Vous avez une idée de ce qui lui prend ?
- Aucune, mais je m'étonne de t'entendre t'en plaindre... J'aurais plutôt pensé que ça te réjouirait.
- Je ne me plains pas, répliqua Hijikata en levant un instant un regard irrité du formulaire qu'il était en train de remplir. je préfère juste éviter de me faire une fausse joie. Tenez, il y a besoin de votre tampon là.
- Passe... Allons, il n'y a pas de raison de se montrer pessimiste. Peut-être a-t-il décidé de mûrir ?
- Sans aller jusqu'à être pessimiste, je ne veux pas non plus croire bêtement aux miracles.
Il se tut un instant le temps de décrypter un paragraphe particulièrement fastidieux, avant de finalement remplir le champ à compléter d'un laconique « sans objet ».
- De toute façon, reprit-il, il n'y a pas que ça...
- Ah bon ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Ce n'est pas seulement son travail... C'est aussi... Vis-à-vis de moi en particulier...
Posant enfin le document particulièrement chiant sur la pile des « terminés », il se perdit un instant dans la contemplation du plafond, pensif.
- J'ai presque peur de le dire à voix haute parce que ça me donnerait l'impression qu'il pourrait défoncer cette porte sur l'instant et me trancher en deux pour l'affront, mais... Il se comporte de façon quasiment... Normale avec moi.
- Vraiment ? s'étonna Kondo dont l'incongruité de l'information avait réussi à le faire relever le nez de son dossier. C'est à ce point ?
- Pour que je le remarque, il faut vraiment que ce soit flagrant...
- Il aurait enfin décidé de tourner la page ? supposa le commandant, songeur, en s'éventant machinalement avec un paquet de feuilles de papier.
- D'un coup, comme ça ? Ça paraît difficile à croire. Vous n'avez pas vu les fiches de paye de ce mois-ci ?
- Elles sont là... Mais alors quoi, dans ce cas ?
- Je ne vois que deux possibilités... Soit il me prépare un sale tour, soit il a autre chose en tête qui le distrait en ce moment.
- Qu'est-ce qu'il pourrait avoir en tête ?
- Ça, je n'en sais rien, j'espère juste qu'il ne va pas nous refaire une affaire Rokkaku.
C'était peu probable, ceci dit... il ne se contentait pas de le laisser tranquille, il se comportait de façon presque... Amicale. C'était très perturbant. Pour cette raison, il pencherait plutôt pour la première hypothèse.
- Je vais tâcher de le garder à l'œil, si ça peut te rassurer... Tiens, tu peux vérifier ça ? C'est le dernier rapport de Zaki...
- Pas encore !
- Ce n'est pas très long, c'était une planque de même pas une semaine...
Hijikata grommela en saisissant le papier de mauvaise grâce.
- Ça veut dire qu'il n'en sera arrivé qu'au stade deux de sa « démence anpanique »...
- On ne dit pas « anpanesque » ?
- Ni l'un ni l'autre n'existe, mais il faudrait l'inventer rien que pour lui...
Quelques minutes de silence s'ensuivirent durant lesquelles tous deux restèrent plongés dans leur travail respectif.
- Peut-être qu'il a une petite amie ? déclara soudainement Kondo.
- Qui, Yamazaki ?
- Mais non, Sougo !
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
- Ça expliquerait qu'il s'assagisse, et qu'il ait les pensées trop occupées pour penser à ses bêtises !
Cette pensée semblait lui faire le plus grand plaisir. Hijikata, lui, esquissa une grimace.
- Connaissant les... Euh... « Préférences » de Sougo, je doute que ça le pousse à s'assagir. Et ça n'expliquerait pas non plus pourquoi il me laisse tranquille.
- Peut-être qu'il essaie de te mettre dans de bonnes dispositions parce qu'il veut te demander des conseils ? suggéra Kondo. Tiens, il faudra que tu voies ça aussi, c'est toi qui t'occupes de la prochaine réunion, demain... C'est au sujet des plans de formation...
- Des conseils ? répéta Hijikata, interdit, en saisissant le dossier qu'il lui tendait. Quel genre de conseils il pourrait attendre de moi ?
- C'est évident, non ? C'est toi qui plaît le plus aux femmes, dans tout le Shinsengumi, il doit vouloir des trucs pour la séduire ! Je me demande bien de qui il s'agit ! se réjouit Kondo, aux anges.
Hijikata lâcha un soupir las en écartant le rapport de Yamazaki qu'il garderait pour un moment où il aurait du café sous la main, pour à la place parcourir le dernier document remis par Kondo.
- Ne vous emballez pas trop vite, Kondo-san. Si une telle chose devait se produire un jour, d'une, je plains sincèrement la malheureuse victime, de deux, je serais la dernière personne à qui il viendrait demander des conseils. En supposant qu'il estime en avoir besoin, ce qui exige déjà de moi un gros effort d'imagination, il se tournera sans doute vers quelqu'un de plus qualifié.
- Tu crois ?
- J'en suis sûr.
- En fait... Oui, tu as sûrement raison, approuva-t-il avec un sourire encore plus large, il viendra sûrement me voir moi en premier lieu ! Ah ah, après tout, j'ai de l'expérience dans ce domaine !
Hijikata dut se retenir de lever les yeux au ciel. En réalité, il avait pensé à ce crétin frisé des Yorozuya, ces deux-là étant hélas assez similaires par bien des aspects. Mais autant laisser croire à Kondo ce qu'il voulait. Il n'avait aucune envie de s'engager dans ce genre de débat avec lui.
- Si vous le dites...
Ni l'un ni l'autre n'ajoutèrent quoi que ce soit, et on aurait pu croire la conversation close ; jusqu'à ce que Kondo ne lève à nouveau les yeux vers son camarade pour lui poser une question, et qu'il put constater que ceux d'Hijikata s'étaient écarquillés, immobilisés en pleine lecture.
- Euh... Toushi, tu as un problème ?
- Ça y est, j'ai compris.
- ... Le rapport de Zaki ?
- Sougo. Je sais pourquoi il se montre si adorable en ce moment.
- Sérieusement ? Alors, le pressa-t-il, qu'est-ce qu'il a ?
- Il a... Un culot monumental.
- De quoi tu...
- Est-ce que vous savez comment je peux joindre le service de formation ? l'interrompit Hijikata qui regardait toujours son document.
- Tu as un numéro de téléphone en haut à gauche, mais ne change pas de...
- Je sors, l'interrompit-il, il faut que je les appelle. Tant qu'on y est, vous pourrez vérifier et mettre votre tampon sur le dernier ordre de mission qu'on nous a envoyé ? Il faut aussi que je le présente à la réunion de demain.
- Attends, Toushi !
Trop tard. Ah, c'était lui tout craché, ça ! Il lui collait des inquiétudes, et dès qu'il s'agissait de se laisser aider à les résoudre, monsieur faisait cavalier seul ! Il n'avait pas tellement changé depuis son adolescence !
Bon, au moins, se rassura-t-il, à en juger par l'expression qu'il avait avant de sortir, ça ne semblait pas être un problème trop grave...
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- Voilà qui va clore la réunion d'aujourd'hui, conclut Hijikata. Ah, si, une dernière chose. Il faut que j'envoie les dossiers d'inscription pour les prochaines formations facultatives, alors on va régler ça maintenant...
Les agents qui avaient amorcé un premier mouvement pour se lever ne prirent pas la peine de se réinstaller trop confortablement. Connaissant leur vice-commandant, ça ne devrait pas prendre plus de cinq minutes. Ces formations étaient, à quelques exceptions près, une bouillie théorique indigeste et, de leur point de vue d'hommes de terrain ayant appris leur métier sur le tas, totalement inutiles. Le vice-commandant était également de cet avis, raison pour laquelle il ne se montrait guère sévère envers la mauvaise volonté de ces hommes à en profiter.
- On aura vite fait le tour, déclara-t-il. Déjà, Yamazaki, je t'inscris d'office à la formation administrative, tu es d'accord ?
- B... Bien sûr, vice-commandant. C'est une très bonne idée, j'allais justement vous le proposer...
Sa docilité lui attira quelques regards surpris. C'était bien la troisième fois qu'Hijikata le forçait à faire cette formation, dans l'espoir qu'il finisse enfin par savoir écrire un rapport correctement, ce qui lui valait à chaque fois de se prendre la tête avec l'inspecteur – rien d'étonnant, cette formation était sans doute la plus rébarbative de toutes. Nombreux étaient ceux à penser qu'il le lui imposait essentiellement pour se venger des maux de tête et du travail supplémentaire qu'amenait avec lui chacun de ses rapports, plutôt que par réel espoir de le voir s'améliorer, vu le manque d'efficacité des deux précédentes. Aussi, sa réaction avait de quoi étonner. Ce qu'ils ignoraient, c'est que sa raquette préférée était actuellement retenue en otage dans le bureau du vice-commandant ; une idée soufflée à ce dernier par Sougo, dont les tendances sadiques prouvaient par là leur utilité. C'était si simple qu'il était étonné de ne pas y avoir pensé avant. Il faut dire que chaque fois qu'il le prenait en flagrant délit, il avait davantage le réflexe de lui infliger un blâme immédiat plutôt que de chercher à en tirer avantage.
- Par contre, Seizou, poursuivit-il, est-ce que suivre encore la formation Hygiène et Sécurité te sera vraiment utile ?
- Absolument ! s'enflamma aussitôt l'agent. Il est nécessaire de mettre régulièrement nos connaissances à jour pour...
- Oui, oui, d'accord !
Inutile de débattre avec cette espèce de maniaque, de toute façon, il n'avait aucune véritable raison de lui empêcher de faire les formations qu'il voulait. Espérons juste qu'il n'en revienne pas encore avec des idées stupides.
- Ah, fit-il comme s'il avait gardé le meilleur pour la fin, et Sougo, j'ai bien reçu ta feuille d'inscription...
S'ils avaient été surpris concernant Yamazaki, les regards qui se tournèrent cette fois vers le premier capitaine était estomaqués : comment, lui qui s'ennuyait au point de faire la sieste pendant les patrouilles, qui ne jurait que par la pratique et qui mettait un point d'honneur à en faire le moins possible tant que ça n'incluait pas la violence, s'était inscrit de sa propre initiative à une formation non-obligatoire ? Ils trouvaient déjà son comportement inhabituel depuis quelques jours, là, il commençait carrément à leur faire peur !
- Vous avez demandé une formation, capitaine ?
- Mais laquelle ? s'écria Kamiyama, désespéré de ne pas avoir été au courant pour pouvoir suivre l'exemple de son capitaine adoré.
- Armes lourdes et Explosifs, répondit-il avec un haussement d'épaules.
- Quoi ? Elle était proposée ?
- Je ne l'ai pas vue dans la liste !
- Est-ce que tu as regardé la liste ?
- Euh...
Armes lourdes et Explosifs, une des seules formations pour lesquelles les hommes du Shinsengumi étaient prêts à faire des heures supplémentaires. Passionnante, très utile, et généreuse en exercices pratiques au potentiel, il fallait le dire, destructeur. Un rêve pour un passionné de, mettons, de bazooka.
Elle avait cependant l'inconvénient de générer des dépenses conséquentes, et pour cette raison, n'était proposée que très occasionnellement et son nombre de places était limité. Pour en tirer le meilleur parti et éviter de ne compter que des types ne cherchant qu'à s'amuser et qui ne tireraient pas un grand intérêt de cette formation prestigieuse, l'inscription nécessitait l'approbation de trois supérieurs hiérarchiques, et... Oh... Ooooh, les pièces du puzzle commençaient à se mettre en place dans le cerveau des agents. Leurs têtes se tournèrent vers le vice-commandant : s'ils avaient compris, il avait forcément compris lui aussi. Celui-ci conservait cependant un visage impassible, de même que Sougo qui attendait qu'il poursuive.
- Je vois que tu as déjà le tampon de Kondo ? Et celui de Matsudaira ?
- Oui, je l'ai croisé l'autre jour, j'en ai profité pour lui demander.
Logique, c'était les deux seuls supérieurs hiérarchiques dont il était assez proche pour espérer obtenir leur approbation. Ça avait sans doute été un jeu d'enfant avec le premier, quand au second, avec qui il partageait sa passion déraisonnée de la gâchette, il n'avait pas dû être difficile à convaincre non plus.
- Il ne manque donc que le mien, conclut Hijikata.
Tous les agents retenaient leur souffle. Ils avaient l'impression d'être devant une série télé. Ils tentaient de déchiffrer quelque chose sur le visage de leur chef, le plus transparent des deux, mais il prenait un soin particulier à ne rien laisser paraître. Le visage tout aussi neutre, Sougo inclina la tête sur le côté, interrogateur.
- Et du coup ?
Hijikata haussa les épaules.
- ... Ma foi, je ne vois aucune raison de te le refuser.
L'observateur très attentif, et ayant une connaissance aiguë de la psychologie de Sougo aurait pu déceler, l'espace d'un instant, l'étincelle de jubilation s'allumer dans son œil ; la vision ne dura qu'une seconde, avant qu'il ne lui réponde d'un hochement de tête en reprenant son masque neutre habituel.
- Par contre, reprit Hijikata en agitant le formulaire, je suis désolé, mais tu vas devoir me remplir ça à nouveau.
- J'ai fait une erreur quelque part ? s'étonna Sougo en haussant les sourcils.
Il avait pourtant fait très attention...
- Non, ce n'est pas toi, c'est le formulaire qui est devenu obsolète.
- Comment ça ?
- La date a été changée... Mais ne t'en fais pas, vu que tu t'y es pris en avance, tu restes prioritaire.
Les agents purent remarquer un très léger froncement de sourcils chez leur jeune capitaine, comme s'il se montrait tout à coup suspicieux.
- Ah... Et à quand est-il reporté ?
- Dans deux mois.
- Deux mois ?
- Mais pourquoi un tel décalage, vice-commandant ?
- Comment voulez-vous que je le sache... Je n'ai pas mon mot à dire dans l'organisation, moi, je ne fais que transmettre.
Le vice-commandant n'était pas aussi bon comédien que son subordonné. Sa cigarette seule avait du mal à cacher son sourire, qui n'avait échappé à personne, et sûrement pas à Sougo dont les yeux s'était agrandis, comme réalisant dans quel genre de guet-apens il venait de tomber.
- Enfin, ce n'est pas bien grave, non ? Depuis le temps que tu voulais la faire, deux mois de plus ou de moins... Il te suffira de remplir le nouveau formulaire et de me le passer, je le transmettrai à la date prévue, soit deux semaines avant... Après y avoir apposé mon approbation en temps utile, bien entendu.
À ce moment-là, les témoins de la scène crurent l'espace d'un instant qu'ils s'apprêtaient à assister à la tentative de meurtre la plus brutale et déterminée de leur capitaine à l'égard d'Hijikata depuis bien longtemps, d'une de celles qui auraient eu des chances de marcher. L'éclat dans son regard n'avait duré qu'un instant, mais il avait été là. Ils en étaient aussi sûrs que du fait que le vice-commandant avait le bras assez long pour faire changer la date d'une formation si celle-ci ne l'arrangeait pas.
Plutôt que d'y céder, Sougo adressa un sourire affable particulièrement inquiétant avant de répondre d'un ton égal :
- Bien sûr. Aucun problème.
Hijikata hocha la tête avant de demander à une assemblée médusée s'il n'y avait pas d'autres demandes. Il avait parfaitement conscience d'à quel point ce qu'il venait de faire était suicidaire ; mais à ce moment-là, il ne parvenait pas à le regretter le moins du monde. Il allait devoir défendre férocement sa peau, plus férocement encore que d'habitude, mais les six semaines de tranquillité qui s'annonçaient en valaient clairement le coup.
Et vu qu'il y avait tout de même un risque non négligeable pour qu'il y reste... Il n'allait pas se gêner pour en profiter un peu.
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