Adrien adorait les fleurs. Sa mère aussi adorait les fleurs. Quand elle était encore avec eux, la maison en était remplie. Elles donnaient de la vie, de la couleur, un peu de chaleur, entre les murs de pierres de la demeure des Agrest. Adrien pensait que sa mère était comme un soleil humain, réchauffant tout autour d'elle, faisant éclore les fleurs se trouvant sur son passage et chassant la pluie et la déprime.
Adrien avait acheté des fleurs une fois. Il les avait mis dans le vase, celui qui trônait, vide, dans le hall d'entrée. Son père l'avait regardé un long moment, impassible et froid, avant d'ordonner d'un ton péremptoire à Nathalie de s'en débarrasser immédiatement. Adrien ne comprenait pas que la douleur, provoquée par la disparition de sa mère, que ressentait son père, le fasse censurer tout les souvenirs liés à sa femme. Parfois, Adrien se demandait si son père ne préférerait pas ne l'avoir jamais connue, juste pour ne pas avoir à subir ce déchirement. Son père souffrait, Adrien le savait.
Il avait retenté de remettre des fleurs dans ce même vase, pour la fête des mères. Gabriel Agrest avait soupiré avant de regarder son fils droit dans les yeux :
- Les fleurs sont inutiles, futiles. Elles faneront. Il ne sert à rien d'en acheter.
Il voyait toutes choses à travers les investissements qu'elles étaient susceptibles ou non de lui apporter.
Peut-être que les fleurs n'étaient pas utiles. Mais Adrien pensait que la plupart des choses ne l'étaient pas de toute façon et que si pour lui, les fleurs avaient de l'importance, alors elles étaient toutes sauf futiles.
Le seul problème, c'était qu'il se sentait obligé de cacher toutes ces petites attentions, tous ces petits gestes qu'il faisait secrètement, pour honorer la mémoire de sa mère. Il avait le fardeau d'avoir à l'honorer deux fois plus, cette mémoire, tant son père voulait l'effacer. D'Emilie, il ne restait qu'un grand tableau sombre, accroché sur l'un des murs en pierres. Il avait fini par arrêter d'acheter des fleurs.
Puis un jour, Marinette était venue en classe, avec des fleurs en sucre. Des violettes, des roses, des marguerites, et les yeux d'Adrien s'étaient mis à briller.
- Mon père s'est entraîné à en faire tout le weekends. D'après lui, ses fleurs ne ressemblent qu'à « des petits tas informes indignes d'être appelés fleurs » ! rit-elle.
- Elles sont très belles pourtant ! Commenta le blond.
- Très bonnes surtout ! Fit Alia.
Adrien s'en pourléchait déjà les lèvres. Ils dégustèrent tous les fleurs en sucre et Adrien, le cœur lourd, se disait que sa mère les adorerait, ces fleurs. Il resta seul un moment, sur le banc de l'école. Il n'avait pas envie de rentrer chez lui… Marinette le rejoignit, le plateau sur lequel elle avait disposé les fleurs en sucre dans les mains.
- Il en reste deux ! Murmura Marinette. Tu peux les ramener chez toi, si tu veux ! Proposa-t-elle.
Adrien lui sourit, en la regardant droit dans ses yeux bleu clair. La gentillesse de Marinette réchauffait autant que le soleil, elle aussi. Le soir même, il demanda à Nathalie d'apporter une des fleurs en sucre à son père, une rose rouge, puis il laissa fondre la sienne sur sa langue. Il se sentit moins seul, et se décida une bonne fois pour toute. Adrien aimaient les fleurs. Marinette le lui avait rappelé. Et même si elles fanaient un jour où l'autre, elles étaient loin d'être futiles, comme le prétendait son père.
