Chapitre 18.
Asagi et Megumi se dirigeaient vers le bâtiment principal de la 4ème Division lorsqu'elles furent attaquées. Tout était allé si vite. Elles étaient en pleine discussion, jusqu'au moment où elles étaient passées devant une shinigami qui n'en était pas vraiment une. Asagi ne s'était pas méfiée.
La femme en question aurait pourtant dû attirer son attention. Une silhouette plantureuse, une magnifique chevelure blonde, elle avait tout pour attirer l'attention et surtout la détourner. La façade parfaite cachait le pire des prédateurs pour nos deux shinigamis. À peine, ces dernières avaient dépassé l'arrancar que la simple balade avait viré au cauchemar.
En une seconde, la scène avait basculé. Megumi, poignardée dans le dos, gisait face contre terre. Asagi ne savait pas si elle était toujours vivante. Les yeux au bord des larmes elle devait toutefois rester concentrée sur la femme en face d'elle. La blonde, un sabre sanguinolant à la main, était d'un calme olympien. Elle toisait Asagi et semblait prendre plaisir à la voir paniquer. Le sourire carnassier ne laissait rien supposer d'autre.
- Asagi, reste calme, lui ordonna Shirotaka.
La vision de Megumi au sol la paralysait. Ses mains tremblaient. Mais elle dut rapidement se ressaisir car l'arrancar lui fonça dessus. D'instinct, Asagi bloqua ses attaques. Mais elle n'était pas préparée à la puissance des coups et fut rapidement dépassée. Elle reculait à chaque assaut.
Heureusement pour Asagi, leur combat avait attiré l'attention des shinigamis aux alentours. Et petit à petit, la blonde fut entourée de plusieurs d'entre eux. Mais elle ne semblait pas être en difficulté. Elle repoussait tranquillement les shinigamis un à un et se rapprochait d'Asagi. Mais plus le temps passait, plus des shinigamis arrivaient. Cela sembla agacer la blonde. Alors, après un dernier regard vers Asagi et un sourire qui laissait envisager les pires présages, elle se volatilisa.
Asagi ne se relâcha pas tout de suite. Encore sous le choc elle ne baissa pas sa garde. L'agitation derrière elle la ramena à la réalité. Des shinigamis étaient en train de donner les premiers soins à Megumi. Asagi rangea son zanpakuto et se précipita vers Megumi.
- Megumi ! Megumi ! Non… Reste avec moi…
Tout allait au ralenti pour Asagi. Ses collègues de la 4ème Division qui faisaient les premiers soins à Megumi, qui la mettaient sur un brancard, qui lui disaient de venir avec eux. Ensuite, elle se retrouva dans le couloir à suivre le brancard, puis face à une porte, et surtout face à quelqu'un qui l'empêcha d'aller plus loin. Résultat, elle se retrouva seule, face à la porte qui menait aux salles d'opération, seule face à l'inquiétude et à la peur qui grandissaient en elle. Le vacarme qui l'étourdissait devint subitement un silence encore plus pesant. Le bourdonnement à ses oreilles se fit plus pressant. N'ayant aucune idée de ce qu'elle devait faire, elle se laissa simplement tomber dans un des fauteuils. Et elle pleura.
Rongée par l'angoisse, Asagi agitait sans s'en rendre compte la jambe droite et se broyait les mains. À chaque passage d'un shinigami de la 4ème Division dans le couloir, elle relevait la tête en espérant qu'il lui parle de Megumi.
Elle fût distraite par le bruit de portes qui claquèrent au fond du couloir. C'était Kensei qui venait d'entrer. Il resta un moment à la regarder puis se dirigea vers elle d'un pas précipité. Asagi se leva et de le voir avec un air si inquiet, elle ne put retenir de nouvelles larmes. Elle se précipita dans ses bras pour chercher du réconfort.
Kensei l'accueillit sans hésiter. Du coin de l'œil il vit le directeur qui s'était mis à leur hauteur. Il se sentit un peu gêné d'être vu dans cette position avec sa subalterne dans les bras.
- Asagi ? appela-t-il doucement.
Elle se décolla un peu de lui pour le regarder et s'étonna de voir son supérieur juste à côté.
- Kairyuu-senpai, dit-elle en se dégageant complètement de Kensei.
- J'étais avec Muguruma-Taïcho quand j'ai appris, lui répondit-il.
- Asagi, que s'est-il passé ? demanda Kensei.
- Je… On était en train de se rendre à la 4ème quand on s'est fait attaquer, répondit Asagi. Il y avait une femme qui nous attendait. Je n'ai pas fait attention mais quand on est passé à sa hauteur, elle s'est jetée sur Megumi et… sa voix se brisa. J'ai rien fait… J'ai pas bougé, j'ai rien pu faire.
Elle étouffa de nouveaux sanglots. Kensei l'attira vers lui.
- Ça va aller, lui dit-il.
Le directeur haussa un sourcil devant la scène mais ne dit rien. Kensei guida Asagi vers les fauteuils et la fit asseoir.
- Écoute Asagi, commença Kensei, je ne sais pas exactement ce qu'il se passe mais tu n'es pas en sécurité. Je t'emmène avec moi à la 9ème.
- Mais, et Megumi ?
- Il ne lui arrivera rien ici, tu peux me croire.
- Non, je veux rester avec elle ! paniqua Asagi qui cherchait à se dégager des bras de Kensei.
- Asagi tu ne peux rien faire de plus ici, dit-il pour la raisonner. La 4ème s'occupe de Megumi. Je demanderai à ce que tu sois prévenue s'il y a du changement.
Il la retenait toujours sans savoir que cela agitait encore plus Asagi.
- Kensei, tu ne comprends pas, je ne peux pas la laisser !
Pour Asagi, c'était évident qu'elle devait rester ici à attendre Megumi. Attendre pour savoir comment elle allait, pour savoir si elle allait s'en sortir ou pas…
- Asagi, tu ne peux pas rester là. J'insiste, dit Kensei d'un ton un peu plus ferme. Si c'est toi qui étais visée, il faut qu'on te mette à l'abri.
- Non, s'il te plait, je veux rester avec elle…
La pression eut raison d'Asagi qui s'effondra. Kensei la retint alors qu'elle glissait au sol. Il la fit s'assoir sur le siège le plus proche. Agenouillé devant elle, il semblait démuni mais aussi contrarié de sa réaction car elle cherchait à se dégager de lui.
Durant l'échange, le directeur n'avait pas bougé. Lorsqu'Asagi se fût un peu calmée, il se plaça devant elle et parla d'une voix douce mais ferme.
- Kemorebi-san. Je veux que vous suiviez le capitaine Muguruma. Vous serez plus en sécurité dans les locaux de sa division. C'est tout ce qui importe pour le moment.
Asagi se prit la tête entre les mains. Elle refusait de croire que les deux hommes devant elle voulaient la forcer à quitter son amie alors qu'elle était entre la vie et la mort. Seulement elle n'avait plus la force de lutter alors elle se laissa docilement faire.
Tout était allé très vite dans la tête de Kensei. Protéger Asagi, retrouver la blonde, arrêter la personne derrière ces attaques d'arrancar. Il prit les problèmes dans l'ordre. Kensei accompagna Asagi jusqu'à chez elle. Il attendit qu'elle finisse de préparer un sac et l'emmena à la 9ème. Son mutisme depuis qu'ils avaient quitté les locaux de la 4ème Division l'inquiéta. Comme promis, il avait demandé à ce qu'on les prévienne dès que Megumi serait sortie du bloc. En attendant, pas question de la lâcher d'une semelle, pas avant d'avoir eu le fin mot de toute cette histoire.
Évidemment Asagi ne s'était pas laissée convaincre facilement. Kensei avait dû insister jusqu'au moment où le directeur était intervenu. En quelques mots, il avait donné l'ordre à Asagi d'obéir au capitaine. Face à la décision de son supérieur, Asagi avait cédé mais n'avait pas caché son mécontentement.
Kensei conduisait à présent Asagi jusque dans les locaux de sa division, vers les logements des officiers. Dans le couloir à l'étage, Hisagi les attendait.
- J'ai préparé l'appartement comme vous me l'avez demandé, Taïcho.
- Merci Hisagi, dit Kensei en récupérant les clés. Tu peux y aller.
Kensei ouvrit la porte de l'appartement et laissa entrer Asagi. Il alla déposer son sac sur la table de la pièce à vivre. Asagi s'était arrêtée à l'entrée de l'appartement.
- J'ai demandé à ce qu'on nous tienne au courant de l'état de Megumi. Tu seras la première prévenue dès qu'il y aura du nouveau.
Asagi se contenta de hocher la tête. Devant son renfrognement, Kensei se sentit mal à l'aise. Il se rapprocha d'elle. La bonne nouvelle c'est qu'elle ne recula pas. La mauvaise, c'est qu'elle évita son regard et baissa la tête.
- Asagi, commença Kensei.
- J'aimerais restée seule…
Sa voix était faible mais ferme. Asagi ne pouvait pas cacher sa contrariété.
Devant elle, Kensei échappa un léger soupir de frustration mais il n'insista pas.
- Mon bureau est dans l'autre aile du bâtiment, au même étage, si tu me cherches.
Il n'ajouta rien et quitta l'appartement en fermant la porte doucement.
Se retrouvant seule, Asagi alla à la fenêtre pour découvrir son nouvel environnement. Mais rapidement, son regard se perdit à l'horizon en direction de la 4ème Division.
- Ne t'inquiète pas Asagi, Megumi va s'en sortir c'est sûr, lui murmura Shirotaka.
Étant déjà vidée de ses larmes elle se contenta de s'installer dans le fauteuil à côté et d'attendre, léthargique.
Installé à son bureau, Kensei était d'une humeur massacrante. Son reiatsu s'agitait en conséquence. Aucun de ses subalternes n'avaient osé le déranger depuis son retour. Mashiro s'était même discrètement éclipsée pour épargner à Kensei ses sautes d'humeur. Bon, elle voulait surtout éviter de se retrouver dans le collimateur de son capitaine et de sa mauvaise humeur…
Kensei était donc occupé à ses tâches administratives pour éviter de penser à Asagi. Son comportement l'avait clairement agacé et il ne comprenait pas cette réaction. Il cherchait seulement à la protéger, alors pourquoi lui en vouloir ?
- Tu es sûr que tu n'as pas une petite idée ? demanda Tachikaze.
Kensei se figea. La remarque de son zanpakuto n'était pas la bienvenue.
- Si tu as quelque chose à dire, dis-le clairement, s'agaça Kensei.
- On ne peut pas dire que tu lui aies laissé le choix…
Kensei ne répondit pas tout de suite.
- C'était la seule manière de la protéger, je ne vois pas ce qu'elle aurait pu faire d'autre.
- De là à la forcer de venir, il y a une différence.
- C'est son directeur qui lui a donné l'ordre, pas moi.
- Ne te cherche pas d'excuse, c'est toi qui as pris la décision à sa place. Kairyuu t'as seulement aidé.
Kensei tapa du poing sur son bureau. Le bruit fit sursauter Hisagi qui dévisagea son supérieur. C'était bien la première fois qu'il voyait Kensei autant agacé.
- Et je ne vois pas où est le problème ! répliqua ce dernier intérieurement.
- Tu oublies qui est le dernier homme qui a pris des décisions pour elle… répondit calmement Tachikaze.
À la remarque de son zanpakuto, le reiatsu de Kensei qui dominait la pièce s'évanouit. Il se prit la tête entre les mains en soupirant. Je suis un gros abruti. Tachikaze ne rajouta rien. Les coudes posés sur son bureau, Kensei releva la tête. Hisagi le dévisageait. L'atmosphère dans la pièce venait de changer drastiquement d'ambiance.
- Tout va bien Taïcho ?
Kensei hocha la tête. Mais la culpabilité venait de remplacer sa contrariété, ce qui n'améliora pas vraiment son humeur. Cependant, il comprenait mieux Asagi et il se dit qu'à l'avenir il ferait mieux de faire plus attention à ses sentiments et à son avis. Surtout que l'histoire qui la reliait à Tetsuya était loin d'être terminée, et qu'il avait besoin qu'Asagi lui fasse confiance pour mettre un terme à tout ça. Intérieurement il souhaitait aussi avoir sa confiance sur un plan plus personnel. Vivement que cette histoire soit terminée !
Une fois lassée des mille questions qui la taraudaient sur l'état de Megumi, Asagi était allée prendre une douche. La chaleur de l'eau lui avait permis d'évacuer aussi sa frustration restante. Elle en voulait à Kensei et à Kairyuu de lui avoir imposée ce séjour forcé. Elle se doutait bien que l'arrancar qu'elle avait croisée la visait personnellement. Le sourire sadique qui avait suivi l'attaque sur Megumi lui était clairement destiné. Cependant, elle ne comprenait pas pourquoi elle était la cible d'un ennemi si puissant. À part Tetsuya, dont elle n'avait pas entendu parler depuis des décennies, elle ne s'était jamais attirée de problèmes. Elle avait tout fait pour rester en dessous des radars afin de ne pas attirer son attention. Le fait qu'il ait repris contact avec elle récemment la fit réfléchir. Elle se demanda ce qui avait bien pu le faire ressurgir pour qu'il en arrive à des méthodes si extrêmes. Elle avait beau retourner le problème dans tous les sens, seul Tetsuya avait un motif et les moyens de s'attaquer à elle de cette manière.
Les derniers événements marquants étaient l'attaque de hollow dans le monde réel et la remise des diplômes. Mais elle ne voyait pas comment cela avait pu impacter Tetsuya. L'attaque du hollow transformé sur ses étudiants dépassait l'entendement. Comment aurait-il pu mettre en place quelque chose de ce genre ? Ce qui laissait la remise des diplômes comme élément déclencheur de cette histoire. Mais quel lien peut-il y avoir avec Tetsuya ?
Asagi se rappela sa rencontre avec Kensei ce jour-là. Dès qu'elle avait posé les yeux sur lui, elle avait été conquise. Quel dommage qu'elle ne l'ait pas rencontré plus tôt. S'il ne s'était pas retrouvé exilé de force dans le monde réel, elle aurait très bien pu le rencontrer avant Tetsuya. Et rien de toute cette histoire horrible avec ce malade mental ne serait arrivé… Asagi s'était tout de suite projetée avec Kensei. Chose qu'elle n'avait jamais faite avec Tetsuya. Le problème c'est que si Kensei commençait à prendre les décisions à sa place, qu'elles soient importantes ou non, Asagi allait devoir se rendre à l'évidence. Hors de question de retomber sous le contrôle d'un autre homme. Elle avait retenu la leçon de son histoire avec Tetsuya. Elle espérait maintenant que Kensei se rende compte de son erreur. Normalement, son comportement de tout à l'heure avait dû le faire réfléchir. Mais si ce n'était pas le cas, il faudrait qu'elle envisage de mettre de la distance entre eux. La pensée l'attrista énormément, mais il y a 30 ans, elle s'était jurée de ne pas subir cette situation une nouvelle fois, et elle comptait bien tenir cette promesse.
Dans l'autre aile du bâtiment, Shinji rendait visite à Kensei. Son entrée précipitée dans le bureau principal de la 9ème Division fit son effet.
- Kensei, il faut que je te parle, commença Shinji. Tu te souviens du hollow capable d'assimiler des pouvoirs de shinigami ? On s'était dit qu'il avait peut-être tuer un des nôtres avec des pouvoirs d'illusion. La 7ème vient de retrouver un cadavre dans le Rukongai. C'était un gars de la 3ème Division. J'ai parlé à Rose, il m'a expliqué que son homme était capable de bloquer les pouvoirs des hollows dans un court laps de temps. La 12ème a confirmé en expliquant que les étudiants avaient retrouvé leurs pouvoirs d'eux-mêmes. Ils ont aussi dit que c'était impossible pour un hollow de faire ce genre de truc. Assimiler des pouvoirs de shinigamis, ils n'ont jamais vu ça.
- Donc ça confirme notre hypothèse d'un laboratoire ? répondit Kensei.
- Oui, mais des expériences de ce genre, ça doit coûter une fortune à financer, remarqua Shinji.
Kensei resta songeur, mais sa réflexion fût de courte durée.
- Putain, je crois savoir d'où vient l'argent… dit-il.
- Tetsuya Nishio ? devina Shinji.
- Oui, confirma le capitaine de la 9ème.
- Kensei, commença Shinji, je crois que c'est mes recherches qui ont déclenché les attaques contre Asagi.
Le regard de Kensei se durcit.
- Tu veux dire quoi par là ?
- Et bien… Après que Mashiro soit venue me voir, j'ai fait des recherches sur Asagi. J'ai fait ça quelques jours avant l'attaque dans le monde réel. La même semaine, tu es retourné la voir à l'Académie. Dans la tête de Nishio ça faisait un peu trop de monde qui s'intéressait à elle en peu de temps. Ma main à couper que Nishio a eu peur qu'elle parle. La preuve, elle s'est fait attaquer dès qu'il a eu une ouverture. Enfin, la blonde qui travaille pour lui a fait le boulot. Elle a eu de la chance de lui échapper… dit-il pour lui-même.
- Plus que son amie tu veux dire ? répliqua Kensei.
Il avait écouté attentivement Shinji. Tous les morceaux collaient. Il se frotta la nuque.
- Le directeur m'a confirmé ce que tu viens de dire. Asagi a découvert que Nishio détournait de l'argent. Il a menacé ses anciens collègues pour qu'elle se taise. Elle a profité de la 1ère occasion pour quitter sa division, finit-il plus bas.
- Donc on a un chef de district qui finance des expériences sur des hollows, résuma Shinji. On peut plus garder ça pour nous Kensei.
- Je sais… souffla ce dernier. Le problème c'est que dès qu'on mettra le Gotei 13 au courant, Nishio va faire exécuter l'ancienne équipe d'Asagi. Et on peut dire adieu à nos preuves. Le type a réussi à cacher ça pendant des années, nul doute qu'il a un plan pour tout faire disparaitre en cas d'urgence.
- Tu penses qu'Asagi pourrait nous en dire plus ? demanda Shinji. Elle sait peut-être où se planque le labo ?
- J'allais le faire, enfin, avant que sa meilleure amie se retrouve entre la vie et la mort.
Au même moment, quelqu'un toqua à la porte.
- Entrez, tonna Kensei.
Un shinigami entra dans le bureau. Il salua les deux capitaines avant de parler.
- Megumi Sanori est hors de danger, commença-t-il. L'opération s'est bien passée. Elle sera en soins intensifs et sous haute surveillance jusqu'à son réveil.
Voilà mot pour mot ce que Kensei venait d'entendre de la part du shinigami envoyé par la 4ème Division. Il soupira de soulagement. Il avait envisagé de devoir annoncer la mort de sa meilleure amie à Asagi et cela l'avait tenu en soucis depuis des heures. D'un signe de tête, il remercia le messager qui sortit du bureau.
- Je vais aller prévenir Asagi, prévint Kensei.
Shinji ne fit pas de commentaires.
- Je t'attends ici, répondit ce dernier en s'installant dans le canapé à côté.
En levant les yeux, Kensei vit qu'il était déjà 22h. Quelle journée de merde… Mais il se dit qu'elle finirait au moins sur une bonne note quand il annoncerait la nouvelle à Asagi. Enfin, si elle voulait bien lui encore lui parler.
Il se leva et se dirigea vers les quartiers privés. Arrivé devant la porte de l'appartement, il se passa la main derrière la nuque comme à son habitude quand il était gêné. Puis après un moment d'hésitation, il toqua à la porte. N'ayant pas de réponse et n'entendant pas de bruit, il appela Asagi. Toujours rien. N'y tenant plus, il tourna la poignée et entra dans l'appartement.
La pièce principale était vide. Mais bonne nouvelle, le sac d'Asagi était toujours sur la table. Il referma la porte derrière lui et s'avança dans l'appartement. Il l'appela de nouveau. Elle ne répondit pas ce qui commença à l'inquiéter. Il se dirigea alors vers la chambre qui composait le logement. Il entrouvrit la porte et vit immédiatement Asagi sur les couvertures. Soulagé, il s'avança vers elle et posa un genou à terre à côté du lit.
Il posa une main sur son épaule et l'appela doucement.
Elle ouvrit difficilement les yeux. Mais de voir Kensei si proche d'elle la réveilla immédiatement.
- Kensei ?
- Je suis venu te dire que Megumi est sortie du bloc, elle va bien.
Asagi soupira de soulagement. Elle se redressa sur le lit face à Kensei. Ne sachant pas quoi dire, elle se contenta de regarder droit devant elle. Elle voulait parler de ce qu'il s'était passé plus tôt dans la journée mais rien ne vint.
Kensei s'agita à côté d'elle. Lui aussi avait des choses à dire et cherchait le meilleur moyen de s'exprimer. Il finit par s'asseoir complètement, face à elle, en gardant un bras posé sur le matelas. Après quelques hésitations, il posa sa main sur celle d'Asagi, mais ne la regarda pas directement. Il soupira.
- Asagi… commença-t-il. Je suis désolé si je t'ai brusquée avec Kairyuu tout à l'heure. Je voulais juste… J'aimerais t'aider, vraiment. Mais j'ai besoin que tu me fasses confiance… dit-il doucement.
Asagi ne répondit pas tout de suite.
- Je comprends pourquoi vous m'avez forcée mais, s'il te plait, ne prends pas les décisions à ma place, dit-elle doucement.
Kensei soupira intérieurement. Comment pouvait-il répondre à ça ? Il se contenta de hocher la tête et de lui serrer la main pour lui demander pardon. C'était bien la première fois qu'il ne trouvait pas ses mots. Asagi dût sentir sa détresse car son visage s'éclaira d'un petit sourire encourageant. Il suffit à rassurer Kensei.
- Je suis désolé, lui dit-il à nouveau.
Il n'ajouta rien d'autre. Il n'y avait rien à rajouter.
Ils restèrent silencieux un moment dans cette ambiance enfin apaisée entre eux. Mais Kensei allait devoir aborder le sujet de Nishio et il redoutait la réaction d'Asagi.
- Asagi, j'ai besoin que tu me parles de ce qu'il se passe. Je vois bien qu'il y a un problème, mais je ne peux pas t'aider si tu ne me dis rien.
- Kensei, je ne veux pas te mêler à tout ça. Je ne peux pas…
Il n'insista pas. Une bonne chose lorsqu'il vit une larme rouler sur la joue d'Asagi. Il vint la cueillir avec son pouce et ne put s'empêcher de poser sa main sur sa joue. C'en fut trop pour Asagi qui se mit à pleurer silencieusement. Elle attrapa sa main et la pressa plus contre son visage. Kensei se leva et s'assit sur le lit. Il l'attira vers elle. Aucun mot n'aurait suffi à la calmer, alors il se contenta de la laisser évacuer la pression. Il savait qu'elle était en plein dilemme. Et lui aussi hésitait.
D'un côté, son statut le poussait à la bousculer pour obtenir des informations sur Tetsuya, et de l'autre il voulait qu'elle se confie d'elle-même. Il était déjà au courant de certaines choses mais Asagi détenait une partie de la vérité. Et il ne pouvait pas se permettre de lancer une enquête sans en savoir plus, sans risquer que tout le réseau disparaisse en tout cas.
En y repensant, Kensei se dit que ramener Asagi à la 9ème était peut-être une erreur. Si Nishio soupçonnait qu'Asagi finisse par livrer ses secrets, ce dernier devait en ce moment même couvrir ses arrières. La pensée le contraria. Son professionnalisme venait d'en prendre un coup. Malgré tout, il était en train de protéger Asagi, et il ne pouvait pas l'imaginer ailleurs que dans ses bras à cet instant. La tête calée dans le creux de son épaule, Asagi avait l'air de s'être calmée.
Il en eut la certitude quand elle se recula. Elle essuya les dernières larmes qui avaient coulé et reposa ses mains sur celles de Kensei pour garder le contact.
- Si je parle, commença-t-elle, j'ai peur de ce qu'il va se passer.
Bon c'est un début… pensa-t-il. Elle va m'en vouloir mais tant pis.
- J'ai parlé avec Kairyuu.
Elle se raidit immédiatement. Kensei lui serra les mains et continua :
- Je sais qu'il s'est passé quelque chose il y a 30 ans, quand tu étais à la 1ère. Je sais que ça a rapport avec ce Tetsuya Nishio que j'ai déjà croisé.
À son nom, elle paniqua.
- Asagi, tout ce qui t'est arrivé ces derniers temps, je pense que ça vient de lui. Il faut que tu me dises ce qu'il s'est passé. On ne peut pas continuer comme ça…
N'ayant plus rien à pleurer, Asagi se contenta d'encaisser sans nouvel excès d'émotions. Il sait. Il sait. Il sait… se répéta-t-elle. En lui disant ça, Kensei venait de confirmer ses soupçons.
- Asagi, il est temps d'en finir tu ne crois pas.
- Shirotaka, si je parle il fera exécuter toute l'équipe…
Le zanpakuto marqua une pause.
- Il s'en est déjà pris à Megumi. Tu ne peux pas le laisser faire plus de mal. Il a aussi failli te faire tuer… Je crois qu'il est temps. Et, tu peux faire confiance à Kensei non ?
Asagi ne répondit rien. En face d'elle, Kensei attendait qu'elle prenne sa décision. Son regard était devenu plus sérieux.
- Si… Si je parle, ce n'est pas seulement moi qui serai menacé…
Kensei hocha la tête.
- Kensei, ce que tu me demandes… enchaina-t-elle.
Elle se mordit la lèvre.
- Je ne peux pas, finit-elle dans un souffle.
Il lui serra les mains.
- Là tout de suite, c'est pour toi que je m'inquiète, dit-il d'un ton assez ferme. Ce type t'a suffisamment pourri la vie pour le laisser continuer. Et je pense que c'est lui qui est derrière la mort de tes étudiants. Asagi, c'est devenu trop grave pour le laisser faire.
Mentionner ses étudiants provoqua un déclic en elle. Elle avait pensé que l'attaque dans le monde réel était dû à une mauvaise rencontre mais visiblement ce n'était pas le cas. Elle demanda confirmation :
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Kensei ajusta sa position sur le lit avant de répondre.
- On pense que Tetsuya finance un laboratoire. Il transformerait des hollows mais on ne sait pas encore pourquoi.
Asagi accusa le coup.
- Écoute Asagi, enchaina Kensei, j'ai besoin de savoir tout ce que tu sais. Si tu as la moindre info à me donner qui me permettrait d'arrêter Nishio, il faut me le dire.
La réplique de Kensei fit mouche. Asagi venait de comprendre que Tetsuya était loin de menacer une seule personne.
- Je… je sais d'où vient l'argent, avoua-t-elle.
Une fois lancée, elle comprit qu'elle ne pouvait plus faire marche arrière.
- Tetsuya détournait l'argent du district. Kairyuu-senpai a dû te le dire.
Elle eut confirmation en le voyant hocher la tête.
- Ce que je ne lui ai pas dit c'est les détails. J'ai assisté à plusieurs réunions entre Tetsuya et ses complices. Je sais qu'ils blanchissaient l'argent ensemble. Je ne peux pas te garantir que ce soit les mêmes personnes par contre. Ça fait longtemps maintenant. Ils avaient l'habitude de se retrouver dans un entrepôt du 16ème District, c'était derrière une espèce de casino, La Carpe Dorée, je crois. La plupart du temps, ils étaient 5, en plus de Tetsuya. J'ai les noms si tu veux… Et des adresses aussi.
Kensei soupira intérieurement. Enfin… Il lui serra les mains.
- Merci Asagi. Si on te montre des photos, tu crois que tu pourras identifier certains types ?
Elle hocha la tête.
- Kensei, il faut que tu me promettes…
- Rien n'arrivera à tes collègues, c'est promis, la coupa-t-il. Mais pour ça on doit agir vite. J'aimerais que tu viennes avec moi à la 6ème. C'est eux qui mènent l'enquête sur l'attaque de tes étudiants. Il faut qu'on leur dise ce qu'il se passe avant que Nishio agisse.
- Mais si je viens avec toi, il saura, remarqua Asagi.
- À mon avis, il est déjà en train de tout plier. L'arrancar qui t'a attaquée cet après-midi était censée te faire taire.
Elle se recroquevilla. Je suis un crétin, pensa-t-il face à sa réaction.
- Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur, dit-il doucement.
Il enchaina :
- Tu penses pouvoir me suivre à la 6ème maintenant ?
Elle acquiesça d'un mouvement de tête.
- Ok, dit-il en se levant.
Asagi en fit de même. Lorsqu'elle se redressa, Kensei était face à elle. Après un moment d'hésitation, il se rapprocha d'elle et l'embrassa.
Le contact fût doux mais d'une intensité qui les surpris tous les deux. Kensei caressa la joue d'Asagi du bout des doigts. Il n'avait pas pu résister à l'envie. Elle lui faisait enfin confiance et il voulait la rassurer sur la suite. Cependant il se retint d'approfondir le baiser. Il sentait que ce n'était pas encore le moment pour eux tant que le problème Nishio serait encore d'actualité. À regret, il mit fin au baiser mais se s'écarta pas.
- Quand toute cette histoire sera finie, j'ai bien l'intention de reprendra là où on en était, dit-il.
Sa voix trahissait son impatience, ce qui fit sourire Asagi. Elle posa la tête contre son épaule et sentit Kensei qui l'entoura de ses bras. Elle noua les siens derrière son dos. L'étreinte venait de prendre un nouveau sens. Asagi respira profondément pour la première fois depuis longtemps. En quelques instants, Kensei avait réussi à lui faire évacuer des années de pression. Et le baiser venait d'allumer en elle un espoir qu'elle n'avait plus envisagé depuis longtemps.
- On y va ? demanda Kensei.
Quelque part dans le Rukongai...
- J'ai fait ce que vous m'aviez demandé.
La voix appartenait à une sublime créature à la chevelure blonde. Avec une telle apparence humaine, l'arrancar qui avait attaqué le Seireitei quelques instants plus tôt avait rapidement rejoint son repaire sans réel problème. Elle ne passait pas inaperçue, mais pouvait aisément détourner l'attention lorsqu'elle le souhaitait. Sans compter sa rapidité qui lui permettait d'échapper à quelconque poursuivant. C'est ce qu'elle avait fait précédemment après avoir attaqué sa cible. Ces shinigamis étaient vraiment désespérant. Mais un ordre était un ordre.
- Bien. Voyons voir comment elle réagit maintenant, répondit son supérieur.
Ce dernier était en train de surveiller ce qu'il se passait en contrebas de son bureau à travers une baie vitrée. Sous ses yeux s'étendait un gigantesque laboratoire. Une dizaine de personnes s'activait autour de plusieurs machines éclairées par une multitude de néons. Les parois rocheuses qui faisaient office de mur abritaient le laboratoire clandestin.
L'arrancar à l'apparence de shinigami se rapprocha pour contempler elle aussi la vue. Son regard de prédateur glissa sur chaque machine jusqu'à arriver à des grands tubes où l'on pouvait distinguer des silhouettes humanoïdes à travers un liquide bleu, visiblement épais.
- Quand seront-ils prêts ? demanda-t-elle.
- Le Professeur ne veut pas les réveiller tant que leur enveloppe ne s'est pas complètement formée. Cela devrait prendre encore quelques mois.
- J'ai si hâte, dit-elle en se glissant derrière l'homme.
L'homme sentit qu'elle glissait ses mains dans son dos. Elle finit par coller son corps au sien.
- Patience ma jolie, notre petite armée n'est pas encore prête pour la bataille qui l'attend, dit l'homme avec un sourire non dissimulé.
- Ce Nishio, est-ce que vous avez vraiment confiance en lui ? demanda-t-elle après quelques instants.
- Pourquoi cette question ? répliqua-t-il froidement.
- Je me disais juste que tuer cette fille aurait été plus pratique… Tant pis si votre homme s'est entiché d'elle, finit-elle d'une voix faible.
- La tuer maintenant est trop risqué. Elle a trop d'attention de la part de ce visard du Gotei 13. Inutile d'en rajouter, cela pourrait les mener jusqu'à nous.
- Vous oubliez celui qui est venu poser des questions sur Nishio, répliqua-t-elle doucement pour ne pas le brusquer. Vous aviez raison. Cette femme menace nos intérêts. Mais j'ignore comment ils ont pu remonter jusqu'à lui aussi rapidement.
- Tu veux dire qu'elle aurait déjà tout balancé ?
- Si ce n'est pas déjà le cas, ça ne serait tarder.
L'homme resta silencieux.
- Nishio m'a assuré qu'il l'avait suffisamment manipulée pour qu'elle ne dise rien, même en étant réfugiée à l'Académie. Mais tu as raison, le risque est trop grand.
Il marqua une pause pour réfléchir.
- Nishio et ces abrutis du casino ne nous servent plus à rien. Le laboratoire a de quoi fonctionner sans eux.
- Dois-je les tuer ? murmura-t-elle à son oreille.
L'homme marqua un nouveau temps de réponse.
- Fais ce que tu as à faire. Personne ne doit savoir.
La blonde répondit par un sourire carnassier et un éclat meurtrier dans les yeux.
Note de l'auteur :
Bon... Je vous avoue que j'avais un peu laissé tomber cette fic. J'ai eu beaucoup de choses à faire ces derniers temps, j'espère que vous ne m'en voulez pas trop. Je suis bien partie pour la finir en tout cas !
N'hésitez pas à profiter du confinement de ce mois de mars 2020 pour relire la fic ;)
