CHAPITRE 85

OOC : Coucou à tous ! Voici un nouveau chapitre ! Merci à VendettaPrimus, Kuro Sha et Cao dreams in books pour leurs reviews ! Laissez des commentaires si vous en avez envie. Ça fait toujours plaisir de savoir où je peux m'améliorer.

OOC : Nebula appartient à Cao dreams in books.

« …Chop Shop était notre protection », raconta Righty.

Il ne détachait pas ses optiques de la Tour Eiffel miniature qu'il tenait toujours dans ses pattes. Assise à côté de lui, dans le sable, Karan ne répondit pas. Elle se contenta de l'écouter, sans l'interrompre.

- …On était tous des Minicons, expliqua-t-il après une longue pause, le ton hésitant. La société Cybertronienne nous considérait comme des outils. Et même si la guerre était terminée, même si les Autobots avaient gagné le conflit, aucune réglementation n'a été mise en place pour nous, pour les Minicons, afin d'améliorer notre condition. Nous étions toujours assimilés à des Déployeurs. Nous étions toujours leurs esclaves.

Karan tiqua. Mais elle garda le silence. Un fugace sourire amer apparut au coin des lèvres de l'Insecticon avant qu'il ne l'efface et ne baisse la tête, resserrant la miniature contre son petit corps.

- …Et nous…des Minicons…des Insecticons, en plus. D'où la raison pour laquelle on a eu idée de se rassembler. De devenir notre propre Déployeur.

- Pour vous protéger de la guerre ?

- Oui. Pour survivre, pour être plus forts ensemble…et pour constituer notre propre famille.

Leur propre famille…

Quelque part, Karan avait de la peine pour lui. Il avait eu de bonnes raisons, lui comme ses camarades, de devenir Chop Shop. Et peut-être à sa place, elle aurait eu la même idée si elle en avait eu l'opportunité.

Et maintenant…il était le dernier debout.

A présent…il était seul.

- …Ce n'était pas une raison pour nous faire du mal, déclara acidement Karan. Même si je sais que tu n'étais pas le seul responsable…votre passé ne vous donnait pas le droit de vous en prendre à nous. On ne vous avait rien fait. On souhaitait seulement sauver l'univers. Et le Sanctuaire ne parait pas le comprendre.

- Effectivement, approuva tristement Righty. C'est idiot…d'utiliser notre pauvre passé comme excuse.

- Surtout que vous n'êtes pas les seuls à avoir enduré la discrimination, rétorqua Karan. On venait peut-être d'un milieu plus aisé que vous, ma famille et moi. Mais ma sœur a été refusée au concours de la Grande Librairie de Cybertron. Parce qu'elle était Cyclope.

Penaud, Righty ne trouva rien à redire. Il posa la Tour Eiffel au sol, avant de la pousser doucement vers Karan. La Cyclope abaissa le regard, avant de reporter son attention sur lui.

- …Pourquoi ?

- Je te la rends. Tu nous l'as donnée alors que je…nous ne la méritions pas.

- En effet.

Karan croisa les bras. Elle pouvait la reprendre. C'était même tentant et mérité.

- …Garde-la, déclara-t-elle après un temps.

- Karan ?

- Il s'agissait d'un cadeau et on ne reprend pas un cadeau, Chop…Je veux dire, Righty.

Sa réaction déconcerta le Minicon. Et pour être franche, elle en était autant surprise elle-même.

- …Tu es sûre ? demanda-t-il, hésitant.

- Si tu ne désires vraiment pas la garder, jette-la ou donne-la à quelqu'un d'autre, répliqua-t-elle plus sèchement.

La réponse de Righty fut immédiate. Il sembla choqué d'une telle éventualité.

- Ça, jamais.

Il reprit la miniature avant de la garder dans ses pattes. Quelque part, cela rassura Karan de savoir qu'au fond, il ne saurait commettre une telle chose.

- …Je souhaite réparer mes erreurs, Karan. Enfin…mes erreurs et celles de mes camarades, se corrigea-t-il, apparemment encore peu habitué à se référer comme un seul individu.

- Et comment comptes-tu t'y prendre ?

Righty se mordit la lèvre.

- …Je l'ignore.

- Voilà, tu l'ignores. Et moi non plus, je ne peux pas te donner de réponse. Mais ce que je sais…

Elle serait dure. Elle le savait. Mais il fallait que cela sorte. Qu'ils fassent le point ensemble.

- …Ce que je sais, c'est que dans tous les cas, tu ne peux pas réparer notre relation. Enfin…la relation que j'avais avec Chop Shop. Elle n'existait même pas. Et si elle existait, ce n'est plus le cas aujourd'hui.

- Je sais.

- Comment vous faisiez, d'ailleurs…demanda Karan.

Elle avait besoin d'une réponse sur ce point. Righty lui sourit tristement.

- …On t'aimait vraiment, Karan. Peut-être pas de la façon que tu le souhaitais parce que, comme tu l'as dit, c'était une relation vouée à l'échec. Mais…on t'aimait.

Karan sentit ses poings se crisper sur ses jambes. Elle prit une profonde inspiration, endurant les mots difficiles de Righty.

En réalité, depuis qu'elle avait appris qu'il n'y avait pas de « Chop Shop », elle s'y attendait. Mais cela faisait toujours aussi mal.

- …Je suis désolé.

- Ne le sois pas. On ne peut pas forcer quelqu'un à nous aimer.

La Cyclope se redressa, empêchant à nouveau sa voix de trembler.

- …Je dois me raccrocher à ce qui me reste. C'est le plus important. Mon équipe, ma famille, ma sœur…

- …Tu peux aussi m'y inclure, ajouta doucement Righty. Parce que…cela vaut ce que cela vaut, venant de ma part mais…même si je ne suis plus Chop Shop, je tiens à toi.

Karan ne réagit pas. Elle le laissa s'exprimer.

- …Je tiendrai toujours à toi.

Oui.

Le plus dur, c'était qu'une part d'elle tenait encore à lui, même si cela ne signifiait plus la même chose. Karan se reprit.

- …Ce n'est plus ce qui compte, Righty. Ce qui compte, c'est l'univers, maintenant. S'il y a un domaine sur lequel tu peux te rattraper, c'est ça.

- Ça ? répéta Righty, n'étant pas sûr de comprendre.

- Trouver le dernier artefact. Avant le Sanctuaire. On a les quatre, mais le cinquième est le plus sacré de tous.

S'il voulait sincèrement contribuer, autant qu'il le fasse. Cela serait toujours de l'aide en plus. Righty prit une mine pensive.

- …Le Vaisseau de Primus, hein ?

- Dai Atlas ignore où il se trouve. Il les a cachés mais…il ignore ce qui est arrivé au dernier.

- Hm.

Righty croisa les pattes sur son châssis, réfléchissant à voix basse.

- …Si je vous aide…tu serais prête à…me donner une seconde chance ?

- …Ce n'est pas certain, grinça Karan. Et cela devrait être le cadet de tes soucis, à l'heure actuelle.

- « Ce n'est pas certain », répéta Righty.

Puis, un sourire léger apparut sur son visage. Plus détendu, même si Karan ne doutait pas qu'il s'agissait d'une apparence.

- …Je m'en contenterai, alors.

- Et tu seras de corvée au bar de ma mère pendant trois siècles, railla Karan, le ton mi-amusé, mi-sérieux.

- Et je me mettrai à genoux pour implorer votre pardon, répliqua Righty sur le même ton.

L'atmosphère se réchauffa un peu entre eux. Mais cela en était assez pour aujourd'hui. Ils s'étaient expliqués, c'était tout ce qui comptait. Karan se releva et commença à s'éloigner, laissant Righty seul.

Au loin, elle aperçut Outrigger s'entraîner. Elle s'arrêta, l'observant faire durant quelques secondes, avant de marcher droit vers lui. Il paraissait concentré, mais Karan se demanda s'il n'était pas resté à proximité pour surveiller le déroulement de la situation.

- …Merci, le gratifia tendrement Karan.

- De quoi ?

- D'avoir appelé ma sœur. Et…de m'avoir convaincue de lui parler.

Le remercier…c'était quelque chose qu'elle pouvait faire, après tout. Outrigger abaissa ses armes et s'approcha d'elle, un sourire compatissant sur les lèvres. Il avait laissé tomber le masque de professeur sévère…et pour cela, Karan lui en fut reconnaissante.

- Je savais que tu avais besoin d'elle.

- J'avais besoin de vous tous…toi aussi, d'ailleurs, ajouta-t-elle, l'air de rien.

- Hm.

Karan se gratta le casque, un peu gênée. Mais finalement, elle lui fit savoir, le ton malicieux.

- Karan a besoin d'un câlin, par contre.

- Toi, alors.

Pourtant, Outrigger lâcha son épée et son katana. Puis, en signe d'acceptation implicite, il étendit les bras et les referma sur Karan, la serrant fortement contre lui.

La Cyclope attendit quelques minutes, avant de lui retourner l'étreinte. Cela lui manquait…des bras protecteurs. Et pour une fois, il n'y avait pas Night.

Pour une fois…elle était avec lui. Il faisait attention à elle. Et tandis que Karan approfondissait son étreinte, elle laissa ses mains caresser discrètement son dos.

- Cela te suffit ? demanda-t-il, le ton amusé.

- Hm. Tu n'as pas idée.

Karan et lui se séparèrent, mais la Cyclope ne se détacha pas de lui. Elle garda les optiques baissés, avant de relever le regard vers le jeune bot brun.

Elle était ravie de n'avoir aucune expression faciale. Cela rendrait les choses plus faciles. Karan prit une inspiration.

- …Outrigger…

- Hm ?

- …Cela te dirait que…nous deux, on…

Karan ne termina pas sa phrase. Elle finit par soupirer à la place, avant de se séparer complètement de lui.

- Oui ?

- Rien, oublie.

Elle était en deuil. En deuil de Chop Shop, en deuil de leur relation. Mais elle n'avait pas besoin de pansement. Du moins, pas de cette façon.

Outrigger opina du chef, laissant couler. Alors qu'il ramassait ses épées pour reprendre l'entraînement, Righty les rejoignit, courant sur ses huit pattes…ce qui fut une vision un peu amusante à regarder.

- …Je viens de penser, dit le Minicon. Pour trouver le Vaisseau de Primus…on a peut-être un moyen.

- Un moyen ? s'écrièrent ensemble Karan et Outrigger.

- Oui…

Righty déglutit.

- …On peut utiliser les autres artefacts…pour savoir où il est.

- Un autre artefact…

Karan percuta la première. En signe de victoire, elle leva les bras.

- Le Livre d'Epistemus !

- On aurait dû y penser, renchérit Outrigger.

Le Livre de la Connaissance…c'était évident. Le jeune bot brun croisa les bras tandis que Karan et Righty firent la danse de la joie devant lui, en plein milieu du désert.

- Vous savez qu'on en aura pour la nuit, à le feuilleter ?

- Casse pas notre délire, Outrigger !

- Mais quelle peste !

Bon…ce serait moins drôle après…mais au moins, ils pouvaient profiter un peu du moment présent.


« …De tout ce qu'on a pu fouiller, déclara Père Jean, l'une des pistes les plus probables serait l'île de Clipperton. »

Marie avait emporté une mappemonde. Il l'entendit la faire tourner pour montrer la localisation de l'Île en question. La réponse de Dai Atlas fut immédiate.

- Comment pourriez-vous savoir où se situe le Sanctuaire ? La Terre n'est-elle pas suffisamment vaste ?

- Peut-être avons-nous tort, approuva Emily d'un ton poli mais ferme. Mais il s'agit d'une hypothèse plausible. Nous avons demandé à nos chercheurs de fouiller les territoires états-uniens et de lister toutes les îles abandonnées qui serviraient potentiellement de base pour les Decepticons. Mais au final, toutes ces recherches se sont avérées vaines.

- Et l'Île de Clipperton ? demanda Wing à son tour.

- Il s'agit d'une Île qui avait été classée « terra nullius » ou autrement « territoire sans maître », avant d'être classée comme possession de la souveraineté française, expliqua la commandante. Elle est située au milieu de l'océan Pacifique, à plus de 6,000 kilomètres de Tahiti.

Dai Atlas sembla dubitatif.

- Quand nous y avons atterri, avec Jean, renchérit Marie, j'ai reconnu un lagon aux alentours, qui paraissait contenir de l'eau douce. C'est le seul lagon d'eau douce du monde. Et de cette distance, nous pouvions discerner, quoique brièvement, les montagnes situées sur les côtes mexicaines.

Elle lui avait expliqué plus tard que s'ils y étaient restés coincés un peu plus longtemps, Marie avait jugé bon de repérer les endroits où ils pouvaient potentiellement récupérer de l'eau.

- Même s'il ne le sera bientôt plus, si les Decepticons y demeurent, fit remarquer Cade. Selon Marie, ils auraient construit une tour en plein milieu du lagon.

- Personne n'y va, ajouta Marie. Ce n'est pas une île avec de bons souvenirs pour ses derniers habitants.

Il devina un froncement de sourcil sur le visage du leader du Cercle de la Lumière. A son tour, Wing prit la parole, ne cachant pas son empressement.

- On peut s'y rendre. Si c'est vraiment là-bas…qu'attendons-nous pour y aller ?

- Pour l'instant, c'est trop dangereux, rétorqua Dai Atlas. Nous ne sommes pas assez nombreux et la priorité reste le dernier artefact.

- Pourtant, il faudra bien le récupérer. C'est de l'eau douce. Ce sont des ressources importantes pour nous, répondit Emily.

- Hm.

Quand bien même Dai Atlas parut plus enclin à écouter les arguments d'Emily, Père Jean sentit que Wing était déçu. Pourtant, il ne releva rien, comprenant que Dai Atlas avait raison. Tandis que Emily, Bumblebee, Ultra Magnus et Dai Atlas se penchaient pour discuter de la stratégie à adopter, Wing et Père Jean s'éloignèrent pour quitter la pièce.

- Père Jean, l'appela Dai Atlas.

L'humain sursauta, surpris que le leader du Cercle de la Lumière s'adresse à lui. Il pivota vers lui, attendant la fin de sa phrase.

- …Vous avez contrôlé une armure Cybertronienne ? l'interrogea Dai Atlas, l'étonnement évident dans sa voix.

Père Jean opina du chef. Marie répondit à sa place.

- Pour me protéger.

- Il ne faut pas croire que les humains ne sachent pas se défendre, commenta Emily, le ton admiratif.

- …Ce n'était rien.

Mais Père Jean devina que Dai Atlas était impressionné. Et pour cela, il en ressentit un peu de fierté, même s'il s'agissait d'un souvenir qu'il aurait préféré oublier. Il se contenta d'incliner la tête, sans entrer davantage dans les détails avant que Wing ne transporte son fauteuil roulant pour quitter la pièce.

- …Je pense qu'au fond, vous lui plaisez, lui souffla le Cybertronien.

- Vous croyez ?

- Je le connais.

Père Jean émit un léger sourire amusé à cette remarque. Quand Wing le posa par terre, le prêtre se retourna pour lui faire face.

- Clipperton, hein ? soupira Wing.

- Son signal s'y trouve. Vous souhaitez vous y rendre ?

L'humain marqua un temps, avant de préciser.

- …Nous y rendre ? Y aller ensemble pour trouver Heavenlight et Swelter ?

- Ce serait tentant…y aller sans que les autres ne le sachent, approuva Wing.

Malgré tout, ils savaient pertinemment que c'était dangereux. Pour eux deux. Et ils ignoraient quand arriverait la prochaine attaque des membres du Sanctuaire, où cela se produirait. Cela pouvait être maintenant, ou demain…

Et ils ne pouvaient pas abandonner leurs camarades. Père Jean proposa alors l'idée à Wing de chercher son signal sur Clipperton pour essayer de la contacter et établir une communication, mais le Cybertronien réfuta l'idée. De cette façon, ils risqueraient de leur dévoiler la localisation de leur base.

- S'y rendre…au Sanctuaire, à Clipperton…peut-être que ce ne serait pas une mauvaise idée…mais seulement quand on aura récupéré tous les artefacts, fit Wing.

- Je sais que c'est dur, Wing. Mais on ne peut pas faire grand-chose…si ce n'est s'armer de patience.

Père Jean ferma les yeux, pensif.

- Wing…Vous avez encore votre clé USB ?

- Oui, répondit son interlocuteur.

- …Je pense que vous devriez placer vos souvenirs dedans.

Il devina un froncement de sourcil de la part du Cybertronien.

- Pourquoi ?

- Quand vous la verrez, précisa le prêtre, elle aura votre version de l'histoire. Elle verra que vous n'avez jamais souhaité l'abandonner. Ce sera plus simple à prouver que de le raconter.

Un silence lui répondit. Quelques secondes après, Père Jean entendit un bruit d'ouverture de châssis. Il devina que Wing en avait sorti la clé USB.

Puis, il l'entendit un autre son, comme s'il la connectait à un port.

- …C'est fait.

Père Jean sentit soudainement les doigts métalliques de Wing toucher sa poitrine, comme s'il lui tendait quelque chose.

- Wing…

- Je peux vous la confier ? le questionna-t-il. J'ai peur de perdre mes souvenirs une seconde fois…et je sais que vous en prendrez soin.

Père Jean hocha la tête. Si cela le rassurait, il pouvait faire cela pour lui. L'humain ne lui posa pas plus de questions. Il n'hésita pas et attrapa la clé USB pour la ranger dans son veston.

- Je comprends. Merci pour votre confiance, Wing.

- Merci à vous, Jean.

L'humain allait ajouter quelque chose quand soudainement, son portable se mit à vibrer. Le prêtre fronça les sourcils et le décrocha, le portant à son oreille.

Le directeur du centre pénitentiaire.

- Ma patience a des limites, Jean.

- Ecoutez, commença Père Jean.

- Non ! Je ne vous écoute plus. Votre paroisse s'est engagée à soutenir notre centre et vous disparaissez, comme ça, sans prévenir personne, sans un mot d'excuse ! Cette fois-ci, c'est terminé.

Père Jean blêmit. Il prit une longue inspiration, essayant de contrôler les tremblements dans sa voix.

- Si vous pouvez me laisser…

- Non ! J'ai dit, c'est terminé ! On va faire appel à une autre paroisse qui, elle, saura tenir ses engagements. A notre époque, les téléphones, les mails, ça existe ! Vous savez, Chris Marshall ? Votre favori ? Lui aussi se demande si vous ne l'avez pas abandonné !

Cela porta un coup au cœur du prêtre.

- Je vous jure que j'ai une bonne explication.

- Ha oui ? Laquelle ? Quelle explication valable avez-vous pour ne plus donner de nouvelles depuis…quoi ? Deux, trois mois ? Je vous écoute, Jean. A moins que vous ne vous trouviez encore des excuses ! Être un homme de foi ne vous donne pas tous les droits ! Je vous écoute ! Quelle explication avez-vous ? Je serais ravi de l'entendre !

Contre toute attente, le téléphone disparut des mains de l'humain. La voix posée et calme de Wing s'éleva à son tour.

- …Sauver l'univers, cela compte ?

Le directeur raccrocha. Père Jean poussa un profond soupir tandis que le Cybertronien lui rendait le téléphone.

- Il a raison. J'aurais dû au moins envoyer un mail.

- Je suis désolé pour les troubles qu'on vous apporte.

- C'est moi qui l'aie choisi, Wing.

Il allait devoir s'expliquer. Ou au moins, essayer de reprendre contact avec Chris Marshall et les autres prisonniers avec qui il avait formé des liens.

Un raclement de gorge les coupa. Père Jean se retourna.

- …On n'a plus de nourriture, les prévint Marie.

- Oh. Eh bien, on va aller faire les courses.

- Vous souhaitez qu'on vous accompagne ? proposa Wing.

Père Jean refusa poliment.

- Il s'agit seulement d'aller à la supérette de Crown City.

- Je vous ouvre un pont, alors. Et…Père Jean ?

- Hm ?

Il devina un sourire sur le visage du Cybertronien.

- Cela s'arrangera.


« Bumblebee a appelé une certaine Nebula, ainsi que quelques Autobots en renfort, l'informa Marie qui poussait le cadi tandis qu'ils quittaient la supérette. Si jamais la situation devient sérieuse, ils quitteront Cybertron pour intervenir.

- Je vois. C'est une bonne chose.

Père Jean attendit tandis que Marie rangeait le cadi. Puis, elle le rejoignit pour le pousser dans un endroit discret, que Père Jean devina comme s'agissant d'une ruelle, afin que les deux contactent la base pour qu'il leur ouvre un pont-terrestre.

- …Quand ce sera fini, déclara Père Jean, je te promets que je t'emmènerai quelque part. Où tu le souhaiteras.

- J'adorerai, répondit Marie, le ton amusé.

Il pouvait au moins lui accorder cela. Proche de lui, il entendit Marie composer le numéro avant de le porter à son oreille.

- Ici, Marie…peux-tu nous ouvrir un pont-terrestre aux coordonnées—

Elle ne finit jamais sa phrase.

Père Jean ne comprit pas. Mais l'instant d'après, un choc puissant percuta violemment son fauteuil roulant.

L'esprit du prêtre se mit à tourner très rapidement. Tout de suite, il essaya de se raccrocher, de se tenir aux bras de son fauteuil, mais il se retrouva propulsé en avant et tête la première, il s'écrasa brusquement sur le sol tandis qu'il entendait son fauteuil roulant se renverser à son tour, le bruit audible des roues tournant dans les airs.

Difficilement et douloureusement, il releva la tête du sol, prenant appui sur ses bras pour se redresser. Des gouttes tombèrent de son nez. Il comprit qu'il saignait. Quand il essaya de bouger, la chute lui réveilla la douleur aux membres, une douleur due aux blessures qu'il avait reçu durant l'attaque de la base.

Quelque chose…les avait attaqués. Tout de suite, il appela Marie pour s'assurer qu'elle aille bien. Mais elle ne fut pas longue à réagir. L'instant d'après, il l'entendit ramper vers lui tandis qu'un cliquetis métallique causé par la recharge de son revolver se fit entendre.

- Qui est là ? cracha Marie.

Un bruit de transformation lui répondit.

Non…

- J'arrive au bon moment, non ?

Saberhorn, devina le prêtre. Père Jean essaya de remettre son fauteuil roulant debout. Mais quand le Cybertronien effectua un pas, le fauteuil se renversa une nouvelle fois.

Père Jean et Marie tressaillirent à l'unisson. Le prêtre chercha sa main et l'attrapa, la serrant fort contre lui.

- …Que voulez-vous ? gronda Marie.

- D'habitude, je respecte les politesses d'usage. Mais malheureusement, je n'ai pas beaucoup de temps à vous consacrer.

La fausse condescendance disparut rapidement, laissant place à un ton froid. Un nouveau pas. Cela fit trembler le sol et Père Jean et Marie perdirent l'équilibre. Le prêtre réalisa combien le Decepticon était proche d'eux.

- Vous allez me suivre, articula Saberhorn, le ton menaçant.

- Et pourquoi ? demanda Marie.

- Parce que je ne vous donne pas le choix. Nous aurions dû vous utiliser bien plus tôt comme garantie.

Père Jean tiqua.

Ils allaient les utiliser comme otages…probablement en échange des artefacts. Tout de suite, Marie effectua un mouvement vif du bruit et Père Jean entendit une détonation se dirigeant vers le haut.

Mais ce fut la seule. La seconde d'après, Marie poussa un cri tandis qu'il entendit le revolver s'échapper de ses mains pour retomber quelques mètres, loin derrière eux.

- Marie ! Ne lui faites pas de mal ! supplia Père Jean.

- Et pourquoi je me gênerais ? cracha Saberhorn, la colère évidente dans son ton. Notre erreur a été de ne pas vous surveiller ! Et à cause de cette erreur, vous avez volé nos artefacts ! Quatre de nos artefacts !

Père Jean frissonna. Il réalisa que Marie avait déjà disparu. Saberhorn l'avait déjà capturée. Et quand il essaya de crier, il sentit une lame froide sous son menton, beaucoup plus grande que sa propre taille.

- Vous avez savouré votre victoire, c'est bien. Mais cette fois, on ne refera pas la même erreur deux fois. Cette fois, on ne vous laissera pas vous en aller.

- Ce ne sont pas vos artefacts ! cria Marie.

- Ce sont encore moins les vôtres !

- Nous, au moins, on n'essaie pas de détruire l'univers avec !

Père Jean grimaça.

Il devait sauver Marie…coûte que coûte…

- Saberhorn, articula Père Jean. Il faut que vous arrêtiez. Cela devient de la folie.

- Si vous souhaitez que ça s'arrête, dit Saberhorn, plus calmement, vous feriez mieux de dire à vos gardiens de nous rendre les artefacts.

- Mais vous savez ce que ça coûtera. Pourquoi vous persistez, Saberhorn ?

Saberhorn grogna.

- Cela ne vous concerne pas, vermines.

- Vous ne nous ferez rien, de toute façon.

Il sentit une pression au niveau de sa gorge. Père Jean déglutit, frissonnant à la sensation désagréable.

- Tu penses que je plaisante à l'heure actuelle ?

- La dernière fois, Glowstrike disait que vous ne nous auriez pas fait de mal, lui rapporta Père Jean. Pas après ce que Wing a fait pour vous. A Arkus.

Il se souvenait de sa conversation avec elle comme si c'était hier. Même si cet évènement l'avait effrayé, l'avait paralysé…il se souvenait point par point de leurs échanges, de ses mots.

Manifestement, ses paroles ne l'indifféraient pas. Il sentit Saberhorn se raidir au bout de sa lame.

- …Et comment tu le saurais ?

- Elle me l'a dit. Vous vous sentez redevable envers Wing. Autrement, vous nous auriez déjà tués. Du moins, l'un de nous.

- Mais ce ne sera pas moi qui vous tuera, grinça Saberhorn. Ce sera la Reine. Ou un autre Insecticon qui prendra plaisir à vous utiliser comme jouets.

- ...Et vous les laisserez nous tuer ? Vous? Un bot d'honneur? Après ce que Wing a fait pour vous, vous tuerez ses amis?

Père Jean se contenta d'attraper la lame du bout des bras, pour essayer de l'éloigner de sa gorge.

Autant affronter Saberhorn à son propre jeu.

- Je croyais que les gentlemen devaient toujours œuvrer pour rembourser leurs dettes.

- Même si j'ai une dette à rembourser…Le Sanctuaire passe avant tout le reste.

- On le sait, rétorqua Père Jean. Mais il n'y aura plus de Sanctuaire si vous continuez à détruire tout ce qu'il y a sur votre passage, autour de vous.

Aux dires d'Emily, ils détruisaient déjà l'environnement des humains…

- Vous-mêmes, vous y étiez présent, Saberhorn. A Arkus. Vous avez observé vous-mêmes ce qu'a causé la destruction de la ville. Et vous souhaitez que la Terre suive le même chemin ?

- Crois-moi, vermine, s'il y avait d'autres solutions, on les aurait déjà prises. Mais malheureusement, il n'y en a aucune.

Père Jean secoua la tête. Lui n'y croyait pas.

- …Il existe forcément des solutions alternatives.

Le ton de Saberhorn monta d'emblée.

- Ah oui ? Puisque tu te crois si intelligent, vermine, dis-moi quelles sont les solutions alternatives ? Hein ?

- Vous n'êtes pas obligés de faire la guerre.

- Ça se voit que vous ne connaissez rien au conflit ! La guerre, c'est tout ce qu'on connaît ! Si on ne peut pas vivre sur Cybertron, si on n'a pas d'autres endroits où aller, on se bat pour le garder ! On se bat ! Nous sommes peut-être des Insecticons mais c'est comme ça qu'un vrai combattant se comporte ! Il se bat contre ses ennemis jusqu'à son dernier souffle pour garder ce qui lui reste !

La réponse de Père Jean fut immédiate.

- Et s'en prendre à ceux qui essaient de vous aider, même indirectement, c'est digne d'un guerrier ?

Pendant un instant, l'humain crut qu'il ne soit allé trop loin. Il crut qu'il faisait fausse route et que Saberhorn allait mal réagir et s'en prendre à lui ou à Marie. Par réflexe, il couvrit son visage de ses bras, pour se protéger d'un éventuel coup.

Mais le coup ne vint jamais. Comme Saberhorn ne répondit jamais à sa question. Seul le silence tomba.

Le silence…même en étant un combattant, c'était tout ce qu'il avait, comme arme à ses mots. Le prêtre resta dans cette position durant plusieurs secondes, avant de se découvrir le visage. Doucement et prudemment, il reprit la parole.

- …Même si vous gardez le Sanctuaire, même si vous réussissez à reprendre les artefacts…que feriez-vous, après ?

- On vivra…répondit simplement Saberhorn, le ton sombre.

- Vivre ? Même si vous vous débarrassez du Cercle de la Lumière, des humains, des Autobots, vous vivrez dans la terreur et dans la crainte tous les jours. Si ce n'est à cause d'autres ennemis, ce sera à cause des propres armes que vous utiliseriez.

- Et qu'est-ce que cela peut te faire, humain ?

- Jean…émit Marie, l'invitant à ne pas poursuivre.

Père Jean secoua la tête.

- Cela me fait quelque chose…parce que je ne vois pas comment quelqu'un de sensé, qu'il soit Cybertronien ou humain, accepterait une telle situation. Vous vous voyez dans vingt ans, dans un siècle, dans la même situation ? A vivre ici, dans la peur ? Dans la guerre ?

- …Wing s'est trouvé un animal de compagnie qui lui est parfaitement adapté, remarqua Saberhorn, le ton acide. Vous croyez savoir mieux que tout le monde.

- Et pour Glowstrike, vous pensez que cette situation lui serait convenable ?

Cette fois-ci, Père Jean sentit Saberhorn fléchir.

Conscient d'avoir percé quelque chose, l'humain continua.

- Vous l'aimez, hein ? Elle est votre compagne, non ? Vous pensez que cette situation la rendrait heureuse ?

Etrangement, la réponse de Saberhorn fut plus rapide que prévu.

- …Non.

Père Jean poussa un soupir.

- …Glowstrike est votre compagne. Elle est la fille de Wing. Vous le saviez déjà, non ?

- …Je le sais. Glowstrike m'a tout raconté, lui informa Saberhorn, le ton bas.

- Techniquement…cela signifie que vous êtes de la même famille. Tous les trois.

Père Jean devina que Saberhorn avait ouvert la bouche, avant de la refermer. Avait-il déjà envisagé les choses de cette façon ?

- …En tant que père, Wing voudrait que sa fille soit en sécurité. Et elle ne l'est pas. Peut-être ne s'en rend-t-elle pas compte. Si vous pensez que cette situation ne lui est pas convenable, Saberhorn, pourquoi vous ne le lui dites pas ?

- C'en est assez, siffla le Decepticon, un ton d'avertissement.

- Vous êtes son compagnon. Si vous l'aimez, c'est à vous de lui montrer la voie. C'est à vous de la protéger, de penser à son bien.

- La protéger ? Je ne fais que ça ! Je ne vis que pour ça, même ! cracha Saberhorn, son ton devenant plus dur.

Il prit une inspiration, comme s'il essayait de se calmer.

- Et vous êtes arrogant de parler de ce que vous ne savez pas ! Même si Wing était le père de Glowstrike, il n'a pas agi comme tel ! Il n'a pas agi comme un bon père envers elle puisqu'il l'a abandonnée !

- C'est ce qu'elle croit ? C'est elle qui vous l'a dit ?

- Et qu'est-elle sensée croire d'autres ? Il n'y a personne qui lui a dit qu'elle avait eu tort sur toute la ligne !

L'expression de Père Jean se fit plus triste.

Il n'y avait pas que Wing qui souffrait de l'absence de sa fille…Manifestement, c'était réciproque. Des deux côtés.

Quelques secondes passèrent. Père Jean laissa Saberhorn reprendre son calme.

- …Mais…mais moi, je trouve ça étrange. Je trouve ça étrange que quelqu'un comme Wing ait pu abandonner sa propre fille.

- Je peux vous garantir que ce n'est pas ce que vous croyez, Saberhorn. Glowstrike a souffert. Mais je peux vous dire que Wing en a d'autant plus souffert.

- Ah oui ? Pourquoi ne vient-il pas le lui dire, alors ?

- Cela viendra.

Père Jean fouilla son veston. Il en ressortit sa clé USB.

- …Mais pour l'heure…C'est vous qu'il faut essayer de convaincre.

- …Qu'est-ce que c'est ? Comment vous…

- Reconnaissez-vous ceci ? C'est une clé USB, avec des souvenirs sauvegardés à l'intérieur.

Père Jean se mordit la lèvre.

- …Les souvenirs de Wing sont à l'intérieur. Relâchez Marie et je vous montrerai ce qui s'est réellement passé.

- …Si c'est un piège…

- Ce n'en est pas un. Relâchez Marie et je vous montrerai le contenu de cette clé, Saberhorn. Vous avez ma parole.

De ce qu'il savait, Saberhorn se vantait comme étant quelqu'un ayant de l'honneur.

Si Père Jean montrait qu'il en avait, il l'écouterait. Encore plus si cela concernait Glowstrike.

Plus personne ne bougea. Plus personne ne parla.

Père Jean garda la clé en main, attendant la réaction de Saberhorn.

Finalement, il entendit un léger gémissement de la part de Marie. L'instant d'après, Père Jean se dépêcha de ramper vers elle pour l'attraper contre lui.

- La clé USB, lui ordonna Saberhorn.

Père Jean la lui tendit.

Saberhorn l'attrapa.

- …Si jamais je trouve quelque chose qui ne me plait pas dans les souvenirs de Wing, avertit Saberhorn, le ton lourd de menaces, je vous embarque tous les deux et je vous conduirai directement à la Reine.

Père Jean ne répondit pas.

L'instant d'après, il entendit le bruit de la clé USB se connectant à un port.