VOTRE ATTENTION S'IL VOUS PLAÎT

Bonjour, bonsoir à tous et bienvenue pour le chapitre 12 d'Amoureux des Dragons. Je ne vais pas passer par quatre chemins: j'ai adoré écrire ce chapitre, mais il est très long. Genre très long. Genre le double en nombre de mots par rapport aux chapitres de d'habitude. Donc si vous vous lancez dedans, je vous conseille un bon thé ou un chocolat chaud (avec de la chantilly) !

A part ça, je tenais à remercier chaleureusement ceux qui sont revenus lire cette fanfiction que j'ai commencé à écrire il y a déjà 3 ans, et ceux qui me laissent des reviews. Ça me touche tellement! J'espère que ce chapitre vous plaira. Encore et toujours, n'hésitez pas à laisser une review à laquelle je répondrai avec bonheur.

Ceci étant dit, ce chapitre étant très long, le prochain mettra sans doute un peu plus d'une semaine à arriver. Rien n'est sûr, mais je me dis que ce chapitre vaut quand même pas mal.

Très bonne lecture à vous et à bientôt 3

Biscuitement vôtre,

Accio-Weekend


Chapitre 12: Ovide

« - Il va falloir que vous retourniez en classe, à présent », dit Mme Pomfresh d'une voix ferme.

Une volée de protestations l'accueillit, mais elle n'en démordit pas.

« - Vous ne pouvez pas rester là ! Laissez Mr. Pattson se reposer.

- Il est plus important qu'un cours de Botanique, rétorqua Charlie d'une voix plus forte qu'il ne l'aurait voulue et qui fut approuvé par Jane. Il a besoin de nous ! Ce n'est pas comme s'il était malade !

- Mr. Weasley, j'ai dit : dehors ! A moins que vous ne désiriez plusieurs samedis de retenue d'affilée ?

- Je serais prêt à avoir une retenue tous les soirs si cela me permet de rester avec mon meilleur ami, riposta-t-il avec férocité.

- Charlie, ça ne fait rien, marmonna Rory depuis son lit. On se retrouve tout à l'heure. De toute façon, je dois écrire à ma mère.

- Encore cinq minutes, l'implora-t-il. S'il vous plaît, juste cinq minutes. Je viens de parler avec le professeur Dumbledore et j'aurais besoin d'en parler à Rory.»

Elle le jaugea du regard Sam, Melody et Jane étaient tous les trois à ses côtés, suppliant l'infirmière des yeux. Rory avait détourné les siens : il fixait le plafond d'un regard vide.

« - Cinq minutes, pas plus, fit-elle en levant les index. Tous les autres, dehors. »

Jane embrassa Rory sur la joue, ce qui, malgré un tel contexte, fit rosir quelque peu ses joues – mais pas autant que si tout avait été normal. Sam sourit tristement à Charlie et lui pressa la main avec douceur, puis salua Rory de la main sans trop savoir comment agir. Melody serra Rory et Charlie dans ses bras, bien que ce fut hautement inhabituel de sa part et ils s'en allèrent tous les quatre.

« - Je suppose que Dumbledore t'a dit qu'il ne fallait pas forcément partir dans des conclusions hâtives », devina Rory d'une voix lasse une fois qu'ils furent seuls.

Charlie hocha silencieusement la tête.

« - Tu parles, qu'est-ce qu'il en sait, lui, du fait d'avoir son père disparu et une vieille folle au sourire carnassier qui vient te dire qu'il est mort ?, cracha-t-il. Je n'ai même plus assez de larmes pour continuer à pleurer et il va me dire de ne pas m'inquiéter. Tu parles ! Une meurtrière se promène dans sa propre école et il n'en sait rien ! »

Il secoua la tête.

« - Ouais, ce sont peut-être des salades. Ou peut-être que c'est moi qui ne veux pas accepter le fait que mon père… Papa… Soit... »

De nouvelles larmes étaient remontées. Il inspira un grand coup et observa le plafond de nouveau pour les empêcher de couler.

« - J'ai envie de croire que ce soit faux. Ou plutôt, je refuse que ce soit vrai. Je vais écrire à ma mère pour qu'elle l'apprenne de moi, mais je refuse de croire une vieille déglinguée qui n'est peut-être qu'une patiente sortie de Sainte Mangouste. Je vais écrire à mon père, par tous les moyens possibles. Je vais réussir à le contacter. Je ne sais pas comment, mais je m'en fiche si ça me met en danger. A Poudlard, on est en sécurité. Au cas où ces sales harpies voulaient s'en prendre à ma mère, je lui dirai de redoubler de protections autour de notre maison, et je demanderai à mon cousin Dean, un Auror, de venir habiter avec elle. Et elle est féroce. »

Il eut un sourire brisé.

« - De toute façon, si Betty cherche à me tuer, je sais que Jane arrivera avec sa batte pour lui décocher un bon coup. Et je t'ai toi pour la ligoter et lui faire peur avec ton dragon. »

Monsieur Chatouille s'était lové sur la table de chevet du brun.

« - Mr. Weasley, fit Pomfresh. il est plus que temps, ne me faites pas vous enlever des points.

- Je sais que Jane sera de retour très vite, mais prends soin d'elle en attendant.

- Promis. »

Il s'en alla de l'infirmerie le cœur et les pas lourds maussade, il arriva en retard au cours de Botanique, mais le professeur Chourave semblait avoir eu le mémo puisqu'elle ne lui ôta aucun point. Tout le monde l'observait d'un air gêné il se plaça aux côtés de Jane, où un espace libre lui avait été réservé. Elle avait déjà bien entamé son processus de nourrissage d'Ergut.

Profitant que la classe soit animée par tous les Gryffondor, il lui souffla ce que lui avait dit Dumbledore, et lui parla de l'état de leur meilleur ami.

« - Tu en penses quoi, toi ?, lui demanda-t-elle à voix basse.

- Je ne sais pas vraiment, pour être honnête.

- Personnellement, je suis d'accord avec le fait qu'il faut contacter son père, par tous les moyens. Il est forcément encore en vie…

- C'est un piège, grinça Charlie. C'est forcément un piège. Si on le contacte, et qu'il est vivant, ils parviendront à l'avoir. »

Toute cette histoire était trop étrange.

« - Et puis, continuait-il, s'il était mort, c'est-à-dire de leur main, ne serait-elle pas au courant ? »

Elle fronça des sourcils.

« - Si, c'est vrai… Mais elle a dit qu'elle était juste une informatrice. Peut-être qu'on ne lui donne pas toutes les informations, à elle. Pour qu'elle continue à faire son travail, quelque chose comme ça ?

- Ce n'est pas bête. Tu devrais vraiment être Auror, plus tard, sourit Charlie.

- Je préférerais m'amuser sur un terrain de Quidditch, rit-elle doucement.

- En tout cas, tu as peut-être raison… Pauvre Rory. Il ne mérite tellement pas ce genre de choses. Il mériterait juste du réconfort. »

Il se tourna vers la jeune fille et esquissa un sourire malicieux.

« - Il mériterait de l'amour, souffla-t-il en la tapotant du coude.

- Eh, oh, grogna-t-elle. N'importe quoi.

- Oh, franchement, Jane… En plus, dans un contexte pareil, ce n'est plus le moment d'être timide. Tout le monde le sait, même Dumbledore.

- Celui-là sait tout, ça ne compte pas, maugréa-t-elle.

- Ah AH ! Tu l'avoues !, fit-il, réjoui, en essayant de ne pas sautiller sur place.

- Tais-toi ou je te colle l'Ergut dans la glotte. »

Malgré son ton ferme, elle avait un léger sourire.

« - S'il y a bien un moment pour dire aux gens qu'on les aime, c'est maintenant, dit Charlie en caressant la plante.

- Tu penses à Sam ? », riposta-t-elle pour détourner la conversation.

Il hésita à répondre. Ses amis avaient mis du temps à faire confiance à son petit-ami, et admettre qu'il commençait à douter de lui lui écorchait la fierté. Pour l'instant… Il décida de mentir, à moitié.

« - Oui, aussi », sourit-il.

Il inspira à pleins poumons. Il était totalement confus. D'un côté, oui, le fait que Sam sache autant de choses sans qu'on lui en parle était bizarre. Comme s'il la connaissait, bien que ce fut tellement improbable et ridicule… Et le fait qu'il était dans la Salle Commune alors qu'il disait avoir Double Métamorphose, pour au final dire qu'il s'était trompé…

Et il fallait avouer qu'il avait réellement l'air mal à l'aise à l'infirmerie.

Pendant que Jane s'occupait de l'Ergut, il secoua la tête. Comme il se l'était répété plusieurs fois dix minutes, Sam avait la tête dans les nuages et supportait mal le stress, c'était un fait ancré dans la roche mais il avait aussi un don assez exceptionnel de sagacité. C'était peut-être très sincèrement honnête de sa part de dire que ça lui semblait évident qu'ils aient rencontré Betty dans la matinée.

Et il était si sensible. Sam lui avait confié un jour qu'il était peut-être hyper-empathique. Il éprouvait les choses puissance mille, que ce soit ses propres émotions ou ceux des autres, et parvenait à les déceler plus facilement que quiconque. Charlie réalisa que le sourire triste qu'il lui avait adressé à l'infirmerie concernait sûrement la méfiance qu'il avait dû ressentir chez le roux à son égard. Il avait cet air de chiot blessé qu'il a lorsqu'il a peur d'avoir commis une bourde.

Si ça se trouve, cette histoire de père disparu lui retournait le cerveau, et il ressentait tant le besoin de découvrir la vérité et de sauver tout le monde qu'il était prêt à rejeter la faute sur quiconque, même le garçon qu'il aimait, si ça lui permettait de pouvoir accuser quelqu'un pour de vrai, après des mois de flou total.

Oui, c'était décidé : cet après-midi, il le retrouverait, l'embrasserait devant tout le monde pour lui montrer à quel point il tient à lui, à son empathie, à sa gentillesse, à son humour, depuis le bout de ses cheveux gris dont les gens se moquaient parfois, jusque la pointe de ses chaussettes dépareillées. Il lui dirait combien il l'aime, et qu'il a confiance en lui.

« - Je l'aime tellement. »

Le silence se fit. Au vu du regard éberlué du professeur Chourave, et un peu gêné de tous les élèves de la classe, puis du pincement de lèvres hilare de Jane, il réalisa qu'il avait formulé sa pensée à voix haute, et manifestement avec beaucoup de détermination. Ses oreilles tournèrent rouge écrevisse presque sur le champ.

« - L'Ergut, toussa-t-il en tentant de reprendre contenance. Quelle plante… Pleine de charme, maugréa-t-il en s'enfonçant dans sa mouise. Une prestance tout à fait remarquable. Et... Quelles propriétés magiques ahurissantes !

- Soigner des furoncles ?, dit Jane du bout des lèvres en se retenant d'exploser.

- Oui, hum, ça peut être très utile, quand on y pense… Deux minutes... »

Le professeur Chourave se gratta la tête, manifestement décontenancée, mais le sourire gêné que lui lança Charlie la fit renoncer au fait de poser davantage de questions.

Jane plongea sous la table, en ayant fait semblant d'avoir fait tomber sa truelle, pour y pleurer de rire en silence. Charlie, quant à lui, arborait son masque imperturbable qu'il revêtait au moment de serrer la main du capitaine de l'équipe adverse au début d'un match de Quidditch. Malgré la gêne, qui fut vite dissipée par les élèves qui rangeaient leurs affaires, le cours étant terminé, il sourit en pensant à la dose d'émotion qui avait surgi de sa poitrine lorsqu'il avait prononcé cette phrase.

Il aimait Sam Vedder de tout son cœur d'adolescent, et il comptait bien le lui faire savoir. Il ne pensait plus qu'à ça, à présent. Il n'avait pas envie de se retenir.

C'est ainsi d'un pas déterminé, plus tard dans la journée, alors qu'il repartait de l'infirmerie en laissant Rory que Mme Pomfresh avait fini par soumettre à une Potion de Sommeil, qu'il monta les escaliers en direction de la Salle Commune.

« - Harpies », fit-il d'une voix autoritaire à la Grosse Dame qui le laissa entrer d'un air bougon.

Il balaya la Salle Commune du regard, cherchant une touffe grise qui se détachait toujours du reste. En revanche, c'est une touffe rousse près de la cheminée qui attira son attention.

« - Non, ton bellâtre n'est pas là », se moqua gentiment Bill qui y pratiquait un enchantement.

Les Gryffondor sifflèrent en riant, tandis que Charlie secouait la tête en roulant des yeux, le sourire aux lèvres.

« - Tu passes ton temps à le chercher, enchérit-il. Vous feriez mieux de vous greffer l'un à l'autre, ce sera plus simple.

- Bien vrai, ça !, répondirent en chœur plusieurs élèves.

- Merci de vos conseils avisés, j'y penserai pendant moins d'une seconde, rétorqua le jeune Weasley. Retourne à réviser tes ASPIC au lieu de me singer, Bill Weasley, le mit-il en garde.

- Tu parles, je travaille davantage que tu ne le fais, répondit-il avec calme et raison. Tu devrais travailler tes BUSE, toi, au lieu d'aller courir les prés avec ton chéri d'amour.

- Bref, coupa Charlie. Merci quand même.

- Comment ça, ton chéri d'amour ?!, surgit soudain Percy depuis son dortoir, qui était manifestement outré d'apprendre cette nouvelle ainsi. Tu as… UnChéri ?!

- Mais enfin, Perce, tu es passé où ces derniers mois ? », s'esclaffa Bill devant la tête éberluée de son jeune frère.

Il avait l'air totalement sur les fesses.

« - Tu es complètement à l'ouest, mon pauvre Percy, se désola Charlie. Bien sûr que j'ai un chéri. Ça fait quasiment trois mois qu'on est ensemble.

- Tu devrais relever le nez de tes livres, de temps à autres, sourit Bill avec douceur. A Poudlard, on les appelle les Inséparables. Les gens ont commencé à les élire couple le plus mignon de l'école.

- N'importe quoi, le railla l'intéressé en lui bourrant l'épaule.

- Oui, et bien, je ne savais pas !, s'écria Percy qui était devenu rouge. On ne me dit jamais rien, à moi ! »

Il repartit derechef dans son dortoir en claquant la porte derrière lui. Charlie soupira.

« - Je passerai un peu plus de temps avec lui, je suppose, souffla-t-il à son aîné. Il est déjà tellement anxieux, alors qu'il n'est qu'en deuxième année ! Je n'ose pas imaginer la suite.

- J'y vais, pour l'instant, soupira Bill. Va retrouver ton mec. »

En parlant du mec en question, s'il n'était pas dans la Salle Commune, il était forcément à la bibliothèque. Effectivement, il ne lui fallut que quelques minutes pour trouver l'élu de son cœur : il était assis à sa place favorite, cachée de Mme Pince par le rayon Herbologie & Potions, qui était de surcroît à côté d'une fenêtre. Il eut un sourire amusé lorsqu'il vit débouler Charlie, avec son grand sourire et ses cheveux agités.

« - Eh bien ?, fit-il à voix basse après qu'il l'eut embrassé. Que se passe-t-il ? Une bonne nouvelle ?

- Pas vraiment, en soi… On a pas plus d'infos sur quoi que ce soit. Mais, reprit-il en chassant ces idées noires, j'avais quelque chose à te dire. Quelque chose… D'important. »

Il se tordit les doigts mais garda le contact visuel avec un Sam mi-amusé, mi-intrigué.

« - Je ne sais pas comment le dire, continua Charlie à voix basse. Je ne l'ai jamais dit à personne. Je ne sais pas à quoi ça m'engage, je ne sais pas comment ça se passe, dans ces cas-là, et surtout, je ne sais pas ce qu'il se passe après. Je suis plein d'incertitudes, plein de doutes, tout le temps, sauf sur le terrain et sauf au sujet de ce que je m'apprête à te dire. Si j'y arrive un jour. Le truc c'est qu'avec toi, je me sens si bien, Sam. »

Les joues du garçon s'enflammèrent progressivement, et il replaça ses lunettes, les doigts un peu tremblants il referma son livre. Il s'apprêtait à répondre, mais…

« - Attends. Avant que tu ne dises quoi que ce soit, j'aimerais essayer de finir. Sinon, je n'y arriverai jamais, et j'ai envie d'y arriver. Tu vois, je m'étais toujours dit que je serai toujours seul. Pas en me disant que je ne plairais jamais à personne, mais en me disant que, tout ayant une fin, ça me ferait trop mal de perdre quelqu'un qui m'est cher. Mes parents sont si attachés l'un à l'autre, si complices, ils se complètent. Quand je vois Jane et Rory, deux personnalités totalement aux antipodes l'une de l'autre, je sais d'avance qu'ils ne seraient rien sans l'autre. Et à vrai dire, ça m'a toujours terrifié. »

Il prit une inspiration et ferma les yeux sous le contact des rayons du soleil.

« - Dépendre de quelqu'un a toujours été ma pire angoisse. Avec moi en Roumanie, ou ailleurs sur cette planète, que se passe-t-il si je dois me séparer d'une personne à qui je suis devenu accro ? Que se passe-t-il si je dois faire un choix entre mon rêve et la personne avec laquelle je suis, et qui comptera inévitablement tout autant ? C'est trop dur. Ça fait trop peur. Et puis soudain, te voilà, toi, avec tes cheveux gris et ton rire aigu qui m'ont vite fait prendre conscience que je ne pouvais pas rester éternellement indifférent à ton charme. Et puis après, tu te mets à parler et là, c'est pire pour mes anciennes convictions ! Te voilà avec ton intelligence, ta sagacité, ton humour, ta compassion, ta bienveillance, ton empathie, tes émotions. Ton mystère, aussi, on ne va pas se mentir. »

Sam eut un petit rire et enfila mécaniquement son bonnet peut-être cherchait-il quelque chose à faire de ses mains pour cacher l'émotion qui se répandait sur son visage – mais Charlie ne se laissa pas distraire.

« - Et je me rends compte à présent qu'on ne doit peut-être pas nécessairement souffrir. Peut-être qu'il y a des choses qui se passent bien, dans la vie, et que ça en fait partie. Ou peut-être, tout simplement, que ça vaut le coup. Avec toi, je me dis que c'est le cas. Tant pis si ça doit se terminer en eau de boudin pour X ou Y raison, parce qu'entre temps, j'ai grandi, j'ai appris, j'ai passé tant de bons moments, et je sais que toi aussi. On commence tout juste, au final, mais ça m'a apporté déjà tant de choses. Je dois dire que j'ai encore beaucoup de questions, mais… Tout ce que j'aimerais dire, avant que tout ne se complique, c'est que… Je t'aime. Je t'aime, Sam, vraiment. »

Dire que Sam était ému était un doux euphémisme. Il s'était mis à pleurer silencieusement, plongeant son visage dans ses mains, tandis que ses oreilles avaient tourné rouge pivoine.

« - Oh non, pardon, je ne voulais pas, bégaya Charlie qui ne s'attendait pas à une telle réaction. Je suis désolé, je sais que c'est beaucoup d'un coup… Si tu n'en es pas à ce stade pour moi, je comprends, ce n'est pas grave, mentit-il alors que son cœur se brisait. Tu peux prendre ton temps, je sais que ça sort un peu de nulle part, mais j'ai pensé… Je ne sais pas, j'ai pensé que tu méritais de savoir que tu étais aimé et – »

Le Gryffondor l'interrompit en se jetant dans ses bras, si vite que Charlie n'eut pas le temps de voir l'expression sur son visage. Le roux le serra de toutes ses forces. Sam se détacha, et bien que ses yeux étaient rouges, il avait un grand sourire.

« - Oh, Charlie Weasley, murmura-t-il. Idiot.

- Eh !, rétorqua-t-il, vexé, sur le même ton.

- Bien sûr que moi aussi, je t'aime, Charlie, souffla-t-il en prenant son visage entre ses deux mains. Plus que tout. Bon sang, laisse-moi me remettre de mes émotions avant de tirer des conclusions pareilles... C'est la première fois qu'on me le dit. »

L'explosion d'émotions qui suivit dans la poitrine du roux attira quelques regards agacés de la part d'autres élèves qui étudiaient, puisque les deux Gryffondor repartirent dans une séance de bécotage passionnée et, cette fois, officiellement pleine d'amour.

« - EH OH !, cria soudainement Mme Pince, éclatant la bulle qu'ils s'étaient créées. Non mais ! Je n'ai jamais vu ça ! Ouste ! Dehors ! FICHEZ-MOI LE CAMP ! »

Trop heureux pour se sentir honteux, le couple sortit de la bibliothèque en se tenant la main. Aussitôt furent-ils hors de portée visuelle que Sam le plaqua contre le mur en l'embrassant avec une ardeur qu'il n'avait jamais eue auparavant.

« - Je t'aime tellement », répétait-il entre deux baisers.

Charlie était si comblé qu'il ne pouvait s'empêcher de rire. Il le détacha de lui à un moment donné, pour respirer.

« - Je ne pouvais pas rêver d'une meilleure réponse, lui confia-t-il avec un grand sourire. Je ne savais pas à quoi m'attendre. Pourquoi tu as enfilé ton bonnet, au fait ? »

Sam, dont la respiration s'était accélérée, hésita quelques instants. Il observa les alentours afin de préparer sa réponse.

« - J'ai quelque chose à te dire, moi aussi, dit Sam en plongeant son regard dans les yeux de son aimé.

- En cas d'émotions fortes, tu perds tes cheveux ?, ironisa Charlie qui était toujours enjoué.

- Heureusement que non, rit l'autre doucement. Mais… C'est important aussi. »

Il était tout à coup devenu plus sérieux, malgré un sourire toujours jovial.

« - Est-ce que ça te dirait de me retrouver demain soir dans la Salle sur demande ?

- Oui, bien sûr, répondit le rouquin qui était quelque peu surpris. Pourquoi demain soir particulièrement ? C'est si grave que ça ? »

Sam eut un petit rire indécodable, et dégagea du visage de son petit-ami une mèche rebelle qui s'était laissée tomber dans la tournure des événements. Il l'observa quelques instants en caressant sa joue.

« - Ce soir, je dois absolument travailler mes Runes. En plus, demain matin, il y a l'intervention de ton futur chef de brigade à Târgu Mures.

- Comment l'oublier !, s'exclama Charlie avec hâte. Mais quel rapport avec ton secret secrètement mystérieux ?

- Je préfère que tu te concentres sur ton rêve pour le moment, sourit-il avec douceur. Je sais que ça risque de changer quelques petites choses. »

Merlin. Allait-il le demander en mariage ?

« - Ainsi, demain matin, tu seras à fond avec ton gars, là… Aaron ?

- Anton, le corrigea-t-il. Anton Duca.

- Lui-même. Je vais être jaloux, attention.

- Un chef de brigade Dragonologiste doit être balafré de partout, si tu veux mon avis, ironisa Charlie.

- Justement, c'est sexy, renchérit Sam dont l'iris avait soudainement gonflé, et qui faisait exprès de jeter quelques regards sur les lèvres du capitaine de Quidditch. En plus, si on se voit ce soir… Ce n'est pas garanti que tu sois toujours frais demain matin, et c'est hors de question. »

S'il avait été en train de boire quelque chose, Charlie se serait étouffé. Venait-il tout juste de faire un sous-entendu salace ? Ou était-ce son imagination ? Une flopée d'images à la fois incongrues, spécifiques et quelque peu déroutantes lui vinrent en tête avec tant de brusquerie qu'il dut en fermer les yeux de peur qu'elles ne s'y reflètent. Sam, apparemment très fier de lui, rit doucement.

« - Par toutes mes écailles, tu es adorable, fit-il en le prenant dans ses bras pour quelques instants. Bref, tu vois ce que je veux dire. Ça peut attendre demain, ne t'inquiète pas. »

Le cœur du jeune rouquin s'était emballé, et il lui fallut quelques instants pour reprendre contenance tout en prétendant que rien ne s'était passé.

« - Bon, d'accord. Je vais aller travailler près de l'infirmerie, pour quand Rory se réveillera.

- Comment il va, d'ailleurs ? Je suis inquiet. Il avait l'air si mal… En même temps, apprendre une telle nouvelle de cette manière… Quelle horreur…

- Il est sous le choc, soupira Charlie en posant sa tête contre la pierre froide. Il est dans le déni, aussi. Il refuse de croire cette dame qui sort de nulle part, et je le comprends. Moi aussi, je suis dubitatif. »

Sam l'écoutait en silence, hochant la tête pensivement.

« - Il veut à tout prix le contacter. Personnellement, je pense que c'est un piège. »

Le Gryffondor releva la tête en haussant des sourcils surpris.

« - Ce serait une technique pour qu'on le contacte et qu'ils le trouvent, continua Charlie en réponse à son expression décontenancée.

- Mais d'un autre côté, impossible de savoir la vérité, et c'est tuant, devina Sam.

- Voilà. On vient tout juste d'apprendre la nouvelle, je pense qu'il nous faudra quelques jours pour y réfléchir.

- Il y a forcément un moyen d'envoyer un courrier anonyme, avec des noms de code, et d'envoyer la chouette à un endroit stratégique !, fit Sam, les sourcils de nouveau froncés et ayant posé ses doigts les uns contre les autres tel un détective concentré.

- Mais impossible de prévenir le père de Rory par un courrier secret SANS lui envoyer un courrier normal pour lui expliquer les choses…

- A moins qu'ils n'utilisent un code qu'ils utilisent habituellement. Si je me souviens bien quand Rory m'en avait parlé, son père travaille au Département de la coopération magique internationale, limite au Département des Mystères puisqu'il part toujours en mission dans le secret total. Ils doivent forcément avoir un code familial, non ?

- Je veux dire, le shortbread… C'est déjà quelque chose.

- Ça existe, les magasins de shortbread ?, grimaça Sam.

- Je ne pense pas, non. Si seulement ! Le monde serait peut-être meilleur ainsi.

- Mais tu vois ce que je veux dire. Mettons que le surnom de son père soit Croc-Souris – oui, bon, hein, j'improvise – et qu'on envoie Sherlock, le hibou le plus intelligent de cette école – j'en suis persuadé – avec pour destination « Du beurre et du sucre pour Croc-Souris », ça devrait pouvoir se faire.

- Mais encore une fois, fit Charlie, si le père de Rory est vivant et donc toujours en mission, il ne vas pas chercher à s'aventurer dans des magasins de confiseries Moldues sans raison en espérant y trouver du courrier. C'est totalement perché.

- Perché mais pas impossible, sourit Sam avec malice. Regarde-moi donc, je suis un peu perché et j'existe.

- Sam, tu n'es pas un peu perché. Tu es la définition même du mot « capillotracté », et honnêtement, ce n'est pas applicable à beaucoup de monde, même à ceux qui sont réellement un peu perchés. Il n'y a que toi pour penser à un plan pareil, et penser qu'il puisse marcher.

- Que veux-tu, Charlie, fit-il en s'adossant à ses côtés. Je suis un éternel optimiste.

- C'est pour ça aussi, que je t'aime, sourit Charlie en l'embrassant tendrement sur la joue.

- Dans tous les cas, ça ne me semble pas être la pire idée du monde. Il faudrait demander à Rory s'il a d'autres codes pour son père… Quand il sera prêt, bien sûr.

- Non mais c'est vraiment une bonne idée, je n'avais pas eu le temps d'y penser. On lui en parlera. »

OooooooOooooooOooooooOoooooO

Le lendemain matin, Charlie était excité comme une puce. Il allait enfin rencontrer Anton Duca, après toutes ces années à se demander si son rêve se concrétiserait. Le lire dans des livres et en parler, même recevoir du courrier, c'était quelque chose, mais rencontrer un vrai Dragonologiste en chair et en os, c'en était une autre.

Il était allé à l'infirmerie dès son réveil, accompagné de ses habituels amis, mais Mme Pomfresh l'avait chassé en lui sommant que Rory avait besoin de repos. Ce dernier, alors éveillé, lui avait donné un faible sourire en lui souhaitant bonne chance.

Il était question de le renvoyer chez lui, avec sa mère, mais Rory avait catégoriquement refusé. « Je veux rester près de celle qui mérite Azkaban, et je sais que mon père n'est pas vraiment mort », avait-il dit à Dumbledore. En plus, sa mère était en sécurité : toute une brigade d'Aurors était arrivé en protection.

Ainsi, Charlie se retrouvait dans son dortoir, devant le miroir, à essayer de se présenter de la meilleure façon possible.

Il avait pris une bonne douche, nettoyé puis enfilé sa robe, resserré et réajusté sa cravate sept fois, et en était à faire de son mieux pour que ses cheveux soient le moins bordéliques possible. Jane lui avait appris un sort, plusieurs semaines auparavant, qui rendait apparemment le coiffage plus simple en rendant les cheveux plus souples.

« - Tu parles, je suis aussi doué en coiffure qu'en Études des Runes, se marmonna-t-il à lui-même. On va dire que ça va le faire comme ça. »

En le voyant descendre dans la Grande Salle, Jane sourit avec une fierté amusée.

« - Tu as bien utilisé mon sortilège, bien joué !

- Tu dis ça comme si c'était impossible, rétorqua Charlie avec un sourire en coin un peu fier.

- Je doutais moins de ta capacité à te coiffer que de la volonté de tes cheveux à ne pas faire n'importe quoi. »

Il s'assit à ses côtés et commençait à se servir en toasts, mais remarqua le regard de la jeune fille qui était coincé sur le haut de sa tête.

« - J'ai encore mon épi, c'est ça ?

- Un tout, tout petit, grimaça-t-elle. Je peux ?

- Fais-toi plaisir. »

La baguette entre les dents, elle lui remit davantage qu'un petit épi en place, et il se retint de glousser en réalisant qu'elle avait juste essayé d'être gentille.

« - Tu aurais pu le dire, tu sais.

- Tu parles, tu as juste quelques cheveux rebelles ici et là.

- Jane, tu es littéralement en train de me recoiffer entièrement.

- Oui, bon, d'accord, avoua-t-elle en un soupir en continuant de trifouiller sa tignasse. C'est encore pire qu'avant. On dirait que tu t'es coiffé avec un pétard. »

Ils éclatèrent tous les deux de rire en même temps, si bien que la baguette de la jeune fille projeta des étincelles droit dans la figure d'Allen Glendower, qui en lâcha sa cuillère de marmelade sur sa robe propre et qui avait à présent le nez rouge brillant.

« - Oh, pardon, Allen », s'excusa Jane en nettoyant sa robe avec Récurvite en un temps trois mouvements.

Ce denier lui répondit par un regard blasé et une moue lasse. Il avait manifestement espéré commencer sa journée d'une meilleure façon, mais son jeudi était à présent foutu.

« - Je n'arrive pas à les dompter, se résigna la jeune fille en se rasseyant. Bon… Ce n'est pas grave. C'est déjà un peu plus propre. Tu restes trop beau, de toute façon. Anton Duca sera sous ton charme d'élève parfait. »

Charlie trépigna sur sa chaise toute la matinée, arrivant à peine à se concentrer, jusqu'à ce qu'enfin, l'horloge sonne les dix heures et que tous les élèves furent appelés dans la Grande Salle. La plupart étaient intrigués, d'autres étaient contents de rater une heure de cours rares étaient ceux qui, comme Charlie, étaient fous d'impatiences mais globalement, tous avaient un sourire excité sur le visage face à cet événement qui n'arrivait jamais.

La Grande Porte s'ouvrit alors et un grand homme, d'une trentaine d'années, fit son apparition. Il avait la peau matte, les yeux vifs, une barbe coupée court et les cheveux relevés en un chignon serré. Bien qu'il fut mince, il était musclé deux ou trois brûlures et cicatrices étaient visibles sur ses mains et son cou. Son pas résonna dans une Grande Salle silencieuse, pleine d'élèves qui l'observaient sans trop savoir s'il fallait avoir peur du battement de ses énormes bottes à chaînes métalliques sur le sol ou admirer sa désinvolture, alors qu'il se dirigeait vers Dumbledore, les mains dans les poches de son manteau long. Une chose était sûre, ce n'était définitivement pas une tenue traditionnelle de sorcier.

Charlie, qui avait des étoiles dans les yeux, étaient entouré de ses amis, de Sam et de Bill, qui étaient tout autant excités que lui et lui donnaient des bourrades dans le dos avec enthousiasme. Le jeune Weasley avait d'ores et déjà envie de partir avec l'homme en Roumanie.

« - Bon matin à tous, les salua d'abord Dumbledore une fois que l'homme fut arrivé à ses côtés et qu'il lui eut serré la main avec chaleur. Aujourd'hui, comme prévu depuis déjà bien longtemps, nous avons l'honneur de recevoir Anton Duca, chef de la brigade de Dragonologistes dans la Réserve de Târgu Mures, dans le centre-nord de la Roumanie. Je vous laisse pour la suite, Anton.

- Merci, répondit-il avec un sourire poli et chaleureux. Bonjour à tous, bonjour Poudlard. »

Une marée de « Bonjour » répondit à cette voix grave et chantante d'un accent inconnu, Charlie plus fort que les autres.

« - Je suis sincèrement honoré de me trouver devant vous aujourd'hui. Quand j'étais moi-même étudiant, j'étais à peu près le seul à désirer devenir Dragonologiste, et les ressources à ce sujet n'étaient pas très diverses. Comme presque vous tous, j'avais au premier abord vu cette mention sur le flyer des métiers possibles après l'école, et il a fallu ensuite aller fouiller dans des bibliothèques. Je n'ai pas tout de suite su que c'était pour moi mais, comme j'étais relativement casse-cou, un métier aussi passionnant que diversifié et dangereux ne pouvait que m'impressionner. C'était comme s'il me relevait le défi de quitter mon petit village de campagne et mon destin préconçu. »

Charlie buvait la moindre de ses paroles, et hochait la tête de temps à autres. Bill avait passé son bras par-dessus ses épaules.

« - Cependant, je ne suis pas venu ici pour parler de moi, mais du métier que j'exerce, continua-t-il en s'avançant avec les mains dans le dos. Le métier de Dragonologiste, sachez-le, est dangereux.

- Sans rire, marmonna un élève à la table des Serpentard.

- Par « dangereux », ajouta Duca qui avait très bien entendu et fixait son regard sur l'élève dont les joues avaient tourné pivoine, je ne veux pas seulement dire que vous pouvez vous faire croquer par un Magyar à Pointes, ou brûler par la flamme d'un Boutefeu chinois, ou griffer par un Noir des Hébrides à tout moment. »

Les élèves retinrent un souffle mal à l'aise.

« - Par « dangereux » je veux aussi dire que ça vous évincera de vos proches actuels. Lorsqu'on devient Dragonologiste, ce qui, je le rappelle, n'est pas un métier courant, on quitte sa famille, ses amis, sa maison. Certains peuvent mal le prendre et ne pas parvenir à le comprendre. Pour parler de la mienne, qui m'avait formé depuis petit à l'entreprise familiale de vente de créatures magiques, il n'y a plus de contact. Ils ont estimé que je leur faisais déshonneur à cause d'un rêve puéril. Quant à mes amis d'étudiant, avec le temps, les chouettes se font plus rares jusqu'à ce qu'il n'y ait que deux lettres par an. C'est ainsi. »

Charlie sentit son ventre se tordre dans tous les sens, s'imaginant ne plus jamais revoir ses parents ni ses frères, ni sa sœur après Poudlard.

« - Bien sûr, reprit-il avec un sourire plus rassurant, c'est grandement possible que votre famille ne soit pas aussi radicale que la mienne, et que vous ayez un lien plus fraternel avec vos amis actuels. Simplement, le fait est que vous serez physiquement très éloignés de ce petit monde, et que cela peut être dur. Être Dragonologiste, c'est faire des sacrifices et avoir la détermination de continuer malgré tout. »

Plus personne n'avait l'air très enjoué d'entendre son discours, et beaucoup regardaient d'un air dépité leur assiette. Quant à Bill, il avait resserré son bras autour de son petit frère et l'avait embrassé sur la tête. «Nous, on ne te lâchera jamais », lui souffla-t-il.

Anton Duca sourit devant les mines décontenancées des élèves.

« - Mais rassurez-vous : si je suis toujours à exercer cette profession, si j'en parle toujours avec autant de passion, et si je la recommande toujours à tous ceux qui y sont intéressés, c'est parce qu'être Dragonologiste, c'est avant tout avoir la chance de prendre soin de créatures magistrales que si peu de personnes ont la chance de voir. C'est s'occuper de créatures exceptionnelles, les capturer pour les soigner si elles sont blessées, les aider à réapprendre à être féroce avant de leur rendre leur espace naturel. C'est découvrir ces espaces naturels, bruts et magnifiques, plus beaux et plus riches que tout ce que vous avez pu voir jusque maintenant. C'est aussi rejoindre une famille réconfortante et fraternelle : vos collègues seront un peu comme vos comparses de Maison que vous avez ici. Vous vivrez et travaillerez ensemble, vous vous entraiderez, et qu'importe les difficultés, vous pourrez toujours compter les uns sur les autres. Là-bas, à Târgu Mures, on ne fait pas de différence entre les plus débutants et les plus experts. Nous sommes tous collègues, là-bas, et nous avons tous quelque chose à apprendreles uns des autres. »

Il fit quelques pas.

« - J'ai beau être chef de brigade, j'en apprends encore tous les jours, parce que chaque Dragonologiste est une personne unique qui aura des compétences différentes. Târgu Mures a apporté à ma simple vocation de la détermination, de la concentration, de la force physique et mentale, de l'empathie, un sens de l'entraide qui est nécessaire à toute relation humaine et surtout, le bonheur de côtoyer tous les jours des personnes fabuleuses que je considère comme mes frères et sœurs, et des créatures fascinantes qui, lorsque l'on prend le temps d'apprendre à les connaître, se révèlent bien moins atroces que les livres ne le laissent croire. »

Charlie avait un sourire jusqu'aux oreilles. Ça faisait tellement de bien d'entendre toutes ces choses de la bouche d'un professionnel quand il était plus jeune, on l'avait pris pour un fou, ou on l'avait tout simplement incompris, et maintenant, tout le monde pouvait voir ce qu'était son rêve. Il était plus heureux qu'il ne l'avait été en bien des mois, à cet instant. Il eut un gros pincement au cœur en pensant à Rory, seul dans l'infirmerie.

« - Les dragons sont dangereux, mais vous serez évidemment formé sur le terrain, entouré de ceux qui sont dans la réserve depuis plus longtemps et par un « parrain » qui vous sera assigné à votre arrivée. Même avec plusieurs années d'expérience à votre actif, votre parrain sera toujours votre mentor, la personne à qui vous pourrez parler en toute confiance en cas de soucis diverses et variés, personnels ou professionnels. Il sera bien sûr celui qui vous formera au métier, et quand le temps viendra, vous serez vous-même le parrain – ou la marraine ! – d'une nouvelle recrue. Les accidents arrivent, mais nous sommes des sorciers dont le métier doit obligatoirement requérir une vigilance constante et une grande concentration de la part de tous. Et, comme j'ai pu vous dire tout à l'heure, les dragons sont féroces mais certains, comme l'Opalœil des antipodes, ne vous fera pas de mal à moins que vous ne l'attaquiez – ce qui, vous vous en doutez, n'est pas ce que l'on cherche à faire. »

Il passa encore cinq bonnes minutes à décrire le quotidien des Dragonologistes, avant de demander à son assemblée s'il y avait des questions. Charlie leva automatiquement le bras le plus haut possible, et reçut à cela des encouragements enthousiastes.

« - Charlie Weasley, bien sûr ?», sourit Duca.

Tout le monde ouvrit une bouche qui leur tomba presque sur les genoux. Ce mateur de dragons roumain, connaître Charlie Weasley !

Ce dernier fit son possible pour garder contenance, mais un vrai feu d'artifice avait explosé dans sa poitrine. Dumbledore lui fit signe de se lever, ce qu'il fit.

« - Oui, monsieur, affirma Charlie. Je me demandais si des stages étaient possibles avant la fin de la scolarité. »

Duca fit une moue satisfaite et assez impressionnée.

« - J'aurais dû m'en douter, après ce que le professeur Dumbledore m'a dit sur vous. Vous sentirirez-vous prêt ?

- Depuis des années, répondit-il avec fermeté. Plus que jamais aujourd'hui.

- Dans ce cas… Je suppose que oui, cela pourrait être possible. C'est assez peu orthodoxe, mais à quoi bon vivre si l'on ne tente rien de nouveau? Bien sûr, cette décision ne tient pas qu'à moi, ajouta-t-il en s'adressant à Dumbledore. Il faudrait votre aval, celui de la famille de ce jeune homme et, je pense, dit-il en se retournant vers Charlie, que vous ayez la totalité de vos BUSE et que vous appreniez au préalable de nouveaux sortilèges spécifiques à la profession.

- Je n'y vois pas de problème, sourit Dumbledore dont les yeux pétillaient derrière ses lunettes argentées. Je n'aurais pas le cœur à refuser une telle opportunité à ce garçon. Charlie ?

- Ce sera fait, monsieur, s'engagea-t-il vigoureux.

- Auquel cas je serai ravi de vous avoir dans ma réserve cet été, Charlie, conclut Anton Duca avec un sourire franc. Je vous donnerai l'adresse à laquelle me contacter. Je pense que ce serait bon pour la forme d'écrire une lettre de motivation j'ai beau être le chef de ma brigade, je la transmettrai à mon supérieur pour être dans les règles.

- Ah, hélas, l'heure de conférence touche à sa fin, dit Dumbledore en jetant un coup d'œil à sa montre à planètes. N'hésitez pas à poser vos questions au professeur Brûlopot, qui sera ravi de vous répondre. »

Les élèves se levèrent en brouhaha, tandis que Duca et les professeurs parlaient ensemble. Pendant que Melody et Thomas se précipitaient vers Charlie, les Gryffondor acclamaient l'heureux élu, qui était fou de joie et prenait tout le monde dans ses bras. Bill avait été le premier à le faire, cependant. Percy, qui était plus timide, l'applaudissait d'un sourire franc.

« - Je suis tellement fier de toi !, s'exclama le plus âgé. C'est mon frère ! C'est mon petit frère !

- Bill, tu m'étouffes, rétorquait l'intéressé en riant malgré tout.

- Tu vas être la fierté de la famille, c'est moi qui le dis, affirma-t-il fou de joie.

- Je suis trop fière de toi, s'exclamait Jane. Je vais aller mettre Rory au courant !

- Tu le mérites tellement, disait Sam qui avait des yeux émus. Je suis tellement heureux pour toi ! »

Charlie ne pouvait néanmoins être aveugle à la certaine tristesse qu'il camouflait derrière sa sincère joie. Il avait dû tiquer, tout comme Charlie l'avait fait, au passage de Duca sur le fait de quitter ses proches. Il réalisa, par ailleurs, que Sam ne lui avait jamais dit ce qu'il désirait faire après Poudlard.

Mais pour le moment, l'heure n'était pas aux nouvelles questions : le professeur Brûlopot lui faisait signe, au loin, de les rejoindre sur la balustrade. Son ventre fit comme un triple salto.

« - Le devoir m'appelle, dit-il en essayant de cacher la surexcitation qui l'animait, mais je vous rejoins à la salle commune bientôt, d'accord ? Je vais passer par l'infirmerie en premier lieu, mais j'arrive ensuite.

- Prépare-toi à voir quelques banderoles, je pense, fit Bill qui avait un tel sourire que rien ne semblait pouvoir l'éteindre. Allez, fonce ! »

Il fut presque lancé vers l'avant par son frère, et s'avança d'un pas quelque peu nerveux, le cœur battant mais confiant, lorsqu'enfin il arriva devant Anton Duca.

« - Je suis ravi de faire ta connaissance en main propre, Charlie, sourit le chef avec chaleur en lui serrant la main. Pardon, je peux te tutoyer ?

- Oui, bien sûr, répondit-il avec enthousiasme. C'est un tel honneur de vous rencontrer, sincèrement !

- Pardonne-moi, je suis trop habitué à tutoyer tout le monde à la Réserve. J'ai dû me faire violence pour te vouvoyer devant tout le monde, mais c'était plus simple dans un cadre aussi solennel. Je ne suis pas habitué à de telles conférences. D'habitude, le contexte est plus familial.»

Le professeur Brûlopot, de son côté, était aux anges.

« - Je ne doute pas une seule seconde que Charlie puisse réussir ses épreuves de BUSE, et l'Optimal est assuré en Soin aux Créatures magiques.

« - J'en ai bien l'impression, sourit encore Duca. J'en ai beaucoup entendu parler. De plus, j'ai entendu dire que tu étais un excellent Attrapeur ?

- Je me débrouille plutôt bien, oui, admit-il surpris.

- Vous êtes bien modeste, Mr. Weasley, fit McGonagall. Vous êtes sans aucun doute le meilleur Attrapeur que l'on ai eu dans cette école depuis bien des années.

- Mais, reprit Charlie, je ne sais pas si mes capacités en Quidditch seront très utiles à la Réserve.

- Bien sûr que si à vrai dire, on passe la moitié du temps sur un balai. Ton agilité et ta précision seront plus que primordiales pour envoyer des Sortilèges de Sommeil, par exemple, depuis les hauteurs. Ah, je parle déjà au futur et non plus au conditionnel !

- Ça me touche beaucoup, pour tout vous dire, rit Charlie. Je ferai de mon mieux pour mes BUSE, mais je suis plutôt confiant.

- Le plus important après ça reste les sortilèges essentiels à la formation même si ce ne serait que pour un stage de quelques semaines, c'est important que tu apprennes ceux que l'on utilise le plus, pour ta sécurité. »

Il réfléchit quelques instants, puis se tourna vers Brûlopot.

« - Je pourrai vous envoyer la liste ?

- Bien sûr, bien sûr.

- N'oublie pas d'avoir l'autorisation de tes parents, comme tu n'as pas encore atteint ta majorité, reprécisa Duca.

- Oui, pas de problème.

- Je vais devoir filer, mais c'était un plaisir de te rencontrer, Charlie. J'ai très hâte de te voir dans ma Réserve cet été, je pense que tu peux être un vrai atout à notre équipe.

- Merci, monsieur, merci infiniment, c'est un honneur sincère, répéta-t-il en lui serrant la main. Je vous enverrai ma lettre au plus tôt. »

L'homme saisit sa baguette et, en moins d'une demi-seconde, ses coordonnées étaient inscrites sur un morceau de parchemin sorti de sa poche. Il le lui tendit avec un sourire enthousiaste, et Charlie repartit en se retenant très fort de ne pas sautiller partout, serrant le béni morceau de parchemin comme s'il s'agissait d'un diplôme.

Cependant, lorsqu'il fut caché derrière les grandes portes, il s'en donna à cœur joie et leva un poing virulent dans les airs, effrayant au passage deux Poufsouffles de première année qui passaient par là.

Le chef de la brigade de Târgu Mures, en Roumanie, celle à laquelle il pensait depuis des mois, lui avait dit qu'il avait hâte de l'avoir en stage. Lui. Charlie Weasley. Bon sang de triple Merlin brûlé au Whisky pur feu.

Il était tellement, tellement heureux. Il allait passer l'été en Roumanie !

Il courut droit vers l'infirmerie pour pour en parler avec Rory, mais après avoir passé la porte, il vit que celui-ci pleurait.

« - Je suis tellement heureux pour toi, triple Merlin, c'est fou, rit-il en le voyant arriver. Je ne sais pas pourquoi je pleure, pardon, mes émotions sont un vrai sac de nœuds. C'est juste… Une bonne nouvelle dans tout ce merdier, ça fait beaucoup de bien, tu vois ?

- Je crois que je ne t'avais jamais entendu utiliser un mot aussi familier auparavant, avoua une Jane impressionnée en buvant une lampée de sa tasse de jus de citrouille.

- A circonstances exceptionnelles, comportement exceptionnel.

- Ah, tiens !, s'exclama la jeune fille. Je pourrai la ressortir, celle-là, quand Felice et Laura se remettront à discuter toute la nuit. Je pourrai enfin leur balancer mon chaudron dans la margoulette. »

Pendant qu'elle ruminait sur une nouvelle façon de gagner l'autorité sur son dortoir, Charlie serra Rory dans ses bras avant de lui tendre un mouchoir. Il était à la fois touché et rassuré de voir combien cette nouvelle lui faisait du bien.

Charlie, avec un surplus d'émotions à exprimer, leur raconta à tous les deux ce qu'il s'était dit durant leur entretien relativement privé, ce qui fut accueilli par un cri de joie commun à tous, même aux deux malades qui étaient dans leur lit et que Charlie ne connaissait guère, mais qui énerva Mme Pomfresh qui les somma de se taire ou de partir.

« - Qu'il est doué, mais qu'il est doué, dit la Gryffondor avec fierté. De toute façon, c'était déjà gagné aux trois-quarts, mais là !

- Je suis vraiment impressionné, ajouta son ami qui semblait n'en pas revenir. Tu es peut-être le premier élève à aller faire un stage ! Chez des dragons !

- Enfin, chez les personnes qui s'occupent desdits dragons, clarifia Jane. Ce serait plutôt impoli de la part de ces types de te fourrer dans leur nid, sur une montagne.

- Qu'en a pensé Sam, au fait ?, demanda Rory avec lucidité. Jane m'a raconté toute cette partie à propos de quitter ses proches. Le connaissant un peu, il a dû te sortir son visage joyeux mais un peu triste. Toujours en dualité, celui-ci. »

Eh bien, ça, c'était bien deviné tout le monde était assez impressionné.

« - N'oubliez pas que je dessine et que je peins les gens – je suis assez observateur quand je le veux. Et donc, je suppose que j'ai raison ? »

Charlie le confirma d'un hochement de tête soudainement soucieux.

« - Je sais que c'est encore trop tôt pour dire qu'on sera ensemble pour toute la vie, on vient à peine de commencer notre relation, au final. Mais c'est vrai qu'on se plaît tellement bien ensemble… On s'est avoués nos sentiments, d'ailleurs. C'était très niais, oui, ajouta-t-il avec un petit rire en voyant que Jane allait le dire. Mais… Enfin… Lui est très sensible, et moi je pense être très fleur bleue pour cette première relation, donc on est tous les deux très intenses et attachés l'un de l'autre. Je ne sais pas ce qu'il adviendra plus tard, mais bon – cet été, ce ne sera que pour quelques semaines, et j'ai encore deux ans à passer ici, lui un. Ce n'est pas pour tout de suite, on a le temps d'y penser. »

Il croisa le regard de Jane et devina qu'elle pensait à nouveau au comportement étrange de Sam, la veille. Elle lui envoyait des signaux par ses yeux noisettes, mais ne dit rien, car ni elle ni Charlie n'avaient envie de révoquer la vieille dame devant Rory. Cet événement heureux pouvait bien être la source de leurs discussions pendant encore un moment mais il songea à lui parler plus tard du rendez-vous secret que Sam avait organisé.

Pour le moment, il redirigea la discussion sur son stage, sur l'autorisation des parents qu'il fallait leur faire signer sur ce coup-là, Charlie n'avait quasiment aucun doute que cela puisse être possible, mais il se doutait que ça n'allait pas de faire aussi simplement. Il pensait particulièrement à sa mère, qui, aussi protectrice qu'elle était, voudrait sans aucun doute se renseigner sur le sujet et contacter les bonnes personnes. Elle serait, aussi, triste de voir son deuxième fils partir seul à l'étranger, c'était sûr et certain. D'un autre côté, il avait toujours voulu partir, et ce stage était une bonne façon de tester la chose à petite dose, pour donner une idée à tout le monde et que ses parents soient plus rassurés de son départ définitif. En revanche, il reviendrait les voir au moins au moment des vacances de Noël, c'était sûr et certain.

Il avait plus que hâte d'avoir son indépendance et de partir à l'aventure dont il avait toujours rêvé, mais il est certain que cela se ferait avec quelques larmes, d'autant plus à présent que cela se concrétisait.

OooooooOooooooOooooooOoooooO

Poudlard n'avait parlé que de ça toute la journée Charlie avait à peine pu se concentrer pendant les cours de l'après-midi, les Gryffondor en particulier étant toujours à lui envoyer des encouragements ou à en parler à voix basse lui-même avec la tête pleine de réflexions sur son futur stage. Si le professeur Flitwick n'avait pas pu contenir le brouhaha, McGonagall leur avait fait comprendre d'un regard sévère qu'il ne fallait pas mieux déranger son cours.

Pendant le repas du soir, Charlie était à mi-chemin de la rédaction d'une lettre à ses parents pour leur annoncer la bonne nouvelle et leur demander leur autorisation. Thomas l'avait aidé avec la rédaction, un peu plus tôt, comme il aimait écrire et qu'il trouvait toujours les bons choix de mots il avait proposé de l'aider plus tard pour sa lettre de motivation. Une excellente nouvelle était aussi que Rory avait pu sortir de l'infirmerie il ne se sentait toujours pas dans la meilleure des formes, mais assez pour ne pas vouloir manquer la fête de son meilleur ami.

Quant à Sam, il avait dû quitter les festivités avant le dîner pour aller à la bibliothèque, ayant du retard sur ses devoirs. Il lui avait demandé avec un sourire mystérieux de le retrouver à la Salle sur Demande le soir même, à 21h.

A 20h15, tout comme à la fête de la dernière fois, Charlie, son frère et ses amis étaient dans son dortoir pour boire un petit fond de Whisky pur feu chacun pour fêter l'occasion. Percy avait apparemment trop de devoirs pour se joindre à eux, et de toute manière, bien qu'il n'aurait pas pu boire quoi que ce soit – étant bien trop jeune – , il aurait tourné de l'œil en voyant ces règles de l'école brisées.

« - A mon petit frère, le top de la crème des Weasley, dit fièrement Bill en levant son verre.

- Tu parles, rit Charlie, c'est toi le plus prometteur de nous tous. Tu vas avoir tous tes ASPIC en Optimal.

- Mais ce n'est pas moi qui vais aller en Roumanie pour dompter des dragons ! Je ne sais même pas où je vais aller après Poudlard.

- Tu as encore un peu de temps devant toi », sourit Elizabeth qui dégagea une mèche tombée son visage.

Il l'embrassa tendrement sur la joue en guise de réponse, ce à quoi Jane roula des yeux exaspérés.

« - Ah, ceux-là, on ne les tient plus », se moqua-t-elle.

Depuis qu'ils s'étaient mis ensemble, il y a quelques semaines, Bill et Ellie passaient le plus clair de leur temps collés ensemble, à se bécoter ou à se toucher d'une quelque manière que ce soit, tant qu'ils avaient un carré de peau en commun.

« - Oui, eh bien, vous allez très bien ensemble », commenta Rory qui, au vu de son regard fixe, cherchait déjà la meilleure façon de les dessiner.

Vu la façon dont les deux Gryffondor se dévoraient des yeux, ça ne faisait aucun doute qu'ils étaient plus que d'accord avec cette affirmation.

« - Tu retrouves ton Sam bientôt, toi, non ?, le rappela Jane en consultant sa montre.

- Pour le grand gong, ironisa Charlie en levant les mains avec exagération.

- Pardon ?, demanda Bill les sourcils froncés.

- Jane et moi, répondit Rory à sa place, on pense que Sam va le demander en mariage. Mais ce n'est qu'une hypothèse.

- Ou alors, proposa Ellie, il va te dire qu'il veut partir avec toi en Roumanie. Bill m'avait dit qu'il s'entendait bien avec Monsieur Chatouille ?

- C'est vrai, mais ce serait tout de même un peu insolite. Il connaît le sujet, mais je pense que je le saurais s'il voulait aussi être Dragonologiste !

- Sauf s'il ne voulait pas vraiment de base, commença Jane d'une voix exagérément mielleuse, et que tu l'as profondément changé. Tu as révolutionné son for intérieur et toutes ses convictions, tout comme il a bousculé les tiennes. Si ce n'est pas beau, l'amour !

- Ouais, ou alors il va me dire qu'il a découvert que le gars qui s'est dit être Anton Duca est en fait un charlatan qui s'appelle Gouston Mimolette. »

A part ceux de Charlie, pas un seul œil présent dans la pièce ne fut pas plissé avec suspicion.

« - Ah oui, quand même, le contempla Bill. Il ne faut vraiment plus te laisser boire, toi. »

Rory éclata de rire, sans doute en se souvenant de l'état désastreux dans lequel avait été Charlie pendant et au lendemain de leur soirée. Jane se frottait le menton, se demandant s'il était possible de porter ce nom-là, auquel cas le type possédant un blase pareil avait plutôt intérêt à avoir la beauté et le charisme d'une Vélane couplée à l'intelligence et le talent de Dumbledore.

« - Non mais, se défendit Charlie, il peut être très imprévisible, de temps en temps, alors j'essaie d'avoir un coup d'avance.

- C'est surtout, ajouta Rory avec un regard en biais, que tu n'arrives toujours pas à réaliser ce qu'il t'arrive, alors l'autre toi cherche à trouver n'importe quelle raison qui puisse justifier le contraire pour ne pas être déçu au cas où ce ne soit qu'un rêve.

- Sérieusement, Rory, deviens Médicomage spirituel, le supplia Jane.

- Médicomage ou pas, reprit-il, tu peux t'enlever toutes ces idées de la tête. C'est bien le vrai Anton Duca qui va te recruter dans sa brigade cet été une fois que tu auras tous les éléments nécessaires.

- Comment tu peux en être aussi sûr ?, lui demanda Charlie.

- Parce qu'il n'y a absolument aucun moyen, aucun, que dans quelque endroit de ce monde ou de cet univers, sorcier comme Moldu, quelqu'un porte le nom de Gouston Mimolette.

- Ça se tient », répondit Jane, qui avait manifestement décidé de sa réponse, parmi le fou-rire de ses amis.

Vers 20h50, alors qu'il avait un tout petit coup dans le nez après un pari perdu contre Jane, il se souvint qu'il avait rendez-vous.

« - Oh, triple Merlin, je tangue.

- Plonge-toi la tête dans le lavabo s'il le faut, lui conseilla Bill. Si tu te fais attraper par Rusard avec le l'alcool dans le sang, tu es foutu.

- Merci, merci beaucoup, grogna Charlie. D'accord. On se concentre. Un pas devant l'autre et je vais me rincer la tête. »

Il se prit les pieds dans sa valise, mais se défendit immédiatement à ses amis moqueurs en maintenant que, même sobre, la valise aurait été au même endroit, et ses pieds avec.

Se rincer le visage lui rafraîchit les idées un bon coup. De toute façon, la Salle sur demande était au même étage que la Salle Commune, à laquelle il suffisait de descendre sans crainte il n'avait qu'à marcher silencieusement, et pendant pas très longtemps, pour y arriver.

Il salua ses amis qui étaient toujours morts de rire et ne put s'empêcher de sourire lorsqu'il remarqua que Jane avait passé un bras par-dessus l'épaule de son meilleur ami.

En descendant dans la Salle Commune, il n'y avait plus qu'une ou deux personnes qui le félicitèrent encore pour aujourd'hui il les remercia avec une attitude qui lui semblait tout à fait normale et en sortit avec un pas prudent mais confiant.

Il se cacha en croisant McGonagall au détour d'un couloir, mais, trop plongée dans ses parchemins, elle ne l'avait même pas remarqué.

Fort heureusement, il arriva sans encombres devant la grande tapisserie qui cachait l'entrée de la Pièce va-et-vient. Cependant, il devait être légèrement en avance puisque Sam n'était pas encore là, et qu'il arrivait toujours précisément à l'heure.

Pendant ce temps, il essaya de se remettre les idées en place, de s'ébouriffer un peu les cheveux en espérant que ça aiderait l'alcool à s'évacuer par ses racines et de respirer à fond. Il avait été bête, et si ça se trouve, Sam avait quelque chose d'important à lui dire.

Derrière lui éclata un petit rire étrangement familier, dans le mauvais sens du terme, et il se retourna le cœur battant, les yeux écarquillés, comme s'il allait s'agir de son pire ennemi.

En fait, c'était Sam, tout simplement, évidemment, qui avait l'air très amusé par l'état de son petit-ami.

« - Doux Merlin, s'excusa Charlie en se frottant le visage. Je suis désolé, les gens m'ont forcé à boire un peu il n'y a pas très longtemps.

- Je m'en doutais un peu, connaissant Jane et ton frère, sourit Sam. Prends ma main. »

Ils se tournèrent ensemble vers la tapisserie et fermèrent les yeux. Lorsqu'ils les rouvrirent, une porte s'était dessinée, comme d'habitude une fois entrée, les meubles confortables habituels les attendaient.

« - Assieds-toi, lui fit le garçon aux cheveux gris avec douceur.

- Merlin, je risque de tomber en apprenant ta nouvelle ? », s'exclama Charlie dont le comportement n'était définitivement pas comme à l'habitude.

Sam se courba, posa les mains sur les genoux du rouquin et lui souffla :

« - Calme-toi. C'est pour te servir un pichet d'eau, parce que tu as définitivement besoin de boire quelque chose qui te fasse du bien.

- Désolé, s'excusa Charlie une fois de plus en calant sa tête contre le canapé. Je tiens vraiment mal l'alcool…

- Tu n'es même pas censé boire, tu es mineur, lui rappela Sam qui s'affairait plus loin. Vous êtes surprenamment très sereins pour des élèves mineurs qui boivent en plein dortoir de l'école.

- Je sais, je sais, grommela-t-il.

- On ne dirait pas, continua Sam qui commençait réellement à le réprimander. Tu pourrais avoir de sacrés problèmes. Tu crois que c'est un comportement à avoir quand on t'offre une telle opportunité et que ton dossier doit être clean ? »

Cette dernière phrase lui fit l'effet d'une douche froide, et c'est tout comme s'il n'avait jamais bu. Il avait entièrement raison, c'était stupide et irresponsable. Il aurait pu se faire attraper et voir le rêve qu'était ce stage s'effondrer en cendres.

« - Tiens, bois ça, lui dit-il en lui tendant le pichet que Charlie commença immédiatement à boire. La prochaine fois, fêtez ça sans alcool, ce sera tout aussi formidable. On n'a pas besoin de Whisky pour s'amuser entre bons copains. Tu le sais, en plus.

- Oui, je le sais, répondit Charlie en reposant le pichet après en avoir avalé plus de la moitié d'un coup. Je sais, c'était stupide, je suis désolé.

- Ce n'est pas à moi que tu devrais t'excuser, répondit Sam avec un mince sourire. C'est à toi-même. Ne gâche pas tout sur une simple volonté de briser les règles pour faire la fête, c'est tout ce que je veux dire.

- Tu as totalement raison, je culpabilise – à juste titre… Je n'y avais même pas pensé. »

Il se sentait si bête !

Sam s'assit auprès de lui et le prit tendrement dans ses bras. Il embrassa le dessus de sa tête et rit doucement lorsque Charlie la nicha dans son cou, serrant ses bras autour de sa taille. Ils restèrent un petit moment comme ça, et lorsque Charlie avait fini le pichet d'eau fraîche, il se sentait définitivement mieux.

« - Alors, commença-t-il, que voulais-tu me dire ? »

Sam eut un rire un peu nerveux et il se leva, cherchant désespérément quelque chose à faire de ses mains bien que les fourrer dans ses poches était sa seule option. Faute de mieux, il marcha en cercles lents.

« - Tu m'as demandé, hier, pourquoi j'avais mis un bonnet alors que tu me faisais ta déclaration », dit-il.

Charlie hocha la tête et lui montra qu'il était prêt à écouter, bien qu'il était quelque peu étonnant que cet élément banal soit le commencement de son discours. Il laissa Sam continuer.

« - Je t'ai souvent dit que je suis quelqu'un de très angoissé, et que je supporte mal les situations trop fortes en émotions. C'est pour ça que je disparais de temps à autres, et que tu me cherches souvent. C'est aussi pour ça que, avant que la vieille dame ne réapparaisse hier, tu me mettais à l'écart pour en parler avec Jane et Rory rien que dans le but que j'aille bien. Oui, je l'ai remarqué, ajouta-t-il doucement au vu de l'air embêté de son petit-ami qui avait été certain d'être discret. Ça ne fait rien je comprends. C'était très prévenant de ta part. C'est tellement toi, le fait de vouloir veiller sur tout le monde.

- Je veux dire, tu n'es pas n'importe qui pour moi, c'est normal, le coupa Charlie qui se sentait obligé de le préciser.

- Merci de ta bienveillance à ce sujet, je sais que ça peut être beaucoup. C'est justement pour ça que je disparais, pour ne pas trop t'en imposer, mais… Si je disparais dans ces moments-là, c'est surtout parce que je le dois. »

Le jeune Weasley fronça des sourcils.

« - Il y a un secret que je n'ai dit à personne, poursuivit Sam en s'asseyant en face de lui. C'est ce secret-là qui m'angoisse, surtout, et qui m'oblige à disparaître ou à mettre mon bonnet en situation d'urgence. Il me fait à moitié complexer – une question d'égo, sans doute. »

Charlie était de plus en plus perdu, et ne voyait définitivement pas ce qu'un secret honteux pouvait avoir avec le fait de se cacher ou de mettre un bonnet.

« - Je sais que je suis déjà très expressif de base on pourrait me lire comme un livre ouvert de temps à autres. Néanmoins, j'ai toujours essayé, pour la plupart des gens, de rester indécodable – peut-être que j'aime le fait d'être mystérieux, et que ça me donne l'impression d'avoir une force en plus alors que je me sens souvent faible. Mais… Lors d'émotions fortes, mes cheveux me trahissent.

- Tes cheveux ?

- Mes cheveux ne sont que la face visible de l'iceberg, mais oui, ils me trahissent. J'ai appris, avec les années, à les contrôler du mieux que je pouvais, à ne pas m'emporter facilement – mais, étant très émotionnel et empathique, c'est souvent plus compliqué que prévu. Et encore, je m'en sors déjà très bien pour quelqu'un ayant cette… Aptitude.

- Par Merlin, Sam, je ne comprends rien, l'interrompit Charlie en se levant. De quoi tu parles ?

- Le pire, continua Sam en le regardant droit dans les yeux, c'est que tu l'as déjà vu. Tu te souviens, cette première fois où on est allés dans les cuisines et que j'ai demandé aux Elfes de te préparer un chocolat-chantilly après mon désastre du thé renversé ?

- Bien sûr, mais je ne vois pas…

- Souviens-toi, lui fit Sam en s'approchant. J'apportais le plateau de thé, et il s'est effondré au sol. Je sais que tu as levé les yeux sur mes cheveux. Souviens-toi. »

La théière vola, et Charlie ayant appris à ne plus rattraper d'objets bouillants, s'éloigna du choc qui arrivait dans trois… Deux… Un…

CRONCH. SPLASH.

« - Oh non ! », souffla le garçon aux cheveux gris.

Sous la lumière de la cheminée, cependant, sa tignasse avait presque l'air aussi rouge que ses joues.

« - Je m'en souviens vaguement, oui, grimaçait Charlie en se massant les tempes dans une tentative de revivre un souvenir qu'il n'avait pas forcément pris la peine de garder clairement en mémoire.

- Et donc ?, l'encouragea l'autre.

- Je me souviens m'être fait la réflexion que tes cheveux avaient l'air tout rouges à cause de la lumière de la cheminée, hésita Charlie.

- Ce n'était pas à la lumière de la cheminée, répondit Sam avec un faible sourire. Quand j'apportais mon plateau, j'avais tout mon itinéraire bien précis en tête – je me voyais déjà le poser sur la table puis m'asseoir tranquillement. En plus, on était qu'au début, et je voulais t'impressionner. Mais là, c'est l'accident totalement imprévu, c'est le choc, et mes cheveux… Ont tourné rouge tomate. J'ai vu que tu n'avais pas tiqué, alors j'étais rassuré. »

Quoi, c'était ça, son grand secret ? Ses cheveux devenaient rouges sous une émotion forte ?

« - Je pense que tu ne saisis pas encore très bien, devina Sam au vu de son regard interloqué. Et comme une image vaut mille mots... »

Il prit une grande inspiration et crispa son visage en une grimace étrange. Soudain, sous le regard choqué de l'autre garçon, il devint un peu plus petit, la forme de ses mains, de son menton et de son nez changea, son visage fut constellé de tâches de rousseurs, ses yeux vairons devinrent uniformément bleus et ses cheveux tournèrent roux flamboyant.

Il s'était métamorphosé en copie conforme de Charlie Weasley. Ce dernier, le vrai, ne pouvait plus parler.

« - C'est moi, sourit doucement Sam avec la voix de Charlie. Je suis Métamorphomage. »