DISCLAIMER : Cette fiction est une traduction de A Shot in the Dark par Silver_pup disponible en anglais sur ffn et sur ao3

Cette traduction est aussi disponible sur AO3.

Je ne possède ni cette histoire ni l'oeuvre originale du hobbit, seulement la traduction en français du texte


Balin était troublé.
Beaucoup de choses le troublaient dans la vie. Le sort de son peuple éparpillé. La sécurité de son frère et de ses cousins. Leur quête pour récupérer leur maison des mains de Smaug. La sécurité et l'esprit de son ami et roi, Thorin. Il était même troublé par leur décision d'emmener Ori, Fili et Kili pour un voyage aussi suicidaire.

Mais surtout, il était troublé par Bilbo Baggins.

Il y avait quelque chose… d'étrange à propos du hobbit. Pas qu'il en sache beaucoup à propos des hobbits, mais de ce qu'il savait, ils étaient un peuple méfiant qui préféraient leurs maisons aux voyages et aux aventures. Il était très rare que l'un d'eux soit enclin à quitter son foyer pour une compagnie de nains vers un pays éloigné et inconnu. Bilbo Baggins n'était pas ce que les histoires suggéraient.

Mais ce n'était pas la personnalité inattendue du hobbit qui le troublait. C'était la façon dont il les traitait.

Bilbo les traitait avec une quantité de respect et de chaleur à laquelle aucun d'eux ne s'attendait. D'une grande fête chez lui jusqu'à sa manière de protéger subtilement Fili des trolls, il ne leur avait montré que de la gentillesse et de la compréhension.

Et cela commençait à l'inquiéter.

Aucun des nains ne connaissaient le hobbit. Aucun d'eux ne méritaient d'être traités ainsi. Mince, Bilbo connaissait à peine Fili et pourtant il était prêt à risquer sa vie pour le protéger de trolls. Personne, peu importe leur gentillesse leur sagesse ou leur noblesse, ne ferait une telle chose pour un étranger.

Alors pourquoi Bilbo Baggins l'avait-il fait ?

Balin ne comprenait pas. Il ne comprenait pas l'étrange hobbit qui les avaient suivis si facilement et avait combattu pour eux avec une ardeur inconnue. Il ne comprenait pas pourquoi le hobbit les regardaient comme un nain regarde la gloire de ses trésors.

Et c'était la pensée la plus troublante de tous.


Bilbo était content.

Son plan avec les trolls s'était bien déroulé. Quand il avait initialement imaginé comment s'occuper d'eux, il avait été tenté de laisser les choses telles quelles. Mais alors qu'il pensait de plus en plus à la situation, il avait réalisé que les conséquences de ses actions pouvaient changer quelque chose d'important.

Alors si Bilbo se sentait mal d'avoir empoisonné les trolls – personne ne méritait une telle mort, après tout – ils avaient trouvé la cave des trolls, découvert les épées, enterré le coffre rempli de trésors, et il avait même récupéré Sting. C'était un signe que même s'il avait changé un évènement, certaines choses allaient rester les mêmes.

Comme des nains méfiants.

Il n'était pas stupide. Le hobbit savait que ses actions avec les trolls lui avaient gagné à la fois des doutes et du respect. Il avait fait face à trois trolls et méritait le respect. Mais la manière dont il l'avait fait – avec ruses et tromperie – était mal vue. Les nains pensaient que faire face aux ennemis dans la bataille était à la fois honorable et brave. Se faufiler et tuer par derrière était vu comme lâche et faible par tous les nains de la compagnie.

Enfin, presque tous les nains.

« C'était une manière intelligente de se débarrasser des trolls. »

Bilbo leva les yeux de sa nouvelle (ancienne) épée, et vit Nori qui le regardait. Avec les trolls morts et leur cave fouillée, Thorin avait décidé de se reposer avant de repartir. La plupart des nains étaient occupés par leurs nouveaux trésors et ne leur prêtaient pas attention, mais Nori s'était éloigné du groupe et s'était assis en face de lui sur un arbre couché.

« Merci, » Répondit-il poliment, hochant la tête. « Je sais que c'était assez affreux, mais j'avais besoin d'agir rapidement pour sauver les poneys. »

« Je ne critique pas vos méthodes. » Assura le nain. « C'était rapide et le boulot a été fait. C'est tout ce qui compte. »

« Oui, même si je pense que tout le monde n'est pas d'accord, » Dit-il, regardant le nain. Nori avait toujours été un mystère pour lui la première fois. Comme Dwalin, il restait avec ses frères, et n'allait voir le reste de la compagnie qu'occasionnellement. Bilbo ne pouvait pas se souvenir d'une conversation qu'ils auraient eue tous les deux.

Nori haussa les épaules. « La majorité de ma race ne voit pas les bénéfices d'un ennemi attrapé par surprise. »

« Mais vous si ? »

« Certaines batailles sont mieux gagnées discrètement, » Expliqua Nori. « C'est une philosophie que j'ai appris à apprécier dans ma branche de travail. »

Bilbo leva un sourcil. « Et quelle est votre branche de travail ? »

« Un peu comme la vôtre, » Répondit le nain. « Seulement je ne vole pas des objets mais des informations. »

« Vous parlez comme un escroc, » Pointa-t-il.

Nori sourit. « Une description assez proche. »

« Intéressant. Je ne pensais pas que notre leader aurait accueilli un criminel, » Commenta-t-il.

« Thorin comprends la valeur de l'information » Expliqua le nain. « De plus, il se sent responsable des criminels que nous sommes devenus. »

Bilbo ne savait pas. « Pourquoi ? Il ne peut pas contrôler les choix des autres nains. »

« Non, mais il peut contrôler ce qui les poussent à faire ces choix, » Résonna Nori. « Nous n'avons pas seulement perdu notre maison quand Erebor a été pris. Nous avons aussi perdu nos travails et nos vies. Nous sommes devenus des parias vivant à la marge de la société. Pour survivre et nourrir nos familles, nous avons été forcés de prendre des travails que nous n'aurions jamais considérés auparavant. C'est pour ça que Thorin se blâme. »

Il se sent responsable de ne pas avoir pu donner à son peuple une maison et des emplois respectables, réalisa le hobbit. Il ne savait pas que Thorin sentait autant de responsabilité envers son peuple. Cela expliquait encore plus la détermination du roi à réclamer Erebor.

« Merci de m'en avoir parlé, » Dit-il au nain devant lui. « Je sais que ce ne doit pas être facile de révéler des informations aussi sensibles à un étranger. »

Le voleur haussa les épaules. « Si vous êtes prêt à vous battre et à mourir avec nous, alors vous pouvez savoir pourquoi vous vous battez et mourrez. »

Il sourit légèrement. « Oui, il est bon de savoir que je risque l'incinération pour une bonne cause. »

Nori ne rit pas, mais il sourit en se levant. « Oui, eh bien, je pensais que vous devriez garder ça en tête. »

Bilbo regarder l'autre se tourner quand une autre pensée lui vint à l'esprit.

« Nori ? » Quand le nain s'arrêta pour l'écouter, il continua. « Qu'est-ce que vous faisiez ? Quand vous viviez à Erebor ? »

Sa réponse fut un sourire amer.

« J'étais garde de la cité. Je protégeais les rues des criminels. »


Ils continuèrent.

Bilbo comptait les jours avec diligence. D'après ses souvenirs, ils allaient atteindre Rivendell en juin, et il était curieux de voir s'ils allaient y aller cette fois. Pour le moment rien de drastique ne s'était passé les jours suivant l'incident avec les trolls. Il ne pouvait qu'espérer que cela continue jusqu'à leur arrivée à la cité elfique.

Il utilisa la majorité du temps sur la route pour apprendre à connaître ses compagnons. La plupart l'ignoraient toujours, mais il avait remarqué que certains – Dwalin et Dori – le regardaient comme un fermier regarde un chat de gouttière. Comme s'il pouvait être utile si on lui donnait une chance, mais au risque de se faire blesser.

Les seuls qui lui avaient donné du mérite après les trolls étaient les plus jeunes : Ori, Fili et Kili. Ils avaient commencé à lui raconter des histoires de braverie qui n'étaient rien de plus que des escapades de jeunesse. Il écoutait quand même leurs histoires et aimait leurs animations énergiques alors qu'ils racontaient chaque détail avec passion.

Leur enthousiasme lui rappelait Merry et Pippin. Se souvenir de ses deux cousins lui rappela les autres qu'il avait oublié. Dans sa hâte de changer les choses, Bilbo avait oublié ceux qu'il avait laissés dans son autre vie. Est-ce qu'ils existaient toujours comme il les avaient laissés ? Ou est-ce qu'un autre futur était réécrit à cause de ses actions ?
Bilbo pouvait admettre qu'une partie de lui regrettait avoir changé certains évènements. Il savait que s'il s'assurait de la survie de Drogo et Primula, alors il n'aurait jamais la même relation avec Frodo. Et même si cela le tuait de sacrifier une relation pareille, il savait aussi qu'il ne pouvait pas retirer à Frodo la chance d'une vie avec ses parents.

- les premiers mois après l'arrivée de Frodo chez lui, il ne laisse pas Bilbo sortir de son champ de vision. Il le suit dans toutes les salles et le regarde avec ses grands yeux bleus. Il n'essaie pas de l'en empêcher car il se souvient comment c'est de perdre ses parents avant l'heure –

Non. Bilbo savait qu'il était égoïste de bien des manières, mais pas de celle-là. Pas avec Frodo, pour qui il donnerait le monde s'il le demandait.

Mais il était terriblement égoïste d'autres manières.

Quand il avait créé son plan pour détruire l'anneau unique, il savait qu'il y aurait un prix. En le détruisant avant son temps, certains évènements n'arriveraient jamais et certains ne seraient jamais confrontés. Le roi Elessar ne réalisera jamais sa véritable force si Sauron ne le teste pas. Legolas et Gimli ne dépasseraient pas des siècles de préjudice et de haine pour forger une amitié légendaire sans l'anneau. Sam, Merry et Pippin n'allaient pas devenir les grands hobbits qu'ils ne savaient pas qu'ils pouvaient être s'ils n'avaient pas réalisé leur voyage.

Et Frodo n'aurait pas à porter l'anneau.

C'était le dernier qui le frappait le plus. Avant le départ de Bilbo pour les Terres Immortelles, il avait entendu les chants héroïques qui parlaient de la bravoure et de la force de son neveu alors qu'il portait l'anneau jusqu'au Mordor. Les scribes décrivaient son voyage avec des détails vivides, et le peignait comme un héro noble et déterminé qui ne voulait que sauver sa maison et son peuple. Dans toutes les nations, les peuples disaient son nom avec joie l'encensant comme le plus connu des héros.

Mais ce dont personne ne parlait, c'était ce qui venait après le voyage. Aucun bard ne parlait des cauchemars et des nuits sans sommeil. Aucun scribe ne parlait des cicatrices et des grimaces. Et personne ne parlait du regard hanté dans les yeux de Frodo, ou de ses épaules affaissées.

- il y a un prix à payer pour avoir porté l'anneau. Gollum l'a payé avec son esprit, il l'a payé avec son cœur, et Frodo l'a payé avec son esprit –

C'était un choix difficile, mais il le ferait. Bilbo comprenait maintenant qu'il n'était pas censé devenir un héro dans un conte. Ces rôles étaient faits pour les gens comme Thorin et Gandalf et Frodo. A la place, il serait le vilain égoïste et cupide si cela voulait dire qu'il pouvait épargner à Frodo, et même à Thorin, les destins horribles qui les attendaient.