CHAPITRE 3

" La doctoresse, les sans-abris et le petit chien "

Après avoir laissé Chiarra et Lucas devant le restaurant d'Angelo, le 4x4 de Christopher Tiejens filait vers le lieu de la réunion.

Assise près de son compagnon, Miranda était aussi nerveuse qu'impatiente. Tant d'évènements étaient survenus depuis le matin et, posée sur ses genoux, dans une grande enveloppe, se trouvait l'avenir de tout ce qu'elle avait créée. Un avenir qui aurait très bien pu être réduit à rien.

La jeune femme repensait à sa rencontre avec ce notaire quelques heures plus tôt.

Certes, la maison était belle. Certes, ils y avaient trouvé eux aussi leur place. Non seulement Christopher pourrait transférer son activité d'architecte dans des bureaux bien plus spacieux mais l'un et l'autre pourraient s'installer dans un très bel appartement. Car il ne fallait surtout pas séparer Aurore et Gabriel, n'est-ce pas. Et le petit garçon n'avait pas donner le choix à ses parents. Malgré la chambre qui lui était destinée dans ce bel appartement, il avait déclaré que tel était son devoir : il devait s'installer dans le chambre près de celle de sa petite compagne. Etais-ce un caprice d'enfant ? Pas aux yeux de Miranda. Car si avec sa chevelure bouclée le petit Gabriel ressemblait à Sherlock, il avait également hérité de l'esprit protecteur de Mycroft.

Mais Miranda avait éprouvé des sueurs froides lorsque le notaire l'avait attirée à l'écart pour lui parler de la clinique dont Sieger lui avait fait don… bien malgré lui. Lorsque le matin même on lui avait remis l'acte de propriété, elle avait sincèrement pensé en être propriétaire. Mais, très vite, l'homme l'avait rassurée. Oui, Sieger c'était bien porté acquéreur de cette clinique saisie pour faillite. Mais seulement des murs, en fait. Car dans l'espoir de faire un profit, il avait décidé de revendre ce bâtiment bien situé au cœur de Londres et avait demandé au notaire de faire effectuer un inventaire du matériel médical laissé en place avant sa revente. Et c'était justement cet inventaire que l'homme voulait lui remettre.

Et repensant à cela, Miranda fut prise d'une irrépressible crise de fou-rire.

- C'est vraiment absurde, dit-elle. Je sais bien que c'est impossible, surtout là où il se trouve actuellement, mais sur le moment j'ai vraiment été persuadé que c'était un dernier mauvais coup de Sieger. Il ne pouvait évidemment pas savoir que Seb le trahirait et que c'est à moi qu'il adresserait l'acte de propriété de cette clinique.

- C'est une réaction parfaitement sensée, lui dit Christopher. Je sais très peu de choses de ce monsieur mais le peu dont j'ai appris me dit qu'il avait un esprit parfaitement retors et qu'il en aurait été très capable.

- Et bien plus que cela. Il avait disparu de nos vies depuis une vingtaine d'années mais il était toujours là, rôdant au dessus de nous comme une ombre maléfique. J'ai toujours pensé que c'était tous ces mauvais souvenirs. Mais maintenant que j'y pense, il attendait certainement que nous ayons réussie nos vies pour détruire tout ce que nous avons créer… Et il y est presque arrivé.

- Mais il a échoué, il ne pouvait qu'échouer. Les méchants échouent toujours et finissent par tomber dans l'oubli. Seuls les actes de bonté est ce qui compte.

Miranda hocha la tête.

Les actes de bonté, oui, c'était bien cela. Ces actes de bonté, elle les pratiquaient au quotidien en donnant soins, conseils et gentillesse à ceux qui n'étaient rien aux yeux des autres. Les " invisibles ", tels que se qualifiaient les sans-abris de Londres. Mais invisibles, ils ne l'avaient jamais été à ses yeux. Ils étaient en quelque sorte sa famille, une famille pour laquelle elle était prête à tout donner ou, du moins, à donner plus qu'elle ne l'avait déjà fait.

Un " plus " qui était là, dans cette enveloppe posée sur ses genoux et qu'elle allait bientôt leur révéler.

Car ils approchaient du lieu de la réunion.

Et bientôt, le 4x4 noir de Christopher Tiejens arriva devant l'ancien hôtel particulier où, depuis huit ans, le docteur Miranda Moran avait établie sa clinique médico-sociale.

Sans doute guettez-t-on leur arrivée depuis un moment. Trois silhouettes se tenaient devant le bâtiment : deux hommes et une femme. Lorsque le couple sortit de la voiture, Miranda reconnue ceux qui avaient été délégués le matin-même à Baker Street.

- Vous êtes venus ? s'étonna-t-elle. Malgré la bonne nouvelle de ce matin ?

- Oh, mais bien sûr, lui répondit la femme. Cela ne change rien. L'avenir du Dispensaire est tout aussi important qu'un changement de vie aussi miraculeux soit-il.

Car c'était vrai, ce qui leur était arrivé tenait tout du miracle. Venus au 221b pour prendre des nouvelles de Sherlock, ils avaient rencontrés William Holmes. Et il avait fallu une simple conversation pour que cet homme au grand cœur leur propose aussitôt un emploi et change leur vie. Comme la veille l'avait été celle de leur amie Helen Perkins qui vivait désormais à Baker Street.

- En fait, tout le monde est venu, ajouta l'un des deux hommes. Helen aussi est venu, mademoiselle Kirsten a été la chercher à Baker Street.

- Tout le monde est venu ? s'exclama Miranda. Vraiment tout le monde ?

- Absolument, lui dit l'autre homme. Quand nous sommes revenus ici avec toutes ces bonnes nouvelles et prévenir pour la réunion, l'annonce a été diffusée dans la communauté. Et tout le monde est venu, absolument tout le monde. Même ceux qui ne viennent pas souvent au Dispensaire.

- Même le Doc est resté, repris la femme. Parce que… On se disait que peut-être...

- Ah, le Doc ! dit Miranda.

Le Doc, ce ne pouvait que le Dr Heywood. Ce médecin du MI-6 venu assurer l'intérim durant son absence et celle de John à la demande miss Anthea. Et de toute évidence, Damian Heywood avait été accepté par les sans-abris.

- Nous allons savoir cela tout de suite, dit-elle. Et bien, allons-y.

D'un geste de la main, Miranda invita chacun à passer la porte cochère ouverte de l'hôtel particulier.

Jamais encore il n'y avait eu une telle animation. Oui, tous les bénéficiaires du Dispensaire étaient bien là. Ils étaient venus au rendez-vous. Car, depuis le matin, ils inquiets pour le devenir de la clinique médico-social… et donc pour de leur survie. Mais la doctoresse avait organiser un grand " conseil de famille ". Alors, ils étaient venus.

Mais ce n'était pas tout. Même si trois d'entre eux étaient aller le matin même à Baker Street et étaient revenus avec de bonnes nouvelles - et il ne s'agissait seulement ce qu'on leur avait proposé et ce que tous espéraient : un emploi -, tous voulaient avoir des nouvelles de leur ami Sherlock.

Alors on entoura la doctoresse. Et les questions fusèrent. Tous parlaient en même temps, tous voulaient savoir.

- Tout va bien, tout va bien ! les rassura Miranda. Ne vous inquiétez pas, Sherlock va bien. Il l'a promis, il viendra demain.

- C'est vrai ? demandèrent-ils tous.

Ce fut alors des soupirs de soulagement.

De nombreuses mains se tendirent pour saisirent celles de la Doctoresse, comme des remerciements pour cette merveilleuse nouvelle. Il y eu même, geste audacieux quelques baisers que la Doctoresse ne refusa pourtant pas. Miranda le savait depuis longtemps, ses sans-abris considéraient Sherlock comme l'un des leurs, mais elle fut malgré tout émue de ces sincères manifestations d'amitié.

Puis ce furent les présentations, car Miranda n'était pas arrivée seule. Christopher ne fut pas moins ému que sa compagne lorsqu'on lui souhaita la bienvenue avec tant de chaleur. Et puis ce fut d'autres questions. Etais-ce lui l'ami de la Doctoresse ? Et la Doctoresse avait-elle vraiment un enfant ? Etais-ce lui le père de l'enfant ?

Et lorsque Miranda pris son smartphone, lorsqu'elle fit défiler les photographies qu'elle avait prise, ce fut des exclamations d'émerveillement.

Oui, la Doctoresse avait bien un enfant. Un beau petit garçon et, à n'en pas douter, c'était bien l'enfant de la Doctoresse avec sa chevelure bouclée. Mais une chevelure blonde, aussi blonde que celle de cet homme qui, il n'y avait plus à douter, était bien son père.

Et puis ce fut Aurore. Tous déjà s'avaient qui était la petite fille, qu'elle était cette enfant courageuse qui avait permis de sauver Sherlock. Et même si Gregory Lestrade avait été pour beaucoup dans ce sauvetage, la petite Aurore n'en avait pas pour autant à leurs yeux toutes les qualités d'une héroïne.

Enfin ce fut Sherlock. Alors le smartphone passa de main en main avec des murmures émus. Et aussi des exclamations de colère à la vue de leur ami assis dans son fauteuil roulant. Même si Miranda leur dit que ce n'était pas aussi grave que cela paraissait, que Sherlock retrouverait rapidement l'usage de ses jambes, la colère n'en était pas moins là.

Que se serait-il passé si Sieger leur était tombé sous la main ? Miranda ne préféra pas y songer tout en se disant - bien qu'elle eu aussitôt honte de cette pensée - qu'elle n'aurait rien empêcher.

Mais Miranda détourna vite leur colère lorsqu'elle fit défiler d'autres photographies. Et ce furent des murmures d'attendrissement lorsqu'ils découvrirent l'adorable baby Angela. Et au grand amusement de la jeune femme, la mère du bébé fut totalement ignorée dans leurs réflexions. La petite Angela n'était plus le bébé de Molly Hooper, elle était le bébé de Sherlock. Uniquement le bébé de Sherlock.

" Jamais sans doute un enfant n'aura eu autant d'oncles et de tantes ! " se dit-elle, amusée.

Mais il était temps de commencer la réunion.

Le Dispensaire, on s'en souvient, tenait à la fois lieu de cabinet médical et de service social. Mais pas uniquement. Les sans-abris savaient qu'ils pouvaient s'y rendre à tout moment pour être soignés ou conseillés, ils pouvaient également s'y rendre pour s'y reposer un moment loin de la dure vie de la rue. Car un espace était réservé à cet effet. Un lieu qu'ils avaient baptisé " restaurant ", où chaque jour de l'année étaient servis des petits-déjeuners sans qu'ils ne soient contraints par des horaires. Un lieu qui n'était jamais fermé et où ils pouvaient, s'ils le désiraient, y rester tout le jour durant. Ce qui, souvent, arrivait.

C'est là, dans cette grande pièce, qu'ils se réunirent. Mais si grande était-elle, même avec les tables et les chaises poussées contre les murs, elle s'avéra pourtant bien petite pour cette multitude qui allait s'y réunir.

- Tout le monde ne pourra pas entrer, remarqua Miranda en entrant.

- C'est ce que nous nous disions, intervint une voix.

C'était celle d'un homme, d'environ trente-cinq ans, qui s'approcha la main tendue et un sourire aux lèvres.

- Docteur Heywood, je suppose ? demanda Miranda. Enchantée de faire votre connaissance, cher collègue.

- Mais moi aussi, docteur Moran. Tout comme d'avoir effectuer ce remplacement dans votre remarquablement établissement.

- C'est ce que j'ai cru comprendre par ce qu'on vient de me rapporter. Pourquoi ne pas rester, alors ? Si vos tâches de médecin au MI-6 vous laissent du temps, peut-être pourriez-vous accepter un emploi à mi-temps ?

- Et bien… Oui… En fait, oui. Je devrais en parler au responsable du service médical, mais je sais déjà qu'il s'y opposera pas. Alors, oui, j'accepte votre proposition.

A ces mots, une exclamation de joie leur parvint de la cour. Les sans-abris s'étaient approchés, et il était évident de voir à leurs visages souriants que le " doc " avait été accepté.

- Voilà qui est parfait ! s'exclama Miranda. Votre présence sera la bienvenue, docteur Heywood. Dotant que John ne travaillera certainement plus qu'à mi-temps pour rester près de Sherlock. Et avec de grandes chances, le Dispensaire comptera dans quelques mois une assistante sociale.

Disant cela, elle adressa un sourire à celle qui se trouvait un peu plus loin en pleine discussion avec Helen Perkins : Kirsten, cette jeune étudiante assistante sociale effectuant un stage de formation dans la clinique médico-sociale du docteur Moran et qui y avait déjà trouvé un emploi.

- Et bien, nous allons pouvoir commencer notre réunion si quelques-uns de ces messieurs...

Mais elle n'eut pas à achever sa phrase. Christopher, qui était resté dans la cour à discuter avec quelques-uns des sans-abris - mais il serait plus exact de dire qu'ils subissait de leur part un interrogatoire dès plus indiscret -, fit signe à trois ou quatre d'entre eux. Et très vite, les tables et les chaises qui se trouvaient dans la salle furent transportées dans la cour.

La réunion pouvait commencer.

Une table avait été laissée à la disposition de Miranda. Elle y déposa l'épaisse enveloppe qu'elle avait amenée avec elle et en sortit les documents qu'elle contenait sous les regards intrigués des sans-abris qui s'étaient petit à petit rassemblés dans la salle.

- Mesdames et messieurs, dit-elle finalement, je sais que vous êtes inquiets depuis ce matin pour l'avenir du Dispensaire. Qu'on vous a parler d'expulsion. Je tiens à vous rassurer tout de suite. Le Dispensaire ne va pas fermer, il va seulement déménager dans des locaux bien plus spacieux.

Et accompagnant le geste à la parole, elle saisit l'un des dossiers que le notaire lui avait remit un peu plus tôt tandis qu'un murmure confus s'élevait dans la salle.

- J'ai les documents concernant le nouveau Dispensaire que… oui, je pense que chacun d'entre vous connaît l'adresse. Il s'agit de la clinique Saint Vincent de Paul, cette clinique de consultation qui est fermée depuis quelques mois.

Les murmures se firent un peu plus forts. Oui, de toute évidence, ils connaissaient tous cette clinique. Ce que confirma un homme qui intervint.

- Oh, mais bien sûr, dit-il. Elle se trouve près de ce foyer d'hébergement qui a fermé en même temps que la clinique. Ce qui est vraiment regrettable puisque que c'était l'un de ces rares foyers vraiment propre qui avait le tort, comme les autres, de ne pas rester ouvert dans la journée. Même durant le plus froid de l'hiver.

- Mais cela peut très bien changer, lui répondit la doctoresse. Et cela changera. Ce foyer dépendait de cette clinique et désormais, il nous appartient. Il y aura de la place pour tous et chacun pourra en profiter le jour comme la nuit. Comme ici. Bien sûr, il y aura un grand ménage à y effectuer après ces mois de fermeture avant qu'il ne soit possible d'ouvrir.

- Rien de bien compliqué, intervint une femme. Avec un peu d'énergie et l'aide de nombreux bras qui, j'en suis certaine, ne manquerons pas, cela ne nous prendra que quelques jours.

- Et la clinique ? demanda une autre voix.

- D'après les plans qu'on m'a remis et qui sont contenus dans ce dossier, elle sera bien plus grande que notre actuel cabinet médical, répondit Miranda. Et bien plus spacieuse. Je pense lui garder sa destination d'origine de maison médicale pluridisciplinaire qu'elle était à l'origine. Je sais qu'elle employait autrefois quatre médecins généralistes, six infirmières, un kinésithérapeute et une psychologue. J'ignore si nous pourra employer un jour un personnel aussi nombreux, mais nous sommes déjà trois médecins en comptant le docteur Heywood qui a accepté de rester parmi nous ainsi que Kirsten qui sera très bientôt notre assistante sociale. Sans oublier une infirmière qui a acceptée de venir travailler avec nous et qui, je le sais, elle, restera.

Il y eu des murmures. Les sans-abris se regardèrent avec des regards intrigués.

Qui pouvait être cette infirmière ?

Mais les trois qui s'étaient rendus à Baker Street le matin même, n'avaient pas seulement rencontrer William Holmes qui leur avait fait cette si généreuse proposition. Ils se souvenaient également de cette jeune fille à la longue chevelure rousse.

- Oui, c'est bien d'elle qu'il s'agit, leur confirma Miranda. Elle s'appelle Mary Morstan et je peux vous l'assurer, c'est une infirmière qualifiée.

Mais pour les sans-abris, cela avait peu d'importance. Bien évidemment, ils s'avaient déjà tous qui elle était et ce qu'elle avait fait. Et le plus important pour eux, c'est qu'elle était une amie de Sherlock et cela, rien n'était pour eux le plus important.

- Quant aux deux infirmières qui sont venues avec le docteur Heywood, j'ignore si elle accepteront également...

- Je ne peux pas vous l'assurer, intervint le médecin. Ce remplacement les a intéressés, mais j'ignore si elles accepteront de quitter leur emploi à la clinique Sainte Mary. Je leur poserais tout de même la question.

- Je vous remercie, cher collègue. Et maintenant… parlons de choses sérieuses.

Il y eu des rires.

Comme parler de l'avenir du Dispensaire n'était pas ce qu'il y avait de plus important :

- Je sais que chacun d'entre vous n'ignore pas l'existence de cette friche industrielle située au bord de la Tamise, continua Miranda. Le lieu idéal pour aller y dormir en été.

- Et pas seulement pour dormir, s'exclama une voix au milieu des rires qui s'élevaient.

- Je n'en doutes pas, dit Miranda en riant elle aussi. Mais je ne veux rien savoir de vos vies amoureuses.

Puis, faisant signe à Christopher qui s'approcha.

- Vous connaissez tous, j'en suis certaine, mon grand projet, continua-t-elle. Ces logements sociaux que je rêve de construite. Et bien, ce projet va pouvoir se réaliser. Le Dispensaire est devenu propriétaire de cette friche industrielle.

- Et nous allons construire ces logements sociaux, ajouta Christopher Tiejens. Je suis architecte et le docteur Moran m'a confié la réalisation de ce projet. Mais il ne pourra pas se réaliser sans vous. Miranda m'a dit que nombreux d'entre vous travaillent dans le milieu du bâtiment et je n'ai aucun doute que vous accepterez de participer à ce projet. Et comme il est évident que vous êtes les premiers concernés par ce projet, nous y travailleront ensemble. Vous me ferez part de vos idées, de vos désirs, de vos besoins.

- Mais avant, ajouta Miranda, nous allons réaliser un autre projet. Et je sais déjà que vous voudrez y participer avec plaisir. Mrs Hudson m'a parler de son désir d'effectuer des travaux à Baker Street et...

Un tumulte s'éleva aussitôt dans la salle, lui coupant net la parole. Ce fut des cris d'enthousiasme, tous parlaient en même temps. Tous voulaient participer. L'idée de s'occuper de LA maison de Baker Street semblait pour eux bien important que la construction de tous les logements sociaux du monde.

- Eh bien, je ne vais pas manquer de bras ! s'exclama Christopher en riant.

Miranda hocha la tête. Car elle le savait, ce n'était pas uniquement de la maison de Mrs Hudson dont il était question. C'était aussi et surtout du lieu où vivait leur ami Sherlock. Et l'idée de rendre ce lieu plus beau que jamais, oui, vraiment, tous voulaient y participer.

Ne restait plus qu'à l'architecte Christopher Tiejens à " recruter " les futurs participants des deux projets. On lui apporta de quoi écrire, il s'installa à la table et les sans-abris qui travaillaient dans le milieu de bâtiment sans pouvoir se loger décemment. Ils défilèrent les uns après les autres et bientôt, sur le bloc sténo, une longue liste de noms et de spécialités s'aligna. Christopher les accepta tous, car il connaissait la plupart des entrepreneurs pour qui ils travaillaient la plupart du temps.

La réunion touchait maintenant à sa fin.

Désormais rassurés pour leur avenir, peu importait pour les sans-abris où ils iraient dormir cette nuit-là.

Mais ils ne partirent pourtant pas le ventre vide. Tandis que la réunion se déroulait, Helens Perkins et la jeune Kirsten avaient discrètement rentrer dans la salle deux des tables qui avaient auparavant étaient sortis dans la cour pour faire de la place. Et maintenant, sur ces deux tables était installé tout un buffet : sandwichs, gâteaux, fruits… Et des jus de fruits, du soda, de la bière… sans alcool, bien sûr. La consommation d'alcool était interdite dans l'enceinte du dictionnaire.

C'était Helen qui avait préparer tout cela.


Le Dispensaire se vida peu à peu et chacun partit aussi discrètement que possible pour ne pas perturber le calme de la rue. La soirée c'était prolongée entre pillage du buffet et discussions agréables jusqu'à qu'on se rende compte qu'il était presque une heure de matin.

Miranda et Christopher furent les derniers à partir. Ils rejoignent la voiture du jeune homme qui s'éloigna dans le lointain de la rue.

Ils ne disaient rien.

Miranda respecta le silence de son compagnon perdu dans ses pensées. Le jeune homme songeait. Il avait un peu honte, se disant qu'il était plein de préjugés. Comme beaucoup, il s'était toujours fait de fausses idées sur les sans-abris. Il les avaient toujours " vus " comme des mendiants tendant la main, des êtres misérables ravagés par la drogue et l'alcool. Mais ceux qu'il avait rencontré ce soir étaient loin de cette image. Oui, c'est vrai, certains d'entre eux, l'allure dépenaillée, mendiaient dans les rues pour survivre. Mais la plupart étaient des travailleurs qui n'avaient pas les moyens de ce loger décemment.

" Mais cela va désormais changer ", se dit-il.

Il voyait déjà l'ancienne friche industrielle débarrassée de ses vieux entrepôts en ruine où allait s'élever le grand rêve de Miranda. Oh, non, ces futurs logements sociaux ne seraient pas de banals immeubles d'habitation. Les sans-abris avaient étaient très clairs en lui proposant leurs idées. Il y aurait des maisons particulières et aussi des maisons de pas plus de deux étages mais où l'on pourrait y établir au moins quatre appartements. Et tout cela construit autour d'un jardin où on pourrait aller s'asseoir et où les enfants pourraient venir jouer.

Oui, des jours meilleurs se préparaient.

Et pas seulement pour les protégés de la Doctoresse. Car le 4x4 noir venait d'arriver dans une rue tranquille et de s'arrêter devant une jolie maison de ville.

- C'est là ? demanda Miranda.

Oui, c'était là. C'était bien là qu'il avait vécu avec celle qu'il avait eu le malheur d'avoir épouser, celle qui avait fait leur malheur à Miranda et à lui, celle qui lui avait fait une vie infernale. Mais tout était terminé pour Sylvia Lyndon-Tiejens et son souvenir serait bientôt effacé par les bienfaits du divorce. Il ne restait plus que cette maison. Cette maison que pour rien au monde il ne voudrait encore y vivre et qui ne lui appartiendrait heureusement plus : le notaire qu'il avait rencontrer plus tôt dans la journée avait accepter d'en assurer la vente.

Mais si ils y étaient venus ce soir-là, c'est parce qu'invités à dormir chez Esther Moran - sa future belle-mère ? - il voulait y prendre quelques affaires.

- Tu peux m'attendre ici, dit-il à Miranda.

- Pourquoi ? lui dit la jeune femme. Ta future ex-épouse ne m'est rien et sa maison encore moins. Ce qui compte désormais moi, c'est celle où nous allons désormais vivre.

Ainsi, tous deux montèrent les trois marches du perron et Christopher introduisit une clé dans la serrure de la porte d'entrée. Miranda se retrouva dans un living-room joliment meublé mais dans un style malgré tout un peu trop bling-bling à son goût.

- Je n'y suis pour rien, lui dit Christopher. Ce n'est vraiment pas dans mes goûts, tout cela est l'oeuvre de Sylvia. Et… oh, ce n'est pas vrai. Attention, Miranda.

Car devant eux, sur le parquet parfaitement ciré, se trouvait ce qui semblait être une petite flaque d'eau.

- Sylvia ne l'a même pas emmenée avec elle, s'exclama Christopher avec colère. La pauvre petite bête est restée seule toutes ces heures.

Et il n'était pas difficile de comprendre qu'il ne s'agissait en rien d'une plaque d'eau.

- Oh, quel amour ! s'exclama Miranda. Qu'il est donc joli !

Intriguée, la jeune femme avait regarder autour d'elle et avait aperçu bientôt dans le coin le plus sombre de la pièce une minuscule silhouette. Celle d'un tout petit chien à la fourrure immaculée. Un chiot, en réalité.

Sans un instant d'hésitation, elle alla jusqu'au petit animal qui, sans la moindre crainte, se blottit aussitôt dans ses bras.

C'était un West Highland terrier, un joli petit Westie aux allures de boule de neige.

- Elle n'a que quatre mois, lui expliqua Christopher. Je l'ai offert il y a trois semaine à Sylvia après une grosse dispute que nous avons eu en espérant qu'elle s'adoucirait. Je pensais sincèrement qu'elle s'y était attachée mais de toute évidence…

- Quelle horrible femme ! s'exclama Miranda en caressant doucement le chiot. Une si gentille petite bête ! Et comment s'appelle cette jolie petite fille ?

- Et bien… Joy des Rêves d'Avalon, ce dont qu'indique son pédigré.

- Ben voyons, dit Miranda en riant. Si on m'avait demandé mon avis, je l'aurais plutôt appelée Plume. Oui, Plume, cela lui irait très bien.

Christopher sourit.

Cette jolie scène était pour lui évidente et il le savait, sa compagne s'était déjà attachée au petit animal.

Miranda comprit et se contenta de sourire.