Hey, salut tout le monde !

Je sais ça fait un long, trèèèèès loooooong moment que je n'ai pas posté de chapitres. Navrée de l'attente, mais entre recherche de boulot, trouver du boulot par chance et maintenant travailler à plein temps (et oui, même pendant le confinement...), je n'ai guère eut le temps de me pencher sur l'écriture et de pouvoir laisser mon imagination prendre le dessus. Je sais que je n'ai aucune excuse pour avoir laisser passer autant de temps, et j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. J'espère également que ce chapitre ne vous décevra pas après cette longue attente.

Je vous souhaite une excellente lecture et je vais essayer de m'astreindre à un rythme plus régulier. Je ne vous promets rien, mais je vais essayer. :)


Chapitre 53

Paternité II


Heather se réveilla en entendant des pleurs. Il lui fallut quelques secondes pour se resituer et se souvenir des derniers événements. Elle tenta de se redresser, mais elle était trop faible et retomba mollement sur le matelas. Derrière elle, Regulus se réveilla en sursaut. Elle le sentit se tendre, tous ses sens en alerte avant de se décontracter et de se redresser dans le lit.

- Comment te sens-tu ? demanda-t-il finalement en lui caressant la joue.

- Epuisée, souffla-t-elle en fermant les yeux avant de les rouvrir. Notre fils a faim.

Regulus sourit et se leva pour aller chercher le bébé qui s'époumonait dans son berceau. C'est fou ce qu'un petit être comme ça pouvait atteindre en décibels. Il le prit dans ses bras avec toutes les précautions du monde et le berça instinctivement tout en le ramenant vers sa mère. Il l'aida à se positionner correctement avant de s'installer à côté d'elle pour observer la scène avec un attendrissement certain.

- Dans combien de temps arrivent-ils ? demanda-t-elle au bout d'un moment, perdue qu'elle était dans l'observation béate de son fils.

- Ils ne devraient pas trop tarder, souffla Regulus.

Elle acquiesça en silence. Elle grimaça légèrement quand la succion sur son sein se fit douloureuse mais endura en silence. Sa main libre caressant tendrement le bébé. Elle peinait encore à réaliser. Son monde avait basculé en quelques heures et maintenant, elle se sentait à la fois heureuse et angoissée.

- Tout va bien se passer, la rassura Regulus en embrassant son épaule avant de caresser la joue ronde du petit. As-tu finalement choisi son nom ?

Elle sourit. Il fallait dire qu'ils ne s'étaient pas vraiment mis d'accord sur un prénom dernièrement. Et, elle devait l'avouer, elle avait aussi cherché à le taquiner en lui proposant des noms horribles juste parce qu'elle cherchait à tromper son ennui grandissant. Toutefois, elle pensait avoir trouvé le bon compromis.

- Valerius Sirius Black, souffla-t-elle finalement, avant de se mordre la lèvre en attendant sa réaction.

Regulus sembla contemplatif un instant avant de sourire. Elle sentait dans son regard qu'il s'était attendu à un tout autre nom que celui-ci. Elle lui avait suffisamment rebattu les oreilles avec Tristan pour qu'il se soit préparé à l'entendre. Toutefois, même si elle appréciait le nom, elle ne voulait pas non plus trop s'éloigner des traditions. Elle trouvait en ce nom une sorte de compromis acceptable. Valerius était après tout un nom dérivé du latin, tout comme bon nombre de noms des vieilles familles sorcières. Il signifiait « vaillant ».

- C'est un beau nom, finit-il par dire. Te sens-tu prête à recevoir les félicitations de toute la maison ? demanda-t-il ensuite avec un sourire amusé. Je crois qu'ils sont tous derrière la porte.

En effet, derrière la porte, on entendait Sirius et Molly chuchoter de manière très peu discrète. Nul doute qu'Albus devait également se trouver avec eux. Sans compter, bien évidemment, Arthur qui avait dû être prévenu par Molly dès le début de l'accouchement. Et sûrement avait-elle, dans la panique, dévoilé son identité à son mari. Heather ne pouvait pas lui en vouloir à ce stade.

Heather prit une longue inspiration et finit par acquiescer, prête à voir tout le monde débouler et s'extasier devant le nouveau-né. Toutefois, elle retint Regulus par le bras et, avec délicatesse, lui passa son fils. Il comprit immédiatement son intention. En prenant garde à bien maintenir sa tête, il l'éleva lentement à bout de bras.

- Valerius Sirius Black, puisse les ancêtres bénir ta venue dans notre famille, mon fils, déclara-t-il.

Heather sourit. Ces simples mots signifiaient tellement de choses, même si personne d'autre qu'eux n'étaient présent pour en être témoin. La magie contenue dans ses mots était forte, puissante, la reconnaissance d'un héritier au titre qui avait échu sur les épaules de Regulus lorsque Sirius avait été déshérité. Celui de Lord Black. Certes le nom avait sa part d'ombre, mais si Regulus avait pu surmonter ses démons, alors leur fils le pourrait aussi.

Regulus ramena son fils contre lui et embrassa son front avant de le rendre à sa mère. Heather le berça un moment, le temps que Regulus aille ouvrir la porte. Derrière cette dernière, Sirius et Molly eurent un sursaut. Il faut dire qu'ils étaient collés à la porte, l'oreille à l'affut et que l'ouverture soudaine de cette porte les avait quelque peu déstabilisés.

- Hey Reggie, sourit Sirius.

- Bonjour, sourirent poliment Molly et Arthur tandis qu'Albus souriait d'une oreille à l'autre.

La vision d'un tel sourire fut d'ailleurs une source d'incrédulité pour Regulus. Cela ne ressemblait tellement pas à cet homme toujours sérieux. Ses sourires étaient toujours discrets et pourvus de mystères. Toutefois, n'était-ce pas normal qu'il se montre plus émotif lorsqu'il s'agissait de sa fille et de la naissance de son petit-fils ?

- Bonjour, répondit-il calmement. Voulez-vous entrer ?

Il s'écarta du chemin et, aussitôt ils s'engouffrèrent dans la chambre. Heather était resplendissante, avec un sourire à vous damner un sain. Sirius alla immédiatement s'agenouiller à côté du lit, près d'elle pour observer son neveu qui dormait à point fermé. Molly s'approcha avec plus de retenu mais tout autant de bonheur pour voir ce petit être dans les bras de sa mère. Arthur suivit avec un sourire attendrit et Albus demeura un peu en retrait, ne voulant pas qu'Heather ne soit étouffée par trop de personnes agglutinées autour d'elle. Il cachait d'ailleurs très consciencieusement sa main droite. Gardant un œil sur sa famille, Regulus s'approcha de lui.

- Que comptez-vous faire ? demanda-t-il tout bas.

- Je vais partir dès que j'aurais dit au revoir à Heather. Je vais également suivre tes précieux conseils et contacter Severus.

Regulus acquiesça, satisfait de sa réponse avant de poser une main pleine d'encouragement sur son épaule et de l'encourager à s'approcher du lit. Sirius s'était vu confier le bébé et l'admirait avec une dévotion totale, tandis que Molly, par-dessus son épaule, était en complète adoration. Arthur tentait plus ou moins d'empêcher Molly de trop s'imposer sous le visage hilare de Heather.

- Et comment s'appelle cette petite merveille ? demanda finalement Albus en s'approchant.

- Il s'appelle Valerius Sirius, répondit Heather.

Si Sirius n'avait pas été prévenu au préalable par son frère, il en aurait été figé de surprise. Il se contenta cependant d'un sourire plein de reconnaissance et de fierté. Le petit Valerius passa de bras en bras, admiré et choyé par toutes ces personnes qui, peut-être pas toutes reliées par le sang, constituaient une famille. Albus eut les larmes aux yeux quand il reçut le bébé dans les bras. Puis, petit à petit, la chambre redevint calme et chacun retourna à ses occupations non sans féliciter encore une fois les parents. Albus, après avoir dit au revoir à sa fille et échangé une poignée de main avec Regulus, quitta la demeure pour une destination inconnue. Heather ne lui avait pas posé de questions. Moins elle en saurait, mieux c'était, pour leur sécurité à tous.

Dans la soirée, les enfants étaient enfin arrivés de Poudlard pour passer les vacances ici-même, dans la protection qu'offraient ces murs. Si Heather devait encore demeurer un peu alitée, ce n'était pas le cas de Regulus sur qui la tâche de révéler la vérité au trio d'or était échue. Il aurait bien sûr le soutient de Sirius et des Weasley dans cette tâche, mais il devait quand même réfléchir à la meilleure façon de s'y prendre. Il ne fallait pas braquer le garçon s'ils voulaient qu'il accepte leur aide dans les temps à venir.

- Montre-toi d'abord sous ta forme animagus et laisse Sirius aborder le sujet en douceur, proposa Heather avant de se prendre un regard interloqué de la part de son compagnon. Oui, je sais, reprit-elle. Sirius et délicatesse sont antinomiques, mais tout de même…

Regulus soupira. Il prit son courage à deux mains après avoir couvé encore une petite minute des yeux son fils qui dormait dans les bras de sa si belle compagne. Il sortit finalement de la chambre et endossa l'apparence de son alter ego. Il descendit dans la cuisine où il trouva Sirius attablé avec son filleul et ses deux amis. Molly et Arthur étaient peut-être repartis au terrier avec les autres Weasley car il n'y avait aucune trace de leur présence.

- D'après ce que tu m'en dis, heureusement que ce professeur Rävens était là pour veiller sur toi, répondit Sirius.

Bien… apparemment il commençait déjà à tâter le terrain. Harry avait sans doute dû lui raconter de vive voix tout ce qu'il s'était passé dernièrement. Ombrage surveillait toutes les cheminées, empêchant ainsi tout contact entre Harry et Sirius quand il était à l'école. Hermione et Ron participaient, eux aussi, à la conversation, même s'ils laissaient globalement Harry tout raconter. Hermione y allait de détails en détails et Ron appuyait parfois certains propos de Harry.

Harry remarqua finalement l'arrivée de Callidus et sourit.

- Comment va le professeur Rävens, elle est toujours ici ? s'enquit-il en retournant son attention sur Sirius.

- Oui, sourit Sirius. Elle a accouché cette nuit, un accouchement assez difficile mais elle va bien et le bébé aussi, le rassura-t-il. Elle se repose dans sa chambre avec son fils.

- C'est un soulagement, soupira Hermione.

Elle se pencha légèrement pour caresser le renard derrière les oreilles. Callidus se laissa faire sous les yeux rieurs de Sirius. Même son regard peu amène ne suffit pas à empêcher son frère de s'amuser à ses dépens.

- Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? s'enquit Ron qui avait pour une fois été assez perspicace.

- Je peux vous le dire, mais vous allez devoir me promettre de ne pas le répéter. Et toi, Harry, il va falloir que tu approfondisses ton occlumancie.

Les trois amis se regardèrent avec étonnement. Puis ils reportèrent un regard intrigué sur Sirius avant de poser leurs yeux sur le renard qui n'avait pas bougé de sa place. Hermione acquiesça et Ron consulta Harry du regard.

- Du moment que ce n'est pas avec Rogue, d'accord, accepta le brun.

Ron suivit le mouvement sans broncher. Sirius acquiesça d'un air soudain extrêmement sérieux. Il tourna ensuite son regard vers le renard qui se mit enfin en mouvement, venant prendre place à l'extrémité de la table.

- C'est quand tu veux, le railla gentiment Sirius.

Le renard disparu, laissant place à Regulus qui en profita pour donner une légère tape derrière la tête de son frère. La scène était comique, mais pourtant, aucun des trois amis ne rigola. Leurs visages exprimaient la surprise et la méfiance. Regulus les salua en inclinant la tête comme il avait été éduqué à le faire.

- Je vous présente mon petit frère, Regulus, dit alors Sirius avec une certaine fierté dans le regard.

- Mais… il n'était pas censé être mort ? lâcha Ron sans réfléchir.

- En effet, répondit Regulus. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle ce secret est si important. Si Voldemort venait à apprendre la vérité, ma vie et celle de ma compagne seraient menacées.

Il y eut un moment de silence. La gravité de la situation semblait soudain les heurter de plein fouet. C'était en effet un secret d'une grande importance. Cependant, Hermione étant la plus vive d'esprit, elle avait déjà en tête un millier de questions à poser. Elle fut toutefois devancée par Harry.

- Votre compagne ? releva-t-il. Vous parlez de Heather Dumbledore ?

- Je vois que Sirius vous a déjà raconté plus que je ne le pensais, acquiesça Regulus avant de jeter un regard lourd de sens à son frère.

- Mais alors… Le professeur Rävens… souffla Harry en comprenant soudain tout ce que cela impliquait.

- En effet, il s'agit bien d'elle. Ta marraine se trouve dans ma chambre avec notre fils.

- Le professeur Rävens, comprit Harry. C'est pour ça qu'elle était aussi protectrice envers moi…

Regulus hocha la tête avant de s'asseoir à côté de Sirius qui lui servit un verre de Whiskey-pur-feu. Regulus en prit une lampée avant de reposer son verre sur la table, en caressant le bord du bout des doigts avant de relever la tête pour continuer ses explications.

- Étant ta Marraine et la meilleure amie de tes parents, elle voulait absolument te protéger malgré sa condition et le danger que cela imposait. Même maintenant, te révéler tout ceci est un très gros risque car ton occlumancie n'est pas à la hauteur.

- Mais Rogue… commença Harry.

- Severus est mon ami. Et je comprends très bien son comportement envers toi, même s'il est injuste, le coupa Regulus. Tu ressembles tellement à James… Et il a été le pire des tourmenteurs pour Severus. Une véritable ordure même… souffla-t-il.

Harry vit immédiatement rouge et se leva de sa chaise si vite qu'il la fit basculer par terre. Regulus savait que ce n'était pas malin de parler ainsi de James devant son fils, mais il fallait que le garçon sache la vérité. Regulus avait appris à apprécier James, s'en était même fait un très bon ami. Mais il ne pouvait pas oublier la douleur et l'humiliation qu'il avait fait subir à Severus… Ni la pardonner vraiment. Heather avait failli mourir dans cette histoire. Et ça, Harry devait le comprendre pour mieux l'accepter.

- Je vous interdis de parler de mon père de la sorte ! rugit le Gryffondor.

- Harry… commença Sirius en voulant l'apaiser. James était comme un frère pour moi, mais Regulus… il n'a pas tort… soupira-t-il, honteux.

Harry tourna son regard furieux vers son parrain qui sentit son cœur soudain lourd dans sa poitrine. Mais il fallait qu'il dise la vérité. Alors, Sirius commença à raconter toute l'histoire. Comment James, Remus, Peter et lui avaient, un beau jour, martyrisé devant toute l'école un garçon qui n'avait pourtant rien demandé. Sa seule erreur, être ami avec la fille que James convoitait. Harry secouait la tête, ne voulant pas y croire ni écouter.

- C'est la vérité, Harry, termina Sirius.

- Je ne te crois pas ! s'écria Harry.

- Heather a failli mourir ce jour-là, n'est-ce pas ? souffla Hermione à l'étonnement de tous.

Regulus leva immédiatement les yeux vers elle. Sirius hocha sombrement la tête. Avant de jeter un regard entendu à son frère. La suite, c'était à lui de la raconter. Hermione était très intelligente, elle avait sans doute déjà compris, mais la confirmation devait venir de lui. Au point où ils en étaient…

- Oui, répondit Regulus. Et j'imagine que tu sais déjà la raison, dit-il en la scrutant consciencieusement du regard.

- La fusion des âmes, répondit-elle, la voix tremblante. Vous êtes lié à elle à un point tel que l'on pourrait dire que vous ne formez qu'une seule et même entité. Vous êtes ami avec le professeur Rogue… Vous avez sûrement dû vouloir le défendre à ce moment… continua-t-elle en faisant montre de son génie.

- C'est exact, Miss Granger, répondit-il encore une fois.

S'il ne connaissait pas déjà quelqu'un d'aussi perspicace, il aurait été surpris par l'intelligence de cette jeune fille. Mais Heather était faite du même boit. C'était toutefois revigorant d'avoir affaire à une telle personne. Au moins il savait qu'il ne parlait pas dans le vide et qu'elle comprenait.

- J'ai reçu trois coups de la part de James. Tous ont fait mouche car je ne voulais pas donner une mauvaise image de ma maison. Je ne doute pas qu'elle ait ressenti la douleur de ces coups au centuple si ce n'est plus. Elle s'est effondrée au sol au dernier.

- Vous saviez déjà pour le lien ? demanda Hermione, curieuse.

- Oui… mais pas de ses conséquences dans de telles conditions, répondit-il affligé. A cette époque, elle et moi n'étions pas… ravis de ce lien. Nous nous détestions.

Hermione semblait le regarder, comme fascinée. Devant elle se tenait un homme à peine plus âgé qu'eux qui était censé être mort et également sensé avoir au moins le double de leur âge. Il était un mystère vivant et elle ne pouvait s'empêcher de vouloir le découvrir. Il ressemblait beaucoup à Sirius, il n'y avait pas de doute là-dessus. Toutefois, ses yeux étaient bien plus complexes. Les reflets variaient tellement souvent selon ses émotions. Des yeux qui se faisaient acier ou bien bleus selon son humeur… Quand il parlait du passé, la tristesse semblait rendre à ses yeux une couleur de nuit, quand il parlait de Heather… ses yeux étaient resplendissants. Comme si une flamme s'allumait dans son regard.

- Ce jour-là, je pense que c'est nous qu'elle a le plus détesté, reprit Sirius. Rogue est également un ami qui lui est très cher. Quand j'ai voulu l'aider à se relever, elle m'a repoussé avec toute la force de la rage…

- Tu ne peux pas vraiment me le reprocher, Sirius, déclara une voix à l'entrée de la cuisine.

Heather se tenait là, debout, son fils dans ses bras. Elle avait les traits tirés par la fatigue, mais semblait suffisamment en forme pour se tenir debout et venir les rejoindre. Elle se dirigea vers Regulus au moment où le bébé se mit à gigoter. Regulus sourit et tendit les bras, pour recevoir son fils avec douceur. Les trois élèves la regardaient sans vraiment la reconnaître. Devant eux, ce n'était plus le professeur Svetlana Rävens. Mais la jeune femme sur les photos qui semblaient si importantes pour Sirius.

- Non, répondit Sirius. Nous étions jeunes et immatures…

- Stupides, tu veux dire, le taquina Heather avec un sourire en coin.

- D'accord ! râla Sirius. Nous étions des imbéciles finis ! Tu es contente ?

Heather éclata de rire tandis que Regulus souriait en berçant le bébé. Cette petite boutade entre eux semblait détendre l'atmosphère. Regulus jeta un coup d'œil vers les trois Gryffondors qui n'avaient pas dit un mot depuis l'arrivée de Heather. Ron ouvrait et refermait la bouche comme un poisson hors de l'eau. Le sang de Vélane semblait avoir un effet assez fort sur lui, apparemment. Hermione semblait analyser la scène comme s'il s'agissait d'un problème d'arithmancie à résoudre et Harry… Harry était complètement subjugué par sa marraine.

- Bonjour jeunes gens, dit-elle finalement en s'asseyant à côté de Regulus. Je suis navrée de vous avoir maintenu dans cette comédie, mais nécessité faisait loi.

- Pas de doute, c'est bien la fille de Dumbledore, marmonna Ron.

Heather sourit à ce commentaire. Elle ne se rendait pas toujours compte de l'influence qu'avait eu son père sur elle. Parfois, elle prenait conscience de certaines mimiques, certaines tournures de phrases qu'elle tenait de lui, toutefois, l'entendre de la bouche de quelqu'un d'autre la rendait fière. Elle était fière que Dumbledore l'ait élevée, adoptée.

- Je peux tenir mon neveu ? demanda Sirius à Regulus qui lui passa le bébé avec indulgence. Pauvre enfant, il est aussi laid que sa maman ! taquina Sirius.

Heather lui donna un coup de coude, amusée par la boutade. En regardant ce petit ange dormant dans les bras de Sirius, il était évident que personne ne penserait à l'adjectif « laid » pour le qualifier. Au contraire. C'était un bébé magnifique, quoiqu'un peu petit.

- Que faisiez-vous à Poudlard, hormis protéger Harry, bien sûr ? demanda finalement Hermione.

- Ça, c'est une discussion qui devra encore attendre un peu, je le crains, sourit Heather de façon très énigmatique. Attendre que Harry et même vous trois, soyez suffisamment doués en occlumancie, conclut-elle.

- Qui va reprendre mon entraînement ? demanda Harry, qui craignait déjà de voir apparaître Rogue.

- Moi, répondit Regulus. Mais je te préviens, ce ne sera pas une partie de plaisir.

Les trois amis se regardèrent, tentant de jauger ce nouvel individu qu'ils ne connaissaient que par les histoires que racontaient Sirius. La conclusion était qu'ils ne savaient vraiment pas à quoi s'attendre. Serait-il aussi peu indulgent que Rogue ? Il ne semblait pas être du genre à laisser passer l'échec… mais en même temps, il semblait si doux quand il regardait son fils et Heather…

- Ne les traumatise pas, souffla Heather avec un sourire taquin.

Regulus leva les yeux au ciel. Il n'était pas aussi mauvais pédagogue qu'elle voulait le faire croire. La preuve, il avait bien réussi à lui apprendre. Certes, ce n'était pas la manière la plus répandue, mais elle avait été efficace. Et puis, il se permettait des choses avec elle qu'il ne ferait certainement pas avec d'autres.


Les jours qui suivirent ne furent pas de tout repos pour les trois adolescents. Quand ils ne révisaient pas des sorts de défenses compliqués avec Heather et Sirius, leurs nerfs étaient mis à rude épreuve par Regulus lors de séances d'occlumancie particulièrement épuisantes. Au cours de ces séances individuelles, Heather passait parfois en amenant un petit rafraichissement pour permettre à l'adolescent de faire une pause. Si Hermione avait quelques difficultés, elle n'en était pas l'élève la moins intéressante. Harry semblait avoir un sérieux blocage avec l'occlumancie, mais étant donné les séances passées avec Rogue, Regulus trouvait cela plutôt naturel. Ron, par contre, était celui qui l'avait le plus surpris. Le rouquin, d'ordinaire assez médiocre, il fallait l'avouer, se révélait un virtuose dans le domaine. Il faisait des progrès époustouflants en peu de temps, ce qui tendait à mettre Hermione un peu aux abois. Evidemment, son égo supportait mal de ne pas être la meilleure.

- On va s'arrêter là pour aujourd'hui, soupira Regulus en se massant le crâne.

Hermione était exténuée, les joues rosies par l'effort et les yeux brillant de combativité et d'orgueil blessé. Regulus aurait aimé pouvoir faire quelque chose pour lui faciliter la tâche, mais il était bien compliqué de trouver comment. Elle n'avait tout simplement pas le don pour cela. Elle devrait travailler encore plus que ses deux amis. Mais la pauvre adolescente voyait cela comme un échec, un affront à son intelligence.

- Hermione, l'interpella-t-il avant qu'elle ne quitte la pièce.

Elle s'arrêta devant la porte, les épaules raides et le souffle court, annonçant une crise de larmes prochaines dues à la fatigue et l'énervement. Elle se retourna toutefois en montrant un front vaillant et en carrant les épaules.

- Pourquoi es-tu si soucieuse d'être la meilleure en tout ? demanda-t-il tout simplement en liant ses mains devant lui, appuyé sur ses genoux alors qu'il n'avait pas bougé de son fauteuil dans la bibliothèque.

- Je…

- Tu n'as pas besoin de prouver ta valeur, enchaîna-t-il. Ceux pour qui tu comptes la connaisse déjà. Arrête d'en faire trop. Essayer trop fort ne garantit pas toujours le succès. Parfois cela conduit à un échec encore plus cuisant.

- C'est que…

- Tu as l'impression de ne pas être légitime dans ce monde et donc tu veux tout faire pour prouver le contraire, sourit-il avec mélancolie. Je connais une autre personne qui avait ce problème avant de s'affirmer et d'envoyer paître tous ceux qui disaient le contraire. Aujourd'hui elle se moque bien de l'opinion des autres.

- Qui est-ce ? demanda Hermione, un peu plus calme.

- Demande donc à Apodis comment ce sont passées ses années à Poudlard, sourit-il à nouveau. Je pense que ça te permettra de relativiser en bénéficiant de son expérience.

Hermione demeura silencieuse avant de finalement acquiescer. Si elle avait remarqué que tous l'appelaient Heather hormis Regulus, elle n'en avait jamais demandé la raison. Elle pensait avoir trouvé la réponse d'elle-même. L'habitude. Il l'avait plus longtemps appelée Apodis que Heather. Du reste, la concernée ne semblait pas détester ce nom non plus. Elle nota dans un coin de sa tête de lui demander plus tard.

Quand elle sortit de la bibliothèque, elle était un peu plus calme et commençait déjà à réfléchir aux conseils de Regulus. Cela faisait maintenant une semaine qu'il lui enseignait l'occlumancie à raison de deux leçons de deux heures par jour, tout comme pour Harry et Ron. C'étaient ces heures-là qui étaient les plus dures pour elle. Elle appréciait les leçons de Sirius et Heather qui étaient animées et pleines de bons conseils. Pour elle, c'était tellement plus simple que l'occlumancie.

Les garçons venaient de finir leur entraînement avec Sirius et Heather et arrivèrent en même temps qu'elle devant la porte de la cuisine. Ils étaient en sueur mais rayonnants. Hermione tenta de cacher son désarroi, mais ses amis ne furent pas dupes.

- Ça s'est mal passé ? demanda Harry en s'asseyant à table avec Ron et elle.

Elle ne voulait pas vraiment en parler. Aussi secoua-t-elle la tête en espérant que ces deux amis comprennent et lâche l'affaire. Ron allait insister mais un coup de pied dans le tibia de la part de Harry l'en dissuada. Il grommela en se massant le tibia.

A ce moment, Sirius et Heather entraient à leur tour dans la cuisine, rejoints peu après par Regulus. Heather lui adressa un sourire resplendissant avant de se diriger vers le four pour surveiller la cuisson du repas qu'ils n'allaient pas tarder à engloutir. Harry engagea rapidement la conversation avec Sirius que Ron rejoignit rapidement suivit par Regulus. Heather resta en retrait un instant et observa Hermione qui ne semblait guère d'humeur à rire avec ses amis.

- Hermione, lui souffla-t-elle en se penchant légèrement vers elle. Viens avec moi, veux-tu ?

Ce n'était bien évidemment pas une question, mais le ton amical et conciliant de la jeune femme suffisait à ce que tout le monde accepte de faire ce qu'elle demande. Hermione se leva en silence et suivit la jeune femme hors de la cuisine. Harry remarqua leur départ et allait poser une question quand Regulus le devança.

- Hermione a besoin de dédramatiser et Apodis est sans doute l'une des seules personnes qu'elle écoutera, expliqua-t-il. Elles sont faites du même bois et ce que Hermione ressent en ce moment, Apodis l'a déjà vécu.

- Mais qu'est-ce qu'elle a exactement ? demanda Ron.

- Hermione est une sorcière très douée, mais il ait parfois des choses que l'on est incapable de faire.

- L'occlumancie ? hasarda Harry.

Regulus acquiesça silencieusement. Ce n'était pas à lui de rentrer dans les détails. Si les deux garçons voulaient en savoir plus, ils allaient devoir convaincre Hermione de se confier à eux. Et d'après ce qu'il savait de la jeune fille, ce ne serait pas une mince affaire. Elle ne semblait pas vouloir avouer ses faiblesses librement. Une grande fierté faisait partie des traits majeurs de son caractère. Une parfaite Gryffondor.

- Harry, tu te rappelles en troisième année, commença Ron.

- Oui, elle a abandonné la divination après que Trelawney lui ai dit qu'elle n'avait pas le don.

- Ça n'est pas étonnant, répondit Regulus. L'occlumancie et la divination, même si ce n'est pas la même chose, puisent dans le même genre de magie. Celui de l'esprit. Il semblerait que ce soit une particularité de l'art que votre amie ne possède pas. Mais là encore, beaucoup de sorciers ne peuvent en disposer à leur bon vouloir.

- Ce qui veut dire ? demanda Ron qui avait décroché assez rapidement.

- Que la magie liée à l'esprit est un art compliqué, résuma Sirius.

- Tu la maîtrises, toi ? demanda Harry.

Sirius grimaça et Regulus eu la délicatesse de ne rien dire et de ne surtout pas rire. En vérité, ce n'était pas très drôle. Il se souvenait encore de leurs cours communs avant leur entrée à Poudlard. Ils avaient un précepteur dédié spécialement à développer leurs dons magiques… et surtout celui le plus sombre. Si lui avait excellé dans le domaine, Sirius avait été très dissipé et réfractaire à cet enseignement. Ce qui lui avait valu maintes punitions plus ou moins pénibles. Non, ce qui le faisait intérieurement rire, c'était la grimace de Sirius qui n'aimait pas avouer ses lacunes.

- Et bien… hum… non, fit-il gêné. Je n'ai pas ce don… mais Reggie en a à revendre. Il n'aurait pas pu être un espion à notre solde sans cela.

- C'était dur ? demanda Ron en tournant son attention sur Regulus.

- Je… n'aime pas en parler… souffla Regulus, soudain plus pâle.

Harry fronça les sourcils. Regulus semblait toujours si sûr de lui. Et pourtant, à cet instant, il semblait complètement démuni. Il semblait avoir rajeuni, lui qui ne faisait déjà pas son âge. Toutefois, il pouvait facilement imaginer ce qu'il avait dû subir ou faire, et il en fallait bien moins pour rendre tout homme fou ou malade.

- Comment se fait-il que vous sembliez avoir la vingtaine alors que vous devriez avoir plus de trente ans ? demanda finalement Harry pour changer de conversation.

- C'est dû à ce qu'il nous est arrivé. Nous avons été projetés dans une autre dimension, le passage entre la vie et la mort. Le concept de temps, là-bas, n'existe pas. Alors que je devrais avoir trente-six ans, je n'en ai en réalité que vingt-trois.

- Woah, souffla Ron, totalement estomaqué. Ça doit faire tout drôle, non ? De revoir vos amis et de constater que vous avez plus de dix ans de moins.

Regulus acquiesça en silence. Il avait encore du mal à se remettre du sujet de la dernière conversation. Il était certain que cette nuit même, de vieux cauchemars reviendraient le hanter.


Heather entraîna Hermione dans le salon. Un berceau y avait été installé pour le petit Valerius qui dormait à ce moment à poing fermé. Heather se pencha un instant au-dessus pour l'admirer avec les yeux d'une mère dévouée. Puis elle alla s'asseoir avec Hermione sur le canapé.

- Quelque chose te trouble, commença Heather. Veux-tu m'en parler ?

- C'est que… commença Hermione, incertaine.

Heather sourit et posa ses mains sur les siennes. Elle avait l'impression de se voir elle, plusieurs années en arrière. Elle aussi doutait et avait besoin d'être rassurée à cette époque. Elle avait eu la chance d'avoir la sagesse de Dumbledore dans ces moments-là, ainsi que l'aide précieuse de Lily et Lucinda, et parfois les Maraudeurs. Et bien évidemment, Regulus.

- Hermione, sourit-elle gentiment. Personne n'attend que tu sois parfaite, tu sais, la rassura-t-elle. Tu es une sorcière formidable, mais comme tout le monde, tu as des faiblesses, des défauts. C'est ce qui te rends humaine.

- Je sais mais… pourquoi eux réussissent-ils et pas moi ? Est-ce que c'est mon ascendance qui…

Heather posa immédiatement un doigt sur ses lèvres pour lui intimer le silence. Voilà donc le nœud du problème. Hermione avait dû être tellement rabaissée aux vues de sa famille qu'elle avait été fragilisée dans sa confiance en elle-même. Heather était assez familière avec la chose pour pouvoir lui donner de précieux conseils.

- Ça n'a rien à voir avec ton sang, lui assura-t-elle. Sirius est assez mauvais dans le domaine de l'occlumancie et j'ai dû travailler très dur pour arriver là où j'en suis, affirma-t-elle. Certaines personnes ont des facilités et d'autre non. Cela ne dépend aucunement du sang mais plutôt d'une affinité particulière.

- Affinité que je n'ai pas, déplora-t-elle.

- Non, c'est vrai. Mais tu vas persévérer sans te mettre la pression, Hermione, dit-elle sûre d'elle. Tu vas continuer à t'entraîner et cesser de te lamenter et de te croire incapable d'y arriver parce que les premiers essais n'ont pas été concluant.

Hermione prit ses paroles de plein fouet. Elle rougit puis baissa la tête avant de prendre une longue inspiration. Heather avait raison, elle le savait, mais c'était tellement difficile de se remettre en question après cet échec cuisant, elle qui arrivait généralement à tout faire du premier coup. En un sens, elle n'avait peut-être pas vécu suffisamment d'échecs pour savoir comment les surmonter. C'était une chose sur laquelle elle devrait méditer quelque peu.

- Merci, fit-elle finalement, se sentant légèrement mieux.

- Mais je t'en prie, sourit Heather. Et maintenant, as-tu faim ? Moi je crie famine, sourit-elle en se levant.

Hermione demeura encore quelques minutes assise avant de sourire et de se lever, un regain de confiance en elle l'animant et la faisant rayonner. Quoi qu'il arrive, elle persévèrerait et ne se laisserait pas abattre. Elle suivrait l'exemple de Heather qui était un modèle pour elle. Dans la cuisine, quand elle y entra, régnait l'odeur d'un repas alléchant, la légèreté et les rires d'amis dans une ambiance conviviale à laquelle elle n'eut plus aucun mal à se mêler.


Le jour du retour à Poudlard, c'était sans doute la première fois que Harry rechignait à retourner à l'école. Il avait passé tellement de bons moments avec sa famille, avec ses amis, qu'il avait le cœur lourd à l'idée des mois qui l'attendait là-bas : une Ombrage qui lui ferait vivre l'enfer sans personne pour l'aider, une ambiance sombre et déprimante, et des cours de Défense qui n'avaient de cours que le nom. En quelques jours, Heather et Sirius lui en avaient appris bien plus que les heures interminables à potasser des bouquins sous le regard mauvais d'Ombrage.

- J'ai hâte que les prochaines vacances arrivent, soupira-t-il alors qu'il s'apprêtait à quitter la maison, accompagné de Arthur.

- M'en parle pas… grommela Ron en hissant sa valise jusqu'à l'entrée.

- Au moins on a pu rattraper un peu de retard, souffla Hermione en jetant un regard en direction de Heather qui discutait silencieusement avec Regulus.

- Vous êtes prêt ? s'enquit Arthur, la main sur la clenche de la porte.

Les trois amis soupirèrent avant de hocher la tête de concert. Sirius les salua chaleureusement en leur intimant de ne rien oublier de ce qu'ils avaient appris pendant ces quelques jours et Regulus hocha simplement la tête à leur attention. Son regard croisa celui de Hermione et il lui sourit gentiment, un geste encourageant pour la sorcière qui avait fini par faire quelques progrès en occlumancie.

- Continue à avancer sur la bonne voie, lui dit-il. Tu y es presque.

- Merci, rougit-elle avant de se détourner et d'attraper sa malle.

Elle allait se retourner pour remercier une nouvelle fois Heather et lui dire au revoir quand elle remarqua que cette dernière avait de nouveau endossé les traits de Svetlana Rävens et attaché sa cape autour de ses épaules. Hermione lui sourit, heureuse de comprendre qu'elle allait les accompagnés jusqu'à ce qu'ils montent dans le train. Arthur sembla un peu inquiet, mais la jeune femme balaya de la main ses inquiétudes avant qu'il ne puisse leur donner voix. Sirius et Regulus, qui portait son fils dans ses bras, leur firent un signe de la main avant que la porte ne se referme.

- Ce serait tellement bien si on pouvait s'entraîner de nouveau avec les membres de l'AD, soupira Hermione.

- Avec Heather en tant que professeur, ajouta Ron qui en rêvait presque.

- Malheureusement, on sera surveillé de tellement près qu'Ombrage saura tout jusqu'au nombre de fois où on se gratte le nez, marmonna Harry.

Heather écoutait en silence la discussion maussade des amis au sujet d'Ombrage. Elle ne pouvait d'ailleurs qu'être d'accord avec eux. Si Ombrage souhaitait les empêcher d'apprendre à se défendre, elle n'agirait pas différemment. Le ministère était corrompu, elle en avait eu la certitude bien avant son voyage dans l'autre dimension. Et à présent, elle n'avait aucun doute sur l'allégeance d'Ombrage. Elle n'était pas de leur côté. Et savoir qu'à présent elle était la directrice de Poudlard… Des temps bien sombres en effet. Et le pire était qu'elle ne pouvait rien y faire. Elle ne pouvait pas retourner à Poudlard… Pas officiellement en tout cas. Elle aurait pu s'y infiltrer, mais pour cela, elle aurait eu besoin de la carte des Maraudeurs, et l'avoir signifiait que Harry ne pourrait plus se reposer sur elle en cas d'ennuis. Il y avait cependant un autre moyen…

Toute à ses réflexions, elle salua une dernière fois le trio qui montait dans le train. Elle leur adressa un sourire chaleureux alors que le train commençait à s'ébranler. Arthur, à côté d'elle, regardait également le train partir. Un peu plus tôt, ses jumeaux et sa benjamine étaient montés eux aussi dans le train après avoir embrassé leur mère qui se tenait maintenant à côté d'Arthur. Heather pouvait lire l'inquiétude sur son visage. Ce n'était guère étonnant, quand on savait ce qui se tramait à Poudlard.


Quand elle retourna dans la demeure des Black, elle fut accueillie par des cris strident dans le couloir de l'entrée et un Sirius qui jurait comme un charretier en tentant de refermer les rideaux qui cachaient d'ordinaire le portrait de Walburga. Regulus sortait de la cuisine, les sourcils froncés, les pleurs du bébé se mêlant à la cacophonie ambiante. Heather soupira.

- Ça faisait longtemps, marmonna-t-elle.

- Traitre à ton sang ! Fils indigne ! hurlait Walburga. J'aurais préféré que Regulus survive et que tu trépasses ! Espèce de… elle s'interrompit dans sa diatribe en lâchant un hoquet de stupeur.

Elle venait d'apercevoir Regulus. Il faut dire que, depuis leur arrivée, ni l'un ni l'autre ne s'était fait surprendre par le portrait maudit de cette femme impossible. Voir Regulus venait de la rendre complètement muette, sa bouche s'ouvrant et se refermant à l'image d'un poisson hors de l'eau.

- Regulus… tu es vivant… souffla-t-elle, estomaquée. Et… qui est cet enfant ?

Regulus jeta un regard à son fils qui continuait de pleurer dans ses bras et qu'il ne parvenait pas à calmer. Heather vint à son secours et lui prit son fardeau pour le bercer en lui murmurant une douce berceuse. Walburga ne mit pas longtemps à connecter les divers indices.

- Tu as eu un enfant, la lignée est sauve ! s'écria-t-elle soudain pleine de fierté.

- On pourrait penser qu'après la façon dont tu es supposé être mort, elle t'aurait renié comme Sirius, commenta Heather.

Regulus leva les yeux au ciel et reporta son regard sur le portrait de sa défunte mère. Sirius avait profité de la distraction pour disparaître, sûrement une bonne idée. Walburga la fusilla du regard et commença à l'invectiver et l'insulter. Aucunes ne firent mouche, Heather ne lui prêtait pas attention.

- Mon fils n'aurait jamais trahi la juste cause ! termina-t-elle sa diatribe.

- Elle se voile vraiment la face, hein ? souffla Heather à Regulus qui haussa les épaules.

- Elle ne supporte pas l'idée qu'aucun de ses fils ne partage sa vision, répondit-il simplement. Mère, vous auriez tort de ne pas croire ce qui vous a été rapporté. Je n'ai jamais suivi Voldemort et j'ai travaillé contre lui dès le début, conclut-il.

- Tu l'as corrompu ! hurla Walburga à l'attention de Heather qui se contenta de sourire.

Regulus marmonna un sort que Heather ne parvint pas à relever et les rideaux se fermèrent, prodiguant une barrière presque imperméable à la voix de la marâtre furibonde. Puis il se tourna vers elle. Elle lui sourit, prenant son expression la plus convaincante d'innocence.

- Il fallait absolument que tu rajoutes de l'huile sur le feu, hein ? dit-il, mécontent.

- Désolée, c'était plus fort que moi, fit-elle à moitié repentante.

Regulus soupira avant de se diriger vers le salon pour se servir un verre. Il préférait ne pas répéter l'expérience trop souvent. Même morte, sa mère parvenait encore à enquiquiner son monde. Heather le rejoignit, couchant Valerius dans le berceau qui avait trouvé sa place dans un coin de la pièce. Une fois le bébé bordé, le berceau commença à bouger lentement, berçant son occupant avec diligence.

- Tu as toujours été douée en sortilèges, nota-t-il.

- Pas plus que ça, répondit-elle en s'asseyant en tailleur sur le bras du canapé.

Pourquoi Heather continuait à balayer de la main ses habilités certaines, il n'en avait aucune idée. Ce n'était pas non plus de la fausse humilité. Elle croyait vraiment qu'elle n'était pas aussi prodigieuse que les gens pouvaient le penser. Certes, elle n'était pas parfaite, mais ses exploits parlaient d'eux-mêmes.

- Tu sais, tu n'as pas besoin de me complimenter pour parvenir à tes fins, sourit-elle, soudain aguicheuse.

Regulus sourit dans son verre avant de le reposer sur la table pour se rapprocher d'elle. Comment une femme aussi extraordinaire et bienveillante qu'elle avait-elle pu tomber amoureuse d'un pauvre fou comme lui. Il n'en avait pas la moindre idée, mais il ne s'en plaignait pas. Quand ses lèvres entrèrent en contact avec les siennes, il ferma les yeux et se laissa porter par le tourbillon de sentiment qui l'animait. Il oublia tout… sauf elle.

- As-tu réussi à trouver les Horcruxes restants ? souffla-t-elle finalement.

Il soupira. Il ne pouvait pas lui en vouloir de vouloir se montrer raisonnable et vouloir provoquer la chute de Voldemort le plus tôt possible. Il avait continué à faire quelques recherches quand elle se reposait et avait continué le temps qu'elle accompagne le trio à leur train, profitant du calme relatif de leur fils.

- Dumbledore a détruit la bague, l'informa-t-il, taisant cependant le prix que ce pauvre fou payait à présent. Le journal qu'il tenait à Poudlard a été détruit, probablement l'un des premiers Horcruxes qu'il ait créé…

- L'anneau des Gaunt, son journal, le loquet de Serpentard et Nagini, je comprends, dit-elle, pensive. Harry, je le comprends aussi, c'est un transfert inattendu. Mais pourquoi le diadème de Rowena Serdaigle ?

C'était une question parfaitement logique. Jusqu'à présent, les Horcruxes suivaient un pattern. Ils avaient un lien avec Serpentard, ou bien Voldemort lui-même. Mais le diadème ne rentrait dans aucune de ces deux catégories. Harry était un cas à part qu'aucun d'eux ne voulait pour le moment soulever. Ils devaient encore trouver un moyen de détruire le Horcruxe sans que le garçon y reste.

- Le diadème de Rowena Serdaigle est également un héritage, souffla Regulus. Voldemort semble attaché à cette notion.

- Tout en corrompant par la même occasion l'héritage d'une opposante à Salazar ? ajouta Heather.

- C'est une possibilité. Et si l'on admet cette théorie, pourquoi ne serait-ce pas le cas d'un autre objet de ce genre ?

- Tu veux dire… un héritage lié à un des fondateurs de Poudlard ? releva Heather en souriant soudain, comprenant à quoi Regulus pensait.

- Ça ne peut évidemment pas être l'épée de Gryffondor, il nous reste donc…

- La coupe de Poufsouffle, dirent-il à l'unisson.

Ce moment de joie fut cependant de courte durée car la possibilité de trouver un tel objet était quasiment nulle. Comme ils l'avaient supposé auparavant, le Horcruxe avait sûrement été confié à Bellatrix et était sûrement enfermé dans son coffre à Gringott. Heather fronça les sourcils. Il devait sûrement y avoir un moyen de récupérer ce fichu Horcruxe, non ?

- Il est peut-être temps de faire éclater la vérité ? souffla Regulus.

- Tu es fou ?! s'écria-t-elle en bondissant sur ses pieds. Si Voldemort apprend que nous sommes vivants…

- Il finira bien par l'apprendre, répondit-il calmement. Et si cela nous permet de détruire un autre Horcruxe, c'est peut-être le prix à payer.

Elle plongea son regard dans le sien. Ce qu'elle y vit la fit frissonner. Il était vraiment sérieux. Était-il à ce point désespéré de mettre un terme à tout ça ? Elle pouvait le comprendre, elle non plus n'aimait pas se cacher comme une paria. Elle aussi elle voulait pouvoir vivre au grand jour, sortir comme toute personne normale, avoir une vie en dehors des mensonges. Mais pas comme ça… pas au risque de tant de vies.

- Tu comptes vraiment mettre le feu aux poudres, soupira-t-elle. Tu es conscient qu'il sera par la même occasion au courant de ce que nous faisons ?

- C'est un risque à prendre. On peut débarrasser le monde entier de la menace de Voldemort en l'espace de quelques mois.

- En déclenchant une guerre ouverte ? fit-elle dubitative. Non, désolée, mais je ne marche pas ! C'est hors de question. Bon sang, Reg ! Pense à ton fils ! Tu veux en faire un orphelin ?

Regulus serra les dents. Il se détourna. Il ne pouvait pas en vouloir à Heather de penser différemment. Merlin savait qu'il aurait aimé que les choses se passent autrement, mais il ne voyait plus d'autre issue à ce combat, ce jeu d'ombres. Leur seule chance était de détruire tous les Horcruxes et affaiblir Voldemort pour pouvoir le vaincre.

- Je sais que tu désires plus que tout la chute de ce monstre, souffla finalement Heather en reprenant son calme. Mais agir de façon aussi insouciante ne fera que nous compliquer la tâche. Voldemort ne doit pas apprendre que nous avons compris son secret. C'est le seul moyen de pouvoir le prendre par surprise.

- Tu sais… je déteste quand tu as raison, déclara-t-il finalement en capitulant.

- Arme-toi de patience, mon amour, on y arrivera ensemble, sourit-elle en se glissant entre ses bras. Il y a toujours une solution, il suffit de changer de perspective, conclut-elle en lui faisant une œillade.

- Qu'est-ce que tu as en tête ? s'enquit-il, sa curiosité piquée.

Elle se contenta de lui sourire avant de quitter le salon. Regulus attendit quelques secondes avant de jurer et de se lancer à sa poursuite. Parfois il détestait qu'elle parvienne à le mener à la baguette.


Fin du Cinquante-Troisième Chapitre