Chapitre 55 : Juste un petit enlèvement
Harry retint son souffle quand le professeur McGonagall releva la liste des élèves qui restaient pendant les vacances de Pâques, alors qu'il n'y avait pas mis son nom, mais elle ne sembla rien avoir à en dire. Il ne voulait pas avoir à répondre à des questions, puisque Sirius était toujours officiellement un meurtrier en cavale, même si le Ministère ne faisait absolument aucun effort pour l'attraper (ses discussions sur le sujet avec Hermione avaient été concises et nerveuses).
L'étape suivant était un peu plus délicate. Il attendit que Drago ait fini de manger et quitte la Grande Salle seul, avant de se glisser dans le hall d'entrée après lui.
- Drago.
Drago se retourna et le regarda d'un air froid.
- Oui ?
- Est-ce que tu as encore cette – un élève de première année passa près d'eux et Harry s'interrompit – fausse baguette ?
- Il se trouve que oui.
- Elle vient d'un sorcier adulte ?
- En effet.
- Je peux te l'emprunter ?
- Si je peux emprunter ta cape à l'occasion.
Harry fronça les sourcils.
- Je pensais aussi, dit Drago en hochant la tête.
- Oui, dit Harry en essayant de ne pas trop y réfléchir.
Drago l'observa avec une grande attention. Harry haussa les épaules.
- Je l'aurai pour toi demain.
Harry allait séjourner dans une maison sorcière avec une baguette sans Trace. Ça n'avait pas trop d'importance pour lui que la baguette ne l'aime pas particulièrement – au lieu de vives étincelles rouges et orange, des gouttelettes de lumière violette tombèrent paresseusement de la baguette quand il l'essaya. 'Paresseuse' semblait un bon moyen de décrire la personnalité apparente de cette baguette – elle faisait ce qu'il lui demandait, à peu près, au bout d'un moment, s'il criait suffisamment fort et se concentrait beaucoup, mais elle n'avait rien de la sensation chaude et lumineuse d'utiliser sa propre baguette.
Harry ne parla à personne de ses projets pour les vacances de Pâques, selon les instructions de Sirius. Au lieu de cela, il prépara son sac après que tout le monde fut allé se coucher, avec des affaires pour une semaine et quelques trucs et machins qui tenaient à peine dans sa malle. Son sac, qui se trouvait être Extensible depuis quelques jours, accepta le lot sans protester. Harry et sa cape d'invisibilité se glissèrent dans le train juste avant le départ, et il passa le trajet inconfortablement planqué dans le couloir du train.
C'était un bon exercice, se dit-il pour se donner du courage, de camouflage et de discrétion. Même s'il se sentait un peu idiot.
Harry se glissa dans les toilettes de la partie moldue de King's Cross et redevint visible. Et se planqua. Inconfortablement.
- Bonjour, Harry, dit une voix discrète, presque recouverte par le brouhaha de la gare. Harry se retourna et resta pétrifié.
- Professeur Lupin ?
- Je t'ai dit de m'appeler Remus, dit son ancien professeur, toujours l'air fatigué et soucieux, mais avec un petit sourire sur le visage.
- Je pensais – Harry regarda autour de lui. Qu'est-ce que vous faites ici ?
- Je suis venu te chercher. Lupin – Remus – sourit. Patmol réussit encore à me faire marcher dans ses mauvais plans, on dirait.
- C'est un excellent plan, protesta Harry.
- Viens, Sirius m'a dit que tu savais comment t'y prendre avec les voitures et les bus.
- On peut prendre un taxi, proposa Harry.
- Sirius sera ravi, dit Lupin à moitié sérieux.
Dans le taxi, Remus regarda Harry avec calme et dit :
- Alors, comment Sirius a réussi à te faire marcher là-dedans ?
- C'est moi qui l'ai convaincu, dit Harry d'une voix ferme. Je voulais aller dans une vraie maison pour les vacances, juste au cas où je meurs pendant le Tournoi.
- Ce qui est très similaire à ce qu'il m'a dit, soupira Remus. Mais tu réalises que nous sommes en train de t'enlever, hein ?
Harry le regarda d'un air vide.
- Je rends visite à mon parrain pendant les vacances. Ce n'est pas un enlèvement.
- Il est toujours un prisonnier en fuite.
- Pas très en fuite.
- Et Dumbledore prend toujours ta sécurité très à cœur. La seule raison pour laquelle j'ai accepté de venir est que je savais que Sirius le ferait quand même sans moi, et alors personne n'aurait pu vous protéger.
Harry regarda Remus d'un air sévère.
- Est-ce que mon père vous a déjà dit que son boulot c'est de faire que vous vous amusiez ? Parce qu'on dirait que quelqu'un doit vous dire ça. On va aller affronter une maison entièrement remplie d'objets ensorcelés et de créatures. Ça va être magique.
Remus semblait dépassé par cet argument, et Harry s'adossa à la banquette, satisfait.
- Vous voulez un chocolat ? ajouta-t-il. C'est moi qui les ai faits.
- Avec plaisir, dit poliment Remus.
Remus passa le reste du trajet en taxi à dormir, ce qui était très bien, parce qu'il avait l'air d'en avoir vraiment besoin.
Le numéro 12 était toujours crasseux et horrible. Les principales différences étaient que le portrait de la mère de Sirius était couvert par un rideau, ce que Harry approuvait tout à fait, et que Kreattur ne vint pas leur ouvrir la porte. À la place ce fut Remus qui leur ouvrit, avant de dire avec un soupir :
- Si ça ne te dérange pas, Harry, je pense que je vais aller m'allonger un moment. Sirius devrait être dans les parages. Il a dit qu'il allait passer ses nerfs sur un des nids dans la salle de réception.
Harry hocha sagement la tête, et essaya de prétendre qu'il ne savait pas où était la salle de réception.
Harry passa les deux meilleures semaines de sa vie, sans hésitation. Sirius était de très bonne compagnie, dans le genre agressif, et lui raconta plein d'histoires à propos de son père. Kreattur boudait et Harry ne le vit presque pas, ce qui lui laissait les pleins pouvoirs sur la cuisine.
Le premier soir, Harry était assis à table avec Sirius et Remus ; Remus les avait laissés seuls toute la journée ("Je veux être reposé en cas d'urgence, pas me joindre à vos bêtises") quand Harry se rappela la contribution à la cause qu'il avait prévue.
- Tu es sûr que je ne peux pas faire de magie ? demanda-t-il à Sirius.
- Les risques ne valent pas le coup, dit Sirius. Et puis ça forme le caractère ou un truc de ce genre, ajouta-t-il avec un regard vaguement coupable à Remus.
Remus avait une certaine expression sur le visage quand Sirius donnait des conseils à Harry.
- Ben, j'ai fait ça à l'école, dit Harry. Ça ne compte pas comme faire de la magie ici.
Il sortit une fiole bleu clair de son sac et la versa doucement sur le sol poussiéreux. De la mousse de savon goutta de la fiole vers le sol, lentement, jusqu'à ce qu'une petite pile de la taille d'un petit chien se soit constituée.
La pile ouvrit de grands yeux bleus et ronronna, soufflant des bulles de savon en leur direction.
Harry dit :
- Euh. Ce n'est pas censé-
La pile de bulles de savon ronronna plus fort, et se mit à ramper sur le sol, laissant derrière elle un parquet propre et ciré.
Sirius éclata de rire.
- Tu penses que c'est dangereux ? demanda Remus, dissimulant son expression derrière un verre d'eau.
- … c'est juste une potion de bulles frottantes, dit Harry d'une voix faible. C'est juste censé nettoyer une surface jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien à nettoyer. Euh.
- Jamais entendu parler de ça, dit Sirius. On pourra toujours la faire disparaître si elle pose problème.
Il se révéla que la pile de savon ne causait pas trop de problèmes, du moment qu'on lui donnait suffisamment d'eau. Elle entreprit de chasser la poussière dans toute la maison, se révéla assez douée pour cirer et polir les surfaces, et ne semblait aucunement pressée de disparaître.
- Je crois que j'ai mis trop de magie dedans, dit Harry estomaqué, alors que sa création en bulles de savon poursuivait Kreattur dans le couloir du premier étage quelques jours plus tard.
- C'est le truc le plus fabuleux que j'ai vu depuis des années, dit Sirius. Alors, comment elle s'appelle ?
- … eh bien, dit Harry, elle ronronne. On pourrait l'appeler Chaton.
- Parfait, Chaton, acquiesça Sirius.
Et ce fut décidé ainsi.
