CHAPITRE 46 : UNE PROMESSE D'UN AMIRAL

Vêtu d'un caleçon blanc orné de motifs de cœurs, Borsalino se retourne sur le ventre pour la 55ème fois dans son lit, au milieu de son luxueux appartement. Le menton enfoncé dans son oreiller fétiche, il tente de trouver le sommeil pour quelques heures. Mais cela fait bien trois heures que le marchand de sable est aux abonnés absents malgré les appels désespérés du singe depuis son lit douillet. Avec l'altercation plus tôt dans la journée, il sait qu'il a dépassé les bornes et qu'il risque à présent son poste et sa carrière. Borsalino se retourne sur le dos et ouvre les yeux, fixant un point invisible sur son plafond quand des bruits sourds interrompent le silence de son habitacle. Jetant un coup d'œil à son réveil, Borsalino se redresse dans son lit en position assise et passe une main dans ses cheveux, réfléchissant à la journée qui l'attend. Il a tenté en vain de faire une sieste pour évacuer la fatigue et le stress…

- Booon…. Retour au traavail il me semble.

Il se lève paresseusement, puis utilisant son fruit du démon, il disparait à la salle de bain prendre une bonne douche froide, avant de se recoiffer et de s'habiller de son costard et de son immense cape d'amiral de la Marine. Il observe un instant son reflet dans le miroir et pose sur le bout de son nez, l'élément ultime de son look pétant : ses lunettes dorées. D'un mouvement de cape, il sort de la pièce d'eau et de sa chambre, la quittant à regret. Il traverse le couloir central l'air absent et se dirige vers le réfectoire pour prendre de quoi déjeuner ainsi qu'un bon café corsé. Il salue de la main les soldats et vice-amiraux présents, prenant à l'unisson une pause autour d'un café. Borsalino prend sa tasse et part à la machine pour se verser un bon café avant de chiper un croissant dans les cuisines. Il jette un regard ennuyé autour de lui, cherchant un journal ou une quelconque source de lectures le temps d'attente de son doux nectar.

Malheureusement, il n'a pas le temps d'en profiter qu'un petit soldat s'avance timidement vers Kizaru, un message en main.

- A-a-amiral Kizaru…. ? fait-il anxieusement.

- Mmhh… Ça dépend pour quoi … ? Qui le demande… ? réplique péniblement Kizaru en baissant les yeux vers le soldat.

Lentement, le soldat lui tend le papier à l'amiral, tremblant de tous ses membres.

- L'amiral en chef Sengoku vous convoque immédiatement à son bureau…

A la prononciation de son chef, Kizaru sent ses poils se hérisser de dégoût et ses sourcils se froncent de mécontentement, obligeant le soldat à reculer de peur de recevoir une sanction. Il finit néanmoins par reprendre un visage neutre et prend le message tendu par le soldat et le déchire devant lui.

- Trèès bien. Je preeends ma tasse et je m'y reends. Tu peeeux disposer, soooldat.

Le soldat le salue poliment et disparait rapidement hors du réfectoire. Borsalino retourne à la contemplation de sa tasse qui se remplit trop vite à son goût du liquide. Fatigué comme il est, il sent déjà qu'il va monter dans les tours si Sengoku l'échauffe de trop. A moins que ce ne soit pour le virer définitivement ou le rétrograder de la Marine. Il n'aura pas à augmenter, juste à écouter et faire ses valises avant de quitter Marineford. A qui manquera-t-il de toute manière s'il doit partir d'ici ? Entre Akainu qui ne cesse de lui rabâcher sa feignantise et sa lenteur au quotidien et Aokiji qui le chambre sur sa vie sexuelle, il n'a pas vraiment d'ami et de famille. A la seule pensée du mot « famille », Borsalino a un pincement au cœur et tourne la tête vers les soldats présents non loin. Il les envie tellement… Non pas pour leur grade et leur incapacité à survivre plus longtemps qu'un pirate de seconde zone à la prison d'Impel Down. Mais pour leur famille. La majorité d'entre eux est entourée d'une famille aimante avec une compagne, des enfants et des parents voire des grands-parents pour les plus chanceux.

Lui, n'a rien de cela, car sa seule famille a tout bonnement été détruite quand il était qu'un enfant, le laissant dans la solitude. Scrutant les dernières gouttes de café tombant dans sa tasse, Borsalino commence à se remémorer le pourquoi il s'est engagé dans la Marine.

Gamin, il vivait dans un bidonville d'une île à l'écart de la civilisation normale, des gens modestes et riches. Ces parents étaient sans travail depuis sa naissance et tous deux avaient quittés l'école après l'école primaire plus jeunes, pour aider leur famille dans les champs. Malgré tout, ils lui ont inculqués des bases importantes dans la lecture, le calcul et l'écriture espérant un meilleur avenir à leur fils. Cette triste vie a duré jusqu'à ses 8 ans, avant qu'un évènement tragique n'y mette fin : un terrible incendie a ravagé le bidonville, rasant toutes les habitations précaires de bois et de tôles recyclées. Borsalino a échappé à cette tragédie ayant décidé de franchir sa plus grande peur : celle de la ville dans laquelle ses parents lui avaient formellement défendu l'accès à cause de la méchanceté des gens à l'égard des « miséreux ». Ce jour-là, il s'est faufilé dans la ville par de petites rues, filant à toute vitesse entre les passants, volant de la nourriture et quelques bijoux pour les revendre. Il s'est réfugié dans la bibliothèque du village pour lire quelques livres, sous le seul regard bienveillant du village : la bibliothèque Marta, une vielle dame sans enfant, ni famille. Après de longues heures de lecture, Marta est venue le voir en panique et lui a montré l'immense nuage noir s'élevant au-dessus de la ville, provenant tout droit du bidonville. Ni une, ni deux, il a déguerpi vers sa maison, craignant le pire et malheureusement, en arrivant à l'entrée du bidonville, Borsalino est devenu l'unique enfant et survivant de cet « incident ». Devant lui, tout avait été carbonisé, ne laissant que les matériaux insensibles à la chaleur… Une odeur putride de viandes brûlées vives lui alors monté aux navires, le faisant aussitôt reculer comprenant immédiatement l'origine de cette odeur de mort. Le cœur retourné et en morceaux, il s'est enfuit à nouveau dans les ruelles, à la recherche d'un nouvel abri.

Désormais, il était le seul « miséreux » restant sur l'île et il en est certain : cet incendie n'avait rien d'accidentel. Il est persuadé d'avoir échappé à un complot de la part des villageois de la ville pour se débarrasser des pauvres qui les gênaient par leur simple présence. Cherchant une aide quelconque, il s'est aperçu à quel point les gens l'ignoraient tout simplement. Il n'est rien car il n'apporte rien à leur monde, à leur société et son sort leur importait peu. C'est finalement Marta la bibliothécaire, qui le prit sous son aile, prise de pitié pour ce jeune garçon à qui la vie n'avait fait aucun cadeau.

Dès le lendemain, Borsalino est devenu le fils de Marta sans que cela ne pose de problèmes à quiconque sur l'île. Après tout, il n'était qu'un enfant inoffensif et idiot comme ses parents alors ils n'avaient rien à craindre de lui.

Ainsi, Borsalino grandit auprès de cette femme jusqu'à sa majorité et prit la mer en s'engageant dans la Marie, se promettant de venir la voir régulièrement et lui offrir tous les cadeaux des îles qu'il visiterait. Malheureusement, il ne put jamais honorer cette promesse, car Marta fut assassinée dans sa modeste demeure par des malfrats venus la cambrioler, seulement 3 ans après son départ. Dès qu'il apprit la nouvelle, Borsalino se promit chaque enfant, chaque jeune soldat qui lui demanderait de l'aide et de toujours sourire à la vie, comme le faisait la vieille Marta. Après tout c'était elle qui lui avait redonné l'envie de vivre avec ses mots doux et paroles si réconfortantes : « Remuer le passé n'a jamais été une preuve d'intelligence… Mais agir sur l'instant présent pour protéger le futur en est une. Le monde te semblera plus ouvert quand tu ouvriras tes yeux ! ».

Au souvenir des mots de sa mère adoptive, Borsalino en lâche une petite larme qui vient se perdre sur sa joue puis disparaitre silencieusement sur son costard. Il récupère sa tasse pleine à ¾ de café et prend lentement le chemin du bureau de Sengoku, le cœur étrangement serré par l'angoisse.

- Quelle étrange sensation, pense-t-il furtivement tandis que ses pieds l'emportent vers le lieu de la rencontre avec le chef. Je n'avais jamais ressenti ça. Pourquoi maintenant …. ? Je n'ai personne à aider ici, et je ne manquerai à personne alors…. Que m'arrive-t-il ?

Il n'a guère le temps de se questionner davantage, car devant lui se redresse la porte du bureau de Sengoku. Resserrant sa prise sur sa tasse, Borsalino lève son autre main et frappe poliment trois coups sur la porte et attend l'ordre d'entrée. Qui ne vient jamais à son grand étonnement. Il attend patiemment et relève la main après plusieurs minutes d'attentes, quand la porte s'ouvre lentement sur Sengoku, le regard morne. Sans lui adresser la parole, Sengoku s'écarte et l'invite d'un signe de tête à entrer. Borsalino ne se fait pas prier et entre dans les quartiers. Vigilant, il va s'asseoir dans le canapé en face du bureau et regarde son supérieur, s'asseoir derrière son pupitre, toujours silencieux.

L'atmosphère est lourde, mais aucun des deux hommes n'osent prendre la parole, attendant que l'autre prenne la parole. Borsalino s'obstine et porte le nectar caféiné à ses lèvres, laissant le malaise s'installer. Sengoku finit par s'appuyer sur les coudes sur son bureau, retire ses lunettes et se pince l'arrêt du nez, embêté par la tension.

- Très bien, venons-en aux faits.. Si je t'ai convoqué….

- Vous alleeez me vireer, n'est-ce paaas ? geint Borsalino derrière sa tasse. Après tout, je l'aai mérité..

- … Non. A aucun moment, je n'ai pensé mettre fin à notre collaboration Borsalino.

L'amiral relève les yeux vers son supérieur, le visage surpris et les yeux brillant d'une étincelle de joie comme s'il venait d'annoncer la meilleure nouvelle de sa semaine.

- Après mûres réflexion, j'ai revu ma position, et la tienne concernant ma fille Melody. Et j'aimerais te demander une faveur si tu l'acceptes, poursuit Sengoku en regardant l'amiral dans les yeux. Mais avant cela, je souhaite te présenter mes excuses concernant les altercations que nous avons eu, toi et moi. Borsalino, j'ai porté des paroles et elles ont dépassé l'entendement. J'aimerais que nous repartions sur de bonnes bases, si tu acceptes mes excuses.

Borsalino se redresse pour s'appuyer confortablement dans le canapé, le regard dans celui de Sengoku. Pendant un instant, il sent cette impression de supériorité face à son chef et son ainé qu'il avait toujours respecté et admiré… Aujourd'hui, la réponse ne tient qu'à lui : doit-il pardonner le comportement de son chef… ? Ou lui tourner le dos en refusant les excuses… ?


Me revoilà ! Mon imagination reprend ses droits sur ma flemme :)

Mais n'avons pas trop vite. Je n'ai qu'un chapitre d'avance ! Donc je m'active pour écrire et poster régulièrement, avec un chapitre par semaine, plutôt en fin de semaine. Bisous à vous !

Chesca-Shan