Me revoilà !
J'espère que vous allez bien :)
A chaque fois j'ai l'impression que la fin se profile et à chaque fois je rallonge ma liste de chapitres... en tout cas, ça devient sérieux, il n'y a pas de doute ! Je suis vraiment confuse pour le temps de publication de ces dernières années : elles n'ont rien arrangé à la compréhension de la fic :/ Si vous vous sentez de relire du début, je vous conseille de le faire avant le prochain chapitre ! Sinon, je pense poster un résumé assez précis des trois axes, donc vous bilez pas ;)
Par ailleurs, je suis évidemment disposée à éclaircir certains points, que ce soit par MP ou en début de chapitre !
J'en profite pour remercier les reviews de celles et ceux qui n'ont pas de profil sur le site :D Et plus généralement, merci de continuer à lire malgré le rythme de publication !
Bonne lecture !
Chapitre 39 : Une avancée...
Percy et George n'avaient pas dormi depuis leur infiltration au Département des Mystères. Comme le jour se levait, ils avaient préféré s'installer dans un café moldu, peu désireux de faire une rencontre embarrassante dans un lieu fréquenté par d'autres Sorciers.
George revint s'attabler avec leur commande – un thé et un café. Percy le remercia d'un hochement de tête, le regard dans le vague. Le quarantenaire se racla la gorge.
- Eh bien... Ce n'était pas ce qu'on attendait, mais on a eu des réponses.
Un rictus amusé déforma brièvement la bouche du fonctionnaire. Il remuait son thé d'un geste distrait et inutile. Pendant quelques secondes, dans l'établissement moldu désert, il n'y eut que le tintement régulier de sa cuillère contre les bords de la tasse.
- Crois-le ou non, je suis encore plus confus, lâcha Percy.
George émit un ricanement nerveux tout en déchirant le reçu du café en deux, puis en quatre, puis en huit...
- T'es sacrément balèze, l'air de rien.
- Balèze ?
- Un sortilège atemporel ; jamais entendu parler avant.
- Moi non plus, rappela Percy.
Le plus jeune retira ses lunettes pour se frotter les yeux d'un air las.
- Pourquoi Verity ? Pourquoi il lui a donné le visage de Verity ?
- Il ? releva George.
- Moi, se corrigea Percy après avoir hésité. Après que j'ai utilisé l'Indicible pour la première fois. Je... Ça n'a aucun sens, c'est toi qui as trouvé la recette de la potion.
- Peut-être que... pour cette fois, c'était moi. Mais les autres fois...
- Quelles autres fois ? J'ai profité malgré moi des effets d'une potion dont j'ignorais l'existence ! Elle doit me confondre avec quelqu'un, c'est la seule explication logique.
- D'après ce dont tu te souviens, oui, contra George le plus patiemment possible. Mais pense aux jeunes Fred et George, ceux qui te détestent et dirigent une boutique de farces et attrapes. Ils ne savent rien de l'Indicible. Et pourtant...
Il ne termina pas sa phrase. Percy remit ses lunettes sur son nez malgré le tremblement incontrôlable de ses mains, ouvrant et refermant la bouche sans parvenir à articuler une suite de mots décente. Son frère lui jeta un regard plein de pitié.
- Perce... Notre réalité est peut-être le résultat d'un recours à l'Indicible.
- C'est complètement dingue.
- Peut-être, mais on ne peut pas écarter cette possibilité. Après tout, on ne peut jamais vraiment savoir quand l'Indicible a été utilisée. On s'en doute un peu pour Grindelwald, et encore, ça n'a jamais été prouvé.
Le cœur battant à tout rompre, Percy secoua doucement la tête.
- Non. Ce qui est complètement dingue, c'est tous les objets dans cette salle.
Il porta sa tasse de thé à ses lèvres avec des gestes approximatifs, en renversa sur son veston et se brûla la langue, puis la reposa lourdement sur la table.
- Une vie entière ne suffit pas à rassembler autant d'objets.
L'expression horrifiée de George intensifia l'angoisse qui montait en lui.
- Ce ne sont que des hypothèses, tout ça, lança vainement le jumeau pour l'apaiser. Tu n'es pas forcément le seul à connaître cette salle. Regarde, moi-même j'ai pu...
- Je fais des rêves. Ça a commencé au printemps et ça n'arrête pas d'empirer. Je ne me souviens pas toujours des détails, mais c'est comme si j'étais quelqu'un d'autre. Comme si je contemplais la scène. Un peu comme...
- Un peu comme dans une pensine ?
Percy croisa le regard de son frère et arrêta de trembler. George posa son menton sur ses mains jointes, les sourcils froncés et les yeux fixés sur sa tasse.
- Ça m'est déjà arrivé. Je ne m'en souviens pas exactement, mais ça me parle.
Le sortilège qui partageait ses traits avec Verity n'avait pas répondu à leur question – Fred allait-il mourir le 2 mai 1998 parce que l'Indicible avait été détraquée par Percy ? Le début de réponse qu'ils s'étaient vus confier remettait en cause le mince équilibre de leur univers.
Percy prit une profonde inspiration, conscient qu'il existait un « avant » et un « après » les mots qu'il s'apprêtait à prononcer.
- Il n'y a pas eu qu'un seul recours à l'Indicible avant le nôtre.
L'après venait de commencer.
Il ne comprend pas très bien comment il peut y avoir un après. Ou plutôt, il ne le comprend plus. Il a oublié comment ça faisait, de ne pas savoir. Son obsession pour l'avant a fini par le priver de sa capacité à se projeter. Petit à petit, inéluctablement, « le jour où il aura » est devenu « le jour où il avait ». Souvenirs, pensine, fantasmes, plans... Tout se mélange et se transforme en une masse noirâtre commandée par un seul objectif, une seule autorité, une seule fin capable de justifier tous les moyens du monde.
De plus en plus rarement, au milieu de sa folie démiurgique, une pensée lui traverse l'esprit et il se demande s'il n'est pas plus occupé à revivre le passé qu'à sauver le futur. Généralement, ce genre de réflexions dérangeantes interviennent lors de ses rencontres avec le fil d'Ariane.
Mais pourquoi a-t-il donné ce visage à son sortilège ?
Depuis que George et lui s'étaient introduits au Département des Mystères, Percy n'avait eu de cesse de penser à ce qu'ils y avaient découvert. Il fut tenté d'y retourner pour obtenir plus d'informations, avant de se raviser en imaginant l'accueil qu'il y recevrait : « Tu es en avance ».
Il essayait parfois d'estimer le nombre de recours à l'Indicible qui avaient bien pu être menés depuis la création du sortilège atemporel, mais le simple fait de penser à l'accumulation des objets dans la salle de l'Indicible lui dressait le poil. Si cette nouvelle lubie avait eu le mérite de chasser Sirius de son esprit dans un premier temps, il constatait à présent que les nouvelles crises d'angoisse qui l'assaillaient la nuit n'avaient rien à envier aux anciennes.
Les rêves avaient repris de plus belle depuis leur visite au Ministère. Ils laissaient Percy désorienté dans le meilleur des cas, bouleversé le plus souvent. Et même si c'était futile face à l'énormité de ce qu'il était sur le point de découvrir, la présence de Sirius dans son lit lui manquait : sa respiration autrement plus régulière que la sienne, ses pieds froids, ses cheveux qui lui chatouillaient le visage, son bras paresseusement posé sur lui, ses râles le matin, sa mauvaise foi en ce qui concernait la juste répartition de la couette... Tout cela manquait affreusement à Percy. Le jour, l'absence de son amant était presque supportable, en comparaison avec le calvaire nocturne que vivait le Weasley.
Il avait respecté la décision de Sirius et n'avait pas cherché à le contacter. Dans un premier temps, il avait pensé pouvoir se faire une idée des déplacements de l'animagus en prenant connaissance des changements qu'il provoquerait, mais les événements s'enchaînaient exactement comme Percy l'avait prédit : Alastor Maugrey mourut le 27 juillet 1997. Si Sirius avait interféré avec le cours des choses depuis qu'il avait quitté leur domicile un mois plus tôt, il le faisait avec une extrême discrétion.
Contre toute attente, ce fut le Maraudeur qui se manifesta à lui, dans la nuit du 1er août. Cette journée fut marquée par un coup d'état commandé par les Mangemorts au Ministère de la Magie et la prise de pouvoir de Voldemort se solda par le valeureux trépas de Rufus Scrimgeour. À l'époque, l'autre Percy ignorait tout du sort du Premier Ministre, mais il doutait pour la première fois de sa vie de la version des faits du Ministère. Il ne pouvait tout simplement pas concevoir que Rufus Scrimgeour ait donné sa démission. Désormais, évoluer dans son environnement de travail tout en sachant qu'il était tombé sous le joug de Voldemort mettait à mal les pelotes qui lui tenaient lieu de nerfs. Il craignait qu'au moindre faux pas, un Mangemort décide de lui lancer le sortilège de l'Imperium.
Le 1er août, donc, Percy rentra chez lui avec l'espoir de ne pas avoir attiré l'attention sur lui, les jambes en coton et l'estomac noué. Une seule question le taraudait : Nil Youngblood avait-elle survécu à la Guerre ?
Il prit une douche pour se débarrasser de la sueur glacée qui lui collait à la peau, servit une pâtée à Pac-Man, mangea un peu et se glissa dans son lit sans en retirer la moindre satisfaction. Les minutes, les heures commencèrent à s'égrainer. Il suffoquait.
Il faisait nuit noire quand une lueur argentée le détourna de ses pensées lugubres. Se redressant, Percy hoqueta en reconnaissant le patronus de son ancien élève – un chien de taille remarquable – debout au milieu de sa chambre. Il n'osa pas remuer davantage, fixant l'émanation lumineuse avec l'espoir qu'elle allait lui délivrer un message de Sirius.
Elle n'en fit rien. Au bout d'un moment qui parut durer une éternité, le patronus se hissa sur le lit, s'allongea à côté de son occupant et ne bougea plus. Percy demeura parfaitement immobile, à l'écoute, ce qui lui permit d'entendre la respiration légèrement saccadée de Sirius. Les larmes lui montèrent aux yeux sous le coup de l'émotion, du soulagement, de l'élan de tendresse qui percuta sa poitrine. Il pleura un peu, mais il ne s'était pas senti aussi serein depuis bien longtemps.
Constatant que le patronus ne donnait pas signe de départ, le jeune homme se rallongea, posa sa tête sur son oreiller et ferma les yeux. La lumière du sortilège filtrait sous ses paupières closes, tandis que la respiration de Sirius gagnait en régularité et profondeur.
Ce soir-là, Percy s'endormit très vite. Pour la première fois depuis très longtemps, il ne rêva pas.
Nil Youngblood avait fui, au grand soulagement de Percy qui connaissait les déboires de son ancienne élève avec à peu près la totalité des Mangemorts connus. Il continuait donc de se rendre au Ministère, l'estomac un peu plus léger. Quelques jours plus tard, cependant, la réapparition d'un visage familier lui fit l'effet d'une brique lâchée au-dessus de son ventre.
Les Mangemorts allaient et venaient au Ministère, grossièrement déguisés pour passer inaperçus au milieu des fonctionnaires, et se montraient exclusivement dans les étages où se concentrait le pouvoir. Pour une raison obscure, personne n'avait démis Percy de ses fonctions : son poste d'assistant du nouveau ministre de la Magie – Pius Thicknesse – lui faisait côtoyer trop d'ennemis à son goût, mais il préférait jouer le jeu de l'imbécile manipulé.
Percy faillit perdre contenance à la vue de cette silhouette étirée qui lui jetait des coups d'œil perplexes. La confusion ostensible du Mangemort ne parvenait pas à gommer la nature résolument flegmatique de ses traits.
Les années avaient passé, mais Percy n'oubliait jamais le visage de ses anciens élèves, fussent-ils aussi placides et sages qu'Evan Rosier.
Il avait été le seul Serpentard de sa classe d'Étude des Moldus avant d'être rejoint bon gré mal gré par Severus en sixième année. Il était le seul, avec Sirius et Lily, à s'être fendu d'un Optimal dans sa matière. Il était le seul qu'il n'avait jamais revu.
Percy sentit ses cheveux se dresser sur sa tête quand Rosier lui adressa un bref sourire après avoir croisé son regard. L'ancien professeur se trouva incapable de réagir de façon convenable. Comme Rosier approchait, sa stupeur fut telle qu'il en lâcha la pile de dossiers qu'il était venu archiver. Alors, dans le plus grand calme, son vis-à-vis se pencha pour l'aider à rassembler les parchemins éparpillés à ses pieds.
- Je... Je suis maladroit, ne vous dérangez pas... balbutia Percy en regardant autour de lui pour vérifier qu'ils n'attiraient pas l'attention.
- Comment va Nil ? demanda Rosier avec un grand sourire en lui tendant ses dossiers.
Un hippogriffe passa. Ils se tenaient toujours nez-à-nez, des parchemins pleins les bras, accroupis au milieu du couloir.
Le Weasley n'aimait pas ce sourire. Il n'aimait pas davantage ces yeux avides de savoir, cette aura parfaitement détendue et les cicatrices qui avaient remplacé les rondeurs juvéniles sur ce visage qu'il n'avait jamais vraiment oublié.
Percy se redressa et carra les épaules, plus sûr de lui qu'il ne l'avait été depuis des semaines.
- L'auror Youngblood, vous dites ? Je n'en sais rien. Elle n'est pas venue ce matin.
Après un moment d'hésitation, Rosier se leva à son tour et planta son regard dans celui de son ancien professeur.
- C'est dommage, susurra-t-il d'un air entendu. Je me réjouissais de la revoir.
Pour toute réponse, Percy le gratifia d'un sourire figé et tourna les talons. Il bouillait intérieurement, déçu du chemin qu'avait emprunté son élève si prometteur, agacé d'avoir été un jour ému par ce garçon ravi de pouvoir continuer à étudier les Moldus malgré l'idéologie de ses parents... Meurtri d'avoir fait l'éducation moldue d'un Mangemort ! S'en servait-il pour tuer ? S'en souvenait-il quand Franck et les Potter étaient morts ? S'en rappelait-il quand il s'était battu avec Alastor Maugrey ?
Percy s'immobilisa alors que quelque chose lui revenait ; quelque chose d'important, il en était sûr. Dans sa vie précédente, avant qu'il inhale les vapeurs de l'Indicible, Maugrey lui avait raconté l'épisode où Rosier avait « emporté avec lui » un morceau de son nez, durant la première guerre. Dans cette histoire, Rosier n'était-il pas mort de la baguette de l'auror ?
Le jeune fonctionnaire fit volte-face.
Evan Rosier n'était plus là.
À mesure que le nombre de recours à l'Indicible croît, il oublie de plus en plus en visages. C'est étrange. La logique voudrait que ce soit le contraire et, qu'à force de croiser toujours les mêmes têtes, elles s'impriment dans son esprit.
Avant de mourir, ce jeune Mangemort a eu de l'air de le reconnaître. Son nom n'entretenait-il pas un rapport avec les fleurs ?
- Tu as mauvaise mine.
- Bonjour à toi aussi, Severus.
- « Bonjour » ? répéta l'agent double. Perceval, c'est le soir.
Percy regarda par la fenêtre et dut convenir que le soleil avait disparu. C'était l'automne, après tout : les journées raccourcissaient sensiblement et la lumière se raréfiait, quoique sublimée par les teintes orangées dont se drapaient les arbres. Il n'avait malheureusement pas la tête à admirer les phénomènes naturels, ces derniers temps.
- C'était une façon de parler, mentit-il pour clore le débat.
Severus lui jeta une œillade peu dupe, mais accepta de changer de conversation.
- Tu m'offres un thé ?
Comme si cela allait de soi, l'animagus se dirigea vers la cuisine pour faire bouillir de l'eau, tandis que son aîné s'attablait tranquillement. Cette habitude de se retrouver aléatoirement autour d'un thé avait presque valeur de rituel, depuis que Dumbledore était mort et Sirius parti.
Percy songea subitement aux dragées de Bertie Crochue qui finissaient immanquablement par apparaître sur le bureau de l'ancien directeur de Poudlard lorsqu'ils parlaient en tête-à-tête, sans réussir à nommer les sentiments que lui inspirait le Sorcier trépassé.
Chassant ces pensées avec toutes les autres, il se trouva plutôt satisfait de voir que sa maison présentait mieux que lui. Le ménage avait été fait et – faute de servir – sa cuisine était parfaitement en ordre.
- Qu'est-ce qui t'amène ? s'enquit-il en sortant deux tasses.
- La solitude, répondit Severus.
Percy marqua une pause, surpris par la soudaine franchise de son invité.
- Tu es venu parce que...
- C'est important pour ma santé mentale. (Puis, détaillant le plus jeune de la tête aux pieds, il ajouta :) Quelque chose me dit que tu as également besoin de compagnie.
- Je suis cerné par les gens toute la journée, objecta Percy que d'ailleurs cette idée enchantait guère.
- Mais sont-ce pour autant des alliés, ou des amis ?
Le Weasley hocha lentement la tête puis, le plus calmement du monde, se saisit de sa baguette avant de la pointer sur Severus.
- Avec quoi ai-je essayé de t'acheter en 1977 quand tu as découvert ma relation extra-pédagogique avec Sirius Black ?
- Un chaudron, Perceval, pour remplacer celui que j'ai fait exploser dans le cours de Slughorn. Maintenant, cesse tes enfantillages et baisse ta baguette, veux-tu ? rétorqua Severus en se levant pour servir le thé.
Après s'être convaincu que l'homme dans sa cuisine n'était pas un imposteur, il se laissa tomber sur une chaise et rengaina sa baguette. Il observa un silence songeur en sucrant son thé, puis releva les yeux vers l'imperturbable Severus. Oui, sans aucun doute, il le considérait comme un ami. Que l'inverse fut vrai le flattait au moins autant que cela le surprenait – voire davantage.
- En parlant d'amis, commença-t-il dans un murmure, est-ce que tu as des nouvelles d'Evan Rosier ?
- On se retrouve tous les jeudis chez Lucius pour fomenter la mort de Potter junior, pourquoi ?
Percy lui adressa un regard appuyé. S'il ne connaissait pas sa maîtrise de soi à toute épreuve, il aurait juré que Severus faisait de l'humour et buvait une gorgée de thé pour dissimuler son embarras. L'aîné daigna enfin reposer sa tasse et reprendre la parole, après avoir poussé un soupir bref.
- D'entre tous, je n'aurais jamais cru qu'il finirait dans les rangs du Seigneur des Ténèbres. À Poudlard, il était si...
- Investi dans mon cours, acheva Percy d'une voix morne.
- J'allais dire « à côté de son balai » mais, certes, il avait l'air de s'intéresser aux Modus plus que de raison. Je suppose qu'il vous appréciait, toi et nos camarades, sans doute plus que la perspective de regarder des « films » dans ta salle de classe vulgaire.
Marquant une pause, Severus étudia la mine dubitative du plus jeune.
- Tu penses qu'il cherchait déjà à rassembler des informations qui lui seraient utiles au service du Seigneur des Ténèbres ?
- Oui, répondit Percy sans hésiter.
Il resserra fortement sa prise autour de sa tasse au point de faire blanchir les jointures de ses mains. Severus se demanda si son ancien professeur souhait secrètement que le cou de Rosier remplace ledit récipient.
- Ma rencontre avec lui au Ministère me fait encore froid dans le dos, rien que d'y penser.
- Je ne lui parle pas plus qu'aux autres, mais il ne me paraît pas si changé, contra le Mangemort.
- C'était quelque chose dans son regard. Ou son sourire. Je ne sais plus.
En dépit de sa colère, le Weasley étouffa un bâillement qui ne passa pas inaperçu. L'actuel directeur de Poudlard se leva pour se retirer poliment ; du moins, c'est ce qu'imagina Percy avant de le voir fouiller dans ses placards. Severus jaugea d'un air méfiant le pain de l'avant-veille et des carottes un peu louches, puis agita sa baguette sans mot dire.
Une planche à découper, une râpe et un couteau se manifestèrent avec un enthousiasme qui trahissait leur oisiveté des jours précédents. Un sourcil arqué dans une expression de profonde perplexité, Percy regarda son invité retrousser ses manches et se mettre à découper les carottes avec l'aisance d'un maître des potions.
- Tu te comportes de façon très étrange.
- Je ne vois pas en quoi, siffla Severus en jetant une noix de beurre dans une poêle.
Un mince sourire étira les lèvres de Percy qui avait fini par soutenir son menton avec la paume de sa main.
- Severus Rogue est venu chez moi pour griller mes tartines et je ne dois pas m'en inquiéter.
- Ne t'y méprends pas : j'essaye de te garder en vie pour ne pas devenir fou tout seul.
Percy garda le silence, trop conscient que la répartie de son ami révélait une vérité bien cruelle. Ils étaient tout seuls.
Alors pourquoi regarder Severus lui préparer une salade de carottes avec les moyens du bord lui mettait du baume au cœur ?
C'est Severus qui a découvert le corps. Il le lui a annoncé sans détours parce qu'il n'y a aucune façon de rendre la nouvelle moins terrible. Pourquoi s'y employer ? Pourtant, et même en connaissant toutes les vérités sur son compte, le Mangemort a paru choqué. Sont-ce les conditions de la mort qui le troublent ?
Avant de quitter la pièce, Severus ose poser la question qu'il a retenue tout au long de leur entrevue.
- Est-ce la première fois ?
- Qu'il meurt ?
- Qu'il se suicide.
- Oui. Oui, c'est la première fois.
L'agent double sort du bureau en prenant soin de fermer derrière lui, laissant son pauvre ami pleurer une nouvelle fois son amant. Cependant, l'intéressé n'a pas le temps de faire son deuil.
Si dans cette réalité Sirius a voulu mettre fin à ses jours, alors il lui faut simplement changer de réalité.
Percy se réveilla en sursaut. Il comprit d'un simple regard que la cause de son réveil brutal correspondait au bruit causé par la chute du lourd registre à ses pieds ; il s'était vraisemblablement endormi en le consultant.
L'état du livre sur le sol était néanmoins le cadet de ses soucis. Jamais un rêve ne s'était imposé à lui avec autant de détails. Généralement, ces horribles visions lui laissaient peu de souvenirs et beaucoup de sensations imprécises, allant du sentiment de familiarité confus au vague à l'âme inexplicable. Aucun de ses rêves n'avait autant ressemblé à une scène vécue, exception faite du premier d'entre eux : celui où il s'était vu en train de regarder Sirius mourir.
Parcouru de tremblements, il sentait déjà que son rêve (ou cauchemar) s'effilochait dans son esprit en surchauffe, mais il se souvenait encore du principal – ce qui n'était pas le cas habituellement. Severus Rogue lui annonçait que Sirius s'était suicidé. Qu'est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ? Le songe possédait-il une symbolique qu'il était possible d'interpréter ? Ou ses enjeux étaient-ils tout autres ?
Une intuition horrible se logea dans le ventre de Percy. Il n'arrivait pas à se sortir de la tête que ses rêves n'étaient pas sans lien avec la réalité... Pouvaient-ils s'apparenter à une sorte de prémonition ?
Il se leva précipitamment et se rua hors de son placard à balai personnel. Son entrée fracassante dans le bureau de Pius Thicknesse lui attira l'attention de ce dernier – quoique « attention » était un bien grand mot. Le ministre de la Magie se mit à le fixer en silence dans l'attente d'une explication.
- Monsieur le ministre, articula Percy en prenant son air le plus misérable, je commence à me sentir mal. Cela vous dérange-t-il que je parte plus tôt aujourd'hui ?
L'ombre d'une mimique sincère traversa le visage de son supérieur avant qu'il retrouve sa placidité ordinaire. Celle-ci était évidemment le fait du sortilège de l'Imperium que le ministre subissait, mais Percy ne pouvait pas s'empêcher d'être agacé.
- Ce n'est pas un problème, déclara Thicknesse d'un ton neutre. Bon travail.
- Merci infiniment, monsieur le Ministre. Je viendrai plus tôt demain pour terminer mon travail, si cela vous convient.
- C'est bien. Bon travail.
Le jeune fonctionnaire croyait entendre une voix enregistrée.
Sans tergiverser davantage, Percy rassembla ses quelques effets, enfila son manteau et son écharpe, puis entreprit de quitter le Ministère en toute hâte. C'était stupide, mais il devait voir Severus. Peut-être qu'il serait en mesure de l'éclairer à ce sujet.
Une fois dehors, il commença à s'éloigner de la zone anti-transplanage au pas de course. Tout ce qu'il devait faire, c'était trouver un endroit désert pour transplaner près de chez lui ; pas le temps de prendre le Magicobus, ni aucune sorte de transport moldu que ce soit.
Un vent froid quasi hivernal lui mordit le visage et les mains. Il remonta son écharpe devant son nez glacé, pestant contre sa maigreur de plus en plus prononcée qui le rendait vulnérable aux basses températures. Au moins, la marche rapide avait le mérite de le réchauffer un tant soit peu.
Quelques minutes s'écoulèrent sans encombre, jusqu'à ce qu'il se trompe de rue. Percy préféra éviter de faire demi-tour et se contenta de tourner une deuxième fois à droite pour retomber sur la voie qu'il désirait suivre, quand il nota que quelqu'un empruntait exactement le même chemin, quelques mètres derrière lui.
Il accéléra le pas. La personne qui le suivait en fit autant. Tant pis : Percy plongea la main dans sa veste, enroula ses doigts autour de sa baguette et s'engagea dans la ruelle qu'il désirait atteindre. S'il s'agissait d'une crapule, il s'en débarrasserait à l'aide d'un sortilège. S'il s'agissait d'un Sorcier, il n'aurait qu'à transplaner.
Le Weasley n'eut le temps de rien faire.
À peine s'était-il retourné pour faire face à son poursuivant peu discret que l'individu se jeta sur lui. Alors que Percy était sur le point de le repousser avec un maléfice bien senti, deux bras puissants se refermèrent autour de lui. Il s'immobilisa, la vue bouchée par un tourbillon de cheveux noirs, l'odorat exacerbé par son incapacité à distinguer le visage de son pseudo agresseur. La compréhension lui coupa la respiration.
Cette odeur, bien davantage que celle de la potion d'Indicible, il la connaissait sur le bout des doigts.
- Sirius, chuchota-t-il pour faire exister cette présence tant attendue.
Son fiancé resserra son étreinte déjà étroite, achevant de priver Percy de son souffle, mais celui-ci ne trouva rien à y redire. À la place, il l'enlaça en retour en posant son menton sur son épaule.
Malheureusement, Sirius reculait déjà. Percy planta ses doigts dans son blouson pour le garder près de lui. Le Maraudeur lui sourit, posa ses mains sur ses joues et l'embrassa fébrilement. Il éloigna à nouveau son visage du sien, ce qui laissa au plus jeune le loisir de le contempler. Son amant n'avait pas beaucoup changé depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus, et s'il l'avait fait, ce n'était pas forcément en mal. Le froid ambiant faisait apparaître de jolies couleurs sur ses pommettes et ses yeux brillaient d'une lueur déterminée.
- Tu as maigri, le réprimanda Sirius qui s'était livré lui aussi à un examen rapide de son état physique.
Percy lui sourit piteusement, trop heureux pour se sentir coupable. Sa respiration était désordonnée, son cœur tambourinait joyeusement dans sa poitrine, tout son corps tremblait sous le coup de l'émotion.
- Tu es revenu.
L'euphorie quitta lentement la figure de Sirius, remplacée par un accablement sincère. Il détourna le regard.
- Tu ne vas pas repartir ? s'inquiéta Percy d'une voix blanche.
- 'Val, je...
- Tu ne peux pas repartir maintenant.
- Écoute-moi, le pressa Sirius.
- Pas déjà, pas quand tu viens de me retrouver...
- Tu dois m'écouter !
Le plus âgé lui attrapa fermement les poignets pour l'obliger à le regarder, ce qui contribua à le calmer (ou au moins à le faire taire). Sirius se radoucit instantanément et ne put s'empêcher de lui sourire malgré l'urgence de la situation.
- Je reviendrai encore, c'est promis.
- Tu n'en sais rien, rétorqua Percy d'une petite voix même s'il ne demandait qu'à se laisser contaminer par la confiance de son amant.
- Merlin que tu es pessimiste ! Je reviendrai quoi qu'il arrive, mais avant ça, tu dois me laisser repartir.
- Pourquoi tu es revenu pour aussi peu de temps ? C'est... C'est cruel.
Sirius émit un petit rire avant de cueillir un nouveau baiser sur la bouche du Weasley. Ce dernier s'apercevait que son ressentiment fondait comme neige au soleil.
- Je devais te parler...
- Et ce patronus que m'as envoyé l'autre nuit ? Tu ne pouvais pas me livrer ton message comme ça ?
- Et j'avais très envie de te revoir, admit-il.
Percy fit de son mieux pour se retenir de pleurer, mais le résultat ne devait pas être concluant, à en juger par la ride qui barrait le front de Sirius et ses doigts qui caressaient ses joues pour en chasser les larmes.
- J'ai découvert quelque chose d'important, 'Val, et je soupçonne que je n'entraperçois qu'une infime partie de ce que ça implique. Tu dois aller voir Abelforth à la Tête du Sanglier, à Pré-au-Lard.
- Pourquoi tu ne te contentes pas de me dire de quoi il s'agit ? protesta l'ancien professeur, la gorge nouée. Rentre à la maison, juste pour cette nuit...
- J'ai peur de ne plus réussir à partir si je reste une minute de plus.
Les yeux baissés vers leurs doigts entrelacés, Sirius fronça soudain les sourcils avant de capter le regard de son amant.
- Tu ne portes plus ma bague ?
- Je la dissimule avec un sort, idiot, renifla le plus jeune.
Il essaya de lui sourire mais l'entreprise se révéla plus difficile que prévu. Sirius le serra à nouveau contre lui.
- Je reviendrai. Quand tout sera terminé, je rentrerai à la maison pour t'épouser.
Percy plissa les yeux, luttant pour garder ses sanglots au fond de sa gorge quelques secondes encore. Comme Sirius commençait à le repousser avec une douceur insupportable, il s'agrippa à lui de toutes ses forces.
- Ne t'en vas pas. Sirius, je t'en supplie, ne pars pas... !
Implacable, Sirius l'obligea à lâcher prise, visiblement bouleversé par ses demandes désespérées.
- Je reviendrai, mon amour.
- Sirius !
Au milieu de la ruelle sans issue, Percy étreignit un courant d'air. Son fiancé avait transplané. Le seul vestige de sa présence était une saveur salée sur la bouche du jeune Sorcier et une promesse incertaine à laquelle il se raccrochait farouchement.
Il l'a encore perdu. Il ne compte plus les fois où c'est arrivé. Le plus souvent, c'est la mort qui l'arrache à son étreinte ; parfois, c'est la rancune ; plus rarement, ils ne se rencontrent pas à cause des aléas de l'Indicible.
Il l'a perdu tant de fois qu'il conçoit mal que le sentiment perdure. À chaque nouveau saut dans le temps, il laisse derrière lui une part de son humanité, mais le désespoir qui suit la disparition de son amant résonne dans la moindre parcelle de son corps, s'ajoutant aux échos des malheurs passés. C'est cette peine immense qui le pousse à recommencer, encore et encore, faisant fi des conséquences, troquant sa nature profonde contre un peu plus de temps.
Il a peur qu'un jour, il soit fait plus de chagrin que d'os et de chair.
