Chapitre 58 : Prendre parti
Note de la traductrice :
Et c'est le retooouuur des parties en italique tirées de la traduction de J-F Ménard !
Avoir une autre vision de Voldemort n'aida pas Harry à avoir une bonne opinion de sa cicatrice, et en parler en détail avec Dumbledore, puis Sirius, Ron et Hermione n'aida pas non plus. Quelles que soient les manières dont elle se présentaient, elles ne donnaient pas assez d'informations. Le professeur Rogue n'avait pas envie de se lancer dans des spéculations, car il s'était mis dans la tête que Harry réussirait à préparer une dose de Polynectar avec succès avant la fin de l'année et que ça ne se passait pas particulièrement bien. Harry avait envie de demander si Rogue serait content si Harry mourrait parce qu'il aurait été distrait par ses soucis dans la préparation du Polynectar, mais finalement il resta silencieux. Ça n'avait pas l'air diplomatique.
Harry fit un commentaire quand leur dernière leçon avant la troisième tâche consista à préparer une potion de guérison particulièrement précise en un temps record. Harry regarda la petite fiole pleine de potion, gravée d'un serpent, et dit :
- Je vais m'en sortir.
- Alors vous épargnerez à Madame Pomfresh un peu de travail, dit le professeur Rogue.
Harry traversa laborieusement le labyrinthe et se fit lacérer la jambe par une araignée géante, à quel point il fut très content d'avoir une dose de potion de guérison à descendre discrètement pendant que Cédric regardait la coupe dorée. Ça lui remonta un peu le moral quant à ce qu'il pensait de sa propre prestation dans cette Tâche.
Cédric mourut.
Harry regretta de ne pas avoir dit au revoir à ses amis, sa famille et se professeurs, au cas où.
Lord Voldemort était en vie.
Ils s'affrontèrent en duel.
Harry ramena Cédric à Poudlard.
Harry se sentit très loin de la situation en affrontant Maugrey et en parlant à Dumbledore et Sirius.
- Il se remettra très bien, assura Madame Pomfresh.
Elle donna à Harry un pyjama et déplia un paravent autour de lui. Il enleva ses robes et se coucha. Ron, Hermione, Bill, Mme Weasley et le chien noir vinrent s'asseoir à son chevet, de chaque côté du lit. Ron et Hermione le regardaient avec une certaine prudence, comme s'ils avaient eu peur de lui.
- Je me sens bien, leur dit-il. Je suis simplement fatigué.
Les larmes aux yeux, Mme Weasley lissa inutilement ses couvertures.
- Il faut que je parle à Drago, dit soudain Harry. J'ai quelque chose à lui dire.
Ron et Hermione échangèrent un regard anxieux, et Ron se leva et sortit de l'infirmerie.
Madame Pomfresh avait convaincu Harry de boire un potion de Sommeil Sans Rêves quand Drago arriva. Son visage pâle brillait bizarrement dans la vision floue de Harry.
Harry attrapa la manche de Drago et le tira vers lui, pour qu'il soit moins flou et loin.
- Tu n'as pas besoin de prévenir ton père, l'informa Harry. Il le sait déjà.
Sirius grogna.
- Tu devrais partir, dit Hermione.
- Pardonnez-moi, Dumbledore, je n'avais encore jamais entendu parler d'une cicatrice qui puisse jouer le rôle de signal d'alarme…
- Écoutez ! J'ai vu Voldemort revenir ! s'écria Harry.
Il essaya de sortir de son lit mais Mme Weasley le força à se rallonger.
- J'ai vu les Mangemorts ! Je peux même vous donner leurs noms !
Et il hésita, et il vit, derrière le Ministre, Rogue secouer légèrement la tête.
Harry s'interrompit, et cela donna à Fudge le temps de dire :
- Je vous ai amplement fait confiance cette année, Dumbledore, et qu'est-ce que je reçois en retour ? Rien que du chaos et de la pagaille. J'en ai assez, vous m'entendez ? J'ai l'impression que vous êtes tous décidés à provoquer un mouvement de panique qui va déstabiliser ce que nous avons construit au cours des dernières années !
Il se révéla que lorsqu'on était un prisonnier en fuite vaguement toléré, il était très facile de devenir à nouveau l'ennemi numéro un. Tout ce qu'il fallait faire était confier l'affaire à deux autres Aurors.
Drago évitait Harry, et Harry en était très content. Il se rappelait les déclarations de loyauté flagorneuse de Lucius Malefoy quand il voyait une chevelure blonde.
Rogue était au chevet de Harry, l'air effrayant, les yeux brillant de fièvre et le regard meurtrier.
- Harry, dit-il en observant avec attention le visage de Harry. Viendriez-vous avec moi, si je vous demandais de le faire ? Si je disais que c'était important ?
Harry posa la mains sur sa baguette, essayant de toutes ses forces de lire l'homme qu'il ne connaissait toujours pas, même après des années d'enseignement, d'apprentissage, de haine et de-
- Non, dit Harry, espérant que c'était la bonne réponse. Je ne pense pas, merci.
Le professeur Rogue ne sourit pas.
- Je vous verrai l'année prochaine, Harry.
Harry se laissa retomber sur son oreiller et essaya de ne pas penser que 'Harry' était un code pour 'ne faites rien de ce que je vous dis'.
Hermione venait de finir d'expliquer que Rita Skeeter était une animagus quand la porte du compartiment du train s'ouvrit et que Drago et Greg apparurent dans l'ouverture.
Au vu des circonstances actuelles, Harry trouva tout à fait justifié de sortir sa baguette.
- Nerveux, Potter ? demanda doucement Drago.
Harry ne répondit pas.
- Bon. J'aimerais échanger quelques mots. Greg peut rester ici, comme assurance de ma bonne conduite.
Et ce fut ainsi que Harry se retrouva dans le couloir du train, à observer Drago nerveusement, ne sachant pas quoi penser.
Drago leva le menton et regarda Harry dans les yeux, avec un visage exceptionnellement impossible à lire.
- J'ai un service à te demander.
- … ça dépend du service.
- Tu connais un endroit où Greg pourrait aller ? Pour l'été.
- Pourquoi.
- Parce que le Seigneur des Té- Drago s'interrompit, prit une grande inspiration.
- Parce que Greg est un idiot. Parce qu'il est… mon idiot. Aucun sens du subterfuge, aucun sens… Il pense que tu es son ami. Il pense-
- Il est un peu mon ami, reconnut Harry. Je ne sais pas comment ça s'est fait.
- Son père est comme le mien sans l'intelligence et le charme, dit Drago d'une voix sèche. S'il pense que Greg déshonore leur famille, il le tuera. Donc. Tu connais un endroit où Greg pourrait rester cet été ?
Harry resta silencieux une minute. Le père de Drago pensait qu'il était raisonnable de tuer une enfant de onze ans par le biais d'un objet ensorcelé. M. Goyle et M. Malefoy avaient regardé Voldemort le torturer et décider de le tuer à petit feu.
- Pourquoi tu n'as pas demandé à Dumbledore ?
- Il ne se mettrait pas entre un aristocrate sang-pur et son héritier. Greg n'a aucune importance pour lui.
- Rogue ?
- Comme s'il allait faire quoi que ce soit qui provoquerait la colère du Seigneur des Ténèbres.
Harry fronça les sourcils, pensif. Il ne pouvait pas vraiment payer une chambre dans un hôtel pour tout l'été, ni emmener Greg chez les Dursley…
- Il faudra qu'il vienne chez Sirius. Mais il devra y rester, l'endroit est secret. Tu es sûr ?
- Je suis sûr. Tu connais Greg maintenant – il change d'avis tous les dix ans.
Harry devait reconnaître que c'était vrai.
- Et toi ?
Drago eut un maigre sourire, les yeux crispés.
- Mon père et celui de Greg partagent des idées politiques, pas l'intelligence ni les habitudes éducatives. Ça va aller.
- Sûr ?
- De tous mes amis, dit Drago d'une voix soyeuse, je suis le seul à pouvoir dire que mon père ou mon gardien ne m'a jamais frappé. Satisfait ?
Harry tressaillit et ne protesta pas.
- Drago. Voldemort-
- Oh, ne le dis pas. Honnêtement… Je préférerais rester en dehors de tout ça. Si je le pouvais. Mais tu sais que je ne peux pas, Harry.
- Drago-
- Je ne peux pas.
Il y avait quelque chose de poignant, honnête et horrible dans les yeux clairs de Drago, et Harry détourna les yeux, pensant à Cédric et à Lucius Malefoy et…
- D'accord, dit-il d'une voix étranglée. Bien. Je prendrai soin de Greg pour toi.
- Merci, dit Drago d'un ton formel. J'apprécie.
- Il pourra revenir à Poudlard à l'automne ?
- Rien ne peut retirer un enfant de Poudlard, confirma Drago.
- D'accord, répéta Harry.
Harry envoya un hibou à Sirius depuis le train, et n'en dit pas un mot à Hermione ou Ron.
- Qu'est-ce qu'il voulait ? demanda Ron.
- Dire qu'on n'était plus amis, maintenant que son père veut me tuer, dit Harry en regardant par la fenêtre.
Ce qui mit fin à cette conversation.
- Fred… George… attendez un peu.
Les jumeaux se tournèrent vers lui. Harry ouvrit sa malle et en sortit le sac d'or qui récompensait sa victoire au Tournoi des Trois Sorciers.
- Prenez-le, dit-il en fourrant le sac dans les mains de George.
- Quoi ? s'exclama Fred, abasourdi.
- Prenez-le, répéta Harry d'un ton décidé. Je n'en veux pas.
- Tu es cinglé, répliqua George en essayant de lui rendre le sac.
- Non, pas du tout, assura Harry. Vous le prenez et vous continuez vos inventions. C'est pour le magasin de farces et attrapes.
- Il est vraiment cinglé, dit Fred d'une voix presque effrayée.
- Écoutez-moi, dit Harry d'un ton ferme. Si vous ne le prenez pas, je le jette dans un égout.
- Si on gagne cette guerre et qu'on survit et tout, j'aurai besoin d'un travail, continua Harry, réfléchissant au fur et à mesure. Et vous avez fait du bon boulot dans la vente de mes bonbons jusque-là. Ça serait sympa s'il y avait un poste dans un magasin de farces et attrapes qui m'attendait, quand je serai sorti de Poudlard.
Un chien noir était assis à côté d'un taxi devant King's Cross ; il regarda Harry d'un air sérieux. Harry hocha la tête et dit à son oncle :
- Une minute.
Il attrapa Greg par le bras et lui dit à l'oreille :
- Va avec le chien. Fais tout ce qu'il te dit.
Greg hocha la tête, l'air hanté, et suivit sagement Sirius dans la foule.
Voir ça, songea Harry, ne faisait rien pour l'apaiser.
