Point de vue de Roxane (suite):
J'imitais ma meilleure amie en haussant les épaules. Nathan se rapprocha de moi et me pris dans ses bras pour me faire un baiser sur le front.
A la pression qu'il exerçait autour de mes bras, je su qu'il avait compris ce que je ressentais. J'étais heureuse pour mon frère, s'il avait trouvé quelqu'un qui lui correspondait. J'étais heureuse pour lui, parce que je savais bien qu'Emily valait le coup et qu'elle était attachée à lui. J'étais heureuse pour lui parce qu'il, grandissait qu'il vivait sa vie et prenait ses propres décisions… J'étais heureuse pour lui, ça c'était certain.
J'étais heureuse pour lui, mais j'étais égoïstement triste pour moi.
La perspective de savoir mon frère si loin de moi alors qu'on était si proche me faisait peur. Mais je n'avais pas le droit de le dire, je n'avais pas le droit de l'empêcher de vivre sa vie, alors que j'étais pleinement accomplie dans la mienne.
Nathan avait compris, mais c'était sûrement le seul. Lisa comprendrait peut-être mais elle était on-ne-sait-où avec Alex, et on ne voulait surtout pas le savoir. Habituellement, Laureen aurait sûrement compris aussi mais entre sa meilleure amie qui lui apprenait qu'elle comptait vivre avec son petit ami et sa première séance avec James, elle ne devait vraiment pas avoir l'esprit concentré sur ses observations habituelles.
J'étais un peu gênée par les démonstrations d'affection de Nathan devant James et Laureen qui ne pouvaient que nous regarder sans faire de commentaires. Je savais qu'ils étaient heureux pour nous, mais je les sentais se tendre. Depuis que j'avais appris ce qu'il s'était passé entre eux. Je ne pouvais m'empêcher de remarquer la tension qu'il y avait entre eux. Dès qu'ils étaient dans la même pièce, l'atmosphère changeait et, inconsciemment, leurs corps bougeaient en réponse l'un a l'autre, même quand ils étaient à distance, même quand ils s'ignoraient, même quand ils se détestait ou se jetait les pires insultes à la figure. C'était comme si leurs cerveaux et leurs fiertés luttaient perpétuellement contre leurs sentiments et leur attirance.
Ma gêne ne dura pas longtemps. Nathan, qui avait perçu mon mal-être sans savoir exactement de quoi il s'agissait, s'écarta de moi et changea totalement de sujet :
« -Sinon, tu en es où de tes roses. »
Il m'avait. Expliqué l'intuition qu'il avait eu en voyant le croquis de sa sœur quelques jours auparavant et, depuis, il demandait fréquemment des nouvelles à sa sœur. Elle avait grandement avancé depuis ses premiers doutes, et les jumeaux sentaient qu'ils n'allaient pas tarder à savoir ce qu'ils faisaient en Angleterre et qui était réellement leur mère.
« -Je suis en train de comparer avec ça ! Expliqua-t-elle en sortant de son sac un énorme livre. »
Elle le posa sur la table basse dans un bruit lourd.
« -Mais comment tu portes ça ? S'exclama James, cachant très mal l'inquiétude de sa voix. Tu vas te casser le dos ? »
Laureen se tourna vers lui. Si elle était touchée par les mots de James, elle le cachait très bien. Elle lui adressa un regard que je ne pus voir mais que James comprit immédiatement.
« -Les sorts existent pour alléger tout ça, ne t'inquiète pas pour moi, je porte bien plus lourd avec mon cerveau que toi avec tes muscles inutiles.
-Inutiles, on voit bien que tu ne connais pas les conditions physiques nécessaires à la pratique du quidditch. »
Ils étaient repartis dans leurs affrontements, ils se fixaient avec défi et ce petit sourire de provocation qui ne trompait pas. Laureen avait beau dire tout ce qu'elle voulait, elle était loin d'avoir tourné la page avec James. Et la tension entre eux qui devenait de plus en plus forte ne faisait qu'appuyer mon propos.
« -Bon, vous allez arrêter de vous engueuler, s'énerva presque Nathan. Laureen, c'est quoi ce livre ? »
Laureen secoua la tête pour se reconcentrer sur son frère.
« -Alors, il s'agit d'un recensement fait par le ministère au lendemain de la guerre. En fait, suite aux évènements, le ministre a décidé de reprendre tous les sorciers encore en vie, de retranscrire toutes les familles dont au moins un membre avait survécu pour actualiser leurs données, réattribuer les baguettes.
-Je me souviens, ajoutai-je. Maman m'avait raconté qu'à cette époque, il était difficile de se réjouir de la fin de la guerre, à cause de toutes les pertes. »
Je me tournai vers James en essayant de ne pas parler d'une voix trop tremblante. Nathan revint vers moi et m'apporta à nouveau son soutien. Je le laissai faire et me concentra sur ses main contre moi plutôt que sur Laureen qui se tourna à nouveau vers James.
« -Bref, me repris-je. C'était trop difficile de compter les disparus, les décès… alors ils ont tout recommencé.
-Exactement, continua Laureen, qui avait compris que je souhaitais changer de sujet et ne pas m'attarder sur notre oncle que nous n'avions pas pu connaître. Et je me suis dit que, tout ce qu'on sait de Maman, c'est que le nom qu'elle nous a donné n'est pas vrai, il n'y a jamais eu d'élève à ce nom à Poudlard, mais qu'elle a été à Poudlard et qu'elle cachait sa relation avec Papa, parce que personne ne nous a jamais parlé d'elle…
-Mais c'est une sorcière anglaise qui a survécu à la guerre, puisque nous sommes nés après la fin de la guerre ! Comprit Nathan. Tu as cherché au nom de Wilson, ils étaient peut-être déjà mariés.
-C'est la première chose que j'ai faite, évidemment. Mais il n'y a que Matthew Wilson. Il avait déjà perdu ses parents. »
Elle ouvrit la page concernée, tout en bas, on pouvait lire une petite ligne sur Matthew Wilson, encore élève à Poudlard à ce moment. Cette présence si minuscule contrastait avec le haut de la page où tous les Weasley étaient inscrits, même ma tante Fleur avait sa place et épaississait encore l'immense paragraphe sur ma famille.
Évidemment, en plus des noms de toute ma famille, on pouvait apprendre de nombreuses informations, comme les blasons Weasley, Prewett et d'autres familles dont j'ignorais même que j'étais la descendante.
« -Quand j'ai vu tous les blasons de votre famille Weasley, je me suis dit qu'il y avait forcément quelqu'un dans ce livre qui descendait de cette famille, alors je cherche et je compare. »
Elle montrait son croquis avec les trois roses entrelacées. Nathan acquiesçait avec sagesse.
« -Bon, je vous rassure, j'ai commencé la comparaison par tous les ancêtres de Weasley et il semble que ça n'ait pas de lien avec ce blason… Rit-elle. Cela veut dire que vous n'êtes pas cousins et vous pouvez continuer vas affaires. »
James explosa de rire avant de réfléchir et de devenir aussi rouge que Nathan et moi. Mon cousin venait de comprendre que si les Weasley avaient eu un lien avec la mère de Nathan, il se serait également agi de la mère de Laureen.
Je retins d'exploser de rire à mon tour et adressa un regard soulagé à Nathan.
« -Et tu en es où ? Relança Nathan.
-J'ai bientôt fini les familles en H, je me lance dans les G.»
Elle n'en dit pas plus et se reconcentra sur son livre. Ses yeux s'étaient illuminés d'une lueur instigatrice, elle tournait les pages à une vitesse folle et, James, Nathan et moi la regardions faire, captivés par cette volonté de trouver enfin ses origines. Nathan trépignait à côté de moi et James fixait Laureen. Ses yeux ne pouvaient pas décrocher de la jeune fille. Il était obnubilé par elle et sursautait à chaque fois que ses yeux s'écarquillaient sur une nouvelle page, tout comme il exprimait presque plus de déception que Laureen lorsque cette dernière réalisait qu'elle ne trouvait aucune ressemblance avec son croquis.
Nous étions toujours dans cette observation silencieuse quand la porte s'ouvrit sur Rose et Scorpius qui avaient des choses bien plus intéressantes à faire que de s'intéresser aux quatre Gryffondor présent dans la salle.
C'était très étrange comme scène. Nathan et moi étions autant gênés de voir la scène que d'en déduire que des adolescents de deux ans nos cadets étaient visiblement allés plus loin dans leur relation que nous, James laissait monter en lui une colère qui n'allait pas tarder à exploser et Laureen n'avait pas bougé, elle tournait silencieusement les pages de ce registre. Et, quelques secondes avant que James ne sorte de ses gonds, Laureen brisa la stupeur générale :
« -C'est ça ! »
Elle releva la tête de son livre et tomba sur la scène tandis que les deux adolescents s'écartèrent. Laureen sursauta, faisant tomber tout ce qu'elle avait sur sa table. Le registre se referma et le croquis vola avant de tomber sur le sol de la salle.
Notre attention se porta à nouveau sur Rose et Scorpius. Mais chacun avait une réaction très différente. Rose s'était dans un premier temps éloigné de son amant et avait arboré un teint cramoisi tandis que ses yeux perdaient rapidement la lueur de plaisir qu'ils arboraient jusque-là.
Puis, au fur et à mesure qu'elle reprenait ses esprits, ma cousine retrouvait son fort caractère. Bientôt, sa gêne ne fut plus qu'un lointain souvenir et son visage ne laissait place plus qu'à l'énervement. Elle n'allait pas non plus nous reprocher d'être dans la salle. Surtout que toute la famille savait que Laureen et James y travaillaient le mercredi et, qu'apparemment, il s'y était déjà fait prendre.
A quelques mètres d'elle. Scorpius avait également perdu son teint gêné, mais pour une autre émotion.
J'avais toujours pensé que Scorpius Malefoy avait perdu toutes les couleurs qu'on pouvait voir sur un visage. J'avais tort. Face à moi, j'avais un nouveau Scorpius, plus livide que jamais. Il fixait la croquis de Laureen avec un œil absent.
Au bout de quelques minutes de silence, il releva la tête :
« -Mais qu'est-ce que ça fait là ça ? »
Alors, enfin la révélation... eh bien non pas pour tout de suite...
