Chapitre 61 : Cuisiner avec les Dursley
Il se révéla que quand on passait son temps à se soucier de Lord Voldemort, il devenait assez difficile de se soucier de ce que les Dursley pensaient de vous. Cela avait un certain nombre d'effets, à commencer par Harry ayant une idée de recette et se dirigeant machinalement vers la cuisine.
Harry était en train de convaincre le four de faire des choses qu'un four avait peu tendance à faire et à regretter amèrement l'absence de thermomètre moldu pour bonbons, avec deux autres recettes en cours de préparation, quand Tante Pétunia le surprit.
Harry se retourna pour la regarder d'un air vaguement coupable, un grand bol de sucre à la main et un fouet dans l'autre.
- Vernon ! s'écria Tante Pétunia. Vernon, le garçon fait quelque chose !
Tante Pétunia était une cafteuse.
Harry réfléchit à sa situation tactique. Il avait sa baguette, mais Oncle Vernon était plus grand que lui. Aucun sorcier adulte à proximité pour dissimuler la Trace, et il n'avait pas de baguette de rechange (vraiment penser à s'en procurer une dès que possible). Au pire, il pouvait sauter par la fenêtre de la cuisine, et dans le cas probable où il se faisait attraper par la peau du cul, il avait des bonbons pour se remonter le moral.
Harry prit une seconde pour poser le bol de sucre fondu. C'était un risque d'accident. Après cela, il prit un chocolat dans sa poche et le mangea.
Pour quelque raison, Harry avait l'air très calme quand Oncle Vernon fit irruption dans la cuisine.
- Qu'est-ce que tu fabriques, toi.
- Je fais des bonbons au citron pour Dudley et ses amis, et une soupe française pour le dîner. Un chocolat ?
- Je ne veux pas de chocolat ! D'où vient l'argent, hein ? Il est hors de question que tu gaspilles mon argent pour ces saletés !
- J'ai trouvé un travail, dit calmement Harry.
- Tu. As trouvé un travail. Oncle Vernon le regarda de haut en bas.
- Quel genre de travail.
Harry réfléchit à cette question.
- Je travaille surtout dans les cuisines de l'école, dit Harry, parce que être calme n'empêchait pas de mentir.
Oncle Vernon eut un éclat de rire.
- Tout le monde trouve un travail à son niveau, je l'ai toujours dit, Pétunia !
Il agita un doigt menaçant vers Harry.
- C'est bon à savoir que tu contribues à quelque chose ! Mais attention à toi. Pas de saloperies étrangères dans ma cuisine.
Il prit Tante Pétunia par le bras et l'emmena dans la pièce adjacente pour parler de Harry, et Harry l'entendit dire :
- La meilleure nouvelle que j'ai entendue cette année. Ce garçon pourrait finir par devenir normal. Je connais un type qui serait prêt à l'embaucher pour laver la vaisselle, un grand homme, il supporte n'importe qui.
- Mais Vernon-
- Il faut l'encourager quand il montre des signes- après quoi Harry ne pouvait plus entendre, et il dut revenir à ses bonbons avant qu'ils soient irrattrapables. La concentration, pensa fermement Harry, était la clé.
D'une façon ou d'une autre, Harry en vint à faire toute la cuisine de la maison, même s'il évitait d'aller faire les courses et que Tante Pétunia lui donna des livres de cuisine qui étaient autorisés. Tout ce qui n'était pas dans les livres autorisés n'était pas autorisé.
Parce que Tante Pétunia l'agaçait, Harry fit des essais avec les épices dans les recettes autorisées. Tante Pétunia le regarda d'un air suspicieux pendant le dîner, mais comme elle évitait toujours de se trouver dans la même pièce que lui, c'était tolérable. Pas agréable – Harry descendit tout son stock de chocolats calmants en quatre semaines – mais tolérable.
Dudley semblait avoir l'impression que Harry était son Elfe de Maison personnel, qui était très content de lui faire des bonbons et des gâteaux sur demande. Harry répondit en exigeant que Dudley aille faire les courses pour les ingrédients. Dudley répondit en menaçant de le frapper. Harry répondit en le regardant.
Plus tard, Harry demanda à Dudley, tout en mangeant de la tarte au citron :
- Pourquoi tu t'es enfui tout à l'heure ?
- Tu ne sais pas quelle tête tu as parfois, marmonna Dudley.
- Pardon ?
- Tu penses que tous ces machins – Dudley agita vaguement sa grosse main – c'est chouette. Ce n'est pas chouette. C'est flippant.
- Je pense que c'est chouette et flippant, offrit Harry.
- Tu vois, c'est pour ça qu'on pense tous que tu as perdu la boule, dit gentiment Dudley.
Harry se retint poliment de regarder Dudley. Il se concentra sur sa fourchette.
- Piers dit que comme tu as perdu la boule, je devrais être gentil avec toi parce que c'est pas ta faute si tu es bizarre.
- Vous… parlez vraiment de moi ?
- Tu étais vraiment bizarre l'été dernier, expliqua Dudley. Il dit qu'il a un oncle zinzin.
Harry regarda Dudley, et Dudley prit le reste de sa tarte au citron et s'enfuit. Harry songea que c'était probablement parce que son regard faisait de son mieux pour dire 'tu n'es pas Lord Voldemort et à ce point rien d'autre n'est effrayant.'
- Toi, dit soudain Tante Pétunia un jour, alors que le soleil était particulièrement chaud et que Harry traînait dans la maison, essayant de piquer un journal. On sort.
- Tante Pétunia ?
- Tu as ton argent ?
Harry la regarda d'un air suspicieux.
- Un peu, reconnut-il. Surtout en ayant laissé Dudley agir comme une sorte de dealer cet été, sa seule source d'argent moldu.
- Viens avec moi.
Ce qui fut comment Harry découvrit l'expérience très déconcertante d'aller acheter des vêtements avec Tante Pétunia. Les nouvelles baskets n'étaient pas extra, parce qu'il pouvait les avoir avec des rayures rouges en promotion, mais essayer de concilier son budget et les idées de respectabilité de Tante Pétunia produisit un Harry furieux et une Tante très irritée.
Le fait d'entendre quelqu'un glousser en arrière-plan n'aidait pas particulièrement.
Harry, qui refusait fermement de porter quoi que ce soit qu'il pouvait envisager un Drago Malefoy moldu accepter de porter, finit par se retrouver avec deux paires de jeans et quelques t-shirts à sa taille.
- Maintenant, dit Tante Pétunia, avec l'expression d'une femme marchant vers l'échafaud, une coupe de cheveux.
- Non.
- Maintenant, une coupe de cheveux.
- Tu te rappelles ce qui s'est passé la dernière fois qu'on a essayé ça ?
D'après l'expression de Tante Pétunia, elle se rappelait en effet ce qui s'était passé la dernière fois qu'ils avaient essayé ça. Elle plissa les lèvres jusqu'à les faire presque disparaître.
- Un des voisins a fait des commentaires sur moi, dit Harry d'une voix froide.
Tante Pétunia ne trouva rien à dire.
- Et si je faisais un effort pour rester hors de vue ? offrit Harry.
Au final, Harry n'eut pas de coupe de cheveux, mais il eut un sermon sur la gratitude. Il devenait, comme il le nota avec un certain plaisir, vraiment bon à les ignorer.
Quand Harry provoqua l'attaque de Dudley par des Détraqueurs, l'opinion des Dursley à son sujet n'alla pas en s'améliorant, et alors qu'il écoutait l'Ordre éviter avec précaution d'expliquer ce qu'ils lui expliquaient, Harry réalisa quelque chose avec une clarté cristalline : quelque chose n'allait pas du tout avec le professeur Rogue, parce que le professeur Rogue aurait su que c'était une idée vraiment stupide.
Cela n'améliora pas l'humeur de Harry.
