J'accuse Noctis Lucis Caelum, véritable Roi en mon coeur.
Playlist :Tout et n'importe quoi, du MIA à la k-pop, aux remix 8-bit jusqu'au Real Slim Shady en passant par Le Loir-et-Cher, Deezer
XVIII. Planification.
31 mars 1999
Ministère de la Magie
Londres
Le journal claqua sur le bureau en bois massif, manquant dans le même temps de renverser la plume d'aigle et l'encrier qui y étaient associés. Le bruit sec sembla résonner quelques secondes dans la pièce, à peine accompagné par la respiration étonnamment calme des deux individus qui se faisaient face, l'un confortablement installé dans son fauteuil d'ébène et de velours rouge, l'autre debout et le dos raide.
Et entre eux, la dernière édition de La Gazette du Sorcier.
Une main délicate mais ferme se tendit et saisit le papier, le secouant légèrement comme pour en mettre le gros titre davantage en évidence.
— « Attaque terroriste : 621 victimes, sorciers et moldus ». De quoi vendre le prochain numéro rapidement, commenta Lucius, impassible.
Cette fois-ci, l'encrier ne résista pas au choc que produisit Jonathan Nott en frappant pleinement sur le bureau du ministre de la Magie.
— Tu n'as que ça à dire ?!
Le blond prit le temps de parcourir en diagonale l'article qui occupait intégralement la une. Accompagné de photos de désolation et d'individus hébétés, d'agents du Ministère en train de procéder à des Oubliettes d'urgence sur les lieux, il dressait un constat accablant. Un village entier dans le sud-ouest du Royaume-Uni avait été rasé et, sans que le doute ne fût permis, de manière magique. Des fils d'énergie noire étaient voltigeaient encore sur certains clichés et un Feudeymon paraissait continuer de détruire un pavillon sur une autre. Au moins, pensa amèrement Lucius sans que son visage ne se plisse un instant, il n'a pas lancé la Marque au-dessus du village.
Quand Jeor était venu le chercher en pleine réception le soir précédent, il n'avait senti son sang ne faire qu'un tour. Le village de Loutry-Sainte-Chaspoule a été rasé, monsieur le ministre, avait-il dit. Mais rien n'avait pu préparer Lucius à un tel désastre et seule sa grande maîtrise de lui-même lui avait permis de gérer de manière efficace la situation. De manière efficace et de manière à ne pas se faire tuer par une perte de sang-froid quand il avait rapidement compris qui avait détruit le village.
Dire haut et fort à son Lord qu'il n'était qu'un fou qui agissait contre le bien de ses ambitions n'aurait pas été la chose la plus sensée à faire. Encore moins quand, pris de colère et de fureur, il vous lançait à vous aussi ses meilleurs Endoloris.
— Je ne vois pas ce que je te dirais de plus, Jonathan, répondit patiemment Lucius tout en repoussant le quotidien, ignorant presque l'homme fulminant. J'ai envoyé nos meilleures équipes d'Oubliators sitôt averti que ces rebe…
— C'était lui, siffla Jonathan, les traits tordus.
L'aristocrate s'arrêta net et leva enfin les pupilles sur son ami. La rage mal contenue de Nott n'était pourtant pas surprenante quand on avait l'habitude de côtoyer l'homme. Non. Ce qui fit douter Lucius, ce fut la façon dont Jonathan le coupa. Pas avec une affirmation. Une accusation. Jonathan Nott accusait.
Prudemment, le ministre croisa les doigts et se recula légèrement dans son fauteuil, presque imperceptiblement.
Ils se connaissaient depuis des années. Bien avant de devenir parents. Bien avant de devenir Mangemorts. Bien avant de devenir adultes.
Mais c'était la première fois que Lucius ne savait pas à quel point il pouvait avoir confiance en lui. Le sujet était bien trop grave pour être abordé de manière frivole. Après tout, il s'agissait de trahison.
Sans perdre son aplomb, le blond fixa son ami.
— Vraiment ? questionna-t-il, mine de rien.
Jonathan Nott posa ses deux mains sur le bureau sombre, froissant davantage le journal déjà malmené, et se pencha vers son vis-à-vis, légèrement tremblant. Il parut chercher ses mots, sonder l'autre. Par excès de précautions, Lucius raffermit ses barrières mentales déjà dressées, bien qu'il sache parfaitement Jonathan incapable de Legilimencie informulée. Mais avec ce fou, il valait mieux rester sur ses gardes, surtout en ces lieux. Les deux hommes se jaugèrent, chacun tentant de savoir ce que l'autre pensait de la situation. Quelques secondes passèrent puis Nott se redressa lentement, reprit discrètement son souffle, puis sembla se redresser dans une posture convenable pour un aristocrate.
— Eh bien, déclara-t-il d'un ton neutre d'où ne perçait plus aucune animosité, ce n'est qu'une supposition. Il serait avantageux pour les rebelles que l'on accuse notre Grand Gouverneur.
L'ambiance sembla s'appesantir encore. Bien que Jonathan fût revenu sur sa déclaration précipitée, Lucius n'était pas dupe. Il n'en pensait pas moins. Il prit une décision.
D'un geste de la main, le patriarche Malefoy verrouilla la porte du bureau, le mécanisme s'enclenchant d'un cliquetis discret mais impitoyable. Nott ne détourna pas le regard mais ses épaules se tendirent imperceptiblement et ses doigts se rapprochèrent légèrement de la manche de son veston où, Lucius en était parfaitement conscient, était cachée sa baguette.
— Assieds-toi, ordonna le ministre en desserrant le foulard qui lui ceignait le cou.
— J'ai à faire, répliqua son invité, menaçant et sur le qui-vive maintenant qu'il était parfaitement conscient du faux-pas que la colère lui avait provoqué.
— Tu en as trop dit, Nott. Cependant, le coupa rapidement Lucius avant que celui-ci ne puisse sortir sa baguette, nous devons parler.
L'homme blond lança un Assurdiato sur la porte par précaution, prêt à le justifier dans le cas où tout invité indésirable outrepasserait le verrou. Le Lord Noir n'était pas dans le Ministère ces temps-ci, mais Lucius ne pouvait plus se fier aux habitudes de son Seigneur ces jours-ci. Tandis que Jonathan refusait de lâcher sa garde et conservait sa raideur face au bureau, il soupira et se leva. Il ignora l'homme qui fixait prudemment ses mouvements, prêt à réagir au moindre problème, et alla ouvrir le buffet sur le côté de la pièce. Lucius sortit une carafe de Whisky Pur-Feu ainsi que deux ballons, puis se servit avant d'avaler le contenu, cul sec. Il remplit à nouveau son verre puis le second et retourna vers son ami, toujours debout. L'homme claqua de la langue et posa l'objet sur le bureau se réinstalla dans son fauteuil de velours. À aucun moment Nott ne l'avait quitté des yeux, redoutant sans doute de payer ses paroles. Lucius l'ignora puis se mit à boire plus calmement sa seconde dose, attendant qu'il le rejoigne.
Nott décroisa lentement les bras puis consentit à s'asseoir, négligeant le ballon devant lui.
— Je ne vois pas de quoi nous devons parler, se contenta-t-il de dire, enfin prudent.
Lucius retint un reniflement fort peu distingué et avala une nouvelle gorgée. C'était dans un pari mortel qu'il se lançait mais il était prêt à mettre sa vie en jeu sur ce coup-là. Jonathan était sanguin mais un fidèle allié à la cause des Sangs-Purs.
— Loutry Sainte-Chaspoule n'a effectivement pas été détruit par… nos petits amis, annonça-t-il le plus calmement possible tout en faisant lentement tourner le liquide ambré contre les parois du verre.
Son partenaire ne répondit rien, se contentant de le toiser. Sa mâchoire se crispa légèrement mais il garda pour lui toute trace de colère qu'il voulait encore manifester. Bien, se félicita Lucius alors que Jonathan acceptait enfin la boisson. Il sait qu'un tel éclat ne peut pas se reproduire.
— Je suppose qu'alors… commença Jonathan sans finir sa phrase.
— Oui.
Si l'atmosphère avait été précédemment tendue par les accusations félonnes de Jonathan auprès du bras droit du Grand Gouverneur, elle l'était maintenant par la prise de conscience à laquelle cette simple affirmation menait. Ce fut Jonathan qui, une fois de plus, parla haut et fort.
— Il est devenu fou.
— Je n'oserais le dire moi-même, concéda doucement Lucius, craintif qu'on ne les entende malgré les précautions qu'il avait prises avant le début de cette difficile discussion.
Un craquement résonna dans le bureau et Jonathan reposa le verre qui venait de s'ébrécher dans sa paume. Ses dents crissèrent sous la pression qu'il leur appliquait en serrant la mâchoire et il recroisa les bras, plantant les ongles dans son veston de tweed gris.
— Depuis quand ? réussit-il à demander.
— Tu es à la tête de La Gazette depuis l'année dernière, lui répondit l'autre, fais tes comptes.
Le juron qui échappa des lèvres de Nott fut peu distingué mais convint parfaitement à l'état d'esprit de Lucius, celui-ci en ayant lâché de bien pires la veille quand il avait dû gérer la crise dans son bureau. Jonathan ferma les yeux et s'efforça de reprendre en partie son calme. Lui qui avait toujours été un Mangemort fidèle et dévoué à son Maître, fier de son allégeance dans l'espoir et la satisfaction de voir le monde sorcier purifié et anobli… Ils avaient œuvré pour lui, pour l'amener au pouvoir, afin qu'enfin la fange soit éliminée de la société. Ils avaient travaillé d'arrache-pied, investi argent et moyens afin que leur prise de contrôle soit totale. Ils avaient tout fait, réfléchi, manœuvré pour que la victoire soit complète, que la société sorcière ne puisse s'opposer à eux. L'Angleterre était tombée. L'Europe commençait à suivre le mouvement. Le monde était à eux.
Et le Lord se permettait de réduire à néant leurs efforts ? Par colère ?
Par caprice ?
Lucius n'eut pas besoin d'élaborer davantage son argumentaire. Nott avait parfaitement compris les conséquences de cette attaque – c'était d'ailleurs pour cela qu'il avait débarqué sans crier gare dans le bureau du ministre de la Magie, premier tirage sous le bras, pour lui demander des comptes. L'opinion publique était de leur côté. Du côté des Sangs-Purs. Ils avaient fait trop d'efforts pour que tout ne s'effondre, parce que leur Grand Gouverneur décidait de tout raser sur son passage, sans même distinguer moldus ou sorciers, Sangs-Purs ou Sangs-de-Bourbe.
— On doit agir, Malefoy, annonça-t-il, sombre.
Le ministre se contenta de lever son verre en signe d'acquiescement.
oOo
De l'autre côté de la porte, tapie dans l'ombre sous un puissant sortilège de Désillusion, Pansy entendit parfaitement la colère de Jonathan Nott contre leur Maître avant qu'un Assurdiato ne vienne, étrangement, l'empêcher d'écouter le reste de la conversation entre les deux hauts responsables.
oOo
1er avril 1999
Réserve d'Abbey Road
Londres
Le regard perdu dans l'âtre au fond de leur refuge, Arthur Weasley touilla distraitement le thé qu'il s'était préparé il y a une heure déjà et auquel il n'avait pas encore touché.
À côté de lui, sur le canapé défoncé qu'ils avaient métamorphosé à partir de vieux fauteuils dans le petit salon, son benjamin. Lui aussi égaré dans la contemplation des flammes, Ron ne faisait même plus semblant de s'intéresser à la tasse pleine qu'il avait finalement délaissée au sol. Le bras sur l'accoudoir, sa tête retenue par sa main, il était muet depuis plusieurs minutes déjà. De l'autre côté, Percy, nettoyant mollement ses lunettes pour la énième fois en une heure, comme une vague excuse pour ne pas parler ou ne pas aller faire autre chose et rester ici parmi eux. Si Ginny avait été là, elle lui aurait déjà retiré des mains et écrasé sur le nez avant de l'exhorter à s'activer. À vrai dire, elle aurait aussi poussé Ron contre le bord du canapé pour se faire plus de place tout en lui prenant sa tasse puisque de toute façon il ne la buvait pas. Elle aurait aussi gentiment retiré sa propre tasse dans ses mains et proposé d'aller lui réchauffer son thé pour qu'il puisse le boire correctement…
Mais Ginny n'était pas là. Et personne ne savait où elle était.
La gorge nouée, Arthur s'obligea à avaler une lampée froide alors qu'il observait son aîné attiser le feu avec un tisonnier. Son nouvel aîné. Accroupi au sol, Charlie ignorait le regard de son père. Ses cheveux, maintenant attachés dans une vague et courte queue de cheval, étaient encore loin d'être aussi long que ceux que Bill portait fièrement…
Bill, qu'il ne reverrait plus, tout comme Molly.
Il força une nouvelle lampée qui eut le goût de sable dans sa gorge.
Charlie se redressa et se frotta la nuque, raide de la nuit passée dans les allées de la bibliothèque. Il se massa légèrement l'épaule, comme pour obliger ses muscles à se détendre et s'activer un peu. Pour s'obliger à sortir de la torpeur dans laquelle les hommes présents s'étaient enfermés. En le regardant faire, Arthur se dit qu'il était dommage qu'il n'ait pas hérité de sa grande taille. Ron, Percy, Bill étaient comme lui, grands, minces… Charlie, lui…
Une main posée sur son épaule le fit sursauter et il renversa maladroitement le peu de liquide qui restait dans la porcelaine, tachant le tissu déjà abimé de son pantalon. Il balbutia alors que les yeux bleus inquiets de son fils le sondaient et que les deux autres s'étaient retournés vers lui suite à son brusque mouvement.
— Ça va aller, papa, lui affirma maladroitement l'aîné, sa large carrure coupant légèrement l'éclairage provenant de l'âtre.
Charlie, lui, était plus petit et carré. Comme les jumeaux.
Comme Fred et George qui fêtaient leur anniversaire aujourd'hui.
Ou qui ne le fêtaient pas, cette année. Qui ne le fêteraient plus jamais.
L'esprit meurtri par la disparition des siens, de son clan, Arthur ferma les yeux et s'obligea à respirer par le nez pour éviter de fondre en larmes devant ses fils, eux qui étaient tout aussi touchés par l'absence des leurs en ce jour spécial. La poigne sur son épaule se fit plus forte et il sentit plus qu'il ne vit Percy et Ron se rapprocher à leur tour.
Les jumeaux, Ginny étaient perdus dans la nature. Bill, Molly étaient perdus à jamais. Merlin, leur village natal avait même été rasé par la fureur de Voldemort. Mais ses trois fils étaient vivants et présents. En ces temps sombres, c'était bien plus qu'il ne pouvait l'espérer. Et ce n'était pas un anniversaire manqué qui signifiait que plus jamais il n'y en aurait d'autres.
Il devait, pour lui comme pour les autres, continuer d'y croire.
Arthur apposa sa main à son tour sur celle de Charlie et il lui accorda un sourire tremblant.
— Ça va aller, fils. On rattrapera le temps perdu.
Les rouquins acquiescèrent, raffermissant leur union en ce temps de crise, avant qu'un léger raclement de gorge ne les interrompe. Arthur détourna le regard de ses fils vers l'étagère qui marquait l'entrée du petit salon, où les autres les avaient laissés en paix. Sur le seuil, Luna se tortillait une mèche de cheveux, presque désolée de les déranger.
— Hermione, le professeur Rogue et Madeleine demandent à ce qu'on se rassemble… dit-elle doucement, de peur de briser la communion entre eux.
— Nous venons, Luna, déclara le patriarche en accordant une petite tape à la main de Charlie.
Il se releva et, suivi de ses deux derniers, décocha un sourire à la jeune femme qui avait encore du mal à le regarder dans les yeux. Charlie traîna légèrement dans la pièce, laissant s'éloigner le reste de sa famille, jusqu'à s'arrêter près de Luna qui n'avait pas bougé de là.
— Ça va, toi ? lui demanda-t-il en se frottant le cou.
— Hm… Ouais, je crois que ça va.
Luna eut tout juste le temps de relever les yeux vers Charlie qu'elle sentit ses lèvres se poser sur les siennes. La surprise fit rapidement place à un sentiment de détente qu'elle ne ressentait plus depuis des jours déjà, depuis les souterrains de l'Hôtel-Merlin. Avec un soupir, elle se laissa aller contre lui, acceptant l'étreinte de ses bras qu'il passa légèrement autour de sa taille. L'homme l'embrassa plusieurs secondes, avant de rompre le baiser avec une lenteur qui témoignait de ses envies. Luna rouvrit les yeux, se noya un instant dans ses iris bleus, puis pouffa légèrement. Charlie rougit et la relâcha presque précipitamment dans sa gêne.
— Désolé, je…
— Une pulsion ? taquina-t-elle.
Il grogna d'embarras, se passant la main sur le visage, alors qu'elle rit plus fort. Ce ne fut que lorsqu'il la sentit l'embrasser sur la joue qu'il se retourna vers elle, rencontrant son air taquin et malicieux.
— Considérons ça comme une avance sur le moment où nous pourrons nous engager.
Et elle le laissa sur place, s'enfonçant entre les étagères sombres, tandis qu'il sentait son cœur à nouveau pris d'un nouvel élan d'amour pour cette fille.
S'efforçant de rapidement effacer de son visage son air béat, l'ancienne Serdaigle rejoignit le reste des troupes qui s'étaient rassemblées dans l'espace de travail de la bibliothèque. Dans une pièce adjacente vers l'extrême fond de la Réserve, entouré par d'immenses tentures sombres qui cachaient les murs en pierre et conférant à l'espace une certaine grandeur, un bureau de fer forgé dont chaque pied évoquait l'animal fétiche des maisons de Poudlard. D'immenses candélabres étaient disposés sur des colonnes de marbre de chaque côté et un fauteuil à haut dossier trônait près de lui. L'ensemble aurait pu être majestueux et inspirer le respect si seulement le bureau en question n'était pas englouti sous une épaisse couche de parchemins et de livres, de tomes jaunis par le temps, ouverts à diverses pages, de plumes et d'encriers dont l'agencement témoignait l'utilisation régulière. Les pieds ouvragés étaient eux aussi quasiment cachés à la vue de tous par des piles où se mélangeaient journaux et tomes de loi, accompagnés de quelques tasses dépareillées tout juste nettoyées par un Recurvite. Les résistants le comprirent très vite : l'endroit était le lieu de travail privilégié d'Hermione, quand elle devait mettre à mal les Réformes de Lucius Malefoy.
Déjà installé dans la chaise qu'il occupait quand il aidait Hermione à parcourir les textes et articles, Jonas écrivait rapidement sur une feuille sans faire attention au groupe qui finissait de se rassembler. De l'autre côté du bureau, le trio de commandement discutait à voix basse. Charlie arriva enfin, saluant d'un léger mouvement de tête ceux qu'il n'avait pas encore croisés aujourd'hui dans l'immensité de la Réserve.
Severus observa les individus présents, paraissant lui aussi plus reposé qu'auparavant maintenant qu'ils s'étaient accordé – à contrecœur pour sa part – une courte journée de pause.
— Bien. Nos retardataires nous ont enfin rejoints, déclara-t-il. Passons aux choses sérieuses.
Hermione plaça à ses côtés, endossant pleinement son rôle dans leur groupe reformé. En les voyant ainsi, Harry ne put empêcher un frisson de lui parcourir l'échine. Ce n'étaient plus sa meilleure amie et le professeur qu'il détestait mais avait appris à tolérer. Non. Devant lui, il en prenait la pleine conscience, se tenaient Thémis, dont les actions avaient permis à la société sorcière anglaise de ne pas totalement sombrer dans la folie. Severus Rogue, l'ancien espion qui avait monté la coordination d'une résistance au niveau international, maintenant à la tête de l'Ordre du Phénix. Madeleine se tenait légèrement de côté mais imposait sa présence en restant auprès d'eux, rappelant aux Anglais dans la pièce que la Licorne était tout aussi concernée par la suite des actions ici. Severus continua aussitôt.
— Maintenant que nous sommes sur place et enfin… reposés… commença-t-il en retenant un rictus plutôt résigné, il est temps que nous nous mettions en action. Madeleine, Miss Granger et moi avons établi, pendant que vous rêvassiez…
Le raclement de gorge de Madeleine l'interrompit à peine alors que la jeune femme cachait un sourire habitué.
— … un plan d'action qui devrait nous permettre d'affirmer notre présence sur le sol anglais et une augmentation sensible de nos forces.
L'ancien professeur balaya l'assistance du regard, ne souffrant d'aucune contestation ou remarque. Quand il fut assuré que chacun l'écoutait, il continua.
— Il est évident que ce n'est pas à nous dix-huit que nous allons réussir à vider le Ministère de ses Mangemorts, renverser l'Ordre établi et tuer Voldemort. D'autant plus, poursuivit-il en accordant un regard sévère à Harry, que notre Élu doit être celui qui doit se débarrasser du Lord… et nous avons vu le résultat l'année dernière, alors que nous étions bien plus nombreux au Ministère.
Harry serra le poing pour s'empêcher de répliquer à la douloureuse pique de Rogue, ses ongles rongés lui évitant de se faire saigner. Drago, à ses côtés et parfaitement conscient que c'était une attaque gratuite de la part de leur ancien professeur, appuya son épaule contre la sienne en guise de soutien. Le brun ne se détendit pas pour autant, rendant presque avec hargne son regard à l'homme pour chasser la pointe de culpabilité qu'il pensait avoir laissée derrière lui. Hermione intervint, coupant court à toute escalade verbale.
— Nous n'étions pas assez préparés l'année dernière et Voldemort avait un coup d'avance sur nous. Mais il ne faut pas nous bercer d'illusions, ce n'est pas par la force brute que nous réussirons cette fois-ci et, dit-elle avec un sourire à l'égard de son meilleur ami, il ne faut pas se leurrer, tu ne vas pas soudainement devenir un sorcier plus puissant par je ne sais quel entraînement, donc c'est sur l'entourage de Voldemort qu'il faut agir.
— Dommage, je m'imaginais bien manier une épée pour l'embrocher d'un coup d'estoc… ironisa Harry en se détendant un peu, entendant clairement que le sauvetage du Monde sorcier ne reposait pas que sur ses épaules.
Ron et Blaise retinrent de justesse des reniflements d'amusement qu'ils cachèrent rapidement dans diverses toux plus ou moins crédibles tandis que l'ambiance pesante s'allégeait légèrement. Jonas sembla rêveur quelques secondes.
— Et là, il dégaina sa baguette et transperça son adversaire qui poussa un râle sonore… Sois pas jaloux, Drago.
Le fou rire d'Esat se perdit sous les bégaiements d'outrage de Percy et Oriane et les diverses exclamations de l'assistance qui avaient saisi le propos tandis que Drago lâchait un « Quoi ?! » involontaire. Harry avait légèrement verdi au sous-entendu très foireux et commençait à comprendre le désespoir de sa meilleure amie quant à l'infirmier. Luna se contenta de pencher la tête.
— Je n'ai pas compris ?
Jin Lei dut tapoter le dos d'Esat pour lui éviter de s'étouffer, s'émerveillant de la naïveté toute naturelle de la jeune blonde. Herbert posa sa main sur son épaule et secoua la tête, préférant ne pas entrer dans la discussion ambiante. Jonas se redressa soudain sur sa chaise en lançant un petit cri effarouché puis se frotta vivement le bras.
— Bien, fit Madeleine en rangeant sa baguette. Si Mr. Bitterword a fini avec ses participations fort intéressantes, reprenons, voulez-vous bien ?
— Oui… oui, excusez-moi, souffla Esat en s'éventant, les pommettes rougies et le coin des yeux perlant de larmes. Reprenons. Bonne idée.
— Nous avons établi que la reprise en main de l'Ordre du Phénix passerait par deux axes, continua l'Auror sans jamais avoir lâché un sourire à l'interruption de Jonas. Nous devrons d'une part augmenter nos forces physiques – et je parle évidemment de recrutement – mais aussi nos forces invisibles.
— C'est-à-dire d'un enrôlement de la population à notre cause, conclut Hermione.
Oriane se tapota les lèvres du bout des doigts, songeuse.
— Ce n'est pas idiot, après tout, une guerre ne se déroule pas uniquement d'un point de vue militaire.
— Je suppose que vous parlez de propagande, affirma Jin Lei plus qu'il ne questionna. C'est une bonne stratégie, dans mon pays nous sommes très forts à ce sujet, je vous confirme qu'il s'agit peut-être de notre meilleure arme.
— Plus qu'une simple propagande, nous devons déstabiliser le Ministère entier et saper ses bases compléta Hermione.
Droite devant eux, égale du redoutable Severus Rogue, elle rappela par sa seule aura et sa prestance que c'était elle qui, depuis presque 8 mois, tenait la barre haute à Lucius Malefoy, et à Voldemort par extension. Severus devait le reconnaître et le concéder quand il sentit l'ambiance détendue devenir bien plus concentrée et sérieuse, l'ancienne Miss-je-sais-tout avait bien changé et réussissait à mobiliser la foule sans le moindre effort. Ce n'était plus Hermione Granger, jeune collégienne prétentieuse et imbue d'elle-même et de ses savoirs, mais bien une politicienne hors pair qui était à ses côtés. En son for intérieur, il fut presque contrarié d'apprécier sa présence en ces lieux. En certains côtés, elle lui rappelait… Non. Granger, Hermione, se corrigea-t-il, était une force à elle seule, exceptionnelle. La comparer serait la réduire à moins qu'elle le méritait.
Elle se rapprocha de la carte du Royaume-Uni qu'ils étudiaient avant d'être rejoints par la famille Weasley. D'où il se trouvait, Harry remarqua qu'il s'agissait d'une simple plan pliable moldue sur laquelle avaient été tracés à l'encre des croix et des ronds.
— Avec l'aide de Jonas, puis de Neville quand il nous a rejoints, nous avons repéré différents points d'appui au travers du pays.
D'un mouvement de baguette, elle la fit léviter devant eux. La carte se déplia dans sa totalité, dévoilant l'intégralité de leur patrie, de la Manche au nord de l'Écosse. Jonas, anormalement sérieux pour quelqu'un qui venait de sortir une remarque graveleuse sur la baguette d'Harry dans Voldemort, se leva et s'approcha. Du bout de son artefact, il pointa plusieurs croix qui se mirent à scintiller. La mâchoire d'Harry se décrocha légèrement quand parurent sortir de l'encre de nouveaux parchemins, faiblement translucides, se disposant de part et d'autre du papier, reliés à leurs symboles respectifs par un fil doré. Reconnaissant l'inspiration, il eut un sourire indulgent. Hermione avait toujours aimé les séries policières et leurs grands panneaux de réflexion. Il le sentait près de lui, Drago retenait toutes ses questions sur la réalisation d'un tel sort. Mais Jonas intervint :
— Sur cette carte, nous avons relevé toutes les actions suspectes qui se sont déroulées depuis la Bataille du Ministère, avec une fiabilité relative pour les premiers mois après l'événement, expliqua-t-il. Retrouver des sources correctes de cette période a été compliqué et je n'avais pas vraiment eu la présence d'esprit de collectionner les journaux, contrairement à aujourd'hui… ajouta-t-il en donnant un léger coup de pied à une pile qui s'effondra.
Percy hocha la tête, songeur.
— Nous l'avons su plus tard, mais ils n'avaient pas seulement investi le Ministère. La Gazette a été prise le même jour.
— Mon père était à la tête ce jour-là, avoua doucement Théo, portant sur lui la culpabilité de son nom de famille. Il n'était pas au Ministère, car il devait s'assurer que la Gazette du Sorcier soutiendrait immédiatement le Lord.
Dans l'esprit d'Harry, l'humiliation et la douleur, la torture qu'il avait subies lui revirent en mémoire et il porta presque inconsciemment la main à sa jugulaire où ressortait la cicatrice que Pansy s'était appliquée à soigner à grand coup d'alcool à brûler.
— Donc, aucune source n'était fiable à ce moment-là, reprit Jonas avant de pointer différents parchemins qui firent briller davantage leurs marques respectives. Les Mangemorts ne rapportaient que leurs victoires.
Les yeux de Ron se détournèrent en voyant le nom de Lavande Brown au détour d'un parchemin, statuant sur sa mort lors d'une tentative d'attentat contre les Mangemorts, ceux d'Harry se fermèrent en reconnaissant celui d'Olivier Dubois, exécuté pour avoir voulu cacher des Nés-Moldus.
— Pourtant, je ne comprends pas, dit Blaise en fronçant les sourcils et grattant sa barbe. Ok, Nott avait la main sur les journaux dès le départ. Alors qu'est-ce qui a changé depuis qui fait que maintenant tes informations sont plus fiables ?
— Ce qui a changé, c'est que le bouche-à-oreille a repris une fois que la population s'est remise du changement de gouvernement, et que le journal n'a pas pu tout boucler. Y compris ce qui ne l'arrangeait pas.
Théo se remémora son père, les colères qui le prenait quand il se trouvait obligé de publier des articles qui, selon lui, n'allait pas dans le sens de nos efforts politiques. Il le savait, Père avait la mainmise sur toute l'information sorcière dans le pays.
— Quand un nouveau journal ou magazine apparaissait, il n'était pas rare qu'il ne dure qu'un seul numéro avant qu'à nouveau il ne disparaisse, se lamenta Hermione avec un mouvement de tête dépité. Sorcière Hebdo a obtenu de continuer ses parutions à condition de se contenter à de pathétiques articles sur les crèmes de beauté et les tests de personnalité magique.
— Je m'en souviens, acquiesça Théo en chassant de son esprit toute image de son paternel. Tout passe par lui, même aujourd'hui encore.
— Exact, fit Jonas, avant de devenir plus joyeux. Mais c'était sans compter la capacité de l'Ordre à agir sans magie.
— Ce qui est fort admirable, concéda Madeleine, dont l'essentiel de la carrière et de ses actions s'était toujours appuyé sur sa baguette magique et ses savoirs.
Neville rougit, conscient que Jonas l'englobait dans ses paroles. Il tenta de se faire plus petit, mais un coup de coude admiratif de Ron l'obligea à relever la tête et assumer avec fierté ses actes. Jonas lui sourit.
— Je n'étais pas le seul, précisa l'ancien Gryffondor. À travers le Royaume-Uni, Aberdeen n'était pas le seul centre de résistance.
L'infirmier tapa deux fois de sa baguette sur la carte et un parchemin s'agrandit, relié par son fil doré à un cercle barré en plein sur Aberdeen.
— Dissimulation de Nés-Moldus. Régulière. Ça a attiré notre attention, alors j'y suis allé.
— Je suppose qu'à l'époque, il vous était impossible de sortir d'ici, Miss Granger ? demanda Severus.
Elle acquiesça.
— J'étais recherchée par les Mangemorts et je sais que les Malefoy ont mis, tout comme pour vous, une prime conséquente sur ma tête.
— Père a toujours su bien placer son argent, ironisa Drago en reniflant.
Sa remarque arracha un sourire à la jeune fille et Jonas reprit.
—Toujours est-il que trouver celui-là, dit-il en vaguement Neville du doigt, n'était pas facile. Je dois avouer que ce gamin a de la ressource quand il s'agit de se planquer.
— J'ai eu de l'aide de ma grand-mère… essaya-t-il de se dédouaner.
— Oh arrête, à ce que je sache, ta grand-mère je l'ai trouvée avant toi. Assume, prouve que tu as des…
Le raclement sonore de la gorge de Severus ainsi que son regard incendiaire l'empêchèrent de continuer plus loin et il se dépêcha de revenir à son propos.
— Toujours est-il qu'après une sacrée traque – un mois, le con ! – j'ai mis la main dessus. Il n'a pas voulu venir directement, il avait encore des choses à faire, qu'il a dit. Mais il nous a rejoints ici à l'annonce de votre retour imminent.
— On a gardé le contact avec des téléphones moldus, et à partir de là, j'ai pu aider Hermione et Jonas comme j'ai pu, à mon niveau sans magie, compléta Neville, habitué aux remarques déplacées de l'homme après des mois de partenariat.
— Et quel est le lien avec les autres marques sur votre carte ? demanda Esat, observant avec curiosité le jeune héros comme s'il pensait pouvoir écrire un article épique à son sujet.
— Ils l'avaient compris mais me trouver a été leur confirmation : si je pouvais agir sans magie contre le Ministère, d'autres le pouvaient aussi.
— Et on en revient aux croix et aux ronds ! annonça fièrement Jonas. À force d'investigations et de recherches de la part de vos serviteurs, nous avons pu effectuer un relevé le plus précis possible de tout ce qui s'est passé de louche dans le pays ces derniers mois. Chaque zone suspecte a été entourée par mes soins, chaque croix représente une opportunité terminée ou ratée.
Ron grimaça en contant mentalement chaque symbole.
— Les croix sont nombreuses…
Hermione hocha tristement la tête.
— Souvent, nous avons appris après coup le décès de l'un des nôtres, ou une dure action des Mangemorts sur les lieux, expliqua-t-elle alors que la croix sur Loutry-Sainte-Chaspoule semblait briller plus fortement.
Son petit-ami se redressa, raffermissant sa posture.
— Ce n'est pas le moment de s'apitoyer sur ces croix alors, affirma-t-il. Si vous avez remarqué des lieux suspects où des actions contre la politique gouvernementale ont été ou semblent être menées, c'est là que nous devons aller. C'est aussi simple que ça.
Harry ressentit un élan de fierté envers son meilleur ami qui, s'il ne l'avait pas assez prouvé tout au long de cette dure année, se montrait plus que fiable. Hermione, quant à elle, se sentit plus amoureuse que jamais et lui adressa un grand sourire.
— Je pense que je ne l'aurais pas mieux dit.
— Je vois que vous avez saisi la première phase de notre plan, Ronald, lui dit Madeleine en hochant la tête, satisfaite. Une partie d'entre nous se rendra sur les lieux et enquêtera, essaiera de débusquer les résistants présents et les ramènera à notre cause pour regroupement.
— Seulement, vous avez dit « une partie », intervint Charlie, bras croisés.
— Exact, Mr. Weasley, lui répondit Severus. Plusieurs groupes très limités iront aux différents endroits repérés. Certains parmi nous resteront ici.
— Et c'est là que la partie « propagande » entre en jeu, conclut Jin Lei.
— Exactement, Jin Lei. Nous allons taper, et fort, assura Hermione.
Puis elle se retourna vers Harry et lui adressa un sourire d'excuse alors que Rogue retenait un reniflement narquois. Harry se sentit soudain très peu rassuré.
oOo
Dans les heures qui suivirent, les équipes se formèrent. À l'aide de la carte de Jonas et Hermione furent déterminés trois points sensibles où se remarquaient depuis quelque temps des actions antigouvernementales. Pourtant, quand Hermione énonça les différents théâtres d'opérations – Belfast, Swansea et Cambridge – Luna ne put s'empêcher de noter une incohérence.
— Charlie, Jin Lei, Blaise, vous avez l'habitude de fonctionner ensemble depuis le tout début, je veux que vous continuiez ainsi en allant enquêter sur Belfast, annonça Hermione d'une voix ferme, digne des plus grands chefs militaires de l'époque.
Les deux adultes se contentèrent de hocher la tête tandis que Blaise lui adressait un salut du bout des doigts sur le front.
— Que cherche-t-on ? demanda Charlie tout en poussant Blaise du coude pour l'inciter à retrouver un semblant de sérieux.
— Depuis plusieurs semaines, des attentats ont lieu, expliqua-t-elle en faisant apparaître le parchemin correspondant. Aucun blessé si ce ne sont des Mangemorts ou des fonctionnaires à leur solde. Je n'ai pas pu me rendre sur place personnellement, mais Jonas m'a rapporté trois éléments essentiels que vous devez savoir. Premièrement, les bombes sont fabriquées de manière moldue. Deuxièmement, elles sont déclenchées par magie. Dernièrement, après chaque explosion, des phamplets contre le Grand Gouverneur et, je cite les chiens meurtriers à sa botte, apparaissent.
Jin Lei haussa un sourcil.
— C'est plutôt précis et dirigé, comme action.
— L'avantage, intervint Charlie, c'est qu'avec ceci nous n'avons aucun doute sur l'appartenance de ce groupe.
— Exactement. Secondement, Swansea. Ron, Percy, Herbert, je souhaiterais que vous vous rendiez sur place. J'ai de fortes raisons de croire que ce sont de nos camarades de Gryffondor qui agissent.
Herbert déglutit en se sentant confier officiellement une tâche, Percy remonta ses lunettes sur son nez, prêt à intervenir. Ron, quant à lui, la sonda du regard.
— Pourquoi dis-tu ça ? Et si c'est le cas, pourquoi Mr. Goyle ? Sans insulte aucune, monsieur, se dépêcha de rajouter Ron, avant qu'Herbert n'ait le temps de se sentir outré.
L'homme se contenta de secouer la tête, comprenant parfaitement l'argument.
— Parce que c'est signé, renifla Severus, intervenant avant qu'Hermione ne se lance dans quelconque explication farfelue en son sens. Certes plus discret que sur Belfast mais tout aussi remarquable.
Hermione s'empressa de reprendre :
— Ce que Severus veut dire, c'est que là-bas se trouve un principal office de recrutement de Mangemorts.
Ron manqua de s'étouffer d'indignation en apprenant l'existence de ces bureaux. Luna, elle, se contenta de hausser les épaules. Plus rien ne l'étonnait.
— Leurs locaux se sont fait détruire, leurs membres attaqués, et ce plusieurs fois au cours du dernier mois, bien que la sécurité soit maintenant renforcée. Et, à chaque fois, tagué sur les murs…
— Ou sur leur front, grommela Severus, exaspéré.
— « L'Armée de Dumbledore est toujours là », termina Hermione, d'un ton presque d'excuse.
Percy se retourna vivement vers son père.
— Est-ce que ça pourrait…
Le patriarche réfléchit un instant avant de dénier lentement.
— Pas assez visible.
— Exactement, reprit la sorcière. J'ai un temps moi aussi envisagé qu'il s'agisse des jumeaux Weasley, mais les actions ne correspondent pas à leur degré de fantaisie.
— À moins que ces cornichons aient enfin appris le sens du mot subtilité, rétorqua Severus, se remémorant l'époque où il devait supporter ce duo à Poudlard.
— Croyez-moi, Severus, commenta Arthur avec un sourire douloureux. Jamais ils n'apprendront ce mot.
L'ex-professeur de potions se contenta de renifler et rendit la parole à Hermione qui patientait.
— Pour Herbert, c'est simple. Si vous ne trouvez pas de moyen d'approcher les résistants là-bas…
— Je servirai d'appât, conclut sans problème l'ancien Mangemort.
— Je suis navrée.
Étrangement, la confirmation d'un tel plan ne le paniqua outre mesure. Au contraire, il fit sentir à l'homme qu'il pouvait avoir un rôle à jouer, aider dans la réalisation d'une cause qui était devenue la sienne, en mémoire de son fils. Et s'il devait se risquer lui-même à subir les foudres des survivants de l'Ordre, il le ferait volontiers. Ron secoua vivement la tête.
— On essaiera de ne pas en arriver là.
— Tout à votre honneur, Ronald, intervint Madeleine. Mais vous prendrez les décisions nécessaires au bon déroulement de votre tâche. Hermione nous a vanté vos compétences en matière de stratégie, faites-en bon usage.
Seul le pouffement de Blaise évita aux rougissements de Ron et Hermione d'être la seule attention des autres à cet instant.
— Quant à Drago, Mr. Weasley et moi, nous nous rendrons sur Cambridge. Il y a fort à penser que plusieurs personnes sont à l'œuvre là-bas.
— Quelles sont les circonstances ? demanda Drago, en un sens satisfait de travailler avec Madeleine qu'il connaissait depuis maintenant des mois, et partagé sur le cas Weasley.
— La ville semble coupée du monde.
Le blond se retourna vers Severus, surpris.
— Comment ?
— C'est simple, depuis décembre, plus personne ne parvient à obtenir de nouvelles, expliqua Thémis, l'air contrarié. Nous ignorons totalement ce qu'il s'y passe. Aucun renseignement ne sort, et nous ne savons pas si les informations y entrent.
— Mais comment est-ce possible ? Père n'aurait jamais laissé courir une telle situation, le connaissant.
— Des éléments qu'ont pu recueillir Jonas et Neville, le ministère a bien essayé de résoudre le problème. Sans effet. Les Mangemorts envoyés sur place sont soit portés disparus, soit revenus au bercail proprement oubliettés.
— J'en avais entendu parler… commença lentement Herbert, essayant de se remémorer ce qui se disait dans les couloirs du Ministère et chez ses anciens amis, ses souvenirs embrumés par l'alcool qu'il avait ingéré toute cette année. Lucius disait… il était furieux de voir qu'une ville entière était devenue zone blanche…
— Notre supposition est la suivante, commenta Severus en faisant à son tour apparaître le parchemin de Cambridge sur lequel était uniquement noté un énorme point d'interrogation en guise de précisions. Quelqu'un a court-circuité la ville en y trouvant refuge. Et seule son importance au niveau national l'a épargnée. Voldemort ne doit pas être au courant, sans quoi il se serait rendu lui-même sur place.
— C'est plausible… réfléchit Drago en fixant la carte. Père… Lucius n'aurait pas voulu qu'on apprenne son échec, ni même que la ville soit attaquée. Il aura donc fait profil bas sur le sujet.
— Drago, dit Madeleine en se tournant vers lui. Tu as de grands savoirs en Magie Noire de par tes origines, sois prêt à les employer à tout moment compte tenu de notre ignorance. Mr. Weasley, vous êtes un ancien membre du Ministère et vous vous y connaissez en enchantement d'objets moldus. Nous aurons peut-être besoin de votre expérience.
Les deux hommes s'observèrent un court instant, comme pour jauger inconsciemment des capacités de l'autre, puis acquiescèrent en direction de l'ancienne Auror. Mais ce fut à ce moment que Luna eut la confirmation que quelque chose était anormal.
— Sauf qu'il reste un groupe, dit-elle d'un ton hésitant en regardant Severus puis Neville.
— Nous, Miss Lovegood, nous partons pour Poudlard.
oOo
Tandis qu'Hermione donnait ses consignes aux groupes d'intervention, Harry se retrouvait en plein centre de l'équipe de propagande. Ou, comme Hermione l'avait affectueusement surnommée, la P.R.O.P.R.E. La Propagande Réorganisée, Opérationnelle, Probablement Restauratrice d'Égalité.
Franchement, elle lui avait tellement manqué, sa meilleure amie et son amour des acronymes douteux.
Pourtant, assis sur l'un des canapés qui avaient été ramenés dans le bureau pour qu'ils puissent discuter sérieusement, il ne pouvait pas s'empêcher d'éprouver une pointe de jalousie. À nouveau, les gens qu'il aimait, Drago, Ron, la famille Weasley, partaient sur le front, et lui se retrouvait à l'écart. Évidemment que son rôle allait être important, comme Hermione lui avait annoncé plus tôt, mais il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il serait bien plus efficace au combat, comme les autres.
— Tire pas la gueule, Potter, on a besoin de ton joli minois.
Harry foudroya du regard Théo qui n'essayait même pas de cacher son grand sourire moqueur.
— Ta gueule Nott, c'est pas la tienne qu'on aurait envie d'afficher en tout cas.
— Messieurs, un peu de retenue, les coupa Jonas, après tout il y a une dame parmi nous, rajouta-t-il tout en désignant Oriane du doigt.
— Et c'est vous et vos sous-entendus sexuels qui osez dire ça ? rétorqua-t-elle, pas impressionnée pour un sou.
— Ma mie, vous me blessez, je ne disais ça que pour vous faire la cour.
— Est-ce une tradition occidentale ? demanda Esat aux deux jeunes sorciers, ironique. Cela me semble mal parti pour arriver à ses fins.
Inconsciemment, Harry se détendit devant tant de pitreries et se laissa à nouveau aller dans le canapé. Le jeune homme prit quelques secondes pour lui pour accepter ce qui allait advenir de lui : il allait retrouver son rôle d'icône de la Résistance et de la victoire sur Voldemort. Cette image qu'il n'avait jamais désirée, qui lui avait toujours collé à la peau et qu'il avait toujours voulu faire oublier au reste du monde quand il était à Poudlard – bien que nombre de ses actions avaient souvent joué en sens contraire à ce désir, depuis le jour où il avait mis les pieds dans le célèbre château.
Mais c'était logique. Voldemort lui-même s'était servi de lui à cet effet. Plutôt que de le tuer sur place, alors qu'il était le visage et le corps ensanglanté contre le sol froid du Ministère, il l'avait gardé en vie. Il l'avait enchaîné. Il l'avait fait torturer. Il l'avait laissé mourir. Mais avant tout ça, avant même que ne commence sa descente aux enfers, il avait fait venir un photographe. Et son visage, son corps affaibli et enchaîné avait été affiché à la une, puis plus en détail à la seconde page. Mais il avait été le symbole de la réussite du Lord Noir.
Il se devait d'enfin accepter son statut de vecteur d'espoir, alors qu'il avait été celui du désespoir un an auparavant.
— Bien, en attendant qu'Hermione nous rejoigne, annonça Jonas en redevenant sérieux aussi soudainement qu'il s'était mis à plaisanter, commençons à établir le plan d'action.
— Un journal rebelle, ce ne sera pas de tout repos, commenta Esat.
— Évidemment que non, c'est bien pour ça que chacun aura son rôle.
Le quadragénaire se tourna vers Oriane qui patientait.
— Vous et moi serons les soutiens médicaux des équipes parties, mais cela ne nous empêchera pas de participer, si vous voulez bien.
La grande rousse se contenta de hocher la tête.
— Esat, pour le journal vous serez notre principal rédacteur en chef, si vous le voulez bien.
— Bien entendu, confirma le journaliste.
Jonas se tourna ensuite vers Théo.
— Je sais que tu n'étais pas franchement en… grande relation sentimentale et profonde, avec ton père, mais je suppose que tu as appris quelques ficelles de sa part.
Le brun se renferma légèrement mais décida de s'affirmer.
— Quand j'avais encore sa… confiance… j'ai pu l'accompagner plusieurs fois dans les locaux de la Gazette et j'ai évidemment quelques informations grâce à ma relation avec Pansy.
— Parfait. Et toi, Harry, évidemment, tu seras notre étendard aux côtés de Thémis. Ils se sont habitués à ses interventions à travers le temps, mais ton retour ne sera plus que marquant pour relancer toute la machine.
— Donc je suppose que je dois apparaître à la Une de notre papier, grimaça-t-il malgré lui.
— Eh oui, beau brun. Toi, en photo partout, rapportant l'espoir aux sorciers qui n'ont jamais vraiment adhéré aux politiques ségrégatives de Lucius Malefoy.
— Si on ajoute le fait que Voldemort commence à faire à nouveau peur, ironisa Hermione en les rejoignant enfin, il devient bien plus facile de s'arroger une partie de l'opinion.
— Je n'arrive toujours pas à croire que les sorciers aient un jour oublié qui était réellement Voldemort, se désola Harry en serrant les poings.
La jeune fille se rassit à son bureau et observa l'assemblée.
— Ils ont joué finement dès le départ. Voldemort prend le pouvoir, puis s'écarte et s'efface un temps pour laisser quelqu'un de plus humain, quelqu'un de plus raisonné et acceptable. Résultat, la population se retourne vers cette figure puisque toutes les autres ont été anéanties.
— De la manipulation de masse, conclut amèrement Théo.
— Heureusement pour vous, commenta Oriane. Vous avez non seulement pu contrer les Réformes, mais d'autres groupes de résistance ont réussi à survivre aux premiers mois.
— Et c'est bien pour ça que nous devons nous mettre en marche, affirma Hermione, sévère. Harry, pour l'instant ne te concentre pas sur Voldemort.
Le brun haussa un sourcil et ravala sa remarque pour l'écouter plus sérieusement. Après tout, dans cette histoire, c'était elle le cerveau de la bande. Ils l'avaient toujours su, elle ne faisait que le confirmer depuis des mois.
— L'affrontement final arrivera bien plus tôt qu'on ne le voudra. En attendant, il faut qu'on se concentre pour obtenir le soutien de la majorité. Et ça, c'est toi qui vas nous l'apporter.
— J'ai compris, Hermione, te bile pas.
Harry soupira, ferma les yeux un instant, puis fixa ses iris verts sur la femme qui présidait.
— S'il faut que je m'affiche au monde entier, je crierai que je suis de retour. Je rappellerai aux sorciers que tout espoir n'est pas perdu. Qu'il n'est pas mort, que je ne suis pas mort. Qu'on est toujours là, et qu'on va reprendre le dessus.
Hermione lui sourit de toutes ses dents tandis que l'assemblée approuvait ses paroles, qui résonnaient comme celles d'un chef qui avait repris du poil de la bête. Elle claqua dans ses mains.
— Bien. Mesdames, messieurs, on s'y met ?
Sauvez des vies, restez chez vous et lisez des fanfics.
