Personne ne pense à ce qui va se passer après.

Personne n'imagine ce que signifiera pour Jotunheim d'être enfin unifiée sous l'égide royale, comme elle ne l'a jamais été depuis Ymir.

C'est trop loin, prétexte-on. Il y a encore le temps, s'imagine-t-on.

Sauf qu'en fait, ce n'est pas si loin que ça, il y a moins de temps qu'on ne l'aurait cru. Farbauti a consulté les intendants et quartier-maîtres, et les prévisions de ceux-ci sont catégoriques.

L'unification sera terminée dans une décennie. Une quinzaine d'années peut-être, si vraiment les rebelles s'acharnent jusqu'au bout et que Laufey décide de faire traîner les choses, mais en tout cas moins de vingt ans. Dans vingt ans, ce sera la paix.

Démilitariser et lancer une économie viable en temps de paix sera l'affaire d'un siècle. Peut-être deux, si les choses s'enlisent et que des bourdes sont commises, ce qui a toutes les chances de se produire. Et dans l'intervalle, dans cette parenthèse de quatre-vingts ans, ce sera le chaos. Un chaos qui a toutes les chances de renverser le trône.

Farbauti parle à Laufey – enfin, lui crie après plutôt, car n'est-ce pas lui qui a déclaré la guerre, lancé Jotunheim sur cette voie ? Il plie l'échine comme il le doit, mais il ne semble pas très repentant. Il insiste que l'armée pourrait être gardée active sans porter préjudice à la planète.

« Et comment tu feras ça ? » elle exige de savoir, la voix dégoulinante de sarcasme, « tu iras imiter les Asgardiens en envahissant les Neuf Royaumes ? »

Et là, une lueur s'allume dans le regard de Laufey.