2x10 - 18 miles out

2x11 - Judge, jury, executionner

Chasing cars - Snow Patrol


*pov Y/n*

Je vois Daryl revenir de la grange. Je tiens ma tasse émaillée entre mes doigts crispés malgré le café brûlant qu'elle contient.
Je peux aussi sentir la tension qui saisit Rick tout proche. Lori enlace son bras des siens. Je m'efforce de ne pas les regarder, de peur de tomber sur son regard bleu posé sur moi.
Ils ne cessent de revenir en flash, ma tête près de lui, sur le dossier de la voiture. Ce bleu qui m'a enveloppée et fascinée. Ce flash ne cesse plus de tourner en boucle dans ma tête depuis qu'on est rentrés.

Puis il est parti avec Shane toute la journée d'hier emmenant Randall loin, comme voulant perdre le Petit Poucet au milieu de ce nouveau monde de rôdeurs affamés.
Mais les deux super flics n'ont pas eu assez de leurs seules paires de couilles pour s'exécuter... si ce n'est se mettre visiblement sur la gueule.
Shane a expliqué son entaille à l'arcade et sa pommette bleue par un accrochage avec les rôdeurs...

"A moins qu'il ait croisé Mohammed Ali Le Rôdeur qui lui a mis un uppercut du droit, pile dans sa gueule... a commenté Daryl pour mes seules oreilles.

Le chasseur m'a arraché un sourire sous le récit de Shane que m'a fait ravalé illico Rick en me toisant froidement, Lori toujours pendue à son cou.

"Daryl, tu t'occupes de Randall... a soudain ordonné Rick en se défaisant de sa femme aimante.

Le chasseur a froncé des sourcils, incrédule.

"Pourquoi moi ? a-t-il demandé en me regardant moi, avant de s'écarter, prenant ça pour une punition.

"Shane et moi avons fait notre part. A ton tour.

Daryl obtempère sans plus insister alors que Rick s'approche de moi, toute aussi incrédule. Il veut démontrer quoi, là, au juste ?!

Je ne demande pas mon reste, fusillant le shérif de mes yeux plissés, toute ma frustration retenue. Lori dans son dos, croise ses bras sur sa poitrine, à moitié déhanchée, un regard indéchiffrable à mon adresse.

Je préfère disparaître à mon tour tant ces abrutis me tapent sur le système.

.

Je rentre dans le salon de la ferme Greene. Je suis visiblement la dernière, Carl passe à côté de moi pour monter l'escalier de mauvaise grâce, sous l'ordre muet de son père.

Je le regarde faire, son pantalon est couvert de boue séchée. Daryl me fixe, sur le seuil de la pièce quand je ramène mon attention à la salle où tout le groupe s'est réuni.

Ils sont clairement préoccupés et silencieux.

Rick veut connaître l'opinion de tous avant de savoir par quel moyen on va prendre la décision finale concernant le sort de Randall, gamin sniper empalé.

Shane commence. Il est pour éliminer la menace, sans surprise. Dale intervient à son tour. Il refuse, a priori avec le soutien de Glenn.
Mais mon ami lève les yeux sur lui, puis sur moi. Je connais ce regard. C'est celui du mec désolé.

Je regarde Daryl qui se tient à trois centimètres de moi, qui me fixe froidement sans doute depuis mon arrivée. Il est fâché, lui ?! Il m'en veut de quoi ? De la décision injuste du shérif de lui faire interroger Randall ? Quoi d'autre ? On ne s'est quasiment pas revus de la journée, préférant pour ma part passer mon temps avec les chevaux.

Glenn parvient à balbutier son opinion personnelle sur ce coup là. Maggie demande si on ne pourrait pas le garder prisonnier. Mais son père reprend la main : cela signifie une bouche de plus à nourrir avec l'automne qui vient.
Dale pense qu'il pourrait se révéler utile, si seulement on lui en laisse la chance.

Rick propose qu'il soit effectivement sous surveillance permanente et aux travaux forcés.
Lori ne se sentirait pas en sécurité après ce que Daryl n'a fait que suggérer quant à ses révélations matinales.

Puis Shane ironise en imaginant que le gamin puisse même finir par faire venir ses trente copains et qu'on pourrait laisser faire, juste pour observer ce qu'il se passerait entre nous tous.
Daryl le toise toujours sans dire un mot et je vois dans ses yeux qu'il est bien d'accord avec le flic. Moment rare s'il en est.

Ils en sont alors à parler du moyen... Nouvel abandon, plus lointain, nouvel essai malgré l'échec de la veille et avoir manqué d'y laisser la peau des deux flics. Pendaison. Ou encore... balle. Daryl danse un peu sur ses deux pieds à mes côtés alors que je sens mon nez comme aimanté par le sol, fermant les yeux.

T-Dog se demande tout haut s'il faudra l'enterrer lui aussi.

Dale calme le jeu, comme si la décision d'exécution était déjà prise. Il rappelle qu'on l'a sauvé ce môme, à la pharmarcie, il y a deux jours. Que ce matin, Daryl l'a gentiment torturé pour qu'il révèle les atrocités déjà faites par son groupe d'hommes sanguinaires et pervers. Pour finir par être a priori exécuté dès ce soir.

A quoi bon ?

"Il a raison, putain... dis je entre mes dents.

Daryl respire plus bruyamment quand il se tourne encore vers moi. Je frotte ma nuque, ramenant tous mes cheveux sur mon visage toujours penché en avant. Je déteste mon indécision, cette sensation d'être en apnée, que quand je ne pourrai que reprendre mon souffle, ma vie basculera irrémédiablement d'un côté ou de l'autre, mais que je perdrai toujours l'équilibre, quoi que je décide.

"Hey... murmure le chasseur.

Il attrape deux doigts de ma main droite qui frôle sa cuisse. Ca me fait lever la tête vers lui. Ca me remonte à la surface. Mon apnée s'interrompt net.

Carol prend la parole. Pour ne pas se prononcer.
Dale l'accable encore un peu plus. Et ça m'enfonce encore davantage dans mon silence.

Rick donne encore une minute d'expression libre à tous. Mais chacun se mure dans son malaise. Le plus vieux plaide encore. Andrea se range finalement à son côté. Mais c'est tout ce qu'il aura gagné ce soir, dépité.
Dale s'approche de Daryl avant de sortir.

"Ce groupe est brisé... statue-t-il.

Le chasseur le regarde sortir sans un mot, mais il serre un peu plus mes doigts dans les siens.

Rick me fixe après avoir regardé aussi Dale sortir. Ses yeux bleus tombent sur mes doigts pris dans la main du chasseur.

.

La nuit est tombée. Les deux flics et le chasseur emmènent le jeune mec dans la grange.

Tout le monde est resté à l'intérieur de la maison. Je suis sur le perron et mes pas continuent quand les quatre hommes ont pris un peu d'avance. Je sais que je ne veux pas voir, que je redoute.

A l'approche de la porte de la grange restée entre ouverte, Carl me passe juste devant, en courant d'air.

"Vas-y Papa... dit il, tellement déterminé.

Ils se dégonflent sous le regard de l'enfant, surpris. Les hommes sortent à leur tour. Daryl m'aperçoit plongée dans la pénombre du dehors alors qu'il ramène le prisonnier dans la remise. Je l'entends soupirer en me découvrant encore dans ses pattes. Mais je le suis. Je ne sais même pas pourquoi je fais ça.

"T'es pas obligé... lui dis je.

-Fous moi la paix, putain...

-Dale a raison...

-Ah bon ?! sarcastique. C'est bien toi qui as voulu voir, y a pas une minute, nan ?! Et pourquoi t'as pas retenu Carl ?! Que toi tu sois voyeuse c'est ton problème... grimaçant de dégoût en faisant courir son regard sur toute ma personne. Mais c'est qu'un gamin, putain !
-Je l'ai même pas entendu appro... !
-Personne n'est donc capable de garder un oeil sur ce môme ! juge-t il, clairement méchant. Même pas une autre gamine, faute de sa propre mère...

Il attache Randall, les bras en l'air, à la corde pendue à une des poutres du plafond haut. Je le regarde, blessée par ses mots injustes envers moi. Mais je résiste contre lui. De toutes mes forces.

-Ce matin... maintenant ça... C'est pas ton genre de faire ce boulot là... dis je sans faiblir.

Il fourre le bâillon violemment dans la bouche du mec qui gémit, avant de se retourner vers moi.

"D'où tu sors pour savoir ça ?! gronde-t-il encore.

Il s'avance, à me bousculer, à m'acculer contre le mur dans mon dos, la pénombre nous dévorant encore davantage, sortant du petit cercle que n'éclaire que sa lanterne à pétrole. Mais le peu de lumière fait bien luire ses yeux furieux sur moi.

"Je le sais, dis je catégorique. Parce que je te con...

Des hurlements déchirants éclatent au dehors. Il attrape la lanterne d'une main et mon poignet de l'autre, nous élançant comme un seul homme.

On n'a pas de mal à suivre les torches électriques qui dansent en venant principalement de la maison. Puis Daryl bifurque, manquant de me faire trébucher à la suite de sa course, coupant à travers champ pour rejoindre les cris horribles.

Il se jette sur le rôdeur qu'il décolle du corps de Dale étendu au sol. Je me précipite vers le vieil homme, tombant à genoux près de sa tête qu'il tourne de droite et de gauche en hurlant de souffrance. Tout le monde ne tarde pas à nous rejoindre.

"Ca va aller Dale, ne trouvant que ça à dire d'une voix qui n'est sans doute pas la mienne.

Tout le monde pousse des gémissements plus ou moins discrets, quand je réalise l'état de son ventre grand ouvert.

"Ca va aller Dale... je répète. Je vais faire du thé rien que pour toi... lui souriant pour ne pas pleurer définitivement.

Il me regarde enfin. Il me voit, alors qu'il cesse soudain de hurler sous la douleur inconcevable. Ses lèvres remuent sans qu'un son n'en sorte. Je me penche davantage.

"Ne gâche pas le gaz pour ma seule inquiétude...

Les mots sont plus aspirés que soufflés dans mon conduit auditif percutant de plein fouet ma sensibilité déjà exacerbée.

"Faites quelque chose... je vous en prie... je supplie encore en écartant mon visage du sien, mais en serrant la main de mon ami au sol, ne pouvant finalement pas tenir son dernier regard.

Je lève la tête face au ciel étoilé quand le canon du Colt luit à la limite de mon champ de vision.

"Il souffre... dis je encore à Rick qui tient l'arme.

Mais il hésite. Il regarde Dale, puis croise mon regard plus proche. Shane se détourne carrément.

"FAIS LE ! crie-je portant déjà ma main libre dans mon dos.

Je vais pour prendre mon Glock19 calé dans ma ceinture alors que Dale ne louche plus que sur le bout du Colt à quelques dizaines de centimètres de son crâne, à quelques centimètres de mon nez et de mes oreilles.

Mais Daryl surgit près du flic indécis, faisant disparaître Shane, lui prenant l'arme doucement des mains.

"Désolé, Frère... dit-il, comme une sentence, de sa voix si basse.

Je baisse une nouvelle fois la tête, en serrant la main déjà froide de Dale.

Avant de sursauter.