Point de vue de Nathan :

Le renforcement musculaire de James prenais fin dans la bonne humeur. Nous devions laisser la salle commune aux Serdaigles.

Je pris congé de mes camarades en entraînant Roxane avec moi. Depuis que nous étions ensemble, et plus encore depuis les révélations de la semaine dernière, nous ne nous lâchions plus, il m'était même difficile de la laisser rentrer dans sa chambre le soir.

Je n'avais jamais été aussi écouté de ma vie et je me sentais libéré de lui confier toutes mes pensées et mes doutes.

« -On va voir Rose et Scorpius ? Me proposa-t-elle. »

Je me tendis légèrement, mais elle avait raison, il fallait briser la glace avec mon… cousin.

« -Mais on ne doit pas aller dîner, d'abord ?

-Malheureusement, ça ne pourra pas te servir d'excuse, rit-elle. Il a accepté de venir faire un petit tour à la table des Gryffondor. »

J'acquiesçai, après tout, il n'y avait rien de plus facile qu'une discussion autour d'un repas.

« -Ne t'inquiète pas, ça va aller ! Je serai avec toi. Me sourit-elle.

-Merci Roxane, tu es vraiment adorable. »

Elle rougit, j'adorais avoir cet effet sur elle. Depuis qu'elle ne retenait plus ses sentiments envers moi, je prenais plaisir à la faire réagir. J'aimais quand elle était touchée, quand elle me souriait de ce sourire qu'elle ne réservait qu'à moi… J'étais tombé amoureux de Roxane s'en m'en rendre compte, je n'avais jamais déterminé le moment exact où mes sentiments avaient dépassé la simple amitié, mais j'étais amoureux d'elle. Je voulais toujours être avec elle, je voulais qu'elle soit heureuse, qu'elle sourit à la vie et qu'elle me garde ce sourire qui me faisait défaillir.

J'avais envie de la sentir contre moi et, plus les jours avançaient, plus cette attirance se renforçait. Elle était si belle. Je ne voulais qu'elle et j'étais le plsu heureux des hommes de l'avoir près de moi.

Je l'embrassai. Elle passa ses mains dans mon cou et approfondit notre baiser. Elle prit délicatement appui sur le mur et j'emprisonnai son visage rieur entre mes deux mains. D'une main, elle m'amena contre elle tandis que l'autre se perdait dans mes cheveux. Elle faisait naître en moi des sensations délicieuses, bien plus que tout ce que j'avais ressenti dans ma vie. Il nous fallut reprendre notre souffle, je la regardai avec amour tandis qu'elle se mordillait timidement la lèvre. Merlin qu'est-ce que j'avais envie de l'emmener dans un endroit plus calme que les couloirs de Poudlard.

« -Il faut y aller, ils vont nous entendre… Souffla-t-elle. »

Elle était si craquante. Les joues rougies par notre baiser passionné, le souffle légèrement saccadé et sa petite mine à la fois enjouée et coupable me faisait fondre et ne m'aidaient pas du tout à me concentrer.

« -Tu n'as pas l'air de vouloir y aller ! Lui répondis-je avec un regard malicieux. »

Malheureusement, Roxane était Roxane, je voyais bien qu'elle désirait autant que moi prolonger cet instant tous les deux mais ce n'était pas possible, on nous attendait.

Elle se mit donc sur la pointe des pieds pour faire un bisous sur mon nez en riant.

« -Allez, tu seras soulagé quand tu auras eu cette discussion. »

Elle se dégagea de mon emprise et m'entraîna vers la Grande Salle.

« -Tu ne perds rien pour attendre ! M'amusai-je. »

Elle m'adressa un regard qui voulait tout dire, puis reprit sa marche en rajoutant :

« -Si tu es bien sage, je te promets que je te donne toute ma soirée ! »

Puis elle éclata de son rire cristallin. Et, comme à chaque fois que ce doux son raisonnait, un sourire franc s'afficha sur mon visage.

Roxane était incroyable, elle avait réussi à me détendre juste avant ce moment que j'appréhendais.

J'arrivai enfin dans la Grande Salle, Roxane toujours accrochée à mon bras. Son soutien était immense, elle ne réalisait pas à quel point j'avais besoin d'elle, à ce moment-là, comme tous les jours et tout au long de ma vie…

Nos amis étaient assis ensemble, mais je ne leur accordai pas beaucoup d'attention. Au bout de la table des Gryffondors, Rose faisait face à Scorpius, ils discutaient tous les deux, sans prêter attention aux quelques derniers élèves de Gryffondor réticent à voir un Serpentard, Malefoy de surcroît, à leur table.

Ils se parlaient doucement, sans détourner le regard. Ils semblaient heureux d'être ensemble, simplement amoureux.

Ils étaient beaux à voir, on sentait que leurs sentiments étaient sincères. Ils ne se seraient pas donnés tout ce mal pour assumer leur histoire s'ils n'étaient pas sûrs.

« -Bonjours les amoureux ! S'exclama Roxane en s'asseyant à côté de Scorpius. »

Je pris place face à eux. J'adressai un sourire à Scorpius, il me répondit.

Il nous tendit le plat et laissa sa petite amie compléter la conversation :

« -Vous réalisez que vous êtes cousins ?

-Honnêtement, pas encore, répondis-je, mais c'est plutôt cool de se dire qu'on n'est pas une famille perdue.

-J'imagine, acquiesça Scorpius, ça doit être bizarre d'en apprendre autant sur votre mère.

-Je t'avoue que ce n'est pas facile de penser à elle, parce que nous avons été très tristes quand elle est partie, mais au moins, on sait qui elle est et on se sent d'autant plus à notre place à Poudlard.

-Tu m'étonnes, rajouta Rose. Moi je trouve ça incroyable, c'est fantastique… »

Tout le monde se tourna vers elle. Je pouvais comprendre qu'on considère ça comme incroyable mais j'avais plus de mal sur l'aspect fantastique de l'histoire.

« -Enfin, déjà c'est improbable d'arriver à Poudlard en sixième année, mais d'appartenir secrètement à une des 28 familles les plus influentes de la société… Sans oublier le fait que vous êtes à Gryffondor, les premiers depuis des générations.

-Les Greengrass sont beaucoup moins attachés à Serpentard que les Malefoy. S'empressa de me rassurer Scorpius. »

Je le remerciai du regard, mais n'eut pas le temps de le lui dire parce que Rose reprit rapidement :

« -Oui, évidemment, je suis sûre qu'ils n'en tiennent pas rigueur, mais ça montre bien que la société a changé. Déjà Albus est un Potter à Serpentard et on a même des Weasley à Serpentard ou Serdaigle, des Greengrass à Gryffondor.

-… Et des Malefoy amoureux de Gryffondor ! Termina Roxane en donnant un coup de coude à Scorpius.

-Eh oui, je ne sais pas comment ils font ! Ironisa Scorpius. »

Cette légère pointe se sarcasme nous fit rire tous les trois. Rose fit mine de s'offusquer quelques secondes et nous rejoignit dans notre éclat de rire.

« -Tes parents sont au courant, d'ailleurs ? M'enquis-je.

-Non, pas pour l'instant. Après, ma mère sait que j'ai une petite amie mais elle ne m'en demande pas plus… J'ai plus peur de l'avis de mon père.

-Moi non plus je ne l'ai pas dit à mes parents, rajouta Rose. Après la réaction de Hugo, je me suis un peu déchauffée.

-Je te comprends, approuva Roxane. Mais je pense que ta mère saura tempérer ton père.

-Vos pères sont à ce point ennemi, demandais-je ? »

Rose et Scorpius acquiescèrent.

« -Encore pire, expliqua Scorpius. Il y a toujours eu de l'animosité entre Weasley et Malefoy, mais nos pères étaient dans la même année, alors c'est directement sur eux que ça s'est ressenti, avant même le retour de Voldemort.

-Oui, compléta Rose. Après la guerre, Mr Malefoy a tout fait pour redorer son nom et il a eu affaire à de nombreux membres de ma famille, même oncle Harry avec qui ils ont des relations cordiales, mais Papa ne l'aime vraiment pas.

-Je vois, ça risque d'être compliqué.

-Oui, et en plus, Oncle Ron est très protecteur, il n'est pas prêt à imaginer que sa petite fille a un copain. Alors un Malefoy de surcroît.

-J'ai peur, rit Scorpius, je ne connais pas ton père, mon cœur, mais j'ai l'impression qu'il est bien pire qu'Hugo.

-C'est vrai qu'ils se ressemblent, mais entre un quatrième année prépubert qui s'énerve et le grand Ron Weasley, je pense savoir lequel est le plus difficile à avoir en face. »

Scorpius devint tout blanc. Cette réaction nous fit rire, même si nous frissonnions à l'idée que Ronald Weasley réagisse trop excessivement.

« -J'avoue que j'ai moins peur de la réaction de mes parents. D'abord parce que mon père sera sûrement plus réservé dans sa réaction, enfin, au pire, il serait déçu, mais il sait très bien qu'avec la réputation des Malefoy, c'est un peu compliqué d'avoir une relation saine avec des gens… Et puis, il sait déjà que mes meilleurs amis sont Albus Potter et Louis Weasley, alors ça ne l'étonnera moins, je pense.

-Et ta mère, ne pus-je m'empêcher de demander. »

J'étais trop curieux, il s'agissait de ma tante. Je me demandais bien comment elle pouvait réagir.

« -Comme je te l'ai dit, les Greengrass sont différent. Certes fiers d'être à Serpentard, mais ils sont beaucoup moins strictes. Maman sera juste contente si je suis heureux, et puis elle fera sûrement sa commère pour avoir le plus d'informations possible.

-Ah, ma maman était un peu comme ça. Même à nos jeunes âges, elle voulait tout savoir sur nos amis. »

Scorpius me sourit. Au fur et à mesure de la discussion, il se détendait. Mes amis avaient raison. Il était vraiment sympathique et ses sujets de conversations étaient variés et intéressants. Il n'y avait aucun sujet tabou, il avouait ce qu'il pensait et décrivait sa famille avec honnêteté.

Il gardait cependant ce côté Malefoy qui me faisait avoir un doute sur ce qu'il ressentait, mais il faisait tout pour me mettre à l'aise, malgré ses allures nobles et distantes.

Nous étions différents, mais le courant passait bien. Et ça me soulageait.

« -Mais si Rose dit à ses parents que vous êtes ensemble, tu penses qu'il vont te laisser aller au Terrier pour l'anniversaire de James ? Se demanda Roxane.

-Tu es déjà en train de faire ta liste ! M'amusai-je, déclenchant un sourire sur le visage blême de mon cousin.

-Non, non, non ! Je veux dire, mon père peut penser comme un imbécile, mais il est hors de questions qu'il m'empêche de vivre ma vie !

-Et puis, supposai-je. Je pense pas qu'Albus et Louis laisseraient passer un nouvel an sans toi !

-En plus, mes parents me laisseront aller sans se méfier, cette fois, si je leur dis que mes grands cousins veillent sur moi. »

Il m'adressa un clin d'œil complice qui nous fit rire.

« -Tu es gentil mais ton cousin il sera occupé, il va apprendre à danser ! Répliqua Roxane, augmentant notre éclat de rire.

-Tu ne sais pas danser, s'étonna Scorpius.

-Non, reconnus-je, enfin, je n'ai jamais appris à danser, parce que ce n'est pas du tout dans la culture américaine. On a jamais de soirée dansante.

-Oh, c'est trop nul ! lâcha Rose.

-Et ça fait un an que j'essaie de lui apprendre à se tenir un peu. Il progresse vite, mais maintenant qu'on est ensemble, je dois le faire progresser, parce qu'il va se retrouver aux soirées de gala des commémorations de la guerre et je le vois mal inviter ma mère à danser avec ses deux pieds gauches. »

Je continuai de rire, mais je fis comprendre à Roxane en un regard parce qu'elle m'avait touché en se projetant dans ses évènements familiaux à mes côtés. Je me promis de lui en reparler, il fallait que je lui dise que chacune de ses remarques me touchaient, me faisaient plaisir et rêver à une vie ensemble. J'étais amoureux d'elle, je le savais et elle devait le savoir.

Je me sentais libre d'avoir réalisé que j'aimais Roxane Weasley, mais j'appréhendais sa réaction si je le lui disais, je ne voulais pas que ça aille trop vite, ou que ça lui fasse peur. J'avais de forts sentiments pour un début de relation, mais ça faisait bien plus longtemps que je m'intéressait à elle, et sûrement encore plus longtemps que j'étais amoureux.

« -C'est amusant, parce que de ce que j'ai vu lors des dernières soirée, Laureen danse très bien ! S'étonna Rose.

-Oui, j'ai remarqué aussi, se rappela Roxane. J'ai même été jalouse la première fois que je l'ai vu, parce que chez elle, c'est juste naturel d'avoir l'air classe ! »

Je ris à la remarque de ma petite amie, tout en reconnaissant que je partageais ce sentiment d'injustice vis-à-vis de ma sœur.

« -Ma mère aussi danse très bien, ça doit être inné chez les femmes de la famille, supposa Scorpius. »

J'approuvai, c'était une théorie intéressante.

« -Tiens, coupa Roxane, quand on parle du loup ! »

En tournant la tête, je vis venir Laureen, sûrement traînée par James et Albus qui l'encadraient. Elle avait un air un peu soucieux sur le visage, mais semblait de bonne humeur.

« -On a vu que ça riait bien de ce côté de la table, on était jaloux ! Amorça James.

-Vous parliez de quoi ? Demanda Albus.

-De mes talents de danseur ! Admis-je.

-Oh, sujet compliqué ! Firent en même temps Laureen et James. »

Tout le monde se tourné vers eux, stupéfaits de cette soudaine complicité. Ce n'était pas commun de les voir être d'accord. Les deux intéressés étaient plus rouges que leurs écharpes et prirent bien soin de s'assoir de part et d'autre du groupe que nous formions.

« -C'est bien la première fois qu'on les voit du même avis, s'étonna Albus.

-C'est parce que rigoler de mon cher frère est universel, malheureusement, et comme Potter a noté que j'étais parfaite, il se lâche sur mon frère. Désolé Nathan. »

Tout le monde explosa de rire, tandis que James fusillait Laureen du regard. Ils se fixaient, faisant passer une conversation silencieuses dans leurs yeux. Je ne comprenais pas tout, mais je les coupais.

« -Ecoutez, faites les malins si vous voulez, n'empêche qu'en un an de cours avec Roxane, j'ai un meilleur niveau que certains Weasley.

-Mon frère n'est pas très doué, reconnut Rose en riant. »

Elle commença à évoquer les différentes fêtes de famille des Weasley où le pauvre Hugo se ridiculisait. Ses cousins participaient activement en riant. Au début, Scorpius, Laureen et moi écoutions, mais notre cousin semblait vouloir discuter plus avec nous.

« -Du temps où il y avait les soirées de Noël des Serpentards, nous étions obligés d'apprendre à danser correctement.

-Vous aviez des soirées de Serpentards ? M'étonnai-je.

-Pourquoi vous les avez arrêté ? Demanda simultanément Laureen. »

Scorpius sourit devant nos deux réactions si différentes :

« -On m'avait dit que vous n'étiez pas des jumeaux similaires mais là, à ce point ! C'est amusant. »

Je souris en acquiesçant et en le laissant répondre.

« -Alors les enfants des Mangemorts ont tous été innocentés ou presque après la guerre, alors, comme ils avaient tous leurs parents emprisonnés, ils se retrouvaient auprès des quelques parents qui n'avaient pas participé à la guerre, comme les Greengrass, par exemple. Avec le temps ça devenait un peu mondain, et puis quand leurs parents ont été libérés ou qu'ils ont eu à leur tour des enfants un peu plus âgés, ils ont arrêté.

-C'était une bonne idée ! Tu en as fait beaucoup ? M'enquis-je.

-Non, enfin ils ont dû arrêter quand j'avais cinq ou six ans. Je n'ai que de vagues souvenirs. »

Laureen ne disait rien, elle acquiesçait, mais il était clair qu'elle avait quelque chose en tête.

« -Je peux te poser une question dérangeante, tu n'es pas obligé de répondre, mais je suis un peu trop curieuse ? »

Scorpius me regarda, étonné devant la franchise de Laureen. Je haussai les épaules. Il allait vite apprendre à connaître sa cousine.

« -Tu connais tes grands-parents… Malefoy.

-Ah oui, tu es directe ! »

Scorpius prit le temps de réfléchir, puis haussa les épaules et avoua simplement.

« - Pas vraiment, enfin, ils ont quitté le pays pour aller vivre en Europe de l'Est et ils ne viennent que rarement en Angleterre. Je n'ai vu Lucius qu'une ou deux fois et Narcissa plus souvent, elle est un peu moins détestée ici, alors ça lui arrive plus souvent de venir. »

Laureen acquiesça, soulagée.

« -En revanche, je vois souvent les Greengrass, enfin nous grands-parents. Grand-père et Grand-mère sont très gentils et je les aime beaucoup. Même si les Noël en famille étaient pas les plus fun à cinq… Ça se passait comment pour vous ?

-Oh, on n'était que tous les trois, les parents de Papa sont décédés il y a longtemps, nous ne les connaissions pas. »

A côté de moi, Laureen haussa les épaules.

« -Je ne savais pas ! Donc vous aussi vous ne savez pas trop ce que c'est qu'une famille. »

Laureen fit non de la tête, mais ne dit rien. Elle se contentait d'avoir un regard compatissant envers Scorpius.

« -Non, mais on ne va pas tarder à le savoir. On pourrait se voir tous ensemble avec nos parents pendant les vacances ! Proposai-je.

-Ce serait une bonne idée ! Après tout c'est les vacances de Noël, et Noël, ça se passe en famille !

-Vous pensez qu'on pourrait passer le réveillon tous ensemble ? Demanda Laureen d'une petite voix qui espérait tant. »

Je me tus, je savais très bien que Papa serait ravi de rencontrer ses beaux-parents, mais je ne savais pas comment fonctionnait Scorpius.

« -Oh ! Oui, évidemment ! C'est ça que nous devons faire… Je vais demander à Grand-père et Grand-mère. »

Laureen, pour la première fois depuis le début du repas, sourit largement. Je sentais un peu d'appréhension de sa part, mais ce n'était rien comparé à la joie que nous partagions tous les trois de se découvrir une famille.

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Point de vue de Laureen:

Le repas avait duré bien plus longtemps que prévu, nous étions en train de rentrer vers la salle commune. J'étais soulagée d'avoir un peu discuté avec Scorpius, il était vraiment gentil et s'entendait très bien avec Nathan.

Durant le repas, j'avais été face à quelques répliques de James, il savait que ça me changeait les idées de répliquer à ses blagues.

Quand nous étions avec nos amis, je me laissais aller à répondre à ses remarques, ça me faisait plaisir d'avoir un échange avec lui. Et ça permettait de ne pas m'en vouloir de mettre autant de distance quand nous étions tous les deux.

J'aimais ces contacts avec James, comme j'aimais les séances de potion et je savais que j'aurais aimé aller plus loin, mais j'avais trop peur de souffrir. Et j'avais besoin de digérer les dernières nouvelles avant de me poser d'autres questions.

« -Alors, vous avez parlé de quoi quand vous étiez tous les trois ? Demanda James. »

Nous étions assis avec Roxane et Nathan dans la salle commune. Seulement, mon frère et sa petite amie se fixaient avec tant d'amour que nous nous sentions de trop. Pourtant, j'aurais bien aimé parler à l'un d'entre eux pour évacuer mon stress.

Je me levai en répondant à James.

« -Du Noël qu'on va passer tous ensemble ! »

Il m'avait suivi alors que je m'apprêtai à me rendre dans ma chambre.

« -Quoi ? Me retint-il, juste avant que je n'emprunte les escaliers. Et qu'est-ce que tu en penses ? »

Son contact me fit frissonner intérieurement, même une simple pression de sa main sur mon poignet me faisait défaillir. Je rougis et fis un rapide tour d'horizon de la salle. Personne n'avait réagi, mais je me sentais gênée.

« -Euh, ce n'est pas l'endroit…

-Si tu veux remonter, Laureen, c'est ton droit, mais tu m'as l'air d'avoir besoin de vider ton sac et ni ton frère ni tes amies ne semblent disponible.

-Tu veux être mon bouche-trou ? Depuis quand tu es aussi généreux ! Le provoquai-je. »

Il me sourit tendrement, j'étais tellement touchée que je n'aurais pas pu attendre sa réponse, mais, devant les quelques curieux qui commençaient à avoir remarqué que notre manège différait de la haine que nous étions supposé nous adresser, il répliqua :

« -C'est juste pour pas que tu sois encore plus insupportable demain qu'aujourd'hui. Tout le monde en a marre de ta mauvaise humeur. »

Je ris intérieurement et lui adressai un regard noir. Sans nous quitter des yeux, nous nous assîmes sur un petit canapé un peu excentré qui allait nous permettre de discuter calmement et sans avoir peur d'être écouté. Mais, pour l'instant, nous maintenions notre échange visuel. Le regard noir du début était imperceptiblement devenu un regard de défi qui était terriblement attirant. Je voyais brûler la flamme de la passion dans ses yeux et je ne pouvais parvenir à limiter celle qui devait apparaître dans les miens. Je me mordis la lèvre pour me calmer mais les yeux de James dévièrent sur celle-ci, avec envie. Je ne bougeais plus. Je ne savais pas quoi faire.

Tout à coup, James ferma les yeux, secoua la tête et se concentra. Il ne voulait pas que la tentation grandisse. Il savait que ça m'aurait blessé, et surtout, ce n'était ni l'endroit, ni le moment.

« -Donc, tu as envie de passer Noël avec les Malefoy ?

-… et les Greengrass, le corrigeai-je. Oui ! énormément !

-Mais tu as peur que ça se passe mal… Devina-t-il. »

Je levai les yeux vers lui, avec un regard coupable. Il soupira en gardant son sourire.

« -Tu n'as pas à te sentir mal, d'abord, me rassura-t-il. C'est normal d'appréhender un tel moment.

-C'est vrai, mais je sais pas si ce n'est pas un peu rapide, on pourrait se voir l'année prochaine, ou cet été, quand nous nous serons tous remis de cette découverte.

-Pour que tu sois stressée pendant tout le reste de l'année ? Tu rigoles, même moi je ne te supporterais plus dans ce cas…

-Même moi je ne me supporterai plus moi-même. Renchéris-je en riant. »

Cette phrase l'amusa, mais il reprit rapidement un air plus sérieux.

« -Alors, ça ne vaut pas le coup d'attendre ! »

Même si je ne l'aurais jamais avoué, il avait raison. Seulement, dans ces moments-là, la raison n'était pas suffisante pour me rassurer.

« -Ils ont répondu à ta lettre ? Demanda-t-il.

-Oh, oui, très rapidement, le rassurai-je d'une voix tremblotante. Mais ils m'ont plutôt dit des banalités. Enfin, ils m'ont écrits qu'ils étaient touchés d'avoir de mes nouvelles, qu'ils avaient un peu de mal à réaliser que leur fille, disparue depuis des année, n'était partie que pour les protéger et qu'elle avait des enfants, presqu'adultes. Ils m'ont un peu parlé de l'enfance de ma mère. Elle était aimée…

-C'est super ! Se réjouit-il. Ça veut dire qu'ils veulent vous connaître, vous rencontrer ! »

Il était presque trop positif pour que ça paraisse naturel. Mais son regard était réellement rempli d'une lueur simplement heureuse pour mon frère et moi. Il était tellement différent du James que je côtoyais habituellement. Même après un an et tout ce qu'il s'était passé entre nous, je découvrais un nouvel aspect de sa personnalité. Sa compassion pour les gens dont il était proche.

J'haussai les épaules pour reprendre la conversation au lieu de penser éternellement à lui.

« -Même s'il faut bien crever l'abcès, je ne suis pas exactement le genre de petite-fille ou nièce dont on rêve... Ils vont être déçus, me détester et ne pas oser me le dire, comme ils sont dignes. »

J'extrapolais mes peurs. Je ne contrôlais pas ce que je lui disais, il n'y avait qu'en sa présence que je me laissais ainsi aller. Je ne me reconnaissais pas, je n'étais pas cette petite fille stressée qui se plaignait sans raison.

James me fit les gros yeux.

« -Arrête de dire n'importe quoi. Je ne sais pas comment tu étais à Salem, mais à Poudlard, il n'y a personne qui te déteste…

-Personne qui n'ose le dire. »

James souffla.

« -Bon, Laureen, tu as le droit d'être inquiète, haussa-t-il le ton, mais tu vas arrêter de dire des choses fausses pour te donner une raison de t'inquiéter. L'inquiétude, c'est irrationnel ! Alors tu ne peux pas te justifier avec de telles énormités, tu es bien trop intelligente. Je suis sûr que ça se passera très bien, toute ma famille t'a adorée dès qu'ils t'ont rencontrée, tu sais bien te tenir et tu as de la conversation, il n'y a pas de raisons que tes grands-parents ne t'aiment pas. »

Au fur et à mesure qu'il avançait son propos, la voix de James s'était adoucie, jusqu'à devenir tendre, à la limite d'une belle déclaration.

Je le remerciai du regard, mais je ne rajoutais rien. Avec seulement quelques phrases, James venait de balayer la quasi-totalité de mes inquiétudes. J'aurais presque voulu qu'il soit plus rustre ou plus distant, qu'il ne prête pas attention à mes problème ou même qu'il se pavane auprès d'une nouvelle groupie comme il l'avait fait les premières semaines de la sixième année. J'aurais sûrement été blessée, mais, au moins, je me le serais sortie de la tête au lieu d'avoir besoin de lui pour être heureuse et paisible dans cette période compliquée.