Chapitre 65 : L'Occlumancie c'est compliqué

Le professeur Rogue passa à côté du chaudron de Harry, plein de Philtre Calmant d'où montait une vapeur argentée, sans lui accorder un regard. Harry ne leva pas la tête. Il devait encore se farcir le cours de Défense avant de pouvoir venir parler à son professeur le mardi comme d'habitude. Il n'était pas stupide au point de penser que le professeur Rogue allait dire quoi que ce soit d'honnête devant des témoins.


Se voir prescrire par le professeur Trelawney de tenir un journal de ses rêves fut un choc très désagréable. Harry y réfléchit pendant tout le chemin vers la classe de Défense, où il décida de recopier un de ses mois de rêves de quelques années plus tôt, quand ses cauchemars étaient au moins un peu moins prévisibles. Ses rêves du cimetière pouvaient rester là où ils étaient, en sécurité dans sa tête et son vrai journal de rêves.


- Je n'ai pas le temps de vous couver cette année, Potter, dit le professeur Rogue quand Harry se présenta le lundi soir après le dîner. Ce n'était pas leur rendez-vous habituel, à savoir le mardi, mais apparemment Harry avait une retenue le lendemain. Le professeur Rogue s'affairait devant quatre chaudrons.

- Soyez concis.

- J'ai une retenue demain, donc je me suis dit que j'allais venir ce soir à la place. Enfin, tous les soirs cette semaine. Mais demain j'avais prévu de venir vous parler.

- Vos capacités pour l'indiscipline continuent de m'impressionner.

- Le professeur Ombrage est une- Harry s'interrompit. Nous avons eu un désagrément au sujet des événements récents.

- Si vous commenciez à faire des déclarations sur les événements récents dans ma classe, Potter, vous auriez des problèmes bien plus graves qu'une semaine de retenues.

Harry se dit que c'était très injuste. Il rageait encore intérieurement quand le professeur Rogue continua :

- Il y a des devoirs à noter sur mon bureau. Au travail, je vous prie.

- Parfois je me dis que vous allez réussir à retirer toute la beauté et la majesté de l'étude des potions, commenta Harry en s'asseyant et en aiguisant sa plume, essayant de détendre ses épaules.

- Tiens donc.

- Alors je me remets au travail, monsieur.

- Remettez-vous au travail, Potter.

Harry se lança dans la correction des devoirs, ce qui était exactement la même chose que l'année d'avant à part que les piles de rédactions allaient maintenant de la première à la quatrième année, au lieu de la première à la troisième année. Les notes de Harry n'étaient pas aussi sévères que celles du professeur Rogue, mais il pouvait au moins repérer qui n'avait pas fait l'effort de travailler, qui avait trop ou trop peu écrit, et un groupe de trois élèves qui avaient ouvertement plagié leur devoir. Il laissa ceux-là de côté pour le professeur Rogue, car il savait que ça le réjouissait de les réduire en miettes.

Il regarda la potion sur laquelle le professeur Rogue était en train de travailler. Il avait lu des choses dessus, réalisa-t-il. Peu de potions utilisaient de la cendre, des aiguilles de pin et champignons bouffants. C'était de l'obscurité liquide. Le professeur Rogue était en train de faire griller de l'huile de sphinx sur une petite flamme verte, une expression concentrée sur son visage en observant la couleur du liquide passer lentement de l'or pâle à un ambre profond.

Harry ressentit une vague d'affection, en regardant le professeur Rogue travailler, et parla sans réfléchir :

- Vous avez toujours été intelligent, Severus.

Harry et Rogue s'immobilisèrent, avant que les mains de Rogue se remettent en mouvement, mettant la potion en sécurité avec des gestes saccadés.

- Merci, dit Rogue d'une voix calme, le visage de côté et dissimulé derrière ses cheveux sombres. Sur un sujet différent, Potter… comment progresse votre étude de l'Occlumancie ?

Mal, murmura la voix amusée dans l'esprit de Harry.

- Professeur, dit Harry d'une toute petite voix.

- Peut-être devriez-vous y aller, Potter, continua Rogue sur le même ton. Je suis sûr que vous avez des devoirs à faire.

Harry ressentit une autre vague d'affection, et réalisa avec horreur qu'elle n'était pas à lui. Elle était possessive, sombre, amusée, Voldemort.

Hippopotames roses, hippopotames roses, hippopotames roses-

Il entendit le rire de Voldemort, et le sentit enfoncer ses crochets dans le souvenir en question.

J'ai toujours aimé les choses endommagées, siffla la voix.

SORTEZ de ma TÊTE, pensa Harry en formant l'idée comme si c'était un patronus, avec toute sa volonté derrière.

Bonne nuit, Harry Potter. J'espère que tu dormiras bien.

Et Harry se retrouva seul dans sa propre tête.

- … bonne nuit, monsieur, marmonna Harry sonné, avant de fuir.

- Harry, dit Rogue, alors que Harry rassemblait ses affaires.

- Monsieur ?

- Prenez une potion de Sommeil Sans Rêves ce soir.

Madame Pomfresh lui tendit une fiole sans faire de commentaire, et Harry rentra à toute vitesse à son dortoir, sa tête l'élançant fortement.

- Hé, Harry, tu pourrais m'aider pour le devoir sur les pierres de lune ? demanda Ron. J'ai pas la queue d'une idée, et Hermione est occupée à surveiller Fred et George et à bosser sur un nouveau discours pour les elfes de maison.

- Peux pas. Désolé, Ron.

Harry essaya de compléter cette réponse brutale.

- J'ai besoin de dormir. Comme tu disais, je suis de sale humeur en ce moment.

- D'accord… bonne nuit.

Harry n'aimait pas du tout l'expression de Ron, mais haïssait bien plus la présence de Voldemort dans sa tête.


Savais-tu, commenta Voldemort le lendemain, alors que Harry était à table pour le déjeuner, en train de manger de la soupe de betteraves, qu'un entraînement en Occlumancie mal organisé rend l'esprit beaucoup plus vulnérable que sans entraînement ? Je dois adresser mes félicitations à Severus pour cette brillante idée.

Harry laissa tomber sa cuillère dans sa soupe, aspergeant la table. Il épongea comme il pouvait avec sa serviette.

- Ça va, Harry ? demanda Ron.

- Ouais, dit Harry d'une voix absente.

Voldemort ne dit rien de plus ce jour-là. Harry fut quand même très distrait, attendant son retour.

Mais franchement, qu'est-ce qu'il était censé dire aux gens. J'entends vraiment des voix ? Voldemort me parle dans ma tête ? C'était déjà assez horrible quand c'était juste un basilic assoiffé de sang qui chuchotait dans les murs. Ça c'était – c'était bien, bien pire. Il ne pouvait même pas savoir si Voldemort le surveillait tout le temps ou juste par moments.

Ron et Hermione ne méritaient probablement pas la manière dont il leur parla.

Et puis Harry commit l'erreur de penser à en parler à Dumbledore. Il ne savait pas vraiment si le mal de tête venait d'un violent refus de cette idée ou de quelque chose d'extérieur à son esprit, mais ça lui gâcha tout son après-midi. Harry était à peu près sûr d'avoir été capable de se rendre en Soins aux Créatures Magiques et en Botanique, mais il ne se rappelait absolument rien. Il dit 'c'est chouette' à environ toutes les personnes qui essayèrent de lui parler. Personne ne sembla remarquer quelque chose de bizarre. C'était bon de savoir qu'ils ne voyaient pas qu'il avait l'impression que sa tête allait se décrocher.

Voldemort, pensa Harry boudeur, Maître du monde, seigneur des maux de tête.

Ce qui fit passer le mal de tête d'une sérieuse douleur derrière ses yeux à un pic à glace dans sa tempe. Harry essaya d'arrêter de respirer, au cas où ça aiderait.

Ça n'aida pas.

D'accord, pensa-t-il, et il essaya de fermer son esprit. Pense au vif d'or, Harry, à voler. Pense à voler.

Harry avait pris l'habitude de transporter des bonbons dans ses poches au lieu d'une potion contre les maux de tête, et là tout de suite il le regrettait amèrement. Il avait une retenue tous les soirs cette semaine en plus de son temps de préparation de potions habituel, et beaucoup plus de devoirs qu'avant. Il n'avait vraiment pas envie de demander quoi que ce fût à Madame Pomfresh, et Rogue… non.

Non.


Il s'avéra que dire 'c'est chouette' à Angelina quand elle vint lui hurler dessus à propos du Quidditch n'était pas la meilleure idée que Harry ait jamais eue. Les cris d'Angelina provoquèrent dans sa tête un écho très déconcertant, il n'était même pas sûr de ce qu'elle lui avait dit, et en gros, Harry était à peu près certain de s'être fait virer de l'équipe de Quidditch.

Il faudrait qu'il fasse quelque chose pour ça. Durant son copieux temps libre.

Harry avait envie d'être à la maison avec Sirius, de casser des assiettes en petits morceaux. D'essayer de mettre à nouveau le feu à cette saloperie de médaillon-

Et qu'est-ce que c'était que cet élan d'intérêt étranger ? Qu'est-ce que Voldemort avait à faire d'un foutu bijou indestructible ? Sirius avait des centaines de choses comme ça chez lui, des bibelots maléfiques imprégnés de sang humain ou constitués d'os ou d'autres horreurs de ce genre.

Argh.


Sentir Voldemort traîner dans votre tête avec un intérêt silencieux pendant que votre professeur de Défense vous regardait cisailler votre main encore et encore était quelque chose de vraiment spécial. Pourquoi est-ce que tous les sorciers que Harry rencontrait étaient de tels sadiques ?

Harry s'endormit en pensant je vais devoir faire quelque chose pour ça. Il était pratiquement sûr d'être seul dans sa propre tête. Pratiquement.


Note de la traductrice :

*lève les mains au ciel en proférant des jurons contre le concept de tutoiement/vouvoiement*