Chapitre 67 : Filles, cheveux, et coutumes sorcières

- Ginny, dit Harry, agréablement fatigué après une longue séance de vol. Ça te dirait de faire un tour avec moi ?

- Bien sûr, Harry, dit-elle d'une voix aiguë.

Quand ils sortirent de la salle commune des Gryffondor, Harry entendit Lavande reprendre sa conversation excitée avec quelqu'un d'autre.

Harry commença à se diriger vaguement vers le hall d'entrée, se sentant un peu bizarre et mal à l'aise sans…

- Est-ce que tu sais où les gens ici vont pour parler en privé ? demanda-t-il brusquement.

Ginny gloussa.

Harry la regarda d'un air vide.

- La tour d'astronomie, dit Ginny. Par là.

Un peu étonné, Harry la suivit. Elle semblait savoir où aller, au moins. Et la vue depuis la tour d'Astronomie était plutôt chouette.

- Alors, dit-elle, s'appuyant contre le mur et regardant l'étendue de la pelouse et de la forêt. De quoi voulais-tu me parler, Harry.

- Ben. Voldemort.

Elle se tourna et lui sourit.

- Comme c'est agréable à entendre. Tu as une idée de combien c'est frustrant de n'être au courant de rien ?

- Oui, dit-il avec un sourire fatigué. Un peu.

Et il se retrouva à raconter à Ginny à peu près tout ce qu'ils suspectaient Voldemort de préparer. Cette histoire d'arme secrète. Il ne parla pas de l'Ordre, parce qu'il n'était pas complètement idiot.

- Et encore une chose, dit-il. Le soleil était en train de se coucher, le couvre-feu allait sonner d'une minute à l'autre, mais Harry s'en fichait éperdument. Être aussi haut, c'était presque comme voler.

- Harry, dit Ginny avec une certaine affection. Si tu ne décides pas à en venir au but je te pousse du haut de cette tour.

Harry se mit à rire, surpris.

- D'accord. Tu sais que les journaux n'arrêtent pas de raconter que je suis fou et que j'entends des voix, des trucs comme ça ?

- Oui, dit-elle avec un petit bruit moqueur.

- Ils ont un peu raison, dit Harry, regardant le soleil se coucher. Enfin. Une voix. Je voulais te demander conseil pour le supporter.

Ginny resta silencieuse un moment.

- Tu penses être possédé ? demanda-t-elle à voix basse.

- Non ! Non, il est juste – on peut juste discuter, je ne sais pas pourquoi. C'est comme s'il était dans la même pièce, parfois. J'essaie de m'adapter – de bloquer mon esprit – mais c'est comme essayer d'écoper alors que le fond de la barque est crevé.

Ginny eut un petit rire.

- Tu sais que je n'ai rien fait d'héroïque, je n'ai jamais essayé de l'attaquer. Tu as dû venir à mon secours.

- Ça aurait pu arriver à n'importe qui, dit Harry d'une voix ferme.

- Mais ça m'est arrivé à moi.

Harry se sentit soudain très mal à l'aise.

- Des choses sans sentiment, ou des choses drôles. Des choses qu'il ne comprend pas. Comme… le maquillage, le Quidditch, et les magazines féminins, dit-elle après un long moment.

Harry essaya de s'imaginer développant un intérêt pour les magazines féminins.

- Le Quidditch, je maîtrise.

- Viens, Harry. Il faut qu'on aille au lit, on va avoir une retenue.

Le soleil avait fini de se coucher.

Ginny passa ses doigts entre les siens pour le guider dans les escaliers, et lui fit un bisou sur la joue à l'entrée de la Tour de Gryffondor.

- Merci de m'avoir parlé, Harry, dit-elle avec un sourire mystérieux.

Harry alla se coucher, perplexe mais optimiste.


Lundi matin, en cours de Potions, après que Ombrage ait été nommée Grande Inquisitrice, Drago se pencha vers Harry et demanda d'un ton amical, curieux :

- Alors, Potter. Comment fais-tu pour avoir des cheveux comme ça ?

- Comme quoi ?

- Comme le toit d'une grange pendant une tempête, bien sûr.

- C'est juste mes cheveux, Malefoy.

- Mais tu dois sûrement faire quelque chose pour eux. Il y a des potions pour les cheveux, tu sais.

- Je n'utilise pas de potions pour les cheveux, Malefoy.

- J'ai pris la liberté d'emprunter ça pour toi, dit Drago d'un ton solennel en lui tendant un numéro de Sorcière-Hebdo. Il y a un bon article sur les manières de coiffer les cheveux courts, d'après Pansy.

Harry regarda le magazine féminin d'un air vide, puis regarda les yeux pâles de Drago.

- Tu traînais près de la Tour d'Astronomie.

Drago sourit.

- Toute l'école parle de votre rendez-vous, tu sais. Mademoiselle Weasley est une jeune fille très chanceuse. Il y avait des rumeurs disant que tu étais un célibataire endurci, mais maintenant qu'il s'avère que les jeux sont lancés… eh bien. Bon courage.

- Rendez-vous, répéta Harry.

- Est-ce que Weasley sait que tu passes tes soirées à la Tour d'Astronomie avec sa petite sœur chérie ? demanda Drago.

Harry jeta un regard horrifié vers Ron. Le pire, réalisa-t-il, était qu'il ne pourrait pas admettre de quoi ils avaient réellement parlé. Pas sans passer pour un fou furieux.

Rendez-vous.

Oh, Merlin.

- Weasley, dit Drago, élevant un peu la voix. Tu savais que Potter a emmené ta petite sœur à la Tour d'Astronomie hier soir ?

Ron se tourna pour dévisager Harry. Harry lui rendit son regard, bouche bée.

Crabbe bouscula Harry en retournant vers sa propre table, et Harry le regarda, puis regarda sa propre potion.

Qui au lieu d'être bleue, était d'un gris-vert menaçant, d'où montait une fumée noire. Qu'est-ce qui avait vu provoquer ça…

- Professeur ! cria Harry, voyant que la potion de Ron était de la même horrible couleur. Des œufs de doxys, je crois, ils vont exploser-

- Protego- s'exclama Rogue, et le bureau ainsi que les deux chaudrons disparurent dans une gerbe de flammes au cœur d'une sphère brillante.

Harry fit quelques pas en arrière.

- Quelqu'un a-t-il une explication pour ceci ? demanda le professeur Rogue d'une voix douce.

- Potter et Weasley ne surveillaient pas leurs potions parce qu'ils se disputaient à propos de la petite amie de Potter, Professeur, expliqua Drago avec la plus grande sincérité. Potter parlait de potions pour les cheveux parce qu'il a peur de ne pas être assez beau, monsieur.

- Ce n'est pas vrai ! s'écria Hermione. Crabbe a mis des œufs de doxy dans leurs potions, je l'ai vu.

- Cinq points en moins pour Gryffondor pour diffamation, Granger. Potter, Weasley, vingt points en moins chacun pour inattention et destruction du matériel de l'école, et une retenue, je pense. Demain soir.

- Ce n'est pas juste, continua Hermione. Harry fixait toujours l'espace vide où avait été leur table de travail. L'explosion avait été assez violente pour blesser un grand nombre d'élèves, pas uniquement lui et Ron. Qui ajoutait des œufs de doxy à une solution de force ? C'était vraiment…

Vincent Crabbe, apparemment.

- Cinq autre points en moins pour impertinence, Mlle Granger. Voulez-vous rejoindre vos amis en retenue ?

Hermione se tut, et le cours reprit. Harry allait regretter ce chaudron.


Fred et George entendirent parler de la 'dispute' pendant le déjeuner parce que Ron et Harry étaient en train de se disputer. Ron employa le mot 'sœurette'. Harry voulait mourir.

Fred et George attrapèrent Harry par les épaules et le coincèrent juste à côté de la grande salle, le bloquant un de chaque côté.

- Alors, qu'est-ce qui s'est passé en vrai ? demanda Fred.

- Nous sommes plus gentils que Ron, collègue. Tu peux nous faire confiance.

- Je ne sais pas ! Ginny a juste. J'ai juste. Je voulais pas.

- Oh, malheur, dit Fred. Il semblerait bien que personne n'a jamais expliqué les choses de la vie à ce pauvre garçon. Dis-moi, Harry, que sais-tu des coutumes sorcières en matière de séduction ?

- Euh.

- Tu dois faire attention à ne pas la toucher ou tu vas être automatiquement fiancé à elle, ajouta gentiment George.

- Surtout pas trop de contact visuel, c'est un moyen de se marier.

- Ça c'est si tu dis son nom trois fois à la suite, George.

- Oh, exact, Fred, j'avais oublié.

- Et bien sûr tu as besoin de la permission du Ministère pour te marier.

- Donc en conclusion, dirent-ils à l'unisson, il serait mieux de rester à au moins cinquante mètres d'elle.

Harry leur lança à tous deux un regard également noir et ils éclatèrent de rire. Ils passèrent leurs bras autour de ses épaules.

- Sérieusement, Harry, dit Fred. C'est un vrai dragon. Fais attention, d'accord ?

- Rassemble des objets, confirma George. Dans le doute, lance-lui quelque chose de brillant et prends la fuite.

- Fred ? George ? demanda Ginny juste derrière eux.

Ils se retournèrent avec une parfaite synchronisation.

- Oui, très chère sœur ?

- Courez.

Fred et George détalèrent, Ginny à leurs trousses. Harry se passa une main dans les cheveux, un peu sonné, et fila en cours de divination.