Chapitre 68 : L'amour des Potions nous rassemble
Note de la traductrice :
Même remarque qu'au début du chapitre 62 sur la traduction du passage en italique.
- C'est vrai, Quirrel était un très bon professeur, dit Harry d'une voix forte. Il avait juste ce petit défaut d'avoir Voldemort greffé à l'arrière de la tête.
Cette déclaration fut suivie du silence le plus retentissant que Harry ait jamais entendu. Et puis…
- Je pense qu'une autre semaine de retenues vous fera du bien, M. Potter, dit Ombrage d'une voix onctueuse.
- J'ai déjà une retenue avec le professeur Rogue demain soir, professeur, dit Harry.
- Alors vous pourrez faire votre retenue samedi après-midi, également.
- J'ai une retenue avec le professeur Rogue là aussi, dit Harry à la hâte.
- Qu'avez-vous donc fait en cours de Potions, Monsieur Potter ? demanda Ombrage avec un petit gloussement.
- J'ai fait exploser un chaudron, dit Harry d'une voix sèche.
- Mardi conviendra, alors, Monsieur Potter.
Harry ne fit aucun commentaire.
Au dîner ce soir-là Ron refusait toujours ostensiblement de parler à Harry, mais Hermione lui fit part de ses soucis en murmures nerveux.
- Toi et Ron auriez pu être sérieusement blessés cet après-midi, Harry, chuchota-t-elle. Je sais que Drago prétendait être notre ami l'année dernière, mais tu ne peux plus baisser ta garde quand il est là. Il a fait signe à Crabbe de mettre les œufs dans vos chaudrons, tu sais.
- Tu es sûre ?
- Je l'ai observé, sur la Carte, confirma-t-elle. Il se promène dans toute l'école à toute heure, je crois qu'il s'est arrangé avec Miss Teigne. Je crois qu'il cherche à espionner.
Espionner qui, ça allait sans dire. Harry lança un regard méfiant vers la table des Serpentard, où tout le monde semblait très content de quelque chose.
La retenue de Harry avec Ombrage ce soir-là fut parachevée par le fait qu'elle attira l'attention de Voldemort.
J'ignorais que tu étais un masochiste, Harry, dit Voldemort après dix minutes d'observation silencieuse, alors qu'ils regardaient tous les deux le sang couler de la plaie sur le dos de la main de Harry.
Ce n'est pas vrai.
Elle veut seulement que tu implores son pardon.
Jamais.
Tout le monde peut être brisé, cher enfant.
Sur ce, Harry sentit qu'il était à nouveau seul dans sa tête. Ce qui était mieux, si le mieux était une valeur relative. Harry se dit qu'il devenait meilleur à percevoir la présence ou l'absence de Voldemort, ce qui devait être une bonne chose.
Harry avait réussi à se prendre une autre semaine de retenues le jeudi après-midi, ce qui l'amenait au mardi de la semaine suivante. Harry avait un mauvais pressentiment. Même si c'était assez agréable de passer ses nerfs sur le professeur Ombrage, il devait probablement faire quelque chose. Et comme il pouvait difficilement la droguer… Harry avait encore une petite réserve des chocolats calmants qu'il avait faits au Numéro 12. Il devait sûrement pouvoir supporter ses cours et ses retenues avec elle sans trop d'émois s'il était sous calmants.
- Très bien, Monsieur Potter, dit le professeur Rogue dans sa salle de classe le mardi après le dîner. Vous allez recréer votre potion de bulles frottantes ce soir. Au travail.
Là-dessus le professeur Rogue s'assit et regarda Harry travailler avec toute son attention focalisée sur lui, ce qui était parmi les pires cauchemars de Harry. En particulier parce qu'il pouvait sentir l'attention de Voldemort comme une sensation froide et écailleuse dans sa tête.
Harry était en train d'écraser ses feuilles de myrte quand le professeur Rogue dit :
- Qu'est-ce que vous faites ?
- J'écrase des feuilles de myrte, Professeur.
- Elles sont fraîches.
- La recette ne précise pas.
- Aucune personne saine d'esprit n'écraserait des feuilles de myrte fraîche, Potter. Les feuilles fraîches ne sont pas écrasées avant de les ajouter à une potion.
- C'est ce que j'ai fait, Professeur.
Le professeur Rogue fronça le nez, mais il fit signe à Harry de reprendre. Harry continua sa préparation, essayant d'ignorer tout à part sa potion, y compris la douleur grandissante dans sa cicatrice. Enfin, alors que sa potion brillait d'un jaune pâle, il tapota trois fois le flanc du chaudron avec sa baguette, concentrant sa magie sur le mouvement, l'activité, le nettoyage, l'entrain.
- Qu'est-ce que c'était que ça ? demanda le professeur Rogue d'une voix brusque.
- J'ai tapoté le chaudron trois fois. Les instructions disent-
- Vous n'avez pas tapoté. Vous avez effectué des mouvements amples, comme si vous lanciez un sort.
Le professeur Rogue le regarda d'un air sévère. Harry lui rendit un regard vide, et vérifia sa potion. Elle avait pris la teinte de blanc laiteux-nacré que les instructions décrivaient.
- Mettez-la en bouteille, et nous allons voir si l'effet a été répliqué.
Harry fit comme demandé, ignorant son audience, et quelques minutes plus tard versait une coulée de bulles de savon blanches depuis la fiole de verre.
La pile de bulles ouvrit des yeux verts et crachota des bulles en sa direction en gazouillant.
- Vous êtes en train de me mettre très en colère, Potter, dit le professeur Rogue en regardant les bulles d'un air vide.
- Ben, moi non plus je sais pas, dit Harry. J'ai juste suivi les instructions, je tapote toujours mon chaudron comme ça, ce n'est pas comme si je le faisais exprès.
Tu as incliné ta baguette depuis la gauche, le centre, puis la droite, commenta Voldemort. Créant ainsi la rune de vie, algiz. La myrte est également un symbole puissant de vie et de feu, en particulier Myrica rubra, le fraisier chinois, que tu as utilisé.
…
- Vous venez de réaliser quelque chose, dit le professeur Rogue. Parlez.
- Ça m'est plutôt… venu à l'esprit, dit Harry. Il n'avait aucune idée de la tête qu'il pouvait faire.
- Je me fiche de savoir si des hippopotames dansants vous ont donné l'idée en rêve, Potter, feula Rogue.
- Algiz, lâcha Harry. Et du fraisier chinois. Si ça a le moindre sens. S'il vous plaît dites que ça n'a pas le moindre sens.
Le professeur Rogue semblait muet.
Je n'ai pas tort, commenta Voldemort. Les potions ne sont pas mon domaine de prédilection, mais je suis capable d'associer des faits et d'arriver à une conclusion.
Voldemort, réalisa Harry qui se sentait très bizarre, était un intello.
La potion aux yeux verts se remit à gazouiller, attirant leur attention – elle était en train d'essayer de se glisser sous la porte de la réserve. Le sol, remarqua Harry, était très brillant.
- Comment maîtrisez-vous cette chose, dit Rogue d'une voix atone.
- Ici, euh, Bubulle ! Viens, Bubulle. Tu peux rester dans ta jolie petite bouteille un moment et après je t'emmènerai dans le hall d'entrée pour de la bonne poussière de dehors.
Harry coucha la fiole vide sur le sol, et la pile de bulles de savon se faufila à l'intérieur d'une façon qui ne semblait pas physiquement possible.
Je ne peux imaginer absolument aucune application martiale à ceci, dit Voldemort, pensif. Demande à Severus s'il le peut. Il est assez créatif.
- Je ne vais pas poser de questions au professeur Rogue pour vous, dit Harry d'un ton sec. Ce n'est pas votre retenue. Vous n'avez pas des gens à tuer ?
Il plaça fermement le bouchon sur la fiole.
J'ai fini pour la soirée, et j'étais curieux d'en apprendre plus sur ta potion.
- Vous lui avez parlé de Chaton ? demanda Harry au professeur Rogue, sachant qu'il se mettait en colère pour rien.
- Ce n'est pas un secret d'état, jeune homme !
- C'est une – chose innocente !
- Elle n'est même pas vivante.
- Je suis pratiquement sûr qu'elle l'est ! Plus ou moins ! Je pensais assez fort à la vie, en tout cas.
Comme pour un patronus, lorsqu'on se concentre sur une sensation de bonheur, commenta Voldemort.
- Comme il dit, comme un Patronus, continua Harry du même ton rageur.
- Vous êtes, dit le professeur Rogue d'une voix distante, un garçon très perturbant. Silence, je vous prie, et laissez-moi réfléchir.
- Il veut savoir si vous pouvez imaginer une application martiale, ajouta Harry grognon.
- Uniquement si nous pouvions défaire nos ennemis par le pouvoir des sols cirés, rétorqua Rogue sur le même ton.
Sale caractère, murmura Voldemort.
Harry se laissa tomber sur un tabouret, ferma les yeux et compta lentement jusqu'à dix, se frottant les tempes. Le professeur Rogue semblait prêt à lui laisser un peu de temps.
- Absolument rien de tout ça ne se passe comme il faut, commenta Harry à voix haute après une minute.
Le professeur Rogue ne dit rien.
- Est-ce que c'est mal de ma part d'avoir très envie d'essayer d'autres recettes avec de la myrte et des tapotements pour voir si on peut répliquer l'effet ? demanda Harry.
- Probablement, concéda le professeur Rogue. Je ne suis certainement pas une bonne influence sur un esprit en formation.
Harry hocha la tête d'un air aimable.
- Il existe, dit le professeur Rogue avec une lueur maligne dans l'œil, une potion pour les cheveux qui me vient à l'esprit.
- Oh, par les couilles de Merlin.
- Cinq points en moins pour Gryffondor pour langage ordurier, Monsieur Potter.
Il se retrouvèrent à préparer la potions pour les cheveux ensemble, le professeur Rogue écrasant la myrte comme si elle l'avait personnellement blessé et tapotant lui-même le chaudron à la fin. Harry joua le rôle de l'assistant, préparant les ingrédients et les lui passant au fur et à mesure.
- … si ça marche, Potter, je vous ferai écrire un article pour un journal, dit le professeur Rogue, observant la fiole de liquide vert et visqueux à la lumière.
- Ngh. Il était presque minuit, et Harry avait mal à la tête.
Le professeur Rogue versa la potion verte sur la table, où elle forma une flaque. Lentement, la flaque se rassembla en boule d'un vert gélatineux.
Des yeux sombres aux pupilles verticales s'ouvrirent. La boule feula à partir d'une toute nouvelle bouche garnie de crocs, et se jeta sur la tête du professeur Rogue.
Harry venait d'attraper sa baguette pour l'attaquer il ne savait pas comment – il n'avait aucune idée de quel charme il fallait utiliser contre une potion pour cheveux sauvage qui essayait de manger la tête de son professeur – quand la boule se dégagea lentement du professeur Rogue et sauta sur la table après avoir rebondi sur le sol.
Le professeur Rogue était toujours lui-même, avec son teint cireux et son nez tordu, mais ses cheveux étaient d'un noir brillant, légèrement ondulés, comme s'il sortait tout juste d'un magazine. Harry le regarda avec stupéfaction.
Et puis Harry se prit une potion pour les cheveux en plein visage, et fut trop occupé pour continuer à regarder. Il se débattit, parce que air, et réussit à la détacher de son visage, reprenant péniblement son souffle.
La potion rebondit en rythme sur la table, une gentille petite balle verte à nouveau.
Rogue agita sa baguette, et tendit un miroir à Harry après s'y être observé un moment. Les cheveux de Harry étaient sagement coiffés, et lui aussi semblait briller. Harry se regarda, abasourdi.
Le rire aigu de Voldemort résonna dans sa tête pendant très longtemps.
