Gays of thrones

Chapitre 69

Rencontre du troisième type

La Fosse aux Dragons était un haut lieu touristique de Port-Réal. C'était une ancienne arène, dans laquelle avait été enchaîné Balerion la Terreur, et toute sa descendance, après la conquête des Sept Royaumes par la fratrie Targaryen.

Le lieu parfait pour accueillir la dernière descendante de cette lignée maudite, avait songé Cersei, jamais à court de cynisme.

La reine de Port-Réal avait reçu voilà quelques temps une demande de trêve pour une rencontre au milieu du conflit inévitable qui l'opposait à fille d'Aerys le Fou, détrôné par son défunt mari. Elle avait trouvé l'idée plutôt originale, et pour le moins audacieuse, quand on connaît le palmarès des Lannister en matière de gestion de conflit.

« En voilà une qui n'a pas compris où elle avait mis les pieds... », se dit-elle.

Cersei avait donc fait installer des bancs et des dais somptueux dans ces ruines archéologiques, et s'y installa pour accueillir dignement, et pompeusement, sa rivale, escortée pour l'occasion de Jaime, de son ami Ser Bronn de La Néra, d'Euron Greyjoy, qui lui avait rapporté ses ennemies sur un plateau, du studieux Qyburn, et du fidèle La Montagne, auquel elle avait donné une consigne claire : si ça dérape, tuez la blondasse, mon frère, et le reste dans l'ordre qu'il vous plaira. On dira ce qu'on voudra, mais ce mélange de consignes claires et de marge de manœuvre laissée à ses subalternes faisait de Cersei Lannister une manager hors pair. D'ailleurs le Time Magazine l'avait consacrée « Femme la plus puissante de la Saison » - juste devant Daenerys (eh oui, c'est moche!), et Kinvara de Volantis. Yara Greyjoy figurait en fin de classement, derrière Jaqna H'ghar (sans commentaire) et Sansa Stark pointait en Ligue 2 – ce fut ainsi que la reine Cersei apprit qu'elle était encore en vie.

« Super, songea-t-elle, je viens de me débarrasser de Mémère Tyrell et du nid de vipères des sables, et voilà que ma petite colombe apparaît dans ma liste d'ennemies ! Alors elle, c'est sûr, elle va prendre cher ! »

Cersei fit son apparition dans la Fosse, toute de noir vêtue, entourée de ses hommes. Ses adversaires l'y attendaient. Leur jetant des regards mauvais, la reine les jaugeait.

Il y avait Jon Snow, le fils bâtard de Ned Stark, proclamé Roi dans le Nord par ses barbouzes. Cersei n'eut aucun mal à l'identifier : comme son père avant lui, il confondait « sérieux » avec « grincheux ». Et puis, bon, les cheveux longs, la fourrure… le look préhistorique, quoi !

Cersei fut particulièrement contrariée de retrouver Brienne de Torth, la grosse Bertha, qu'elle n'avait jamais supportée en raison de son amitié ambiguë avec Jaime. En look nordien, elle aussi. Décidément, ils ont tous décidé de retourner vivre dans leurs grottes, ou quoi ?

Et le petit puceau derrière elle, Cersei le connaissait aussi : Podrick Payne, un vague parent de son bourreau Ser Illyn Payne, le muet qui avait disparu sans explications entre deux épisodes. Un gamin qui ne devait sa carrière qu'à la faveur des Lannister. La preuve : il n'était même pas chevalier au bout de sept saisons, c'est dire le manque de compétence du gars ! Bref, l'ingratitude incarnée.

Et l'autre éborgné, elle le reconnaissait aussi. C'était Béric Dondarrion, un seigneur des Terres de l'Orage, vassal de Robert, qui s'était rangé aux ordres de Ned Stark, du temps où il était Main du Roi, et était parti affronter La Montagne. Cersei le croyait mort : on lui avait rapporté que les Lannister l'avaient poignardé, ou pendu après lui avoir crevé un œil… à moins que ce fût une hache dans les côtes… Bon, elle ne savait plus très bien, il allait falloir qu'elle rouvre son dossier pour lire les rapports de ses espions. N'empêche… qu'est-ce qu'il faisait là ?

Et allez, il y avait même Sandor Clegane ! Son vassal, qui avait servi Joffrey, avant de filer comme un couard à la bataille de la Néra, la queue entre les jambes. Alors ça, c'était impardonnable : on n'abandonne pas Cersei Lannister. Mais lui, il avait un frère. La Montagne saurait, en temps voulu, le renvoyer là où était sa place : dans une niche, six pieds sous terre. Os parmi les os, wouf !

Il y avait aussi deux-trois bonshommes qu'elle ne connaissait pas. Déjà, il y avait un papy... Sérieusement ? C'est quoi ce personnage ? Il ferait mieux d'aller prendre ses tisanes ! Un petit rouquin aussi, mais vu la tête que tira Euron en le regardant, Cersei eut une petite idée sur son identité.

Et enfin, celui qu'elle ne connaissait que trop bien : son frère le nain. Alors lui… on était au-delà des mots tant il y avait à dire.

En revanche, pas trace de la blondasse. Ça, c'était suspect.

« Viens, Podrick, lança Ser Bronn de la Néra à l'écuyer de Brienne, laissons nos aristocrates négocier entre eux ! »

« Euh... », fit l'écuyer, hésitant.

« Quoi ? », lui souffla Bronn en arrivant à sa hauteur. « Tu préfères quoi : on attend la blonde ou on s'encule ? »

Podrick rougit, et regarda Brienne, qui agréa de la tête à sa sortie – à coup sûr (sans mauvais jeu de mots), elle n'avait rien entendu. Bronn passa le bras autour des épaules du garçon, et l'emmena sous les gradins.

Cersei prit place sous son dais, et ses hôtes firent de même. Il y eut quelques petites diversions orchestrées par Sandor Clegane, qui ne pouvait s'empêcher d'aller balancer à son frangin tout l'amour qu'il lui portait (« bah ça y est, t'es encore plus moche que moi ! Ça te va bien, tiens ! »), et Euron Greyjoy qui nargua Theon en lui annonçant qu'il allait buter sa sœur, puis on attendit.

Dans un silence pesant.

Longtemps.

Très longtemps.

L'hiver passa, et puis revint le printemps, et enfin… Non, je rigole !

Un cri déchira le silence, et tous les regards se levèrent, et l'on vit, semblant crever le ciel et venant de nulle part, surgir un dragon noir.

La bête se posa lourdement sur les ruines, balayant encore quelques pierres érodées, et ouvrit sa gueule dans un bruit de haut-fourneau. Les flammes dansantes, prêtes à jaillir, illuminaient la béance de sa gorge, et le regard et l'âme de Cersei, et le monde et le sens de la vie disparurent dans ce gouffre. Plus rien ne compta d'autre en cet instant.

Ah, si ! Juchée sur le dos du monstre, une silhouette argentée regardait l'assemblée. En la voyant, Cersei replongea des années en arrière.

C'était au temps des Targaryen. Des rumeurs parlaient d'unir la fille de Tywin Lannister à un prince aux mêmes cheveux d'argent, au même air froid et impitoyable. A l'époque, cela avait quelque chose d'excitant. Mais, dans l'obscurité nocturne d'une forêt étrange, Cersei avait rencontré une sorcière, et la prophétie de cette femme lui revint en mémoire : « Tu seras reine. Jusqu'à ce qu'il en arrive une autre, plus jeune, plus belle, plus blonde et plus fraîche... »

Cersei avait longtemps craint qu'il s'agît d'une maîtresse de Robert. Puis elle avait cru qu'elle parlait de Margaery Tyrell. Mais en voyant Daenerys Targaryen, elle comprit que, pendant toutes ces années, elle avait eu faux sur toute la ligne. Rien qu'à la manière dont elle descendit de son dragon, on voyait qu'elle ne jouait pas dans la même cour que toutes les autres greluches que Cersei avait fini par anéantir, soit physiquement, soit génétiquement.

Pour la première fois de sa vie, Cersei estima avoir une ennemie à sa mesure.

Alors que Daenerys avançait vers elle, Cersei regarda ses longues boucles blondes virevolter sur ses épaules et ses bras, son regard froid et déterminé, ses hanches rondes, son maintien de reine. Ah, on pouvait dire ce qu'on voulait, elle ne manquait pas de classe, la petite fin de race ! Elle n'était pas plus intelligente qu'elle, ça on l'avait compris, mais tout aussi cruelle et déterminée. Ça se sent, ces choses-là. Et Cersei la lionne avait un flair hors pair.

L'altière Daenerys se posa sur son fauteuil. Cersei ne put dissimuler la rage qu'elle lui inspirait : « On vous a attendu longtemps ! », lui lança-t-elle.

Dany la regarda, stoïque, et répondit posément : « Toutes mes excuses. »

Bang ! Renvoyée dans sa mesquinerie, la lauréate du Time Magazine !

J'aurais dû prendre mon jeu de fléchettes ! Pesta Cersei, en lui décochant un regard noir.

Tyrion se détacha du groupe. Il voulut commencer un discours fort travaillé sur leurs vieilles inimitiés, mais Euron décida de la ramener : « D'où tu parles, toi ? T'es qu'un nain ! Sur les Îles de Fer, on vous balance à la mer ! »

« Laissez-le parler ! », lui intima Cersei.

Ah, non mais ! Déjà qu'on avait attendu l'autre blondasse, on n'allait pas perdre du temps en plus avec un troll !

« Mais… Chérie, avec sa petite taille et ses bouclettes, il ressemble à un caniche ! »

« Laissez-le parler ! », insista la reine.

Euron le macho s'écrasa devant sa femme. C'est comme ça quand on épouse une mieux dotée que soi. N'empêche… les caniches aussi, à Pyke on les jetait à la mer !

Tyrion parla, Cersei se moqua : « Tu veux qu'on vive tous ensemble, dans la joie et la bonne humeur ? »

Jon Snow se leva à son tour : « Il ne s'agit pas de vivre, mais de survivre... »

« Sans poème, sans blesser tous ceux qu'on aime ? », ironisa Cersei, jamais à court de cynisme.

Tu arrives trop tard, petit : tous mes enfants sont morts. Pour la paix dans le monde, c'est mort.

« C'est sérieux ! », grogna Jon Snow.

« On t'a ramené quelque chose... », dit Tyrion à sa sœur.

« Wouah, trop sympa ! », fit Cersei en croisant les doigts.

« J'ai hâte de voir ça ! », renchérit Euron, désireux de plaire à sa belle.

Jaime lui jeta un regard noir, il lui répondit en agitant la langue de manière suggestive. Jaime rougit et détourna le regard.

Sandor Clegane descendit alors dans le sous-sol de l'arène, et remonta, une caisse sur le dos.

« Si c'est un cadeau, avertit Cersei, vous auriez pu l'empaqueter, quand même ! »

« C'est sérieux ! », insista sèchement Jon Snow.

Sandor Clegane posa la caisse, et la déverrouilla. Pendant quelques minutes, il ne se passa rien.

Soudain, la voix de Bronn de La Néra résonna sous les gradins : « Vas-y, Podrick, Vas-y Podrick, vas-yyyyyyy ! », chantait-elle.

« Hem ! », fit Tyrion.

Sandor Clegane shoota dans la caisse. Surgit alors une créature encore plus horrible que le dragon : un squelette décharné et échevelé, qui rampa à toute vitesse vers Cersei en poussant un grognement informe.

La reine sursauta, mais le monstre fut retenu juste devant elle, par Sandor Clegane qui retint la chaîne autour de son cou.

« Les garces ! », songea Cersei. « Cette entrevue, c'était en fait un projet d'attentat ! »

Jon Snow dégaina soudain une épée, ce qui confirma un instant les soupçons de la reine, mais s'en servit pour exploser le squelette en plusieurs morceaux.

Le seul qui ne parut pas impressionné par tout ce tapage fut Qyburn : il se leva et ramassa aussitôt un bras, qu'il examina.

Jon Snow brandit soudain un flambeau, en un geste théâtral. A ses côtés, Papy s'activa à allumer le feu.

Niveau mise en scène, il y avait à revoir, songea Euron Greyjoy, amateur de beaux spectacles.

« Le feu peut les détruire. », annonça Jon Snow d'un ton solennel.

Qyburn fut obligé de céder le bras qu'il examinait et d'observer la scène.

Le squelette hurla, comme s'il avait des nerfs fantômes. (Je vous laisse juger de la logique d'une telle hypothèse : un fantôme avec des nerfs fantômes, soit, mais un mort peut-il avoir des nerfs sensibles ?).

A présent qu'elle ne craignait plus rien, Cersei étouffa un bâillement.

Jon Snow dégaina alors un couteau en pierre taillé.

« Et allez, après les miroirs, les couteaux primitifs ! », songea Cersei.

« Et le verre-dragon les tue aussi ! », clama Jon, en enfonçant la lame dans le squelette, qui expira, si l'on peut dire.

Il y eut un silence pesant. Cersei fit semblant de réfléchir.

« Moi non plus, je n'y croyais pas, lui dit alors Daenerys, avant que je les vois. »

D'où tu me parles, toi ? eût envie de lui jeter à la face sa rivale.

Contrairement à sa sœur, Jaime Lannister avait été vivement impressionné.

« Combien ? », demanda-t-il.

« Plusieurs centaines de milliers. », répondit Jon Snow.

Comme si cela ne suffisait pas, il pointa un doigt terrible sur le mort.

« Voilà, dit-il, le sort qui attend chaque être humain, si nous laissons l'Armée des Morts franchir le Mur ! »

« Sûrement une promotion pour beaucoup d'entre eux ! », railla Cersei, jamais à court de cynisme.

« C'est sérieux ! », insista Jon Snow.

C'est bon, gamin, pète un coup ! pensa la reine, qui se retint de le lui dire en face, car, depuis qu'elle cessait de boire (enfin… moins qu'avant), elle retrouvait des bribes de savoir-vivre.

« Nous avons besoin que tu nous laisses les combattre, c'est pourquoi nous te demandons une trêve. », expliqua Tyrion.

Cersei sourit : « Je vois… Mais avant cela, j'ai quelque chose à vous montrer, moi aussi. »


Pendant que les grands de ce monde négociaient comme à Yalta, Bronn et Podrick marchaient dans les couloirs en pierre aménagés sous les gradins. Une faible lumière parvenait par de petites fenêtres.

« C'est impressionnant de se dire que tout ça a été construit il y a trois-cents ans... », murmura Podrick.

« Oui, oui… Et la masure où ma mère recevait ses clients a été montée en deux semaines ! »

« Pardon ? »

Bronn saisit soudain Podrick et le plaqua contre un mur.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? »

« A ton avis ? », fit Bronn en lui défaisant sa ceinture.

Les braies de Podrick tombèrent par terre. Bronn s'agenouilla et commença à lui chatouiller le dard.

« T'es sérieux ? », s'étonna l'écuyer.

Slurp ! Fut la seule réponse qu'il reçut. Il en gémit.

Bronn se releva sans prévenir, et l'allongea par terre.

« On est à quel chapitre ? », demanda-t-il.

« Euh... »

« Le 69 ! », fit Bronn avec un grand sourire.

Podrick se retrouva donc à sucer de la saucisse, pendant que Bronn s'occupait de la sienne.

« Attention, Podrick, le premier qui craque a perdu ! », lui souffla Bronn.

L'écuyer ne comprenait pas bien ce que cela signifiait, mais la réponse arriva vite. Lorsqu'il fit sauter le pop-corn dans la bouche de Bronn, celui-ci partit d'un grand rire et déclara : « T'as perdu, Podrick ! »

Ni une, ni deux, Podrick se retrouva retourné sur le sol, et Bronn le chevaucha sans ménagement.

« Ah ! Ah ! Aaaaah ! », soupirait Bronn, visiblement à son aise.

« Euh… T'as entendu ? », demanda soudain Podrick.

« Ouais, c'est moi qui jouis, t'inquiète ! »

« Non… ce cri atroce, là... »

« Ha… Laisse, c'est juste un dragon ! »

« Un quoi ? Ça existe ? », couina Podrick, effrayé.

«Yep ! Je l'ai affronté sur le champ de bataille… Hah ! »

« Bronn ! Des cailloux tombent du plafond ! »

« Pas grave, on mourra en amoureux, c'est tout ! »

« Mais t'es malade ! J'ai pas envie qu'on me déterre avec ta saucisse entre mes jambons ! »

« Mais je suis trop bien, là ! J'en sors pas avant d'avoir fait le tour ! »

Podrick garda le nez levé sur la voûte en pierre au-dessus d'eux, se demandant avec terreur si elle allait tenir jusqu'au bouquet final de Bronn de La Néra.

Ce dernier lui administra une claque sur le derrière.

« Détends-toi, petit, t'es pas réceptif ! »

« Ben... »

Bronn se mit alors à le pincer, le masser, et Podrick se laissa faire, tout en espérant que ça se termine vite. Mais pourquoi fallait-il toujours que Bronn ait envie de lui dans des endroits à risque ?

Le sire de La Néra se mit même à chanter. C'était tellement stupide que Podrick se mit à rire, ce qui commença à le détendre.

Soudain, le garçon se figea.

« Aaaaah ! Bon sang ! Mais qu'est-ce que t'as ? », grogna Bronn, qui ne parvenait pas à finir son affaire.

Mais, regardant dans la même direction, il eut la même réaction.

Là, dans le noir du couloir, de frêles silhouettes se détachaient, muettes. Elles avaient des yeux verts luisants, aux éclats rouges sang.

Podrick était tétanisé par terre, et Bronn était paralysé en lui.

Un bruit de pas lourd retentit derrière eux. Retournant sa tête, Bronn vit l'imposante stature de La Montagne qui les fixaient, de ses yeux rouges sanglants.

Ce fut la débandade. Bronn se retira aussitôt de Podrick et s'enfuit à quatre pattes sous les jambes de La Montagne, en tâchant de ne pas gicler sur les pieds de ce monstre. Podrick, quant à lui, se releva sans se retourner, et, alors qu'il essayait de se rhabiller, se fit aussitôt balayer d'un coup de pied dans les flancs qui l'envoya contre le mur de la galerie, pendant que le garde de la reine indiquait d'un geste aux autres ombres de le suivre.

Podrick réalisa soudain ce qui se jouait juste à côté de lui. Après le ramonage en règle qu'il venait de subir, une telle frayeur lui fit lâcher le contenu de ses intestins.


Même dans ses rêves les plus fous, Cersei n'aurait jamais imaginé une telle conclusion. Après les dragons et les squelettes, alors qu'elle s'attendait à voir La Montagne déballer son attirail, elle vit, comme tous les autres, débouler de la galerie un héros de La Néra les fesses à l'air, la barbe souillée.

Après une telle bouffonnerie, La Montagne et les enfants Lannister parurent soudain moins impressionnants.

Cersei serra les poings, se jurant d'enguirlander Jaime pour lui apprendre à tenir son homme de main en laisse.

Mais Jaime, lui, ne faisait pas attention à Bronn. Il regardait, les larmes aux yeux, ses deux derniers enfants se déplacer, muets et blafards, parmi les vivants, présents parmi les autres, mais complètement absents de leur monde.

Cousin Machin suivait, lui aussi, et Podrick Payne rouge de honte et reculotté suivait, mais ce manque de prestance ne dérangeait que Cersei.

Tout le monde regardait Tommen et Myrcella suivre La Montagne. Jon Snow, Daenerys Targaryen, Euron Greyjoy, Brienne de Torth, Davos Mervault, Sandor Clegane… Tous étaient horrifiés.

Mais le plus bouleversé restait Tyrion. Avançant vers sa nièce, il murmura son nom, au bord des larmes. Le spectre le regarda. Il toucha son corps, mou et froid. Son regard croisa celui de Tommen, vert et vide.

« Qu'est-ce que tu leur as fait ? », demanda Tyrion, d'une voix étranglée.

« Hé ben ! », s'exclama Dondarrion. « Encore une méthode que je ne connaissais pas ! »

Sandor Clegane lui passa un coup de poing sur la nuque : « Bon sang, mais boucle-la, Béric ! Tu vois pas que c'est juste abominable ? »

« Vous voyez ? », répondit calmement Cersei. « Moi aussi, j'ai mon armée de spectres, prêts à construire l'avenir. »

Tous la regardèrent. Euron commençait à se demander s'il avait fait le bon choix d'épouse. Quant à Jaime, c'était décidé : il allait la plaquer.

Mais ses hommes n'étaient point son problème. Cersei Lannister, Première du nom, Dame de Fer des Sept Couronnes, croisa les mains sur son ventre arrondi et, souriant cyniquement, déclara : « Allez donc faire la guerre aux morts, à qui vous voulez dans le Nord. J'accepte la trêve. Nous négocierons avec les survivants ! »